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Si
la société africaine est dite communautaire, cela ne signifie pas qu’elle
est égalitaire. Le clan est hiérarchisé de manière rigoureuse; il est
géré à tous les niveaux par des notables désignés en vertu du principe
de séniorité (ancienneté de naissance) et cela même entre les jumeaux
dont la primogéniture désigne l’aîné des deux. La séniorité est un principe
hiérarchique qui revêt d’autorité tout ancien d’âge par analogie à l’ascendance
dont bénéficient les êtres prestigieux situés aux temps des genèses: Dieu
et les Ancêtres.
Georges
BALANDIER approuve le sérieux de cette organisation hiérarchique dans
le clan africain lorsqu’il dit que «tout se passe comme si, Dieu étant
l’origine de toute chose, les êtres pouvaient acquérir quelques attributs
de la divinité en s’identifiant au temps des genèses, ou en s’en approchant».
Même les plus anciens observateurs de la société africaine ont toujours
été frappés par la soumission (terme qui revêt une connotation péjorative
avec l’arrivée du colonisateur) du noir à l’autorité des anciens. Ibn
BATOUTA, écrivain arabe du XVè siècle note que «les noirs sont de tous
les peuples les plus soumis envers leur souverain: ils jurent par son
nom».
Les premiers voyageurs du XIXè siècle constatent également que les enfants
ont une grande vénération envers leurs parents et surtout envers les vieillards;
ceux-ci, «sans moyens sont toujours nourris et traités avec beaucoup d’égard
par leurs enfants». R. GALLIE souligne aussi
la déférence et la subordination des jeunes envers les anciens. Les nègres,
écrit-il, n’entreprennent rien sans consulter les plus anciens de leurs
villages. La littérature missionnaire
n’a pas, non plus, manqué de relever ce fait de l’importance du rôle de
l’autorité du chef au sein du clan. Le père G. Van BULCK rapporte aux
travaux de la trentième semaine de missiologie de 1960 de Louvain que
les
individus en se groupant en communautés claniques, veulent tout juste
diminuer le danger éventuel de la malchance qui, sinon, menace l’individu
isolé. Au chef du clan incombe comme devoir primordial la répartition
équitable des biens entre tous les membres du clan, tout en tenant raisonnablement
compte des mérites spéciaux de chacun d’eux, selon la mesure de son apport
et selon les besoins de chaque cellule familiale.
Miss
GERUTTI, parlant de problèmes de la famille en Afrique du sud soutient
que
chaque
individu se sent véritablement lié à la tribu. Ses concepts moraux sont
déterminés par les lois et tabous de la tribu. Dans ce système(...), le
chef est la tête incontestée de la communauté; la façon de vivre est réglée
par les traditions et coutumes que transmettent les anciens. D’où un grand
respect pour l’autorité coutumière.
Dans
la société traditionnelle, il est vrai, la structure parentale est un
réseau dense basé essentiellement sur la séniorité et sur le respect des
aînés. C’est au sein de cette communauté clanique, non cloisonnée et non
égalitaire, que dès le bas âge le jeune est formé au sens d’appartenance
à la communauté lignagère et au respect des plus âgés. Lorsque, écrit
M. Thérèse KNAPEN,
on demande aux parents quels sont les motifs pour lesquels on punit l’enfant,
la première réponse est toujours la suivante: lorsqu’ils adressent des
reproches à quelqu’un, lorsqu’ils manquent de respect. C’est que, l’attitude
de reconnaissance de l’autorité et de respect en général est une des caractéristiques
fondamentales du milieu traditionnel. L’auteur détaille ensuite les habitudes
observées chez l’enfant. Par exemple, l’enfant doit accompagner les noms
des adultes des expressions: papa A; maman B; aîné C; il ne doit jamais
interrompre les adultes en conversation.
Dans
leur exhortation aux familles, les évêques de la conférence du Zaïre
confirment le bien-fondé de ce principe de séniorité en essayant de mettre
en évidence le rôle de modèles et de conseillers que jouent les parents
et les aînés, en indiquant que c’est dans l’esprit de service de leurs
familles qu’ils l’exercent. Dans la tradition africaine, disent les évêques
du Zaïre, le respect des parents, des personnes âgées et de toute autorité
se rattache au respect des ancêtres et finalement au Dieu Créateur. Tout
comme ni l’oreille ni l’épaule ne peuvent dépasser la tête, ainsi aucun
enfant ne peut devenir tellement grand qu’il cesse de se référer à ses
parents ou d’avoir besoin d’eux. À mesure qu’ils grandissent, les enfants
acquièrent un plus grand pouvoir décisionnel. Mais ils ne sont jamais
coupés de leurs parents ni entièrement autonomes, spécialement en ce qui
concerne le bien commun et l’avenir de la famille et du clan.
De
leur côté, continuent les évêques dans ce même document, les parents,
tant qu’ils vivent, ne peuvent considérer que leur rôle de modèles et
de conseillers de leurs enfants soit terminé. C’est parce qu’ils sont
toujours au service de la famille jusqu’à leurs derniers jours que les
parents et les personnes âgées gardent toujours leur place au milieu de
leurs enfants et de leurs petits enfants.
Il
convient de dire en ce moment, que sans le chef, le doyen d’âge parmi
les notables du clan, ce dernier est sans force, sans cohésion et par
conséquent sans vitalité.
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TSANGU MAKUMBA, M. V., op. cit., p. 162.
BALANDIER,
G., Au Royaume de Kongo du XVIè siècle, Paris, Hachette, 1965,
p. 25.
Cité par DIOP, C. A., Nations nègres et culture, Paris,
Présence Africaine, 1955, p. 299.
DIAKITA, Drissa, «Les récits de voyage du XIXème siècle», in: Image
du noir dans la littérature occidentale, Paris, Cerf, 1987, p.
52.
FAMILLES ANCIENNES – FAMILLES NOUVELLES. Rapports et
compte rendu de la XXXè semaine de missiologie, Louvain, 1960, Desclée
de Brouwer, 1961, p. 58.
KNAPEN, M. TH., L’enfant mukongo, Louvain, Nauwelaerts,
1962, p. 179.
C. E. Z., Exhortation des évêques du Zaïre aux familles,
n° 35.
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