Les enjeux de l'initiation à la vie religieuse

 

Introduction Chapitre1 Chapitre2 Conclusion
Chapitre3: point3.1 Chapitre3: point3.2

L'Afrique en ce moment se situe à un tournant assez ardu de son histoire. Ce virage sera-t-il bien pris ou pas ? Il ne nous appartient pas ici de prédire l'avenir. Seulement, nous savons que le présent définit ce dernier. Voilà pourquoi nous essayons de l'analyser.

Effectivement, les jeunes que nous accueillons dans nos congrégations baignent et nagent dans une réalité bien complexe du point de vue culturel et par conséquent moral. Les aider à intégrer la vie religieuse demande donc de tenir compte des mutations de cette réalité et de les accompagner en considérant toutes les dimensions de leur vie.


 3.1. Des jeunes compromis par leur réalité

Tout d'abord, soulignons un fait très marquant : La plupart des jeunes aujourd'hui ont du mal à s'harmoniser avec les " vieux ". " Biso na Biso " (" Biso na Biso ", en Lingala, langue nationale du Congo Démocratique, parlée à Kinshasa, signifie : " Entre nous") disent-ils ; " Quarante ans durant, qu'ont-ils faits ?" Ce sont là des paroles de personnes frustrées par leur histoire d'autant plus que l'Africain qui voit toujours son continent sous le poids du néocolonialisme, n'a pas encore assumé son passé d'oppression et de dénégation de son humanité. Voilà pourquoi aujourd'hui encore, certains ne pardonnent pas à tous ces dictateurs et chefs corrompus qui ne leur tracent qu'un horizon sombre. Ils vivent en effet dans le " ras-le-bol " et bien sûr s'évadent autrement dans la musique, les clubs, les " amitiés ", la boisson, la drogue, le cinéma… . En somme, Ils tentent malheureusement de trouver refuge dans un monde imaginaire de violence et de désordre dans tous les sens, de plaisir et de détente, qui aboutit par suite sur une culture de non-valeur. Ce monde imaginaire divulgué d'ailleurs à travers les médias et toutes sortes de moyens de communication façonne leur vie. De la sorte, nous avons sous nos yeux et à nos portes des jeunes blessés, des jeunes en perpétuelle évasion, n'espérant parfois trouver appui qu'en Dieu. Avec une telle spiritualité mal fondée, ils évoluent quotidiennement au gré des nouveautés phénoménales et parfois même excentriques. Dégageons seulement quelques caractéristiques fondamentales de cette réalité.


Aujourd'hui, le repère primordial que devrait constituer la famille est pratiquement inexistant. Ne constatons-nous pas à travers la cité le nombre d'enfants de douze ans par exemple, veillant sur les petits frères et sœurs ? Ils essaient tant bien que mal de s'imposer comme détenant l'autorité à la place des parents. Ceux-ci sont malheureusement, pour beaucoup de famille, séparés ou divorcés. L'éducation se fait ainsi par la rue et les médias. Même l'école qui aurait dû suppléer en partie à ce manque de foyer est également touchée par cette crise de responsabilité et d'indifférence quant à ce qui touche la vie du prochain. C'est la loi du chacun pour soi. N'ayant plus foi aux adultes, bon nombre de jeunes rejettent toute morale enfermée dans les principes mais désirent une morale de la vie, c'est-à-dire, une morale qui se crée à partir de l'expérience (REY-MERMET Th., Croire. Pour une découverte de la morale, t.4, éd. Droguet-Ardent, 1985, p.8-11). Constatant qu'il y a un écart entre ce que les " vieux " disent et ce qu'ils font, les jeunes voudraient voir se substituer à la morale qui se limite à la parole, aux interdits, aux prescriptions, une morale des faits et du témoignage.

Avec la conjoncture économique que traverse toute l'Afrique, c'est la loi de la survie qui prévaut, alimentée par la fraude organisée et soutenue, par le vol, la corruption…. De plus ce phénomène s'aggrave avec l'invasion, dans les médias et sur les marchés, des biens matériels chaque jour renouvelés et attrayants, publiés comme indispensables et incontournables. Ainsi se développe, dans les esprits et les cœurs, le désir d'avoir toujours plus et toujours mieux ; d'être continuellement branchés à la culture mondiale et toujours par le moyen le plus court, le plus rapide, mais la moins valorifique.

Ces deux éléments ne touchent qu'un aspect de la personnalité des jeunes. Or la personne humaine est avant tout un être dynamique. Le jeune aura beau acquérir son autonomie au plan personnel et économique, sa dynamique pulsionnelle le conduira toujours au désir d'être reconnu et donc aimé. Ce besoin non assouvi qui reste plus difficile à assumer que le besoin de posséder et de se gouverner, l'entraînera de la sorte à des recherches affectives par tous les moyens.


Ces constatations nous font découvrir qu'aucune loi, quelle qu'elle soit, venant de qui que ce soit, ne prévaut devant cette réalité. " Les aînés comme les autorités n'ont rien à nous apprendre " disent encore certains jeunes.

C'est aussi face à cette catégorie de personnes, immergées dans une pareille ambiance que se situe la vie religieuse. Et le Christ en effet, continue à se choisir des disciples dans ce même groupe de personnes qui, à la recherche de la vie, veulent aussi la partager. Comment favoriser l'épanouissement de la vie en eux pour qu'ils puissent la propager à leur tour ? C'est là que nous constatons qu'une nouvelle méthode de formation serait nécessaire.

* Retour Sommaire

Retour en haut de la page


Cliquez ici pour le point3.2