B. Gérontocratie clanique

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Si la société africaine est dite communautaire, cela ne signifie pas qu’elle est égalitaire. Le clan est hiérarchisé de manière rigoureuse; il est géré à tous les niveaux par des notables désignés en vertu du principe de séniorité (ancienneté de naissance) et cela même entre les jumeaux dont la primogéniture désigne l’aîné des deux. La séniorité est un principe hiérarchique qui revêt d’autorité tout ancien d’âge par analogie à l’ascendance dont bénéficient les êtres prestigieux situés aux temps des genèses: Dieu et les Ancêtres[1].

Georges BALANDIER approuve le sérieux de cette organisation hiérarchique dans le clan africain lorsqu’il dit que «tout se passe comme si, Dieu étant l’origine de toute chose, les êtres pouvaient acquérir quelques attributs de la divinité en s’identifiant au temps des genèses, ou en s’en approchant»[2]. Même les plus anciens observateurs de la société africaine ont toujours été frappés par la soumission (terme qui revêt une connotation péjorative avec l’arrivée du colonisateur) du noir à l’autorité des anciens. Ibn BATOUTA, écrivain arabe du XVè siècle note que «les noirs sont de tous les peuples les plus soumis envers leur souverain: ils jurent par son nom»[3]. Les premiers voyageurs du XIXè siècle constatent également que les enfants ont une grande vénération envers leurs parents et surtout envers les vieillards; ceux-ci, «sans moyens sont toujours nourris et traités avec beaucoup d’égard par leurs enfants»[4]. R. GALLIE souligne aussi la déférence et la subordination des jeunes envers les anciens. Les nègres, écrit-il, n’entreprennent rien sans consulter les plus anciens de leurs villages[5]. La littérature missionnaire n’a pas, non plus, manqué de relever ce fait de l’importance du rôle de l’autorité du chef au sein du clan. Le père G. Van BULCK rapporte aux travaux de la trentième semaine de missiologie de 1960 de Louvain que

les individus en se groupant en communautés claniques, veulent tout juste diminuer le danger éventuel de la malchance qui, sinon, menace l’individu isolé. Au chef du clan incombe comme devoir primordial la répartition équitable des biens entre tous les membres du clan, tout en tenant raisonnablement compte des mérites spéciaux de chacun d’eux, selon la mesure de son apport et selon les besoins de chaque cellule familiale[6].

Miss GERUTTI, parlant de problèmes de la famille en Afrique du sud soutient que

chaque individu se sent véritablement lié à la tribu. Ses concepts moraux sont déterminés par les lois et tabous de la tribu. Dans ce système(...), le chef est la tête incontestée de la communauté; la façon de vivre est réglée par les traditions et coutumes que transmettent les anciens. D’où un grand respect pour l’autorité coutumière[7].

Dans la société traditionnelle, il est vrai, la structure parentale est un réseau dense basé essentiellement sur la séniorité et sur le respect des aînés. C’est au sein de cette communauté clanique, non cloisonnée et non égalitaire, que dès le bas âge le jeune est formé au sens d’appartenance à la communauté lignagère et au respect des plus âgés. Lorsque, écrit M. Thérèse KNAPEN[8], on demande aux parents quels sont les motifs pour lesquels on punit l’enfant, la première réponse est toujours la suivante: lorsqu’ils adressent des reproches à quelqu’un, lorsqu’ils manquent de respect. C’est que, l’attitude de reconnaissance de l’autorité et de respect en général est une des caractéristiques fondamentales du milieu traditionnel. L’auteur détaille ensuite les habitudes observées chez l’enfant. Par exemple, l’enfant doit accompagner les noms des adultes des expressions: papa A; maman B; aîné C; il ne doit jamais interrompre les adultes en conversation.

Dans leur exhortation aux familles, les évêques de la conférence du Zaïre[9] confirment le bien-fondé de ce principe de séniorité en essayant de mettre en évidence le rôle de modèles et de conseillers que jouent les parents et les aînés, en indiquant que c’est dans l’esprit de service de leurs familles qu’ils l’exercent. Dans la tradition africaine, disent les évêques du Zaïre, le respect des parents, des personnes âgées et de toute autorité se rattache au respect des ancêtres et finalement au Dieu Créateur. Tout comme ni l’oreille ni l’épaule ne peuvent dépasser la tête, ainsi aucun enfant ne peut devenir tellement grand qu’il cesse de se référer à ses parents ou d’avoir besoin d’eux. À mesure qu’ils grandissent, les enfants acquièrent un plus grand pouvoir décisionnel. Mais ils ne sont jamais coupés de leurs parents ni entièrement autonomes, spécialement en ce qui concerne le bien commun et l’avenir de la famille et du clan.

De leur côté, continuent les évêques dans ce même document, les parents, tant qu’ils vivent, ne peuvent considérer que leur rôle de modèles et de conseillers de leurs enfants soit terminé. C’est parce qu’ils sont toujours au service de la famille jusqu’à leurs derniers jours que les parents et les personnes âgées gardent toujours leur place au milieu de leurs enfants et de leurs petits enfants.

Il convient de dire en ce moment, que sans le chef, le doyen d’âge parmi les notables du clan, ce dernier est sans force, sans cohésion et par conséquent sans vitalité.

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[1]           TSANGU MAKUMBA, M. V., op. cit., p. 162.

[2]       BALANDIER, G., Au Royaume de Kongo du XVIè siècle, Paris, Hachette, 1965, p. 25.

[3]           Cité par DIOP, C. A., Nations nègres et culture, Paris, Présence Africaine, 1955, p. 299.

[4]           MOLLIEN, G TH., 1818.

[5]           DIAKITA, Drissa, «Les récits de voyage du XIXème siècle», in: Image du noir dans la littérature occidentale, Paris, Cerf, 1987, p. 52.

[6]           FAMILLES ANCIENNES – FAMILLES NOUVELLES. Rapports et compte rendu de la XXXè semaine de missiologie, Louvain, 1960, Desclée de Brouwer, 1961, p. 58.

[7]           Ibidem, p. 152.

[8]           KNAPEN, M. TH., L’enfant mukongo, Louvain, Nauwelaerts, 1962, p. 179.

[9]           C. E. Z., Exhortation des évêques du Zaïre aux familles, n° 35.