A. Fonction du clan

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L’Idée essentielle ressortie de la notion de famille telle qu’elle est conçue dans l’option africaine de société est que la famille ou mieux le lignage est coiffée par le clan. Ce dernier est structuré sur certaines valeurs sociales indispensables à l’équilibre de chacun et au maintien de l’harmonie entre tous: partage de biens, concorde mutuelle et hospitalité généreuse.

Dans cette perspective, la communauté clanique répond, globalement, aux besoins de ses membres et remplit des rôles on ne peut plus importants. Elle est comme une unité de production et un cadre de vie normal de l’individu auquel elle offre la sécurité globale et auprès duquel elle développe le sens de la solidarité.

 

1. La solidarité clanique

La solidarité ou mieux l’attractivité réciproque est le maître mot de l’idéologie clanique. Elle est basée sur l’entraide et le dévouement mutuels qui ne laisse guère de place à l’isolement solitaire. La solidarité clanique se définie par son

caractère fondamental de relationnisme communautaire qui se différencie nettement d’une simple solidarité économique et qui inspire non seulement le projet historique de société mais aussi la définition de l’homme conçu, non pas à partir d’une vision personnaliste et autonomiste, mais surtout d’une conception altruiste et généalogique qui le considère d’abord comme un membre bénéficiaire de l’hospitalité d’une filiation biologique et d’une tonicité solidaire de la continuité clanique[1].

Cette solidarité trouve aussi son point d’accomplissement sur des évidences considérées par tous comme fondement de toute moralité et qui sont notamment: le sens du bien communautaire, l’assistance aux personnes vulnérables et le partage équitable des richesses économiques.

 

2. Le bien communautaire

Dans l’esprit clanique, la subordination de projet individuel à l’idéal commun est une orientation majeure de la société. Les acquis du clan constituent ce bien commun que chacun des membres cherche à promouvoir et à protéger de façon dynamique et déterminée. Ces acquis sont notamment, le patrimoine clanique, les brousses et les forêts où l’on cultive les champs, les bétails petits et gros, les unions matrimoniales à légitimer et déjà consacrées, les enfants à faire grandir et à éduquer. C’est dans cette entreprise, initialement personnelle peut-être, que la responsabilité de chacun devient indispensable. Cyadima umwe, cydya bangi dit un proverbe luba qui se traduit par: ce qu’un seul plante, la communauté se le partage. Il est hors de question de penser ici à l’écrasement de l’individu par l’ensemble. Au contraire, il s’établit entre les deux une complicité de réciprocité sympathique. Celle-ci n’est pas

non plus un simple sentiment fugitif qui porte à une entraide généreuse ni un mouvement éphémère de soutient mutuel, encore moins un effet naturel de l’instinct de conservation. La solidarité est un système global, cohérent et bien caractérisé, qui insère les membres d’une famille par un double lien permanent: le lien vital de sang et l’obligation sociale du partage. Le premier est naturel, le second culturel, dû à une éducation ingénieuse et laborieuse. En ce sens, la solidarité est une carte d’identité des membres d’une famille[2].

La solidarité c’est donc la cohésion qui lie les membres du clan les uns aux autres et fait en sorte qu’on ne conçoive guère que telle famille vivrait dans l’abondance et le superflu, alors que ses frères ou sœurs claniques devraient croupir dans la misère. Cet autre proverbe luba l’explique bien lorsqu’il dit: bidi mwetu tente, amu cyebepube; ce qui signifie: ne dis pas que notre clan regorge de biens si tu n’y as pas ta part. Cette idéologie veut tout simplement mettre en valeur l’idée de partage et de prise en charge mutuelle.

Dans le vécu quotidien, chacun doit faire montre de cette solidarité par une assistance directe ou indirecte quand les diverses circonstances de la vie l’exigent. Les situations les plus courantes sont: la naissance, le mariage, la scolarisation des enfants, la maladie, le deuil, l’empri­sonnement d’un des membres. Dans toutes ces situations se témoigne la vitalité et le dynamisme de tous les liens qui unifient fortement tous les membres du clan. À tel point que

lorsqu’un membre du groupe est attaqué, la parenté tout entière se sent menacée. À l’occasion d’une grave palabre entre deux clans, n’importe quel membre du groupe accusé peut subir les conséquences du crime perpétré par un de ses frères(...). À cause des interactions continues qui existent entre les membres du même groupe, ceux-ci se sentent intimement liés les uns aux autres, pour le meilleur et pour le pire[3].

Parce que le clan se retrouve comme le premier nous dans lequel chacun est je et tu; chacun est pour l’autre respectivement mari ou femme; père ou mère; fils ou fille, frère ou sœur, grand-père ou petit fils, oncle ou tante. Il s’agit, vraisemblablement ici, d’un pacte, d’une alliance consommée entre chaque membre et son propre clan.

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[1]           TSANGU MAKUMBA, M. V., op. cit., p. 6.

[2]           BOKA di MPASI L., «Pour une pastorale africaine», in: Telema, n°26, avril-juin, 2/1981, p. 30.

[3]       THEEUWS, P. P., Familles anciennes-Familles nouvelles, rapport et compte rendu de la XXè semaine de missiologie, Louvain, 1960, Desclée de Brower 1961, p. 121.