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2. Du produit de l’école

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De ce qui précède, il convient d’affirmer sans ambages que seulement l’homme formé au sens du travail accompli, à la compétence, à la conscience, à la créativité, à la sociabilité nous paraît être capable de contribuer effectivement au développement de la société et à son équilibre. Et l’école fait-elle sienne cette préoccupation?

Dans une enquête réalisée à Kinshasa[1], nous avons été informés du portrait que certains parents dressent de l’écolier actuel. Sur 709 enquêtés, 78 % sont des hommes dont 72 % ayant dépassé la trentaine, 88 % ayant acquis une instruction secondaire ou supérieure. Les enquêtés sont tirés des zones de Bandal, Kintambo, Lemba, Ngaliema, Bumbu et Selembao. Les résultats indiquent que 91 % des parents interrogés estiment que l’écolier d’aujourd’hui diffère complètement de celui d’autrefois.

Aux yeux des enquêtés, l’écolier actuel est sans intérêt pour les études, moins studieux, mais «intelligent», ne sachant ni lire ni écrire, d’un niveau bas et insuffisant. Sans ambition, sans initiative personnelle, sans souci de l’avenir, impoli, avide de liberté, pas adapté ni ouvert. Aucune moralité, inconscient, exigeant, sans esprit de sacrifice, négligeant, orgueilleux, paresseux, médiocre, pas sérieux.

De l’étudiant il est dit qu’il est intellectuel, bavard, vantard, débrouillard et malhonnête. Ainsi par exemple la tricherie est une chose normale aux yeux de la plupart d’élèves et étudiants. Pour eux ce n’est pas un mal de tricher du moment qu’on n’est pas surpris, mais c’est plutôt une façon de se tirer d’affaire; c’est une manière de se débrouiller. Il faut étudier pour apprendre, tricher pour réussir et «coopérer» pour passer de classe. Cette pratique devenue systématique dans des milieux estudiantins est appelée dans leur argot: cartouche, accordéons, canevas, document, coopération.

Si telle est la situation au niveau de l’éducation morale, on ne peut pas croire cependant que l’éducation sociale, politique et esthétique soit la mieux assurée. On observe chez les étudiants et écoliers

aucun respect des biens communs mis à leur disposition: bâtiment, latrines, tables, chaises, livres pour ne citer que ces exemples-là! Les classes crasseuses, pleines de morceaux de papiers ne gênent personne! Les homes des étudiants sont aussi crasseux! Ils donnent des apparences de porcherie mal entretenue. Par ailleurs ils retentissent du vacarme autant que les bars de la cité. Une seule loi y est reconnue: il est interdit de permettre un quelconque calme pour étudier ou pour dormir![2]

Comme on peut bien le constater, le produit de notre école est douteusement éduqué avec une instruction fort en baisse et dépourvue de moyens. L’école, nous semble-t-il, est devenue le lieu d’où l’on devient intelligent et habile sans former le cœur et l’âme. Le pédagogue VINCK dirait qu’on enseigne trop sans éduquer assez. Quelles en sont alors les causes? Qui en sont les responsables?

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[1]           USAWA, n° 5 - 8, 1989 - 1990, pp. 70 - 73.

[2]           IZIA, M., op. cit., p. 71.