Les enjeux de l'initiation
à la vie religieuse
3.2. Une formation personnalisée pour l'Afrique d'aujourd'hui
Harmoniser
une telle culture avec celle de la vie religieuse s'avère bien exigent.
Cela suppose préalablement des adultes qui, ayant atteint un certain degré
de maturité humaine et spirituelle assez solide, seront capables d'accompagner
ces jeunes. En d'autres termes, le formateur se doit de devenir pleinement
éducateur, avec tout ce que cela implique comme volonté de devenir et
de vivre toujours mieux sa vocation ; D'incarner ce Christ que nous désirons
rendre présent dans ce monde.
D'ailleurs
des efforts considérables se font actuellement pour la formation des formateurs
mais reste- t- il à s'engager dans le vrai sens du terme pour prendre
en compte, dans la formation, toutes les dimensions de la personne qui
désire s'offrir au Seigneur. Effectivement, " Les temps actuels appellent
un approfondissement de notre vocation (…) adaptée aux exigences de notre
temps ". Ces exigences nous invitent à créer encore " la forme
de notre vie engagée avec le Christ au cœur de ce monde "; à inventer
ainsi un processus d'intégration adéquat pour cette vie religieuse qui
" constitue en vérité une mémoire vivante du mode d'existence et
d'action de Jésus comme Verbe incarné par rapport à son Père et à ses
frères" ( V.C. n° 22). Quelle initiation pour être avec le Christ
universel, solidaire et coresponsable s'il faut paraphraser Matungulu
Otene ? Celui-ci poursuit ainsi : " Cet " être avec ",
au sens fort du terme, signifie communion, participation à la vie de ceux
qu'on aime. On ne peut vivre en communion avec quelqu'un, dit-il, que
dans la mesure ou l'on prend en considération ce qui lui tient à cœur"
( MATUNGULU Otene, Etre avec le Christ chaste, pauvre, obéissant.
Essai d'une spiritualité Bantu des vœux, éd. St Paul Afrique, Kinshasa,
1983, p. 7). C'est ainsi que nous osons affirmer qu'initier à
la vie religieuse c'est introduire à la communion avec le christ et avec
les hommes ; C'est autant participer à sa vie et à celle de nos frères
et cela d'une manière significative et authentique. Il est de ce fait
urgent de trouver les moyens de rendre l'existence et l'action de Jésus
crédible pour l'Afrique actuelle, celle-ci ayant urgemment besoin d'hommes
et de femmes capables de la rejoindre dans ses préoccupations.
Notre
continent aurait besoin de jeunes capables de modeler le présent, de soumettre
les évènements sans esquiver les difficultés. Des jeunes qui auront donc
appris à désirer fortement et à concrétiser leur désir. L'Afrique d'à
présent n'a effectivement pas besoin de personnes timorées mais plutôt
d'adultes engagés.
Quand
Jean Baptiste envoya ses disciples demander à Jésus : " Es-tu celui
qui doit venir ou devons nous en attendre un autre ? " La réponse
de Jésus fut celle-ci : " Allez rapporter ce que vous avez vu et
entendu. Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent…
"(Mt 11,4-5) ; Voilà une réponse engagée et bien concrète et voilà
également quelle doit être notre réponse pour nos réalités. Cela suppose
que les jeunes seront également exercés à aller jusqu'au bout des tâches
entreprises, à être fidèles aux engagements. En effet, souvent dépassés
par un entourage, spécialement politique, qui ne prend pas en compte leur
avenir, ceux-ci lâchent facilement prise. Pour le religieux, il ne doit
pas en être ainsi, ce dernier est plutôt appelé à bousculer la masse.
