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3. L’Église dans son rôle de subsidiarité

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Au Zaïre, l’Église a toujours eu un souci permanent de collaborer à l’éducation et à l’instruction non seulement de la jeunesse mais aussi du peuple tout entier[1]. l’Église est restée l’un de principaux promoteurs de l’œuvre de l’éducation. Pensons à:

– l’alphabétisation jusque dans les coins les plus reculés;

– la construction des établissements scolaires et sanitaires;

– la création de la première université;

– la valorisation de la culture locale par la création des écoles d’art, l’étude des langues maternelles et leurs usages;

– la conscientisation des masses au travail de la promotion humaine en Afrique aujourd’hui;

l’encadrement des jeunes dans des divers mouvements et

– la promotion des sports.

Dans un message adressé à l’occasion du 25e anniversaire de l’indépendance du pays[2], les évêques, une fois encore, définissent leur intime conviction qu’évangéliser et promouvoir le bien-être légitime des hommes font partie de la même mission pastorale reçue du Christ:

Nous n’avons pas seulement conseillé en parole. Nous avons aussi attiré votre attention sur les actes accomplis par l’Eglise durant ces vingt-cinq années. En effet, l’Eglise a accru son engagement direct dans le domaine du développement; elle a élargi sa collaboration habituelle dans les domaines scolaires, sanitaires, sociaux; elle a intensifié son action dans la formation des adultes par les communautés chrétiennes vivantes, dans l’éducation de la femme zaïroise, dans l’aménagement de la vie des masses rurales et des habitants des quartiers périphériques des villes, dans la promotion des catégories sociales les plus défavorisées.[3]

Mais ce rôle elle l’exerce dans des conditions souvent héroïques, en dépit des difficultés d’ordre structurel et éthique, elle ne peut pas démissionner dans sa mission d’éveiller les consciences aux valeurs essentielles. L’Eglise reconnaît la place de premier plan que doit occuper l’école, car en vertu même de sa mission, l’école constitue un des lieux privilégiés de personnalisation et de socialisation. Introduisant au patrimoine culturel de l’humanité, elle promeut le sens des valeurs et prépare efficacement à la vie sociale et professionnelle[4]. C’est pourquoi, il est important d’attirer l’attention sur la nécessité de préparer les jeunes à accomplir dignement les tâches qui les attendent dans la situation actuelle de la société africaine[5].

Pour montrer le rôle non moins important que doit jouer l’Eglise en matière d’éducation, le pape Jean XXIII disait:

Pour s’acquitter de la mission que lui a confiée son divin fondateur, annoncer à tous les hommes le mystère du salut et tout restaurer dans le Christ, notre sainte Mère l’Eglise doit se soucier de la vie humaine dans son intégralité, et même de la vie terrestre en tant qu’elle est liée à la vocation céleste, aussi a-t-elle un rôle à jouer dans le progrès et le développement de l’éducation[6].

C’est cette libération de tout homme que le Christ mettra en exergue par sa Venue-Vie et à chaque fois qu’il sera pris de compassion pour la foule, les malades (Cf. Mc 6, 34 - 44; 5, 34).

Paul VI emboîte le pas au maître lorsqu’il affirme qu’aucune activité humaine n’est étrangère à l’évangile[7]. Comme quoi, il appartient à l’Eglise de ne ménager aucun effort pour libérer l’homme et le faire passer de l’état d’ignorance à la connaissance, des conditions moins humaines aux conditions plus humaines. Car

tous les hommes de n’importe quelle race, âge ou condition, possèdent, en tant qu’ils jouissent de la dignité de personne, un droit inaliénable à une éducation qui réponde à leur fin propre, s’adapte à leur caractère, à la différence des sexes, à la culture et aux traditions ancestrales et en même temps, s’ouvre à des échanges fraternels avec les autres peuples pour favoriser l’unité véritable et la paix dans le monde. Or, le but que poursuit la véritable éducation est de former la personne humaine dans la perspective de sa fin suprême, en même temps que du bien des sociétés dont l’homme est membre, et dont, une fois devenu adulte, il aura à partager les obligations[8].

