Ayaas ancien logo  

2. Les étapes initiatiques

Matières - Précédent - Suivant

L’objectif primordial de l’initiation dans la tradition africaine est, comme nous l’avons déjà dit, de favoriser la maturation de l’enfant pour en faire un adulte utile à la société. C’est ainsi que la tradition met sur pied un cadre formatif comprenant essentiellement trois étapes: la phase préparatoire, la réclusion et la renaissance.

L’étape préparatoire a pour objectif de disposer le candidat et toute la communauté villageoise avec à cette étape importante à la croissance humaine. En effet, toute la communauté, se résoud à régler tous les différends entre ses membres avant l’entrée des jeunes dans la formation initiatique.

La réclusion est le temps d’initiation proprement dite. Elle est la phase active d’apprentissage pour le néophyte, de remise en quetion et de remise de compte dans les divers domaines: technologie, arts et sagesse. Tout ceci se passe en dehors du village et de la vie ordinaire, dans un camp construit explicitement pour cette fin. La revalorisation de cette étape consiste à mettre en évidence le fait que

toute la formation doit se dérouler dans une ambiance de mystère. La vie en effet est un mystère qui se révèle et qu’on accueille progressivement dans l’humilité et la gratuité. La formation initiatique est comme une plante qui s’expose aux rayons bienfaisants de la lumière taborique, pour se laisser transformer et s’épanouir. Cette illumination intérieure et extérieure, transforme radicalement la personnalité de l’initié: il devient un homme nouveau[1].

Le moment de réclusion est comparable à un retour dans le sein maternel, c’est une mort symbolique en vue d’une nouvelle naissance. C’est aussi le temps de dures épreuves physiques qui sont des sortes de tests pour vérifier le degré d’intériorisation des techniques et les sagesses acquises et pour effacer chez les jeunes l’illusion d’une vie facile. «C’est à travers les épreuves que les initiés assimilent vitalement et expérimentalement le contenu de la formation qui leur est dispensée. Sans ces épreuves, les jeunes n’arriveraient pas facilement à l’engagement et à la métanoïa libératrice»[2]. Ce sont des épreuves initiatiques. On y travaille dur manuellement, car le jeune doit être capable de surmonter les moments difficiles de la vie et de subvenir à ses propres besoins et à ceux de la communauté. On s’initie aux travaux de défrichement, de construction des cases, de tressage des nattes et des nasses, de fabrication des poteries, à la vie familiale et au maintien du ménage. Mais ce temps a aussi un impact communautaire. Le fait de vivre ensemble avec les autres enfants du village, partageant les mêmes joies et les mêmes épreuves fait prendre aux jeunes conscience de leur appartenance au même groupe social et les aide à s’efforcer d’acquérir les attitudes et les comportements correspondand aux exigences de la communauté.

Au terme de cette préparation générale à la vie sociale et communautaire, les nouveaux initiés rentrent solennellement au village au rythme de danse, après un bain rituel. La sortie de l’initiation est une sorte de résurrection marquée par la prise d’un nouveau nom par l’initié pour justifier la rupture avec l’étape antérieure et pour marquer le passage à la nouvelle vie qui commence.

Ce regard rétrospectif sur l’initiation traditionnelle africaine voudrait d’abord marquer l’importance du rôle joué non seulement par la cohésion clanique et familiale mais aussi l’apport donné par toute la collectivité villageoise dans la formation du jeune homme ou de la jeune fille. La formation de l’enfant commence dans le petit cercle familial pour aboutir à l’école commune villageoise. En effet, l’initiation traditionnelle africaine est une école dans laquelle le jeune négro-africain allait parfaire sa formation humaine en vue de l’entrée dans la vie adulte qui le déterminera comme membre actif et responsable de sa société.

Haut de la page - Matières - Précédent - Suivant



[1]      MATONDO, Mgr., Vers la métanoïa libératrice, Kinshasa, Saint Paul, 1981, p. 55. Ce livre est l’un des manuels que l’auteur, fondateur des Bilenge ya Mwinda - Jeunes de Lumière met à la disposition de la formation des jeunes en paroisses zaïroises. Les Bilenge ya Mwinda sont le fruit d’une pastorale inculturée lancée par Mgr. Matondo, alors vicaire d’une des paroisses de Kinshasa (Saint Pierre) vers les années 1972. C’est à partir de l’initiation traditionnelle négro-africaine relue à la lumière de l’évangile qu’il va mettre sur pied cette nouvelle pastorale des jeunes. La motivation du fondateur du mouvement Bilenge ya Mwinda est née du spectacle d’une jeunesse urbaine désemparée, errant, sans guide ni idéal. Il fallait donc trouver une méthode efficace d’encadrement et d’éducation adaptée aux valeurs de la culture négro-africaine pour faire connaître aux jeunes la haute personnalité de Jésus-Christ.

[2]           Ibidem, À l’assaut de l’Himalaya, Kinshasa, Saint Paul, 1976, p. 56.