Soulignons
encore le fait que le futur s'annonce comme le temps du travail en équipe,
des échanges incessants. Révolue est l'époque de l'autocratie, des tâches
détenues par une seule personne…. L'initiation à la vie religieuse devrait
tenir compte de toutes ces tendances et lancer (pourquoi pas dés la première
étape déjà) les jeunes dans le monde de la responsabilité et de la coresponsabilité.
c'est-à-dire, dés le début de l'initiation introduire les jeunes dans
le monde du travail où ceux-ci se voient automatiquement confrontés à
la gestion du temps, des relations, de l'argent et dépendre de tous ces
facteurs. Car, en considérant tous les problèmes qui se rencontrent autour
de l'identité et de l'authenticité de la vie religieuse, nous remarquons
combien le religieux actuel est allergique au pouvoir, sensible pareillement
à toute supériorité de l'un sur l'autre, à tout contrôle quelconque. Or
dans ce monde du travail, il serait bien initié à vivre sous l'ordre de
quelqu'un d'autre, à gérer en adulte le temps, à se confronter à la gestion
de l'argent, des collègues…. Nous pouvons considérer cet aspect du travail
comme très important car le constat est que les religieux, dans notre
société africaine, sont considérés comme des personnes n'ayant pas besoin
de travailler pour vivre. On doit plutôt être à leur service. Ils sont
les gens sans problèmes et pour qui les besoins sont toujours satisfaits
sans délai. Le religieux est encore celui qui doit être là rien que pour
accueillir du matin au soir, comme s'il n'avait que cela à faire, et régler
les problèmes des gens tout comme les " patrons " actuels de
nos pays d'Afrique, dans leur bureau. Ces images ne disparaîtront que
dans la mesure où nous épouserons la réalité du travail de notre entourage.
L'Afrique ne se développera que lorsque l'africain aura compris le vrai
sens du travail. Celui-ci en effet, est le moteur du développement.
Si
la vie religieuse veut conserver sa vocation de précurseur comme elle
l'a toujours été dans les premiers temps de l'Eglise, alors aujourd'hui
encore, sa tâche est de se mettre en avant pour donner au travail toute
sa valeur et contribuer ainsi au développement de nos pays. Cette conception
remettrait bien sûr en cause toute la formation intellectuelle dont a
besoin le futur religieux mais là encore une solution peut se préconiser.
Cela suppose toute une autre démarche de formation ; Dans la cité nous
connaissons bien des gens qui, ayant besoin de leur travail avec leur
salaire et en même temps veulent se perfectionner dans un domaine, sont
obligés de s'adonner au cours du soir afin de ne pas perdre le "
boulot ". Le religieux ne serait-il pas capable de cela ? Tous ces
cours de philosophie, de théologie, de missiologie… qui s'enchaînent et
ont l'air de ne pas s'achever, ne peuvent-ils pas se donner et se prendre
en cours du soir ? D'aucuns penseront aux horaires communautaires ; là
encore, les " cloches " sont à adapter à la réalité. En fait,
marcher avec la réalité nous demandera sans doute un bouleversement. C'est
là que nous comprendrons que le Christ reste un perpétuel " bouleverseur
" de l'ordre établi. Il l'a été à une époque donnée, pourquoi ne
le serait-il pas encore aujourd'hui ? Soulignons toujours le fait que
s'impliquer dans ce monde du travail c'est aussi participer à l'auto financement
de la congrégation et de l'Eglise.
Mais
si ce processus doit tenir compte de toutes les dimensions de la personne,
il doit surtout insister sur la personnalisation de la formation ; C'est-à-dire
aider les jeunes à découvrir et à assumer pleinement leur histoire personnelle.
Cette intégration personnelle est fondamentale pour l'épanouissement obstinément
recherché par tous ces jeunes.
Un
jeune qui a toujours fuit l'autorité de ses parents parce que n'ayant
jamais eu droit à la parole dans sa famille peut-il vivre l'autorité dans
la vie religieuse ? Un jeune qui n'a jamais eu la chance d'être reconnu
et valorisé dans son milieu peut-il supporter les inattentions parfois
fréquentes dans la vie communautaire ? Un jeune qui a toujours été à l'affût
de la survie, confronté à un manque matériel chronique, pourrait-il encore
vivre le renoncement, la privation, le détachement volontaire caractéristique
de la vie religieuse ? Autant de questions que nous pouvons nous poser
pour une formation authentique. Connaître le milieu familial, économique,
environnemental et même religieux du jeune est nécessaire pour l'aider
à se prendre en charge dans tous les domaines.
Ceci
constitue des idées générales pour la formation aujourd'hui car Il serait
difficile de débattre de tous les aspects de la formation dans notre petite
investigation mais ces quelques relevés nous inciteront à poursuivre la
réflexion.
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