Aussi bien pour la société civile que pour l’Eglise,

l’école tient une importance particulière; elle est, en vertu de sa mission, le principal facteur de développement des facultés intellectuelles, elle exerce le jugement, elle introduit dans le patrimoine culturel dû aux générations antérieures, elle promeut le sens des valeurs, elle prépare à la vie professionnelle; elle fait naître des relations d’amitié, elle favorise les dispositions à bien se comprendre. Elle constitue surtout comme centre à l’activité et au progrès auquel doivent participer les familles, les maîtres, les associations de toutes sortes qui développent la vie culturelle, civique et religieuse, la société civile et toute la communauté humaine[9].

Si par sa mission et par sa vocation, l’Eglise est appelée à être présente au monde et dans les milieux éducatifs des jeunes pour y assurer une formation morale et religieuse, elle tient à marquer sa présence à titre particulier dans les écoles catholiques. La spécificité de ces-dernières est de créer pour la communauté scolaire une atmosphère animée d’un esprit évangélique de créativité et de charité. Elles doivent, en fait, aider les jeunes à développer leur possibilité en faisant en même temps croître cette créature nouvelle qu’ils sont devenus par le baptême, et finalement d’ordonner toute la culture humaine à l’annonce du salut de telle sorte que la connaissance graduelle que ces jeunes acquièrent du monde, de la vie et de l’homme, soit illuminée par la foi. C’est dans le même esprit que l’Eglise offre son aide à tous les peuples pour promouvoir la perfection complète de la personne humaine, ainsi que pour assurer le bien d’un monde toujours plus humain.

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[1]           Plusieurs documents de la Conférence des Évêques Zaïrois et du SCEAM en témoignent. C.E.Z., L’éducation, déclation de l’épiscopat du Zaïre; Le chrétien et le développement de la nation, exhortation pastorale des évêques du Zaïre; Tous solidaires et responsables devant l’immoralité publique, lettre pastorale des évêques du Zaïre; Appel au redressement de la nation, déclaration des évêques du Zaïre ; Le 25e anniversare de l’indépendance du Zaïre, message des évêques zaïrois; Le mal est à la racine et non pas en surface, mémorandum des évêques zaïrois au chef de l’Etat. SCEAM, L’Eglise et la promotion humaine en Afrique aujourd’hui, exhortation pastorale des évêques d’Afrique et de Madagascar .

[2]           La proclamation de l’indépendance a eu lieu le 30 juin 1960 et elle a été précédée d’une table ronde qui a vait commencé ses travaux le 20 janvier et qui les avait terminés le 19 février.

[3]           C.E.Z., Le 25e anniversaire de l’indépendance du Zaïre. Message des évêques zaïrois, texte titré et sous-titré de la D. C., 1902, 1er-15 septembre 1985, p. 896.

[4]           SCEAM, L’Eglise et la promotion humaine en Afrique aujourd’hui. Exhortation pastorale des évêques d’Afrique et de Madagascar, Kinshasa, 15 - 22 juillet 1984, n° 105.

[5]           Ibidem, n° 106.

[6]           Jean XXIII, Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS, LIII (1961), p. 402; Cf. Constitution Dogmatique De Ecclesia , n° 17.

[7]      L’encyclique Populorum Progressio, publiée deux ans après la cloture du Concile, se situe dans le droit fil de celui-ci et plus particulièrement de sa Constitution Pastorale Gaudium et Spes. Populorum Progressio approfondit et complète la pensée de Jean XXIII et celle du Concile sur la question du développement économique et culturel. Paul VI commence par une analyse des faits. En effet, il observe que le fait majeur aujourd’hui est que la question sociale est devenue mondiale: les peuples de la faim interpellent les peuples de l’opulence. Suit alors la description des aspirations des hommes à être plus en étant affranchis de la misère, de l’oppression, de l’ignorance, alors qu’en fait les situations d’injustice internationale vont en s’aggravant. Face à cette situation, Paul VI développe la conception chrétienne du développement, qui ne se réduit pas à la croissance économique mais se veut intégrale, c’est-à-dire promouvant tout l’homme et tout homme; car chaque être a le devoir de mettre en œuvre toutes ses aptitudes pour atteindre son épanouissement et accomplir le destin que Dieu lui propose, et la société a le devoir de l’y aider pour une solidarité universelle.

[8]           G. E., n° 1; Voir aussi: Jean XXIII, Encyclique, Pacem in Terris, 11 avril 1963; la Déclaration universelles des droits de l’homme approuvée par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 10 déc. 1948 et Déclaration des droits de l’enfant, 20 nov. 1959.

[9]           G. E., n° 5.