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III.

Action éducationnelle et engagement parental face aux contraintes socio-économiques actuelles

 

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Il est courant d’entendre les anciens se féliciter de leur sort tout en se lamentant sur celui des jeunes. D’une part, ils se consolent d’avoir été mieux éduqués à leur belle époque plus ou moins reculée et affirment avoir bénéficié d’un ensemble des conditions plus propices à leur développement physique, intellectuel et moral. D’autre part, ils se lamentent avec angoisse sur le sort de leurs enfants; angoisse d’autant plus déchirante qu’ils se savent être les responsables patentés de l’éducation et de l’avenir de ces derniers.

Les jeunes de leur côté ou bien se moquent des anciens les taxant de passéistes nostalgiques devant les temps qui ont changé; ou bien, l’âme meurtrie par les propos alarmants des aînés, prophètes irresponsables des malheurs des nouvelles générations, leur reprochent de ne pas être parvenus à la hauteur des maîtres de la vieille époque révolue.

Entre temps, les réformes du système éducatif, les perpétuelles mesures de redressements et les sonnettes d’alarmes d’origines diverses se succèdent à une cadence qui insécurise autant les anciens, qu’elles désorientent les jeunes donnant aux uns et aux autres la nette impression que rien n’est vraiment au point, qu’on tâtonne et que l’avenir de l’homme et de la société est menacée[1].

Ces cris d’alarme, si on peut ainsi les appeler, sont des signaux indicateurs d’un véritable problème qui atteint le processus éducationnel dans une société déjà meurtrie par une crise socio-économique. Celle-ci se manifeste, dans la vie quotidienne de l’enfant, par certains comportements répréhensibles tels que: le manque de sens de responsabilité et du bien commun, le manque d’amour et d’esprit de pardon, l’impolitesse, la malhonnêteté, l’égocentrisme, l’intolérance, la tricherie, la légèreté, la négligence, l’insouciance, l’absence d’esprit d’équité, la haine, l’envie, la calomnie. Toutes ces attitudes, il est certain, engendrent la dégradation des rapports entre enseignants et élèves, entre parents et enfants, entre famille et enfants, entre familles et société. Mais, c’est surtout la famille qu’elles dégradent de fond en comble, cette première cellule de la société et première porte par laquelle les hommes viennent au monde; la famille, milieu naturel de l’enfant et lieu privilégié de l’éducation. Cette famille, cependant, est en train d’être désorientée, désagrégée par des situations qui l’empêchent de remplir son droit fondamental d’éducation et qui exaspèrent les relations entre parents et enfants: conditions de vie médiocre, manque de santé physique, mentale et morale, divorce, instabilité des foyers. La famille est pour ainsi dire au cœur de la tempête et ne peut remplir, hélas! son rôle, sa mission, pourtant noble. De quoi s’agit-il en fait? D’une crise de la société ou d’une crise de la famille? C’est une crise de valeurs essentielles, si fondamentales que le sort de la société et celui du destin de l’homme en dépendent.

Il nous incombera de relever dans l’action éducative les différentes responsabilités et les causes sous-jacentes afin de lever l’hypothèque de cette dérive sociale. Ainsi conçue, notre approche s’articulera autour de deux grandes charnières où dans un premier temps, il sera question pour nous de définir le concept éducation (A) tout en montrant le sens qu’il revêtait dans la société traditionnelle (B) à la différence de la société urbanisée (C). Et puis, nous indiquerons, en second lieu, les différents acteurs de l’action éducative (D).

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[1] MUDIJI, M., «Education et chances d’une conscience malheureuse», in: USAWA, n° 5 - 8, 1989 - 1990, p. 195.