6.2.1.
Le formateur
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formateur ou la formatrice doit être un(e) missionnaire convaincu(e) de
sa vocation religieuse, qui la vit dans la joie, l’amour et la paix, et
qui voudrait partager cette joie avec les autres. Son premier rôle n’est
pas d’abord de livrer un certain corpus d’enseignement mais de partager
son expérience de vie religieuse et ouvrir une piste qui donne aux jeunes
de s’engager, eux aussi, pour la cause du Christ. C’est
avant tout un ministère de témoignage et d’accompagnement. Le formateur
ou la formatrice est donc un « poteau indicateur », un chemin
qui ouvre vers Jésus et son Père à l’exemple de Jean le Baptiste. C’est
un(e) religieux (se) sur qui l’Institut place sa confiance
pour la formation de ses jeunes ; par conséquent, il porte
la responsabilité de l’avenir de l’Institut quant à la qualité de ses
futurs membres, car de la qualité de la formation dépend aussi la qualité
des membres. C’est
pourquoi, certaines qualités sont requises d’un formateur/trice. Entre
autres qualités, nous pouvons citer, sans être exhaustif, une vie de foi
et de prière, un solide jugement, le sens des personnes, la disponibilité,
l’équilibre humain et religieux, le zèle, l’esprit de vie communautaire
et de travail en équipe, amour de son propre ministère, intellectuellement
ouvert et réceptif, fidèle à la Tradition mais aussi ouvert à la réalité,
ouverture qui lui permet des adaptations nécessaires, etc.[1] C’est
ainsi que sa propre formation, son style de vie et l’ouverture aux autres
dans la communauté, son amour pour ceux dont il a la charge doivent être
un support qui l’aide à assumer son ministère. Pour
qu’une personne soit capable de donner le meilleur de lui-même, il faudra
que lui soit accordée la chance d’acquérir ce meilleur. Il n’est pas toujours
facile de donner ce que l’on n’a pas. Celui qui se donne doit être suffisamment
constitué. Le but de la formation du formateur est d’abord de l’aider
à se connaître lui-même, à s’apprécier en vue d’apprécier aussi les autres.
Les sciences ecclésiales et humaines viendront comme pour le parfaire
dans son humanité religieuse. Celui
qui ne se connaît pas assez ou qui ne s’apprécie pas assez, vit sous l’emprise
de la peur ; peur de sa propre inconnue, peur de sa responsabilité
et de la liberté des autres ; peur de soi-même, de son vide intérieur,
du fond obscur de ses désirs et ses instincts que l’on projette sur les
autres[2].
Il faudra qu’il apprivoise d’abord sa propre ombre[3]. Cette
insécurité personnelle n’est pas de nature à aider le formateur dans son
apostolat de formateur. Plusieurs formateurs que nous avons rencontrés
et avec qui nous avons eu la chance de partager franchement n’ont pas
manqué de nous avouer combien ils n’étaient pas suffisamment ou pas du
tout préparés pour un tel ministère. Comme nous venons de le dire, une
personne non préparé et qui ressent cette insécurité manquera de confiance
en lui-même et deviendra rigide. Le
processus de maturité s’accomplit à travers l’acceptation de soi et la
capacité d’assumer les responsabilités. La formation du formateur n’est
pas seulement académique, mais elle aussi et surtout humaine et religieuse.
L’action (ministère) est une conséquence de la formation qui envoie
vers les autres. C’est notre vocation qui nous confie la mission. La
formation du formateur le prépare donc à s’assumer, à s’imposer un rythme
de vie qui l’aide à développer les valeurs qui sont en lui ; à apprécier
les valeurs chez les autres et à compter sur les autres; à devenir exigeant
vis-à-vis de lui-même avant de l’être pour les autres mais aussi à devenir
réaliste et tolérant. C’est donc un travail sur soi-même. C’est ainsi
qu’il est le grand protagoniste dans ce processus de sa formation. Cette
conscience de l’avoir été pour lui-même l’aidera aussi à encourager les
jeunes à être protagonistes de leur propre formation. Les valeurs humaines
et religieuses constituent la toile de fond de sa formation. En
plus du travail sur lui-même, le formateur est appelé à découvrir et promouvoir,
chez les jeunes en formation, les bonnes motivations à la vie religieuse.
Ce qui est un travail de patience, de confiance et de dévouement. Puisque
la rencontre de l’autre ne se fait pas sans heurt, le formateur est appelé
à un dépassement de lui-même et à connaître la personne humaine concrète
sous sa guide en vue d’une rencontre vraie et franche. L’étude et la compréhension
de la personne, de son milieu de vie et de toute la culture doivent se
trouver en arrière-fond de la formation du formateur. C’est
ainsi que dans son propre programme de formation, le formateur devra intégrer
et s’intéresser activement à la spiritualité et à d’autres sciences humaines
telles que la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, la morale,
la philosophie, etc. qui l’habilitent à connaître la personne humaine.
Etant donné ce qui est demandé du formateur, sa formation s’avère donc
une exigence[4].
Etant
donné que cette tâche requiert sérénité, disponibilité, patience, compréhension
et une affection véritable pour ceux qui ont été confiés à la responsabilité
pastorale de l’éducateur[5], il ne sera jamais assez
d’insister sur la nécessité de la formation du formateur.
Un autre aspect important que nous voulons suggérer c’est de donner la
chance au futur formateur de faire une expérience pastorale en paroisse
ou tout autre ministère qui lui donne la chance de rencontrer plus d’une
variété de catégorie de personnes, ainsi, il apprendra à gérer ces différences.
Assez souvent, amener directement dans une maison de formation, pour en
faire un formateur, un jeune homme qui finit sa propre formation première,
est une imprudence, car on l’exposerait facilement devant des situations
difficiles où son jugement n’est pas encore exercé. Ce qui pourrait le
frustrer. Le tout dépendra du jugement du supérieur majeur compétent qui
pourrait discerner de la capacité du candidat.
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Cfr. Normes générales de formation oblate, Rome, Maison générale,
1997, p. 23 ( n°65). L’Instruction Potissimum institutioni
dit : « En plus d’une bonne connaissance de la doctrine
catholique concernant la foi et les mœurs, l’exigence de qualités
appropriées apparaît donc évidentes pour ceux qui assument les responsabilités
de formation : capacité humaine d’intuition et d’acceuil ;
expérience développée de Dieu et de la prière ; sagesse qui dérive
de l’écoute attentive et prolongée de la Parole de Dieu ; amour
de la liturgie et compréhension de son rôle dans l’éducation spirituelle
et ecclésiale ; compétence culturelle nécessaire ; disponibilité
de temps et de bonne volonté pour se consacrer aux soins personnels
de tous les candidats et non seulement du groupe », Potissimum,
n. 31. [2]
Cf. f. eboussi-boulaga,
A contretemps, p. 79. [3]
Le père Jean
Mombourquette, professeur à l’université saint Paul d’Ottawa, au Canada,
développe d’une façon intelligente la stratégie d’apprivoisement de
son ombre. On pourrait lire avec profit son ouvrage devenu best-seller
Apprivoiser son ombre. Le côté mal-aimé de soi, aux éditions
Novalis. [4]
Cf. Vita Consecrata, n°66 [5]
Potissimum institutioni, n, 31. |