1. Le rôle socio-historique du foyer parental dans la continuité clanique

Sommaire - Précédent - Suivant

Pour mieux saisir l’importance du rôle que joue socialement et historiquement la famille, il est nécessaire de savoir que dans l’univers idéologique négro-africain la fécondité représente la valeur idéale primordiale. Elle répond à une nécessité vitale. C’est pourquoi dans certains rites de fécondité notamment, on demande à Dieu des femmes et des enfants comme on demande du mil et de la fortune. «Donne le mariage, donne les enfants, multiplie les hommes. Donne les huit graines et la calebasse qui fait neuf. Donne le sel, de la pluie, du mil, des femmes, des enfants à naître»[1].

Pour une mère qui prépare sa fille au mariage, il n’y a pas de plus grands souhaits à formuler à son intention que ceux de devenir mère d’une nombreuse descendance. Chez les YANSI[2] par exemple, dans un rite approprié, la mère transmet à sa fille sa propre fécondité en lui disant: «je te remets ma fécondité, le nombre d’enfants que tu mettras au monde sera égal au nombre d’alevins d’un poisson. Moi ta mère, je te souhaite une bonne fécondité, tu engendreras comme je t’ai engendrée»[3].

Toutefois, cette fécondité physique est un aspect de la fécondité idéologique. Toutes les interrelations sont actives et responsables de redynamisation ou de la déperdition de la consistance énergétique individuelle. Ces interactions invisibles sont senties et vécues comme de modes de génération ou de procréation.

 

2. Fécondité et prospérité économique

L’observation montre que la majorité de la population africaine travaille dans les champs et vit de sa production agricole. L’Afrique abrite donc une population essentiellement rurale. L’agriculture et le petit élevage sont des activités économiques organisées, ils permettent aux habitants de subvenir à leur alimentation et aux autres besoins fondamentaux. «Bien que techniquement arriérées, les populations africaines sont des veritables cultivateurs. En effet, l’organisation de la production alimentaire leur a permis de s’établir de manière sédentaire et de développer tous les autres artisanats et une organisation sociale qui comporte des procédures élaborées de régulation communautaire»[4].

Dans ce contexte socio-économique, essentiellement marqué par la ruralité, toute la richesse du clan – faiblement insérée dans l’économie monétaire – sans outillage développé, se trouve dans ses membres. La prospérité est fonction de l’abondance en main-d’œuvre.

Plus on a de femmes et d’enfants, plus on dispose de bras pour travailler, plus grande sera la surface cultivée, plus nombreux seront les greniers et les bêtes du troupeau. Plus on est riche, intelligent et débrouillard, plus on aura d’enfants. Dans ce type d’économie, avoir des épouses et une progéniture nombreuse représente une forme de capitalisation et de spéculation, une des seules possibles[5].

Pour l’homme, atteindre l’état de paterfamilias où une nombreuse descendance travaille pour lui et où il peut être assuré d’une vieillesse heureuse et sans souci, est l’idéal poursuivi. C’est pourquoi, loin d’être une charge inutile, avoir des enfants assure l’avenir sur le plan socio-économique et confère du prestige et de la considération sociale. C’est le symbole de la puissance, le signe de la richesse, la condition de l’abondance. Pour le groupe au sens large, tout accroissement en nombre représente aussi un accroissement en force et en cohésion[6].

Sommaire - Haut de la page - Suivant



[1]           ERNY, P., op. cit., p. 21.

[2]           Une ethnie du Kuilu dans la région de Bandundu au centre-ouest du Zaïre.

[3]       HOCHEGGER, H., op. cit., 31.

[4]           TSANGU MAKUMBA, M. V., op. cit., 18.

[5]           ERNY, P., op. cit., 21.

[6]           Ibidem, p. 22.