Dialogue interreligieux
L'enjeu majeur
L'enjeu majeur
SM:
Vous êtes moine et vous êtes très
engagé dans la rencontre avec les autres traditions religieuses, celles
de l'Orient notamment. Est-ce pour vous une conviction ou une disposition
organique découlant de la tradition spirituelle à laquelle vous appartenez
?
PdB:
Ce qui est vrai est que les bénédictins de tout temps ont toujours été
très respectueux des autres cultures. C'est quand même important à noter
que tous les écrits des païens grecs et latins ont été transmis à la postérité
par des moines qui les ont recopiés et conservés pour les sauver des invasions
barbares et arabes au Moyen âge, témoignant par-là, une certaine hospitalité,
un respect vis-à-vis de toute valeur humaine, indépendamment de son appartenance
religieuse. Dès lors, étant moine bénédictin, je crois que c'est honorer
ma vocation que de continuer dans cette perspective dans le domaine du
dialogue interreligieux.
SM: Quel paraît être, selon vous,
l'enjeu majeur dans la pratique du dialogue inter-religieux ?
PdB:
L'enjeu, c'est qu'il ne faut pas perdre l'essentiel de notre vocation
chrétienne. C'est peut-être une reconnaissance de la beauté des autres
religions. C'est donc une attitude tout à fait nouvelle que de peut-être
dépasser une certaine logique aristotélicienne du tiers-exclu: ce n'est
pas parce que nous avons la vérité que personne d'autre ne l'a. Il y a
de ce fait, plusieurs manières de se situer par rapport à la vérité. Dire
que: " Jésus est le chemin, la vérité et la vie ", ne peut être
exclusif. Car il n'est pas évident que tous ceux qui ne croient pas en
lui sont immédiatement exclus du salut.
Par conséquent, l'enjeu majeur dans l'expérience de la rencontre avec
les autres traditions religieuses c'est de se demander: comment faire
que tout en restant totalement chrétien, on puisse être totalement respectueux
des autres traditions religieuses que la sienne, sans que cela n'implique
une perte de sa foi. Jadis, c'était l'un ou l'autre: on était chrétien
et on méconnaissait les autres. Aujourd'hui, on est chrétien et on reconnaît
avec admiration devant Dieu, qu'il y a beaucoup de beautés dans les autres
traditions religieuses.
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