6.1. Programme et méthodologie  

 

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Pour qu’une mission aboutisse, elle doit avoir un but, un objectif à atteindre. Et c’est en fonction de cet objectif qu’un personnel adéquat et qualifié  oriente tout l’ensemble de ce qui constitue la réalisation de cette mission. Il ne suffit pas simplement d’élaborer un programme, mais il faut surtout des personnes motivées qui le portent pour le réaliser à travers une méthode appropriée.

Dans la vie religieuse, la formation des membres est un des objectifs primordiaux ; elle est une formation à être témoins de Jésus-christ au monde et à l’annoncer. La formation oriente donc beaucoup plus à l’acquisition de certaines vertus qui aident à témoigner de cet amour.

Le programme n’est efficace que dans la mesure où il est appliqué de façon adaptée et si les intéressés en tirent grand bénéfice. C’est ainsi que les normes générales doivent être interprétées et retransmises à travers de directoires particuliers où ils sont appliqués avec efficacité.

Les programmes de formation, s’ils veulent être efficients, doivent tenir compte de trois éléments importants : leur enracinement dans l’enseignement de Jésus-Christ, leur enracinement dans les cultures, et leur prise en compte de la psychologie de ceux et celles qui sont engagés dans les programmes. Ils ne sont valables que dans la mesure où ils préparent des jeunes à faire face aux nouveaux besoins, à l’émergence de l’inattendu et du non-prévu[1].

Ceux et celles engagés dans les programmes de formation sont les formandi; les formateurs et formatrices ayant profité, eux aussi de cette formation, sont à leur tour en charge de ceux et celles confiés à leur sollicitude. C’est que leur expérience personnelle doit normalement contribuer à ce cheminement formatif et communautaire.

Qu’une congrégation religieuse soit internationale ou diocésaine, elle devra tenir compte de ces éléments, car l’enracinement dans l’enseignement de Jésus-Christ lui donne ce caractère « universel » ; considérer le Christ comme le point de départ et d’arrivée. C’est autour du Christ que les disciples doivent se rassembler.  Cette conviction permet de ne pas se perdre dans les particularités culturelles dont il faudra bien tenir compte ; l’enracinement dans des cultures particulières permet une intelligence et donne un sens aux engagements.

Il est toujours mieux de connaître et de savoir à partir d’où on s’engage. L’apport de la culture est d’aider à l’incarnation de la Parole et des enseignements de Jésus-Christ. Que les cultures s’évangélisent et que l’évangélisation (ou mieux les évangélisateurs) puise aussi ses forces et inspirations dans des cultures; la connaissance de la psychologie des bénéficiaires des programmes permet d’établir une méthodologie d’éducation progressive qui permet aux intéressés de se connaître aussi eux-mêmes pour ne pas se surestimer ou même se sous-estimer. Ce « timing » et cette connaissance s’avèrent nécessaires.

Marcello Zago, alors Supérieur général des Missionnaires Oblats, écrivait, à l’occasion de la publication des Nouvelles Normes générales de formation pour les Oblats :

 Il appartient maintenant aux Provinces et aux Délégations de s’approprier ces Normes générales de la formation oblate, en adaptant les sections qui favorisent l’inculturation dans leur propre contexte et qui encouragent la communion avec l’Eglise locale, sans oublier que pour saint Eugène de Mazenod et sa Congrégation, l’unité entre nous et le zèle missionnaire demeurent essentiels[2].

Il nous semble que cet appel, de celui qui deviendra par la suite le Secrétaire général de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, est une invitation à des initiatives qui tiennent compte des réalités locales et aussi des inspirations fondatrices autour desquelles les membres d’une famille religieuse doivent se retrouver. Ce défi est lancé aussi aux formateurs qui devront faire preuve d’innovation créatrice dans la fidélité.

Etant donné que l’agent principal dans la formation est le formandus, le processus de la formation devra donc tenir compte de celui-ci et y prêter une attention soutenue. C’est pourquoi nous disions plus haut que les formateurs comme les formatrices devront bien connaître la psychologie de leurs formandi, s’intéresser à leur milieu, leurs origines et leur contexte. C’est tout cet ensemble qui forme la personne humaine et chacun porte avec soi ce qui, dès son enfance, a formé son être homme ou femme.

C’est quand on connaît ses origines que le formateur/trice peut être en mesure d’accompagner la personne qui lui est confiée; cet exercice n’a aucunement l’objectif de catégoriser mais plutôt de connaître et de comprendre le formandus. Il serait hasardeux de s’aventurer sur la formation de la personne en ne se fiant qu’à des principes généraux qu’on chercherait à appliquer sur qui que ce soit.

L’appel de Dieu s’adresse à un individu qui doit y répondre selon ses aptitudes qu’il devra conformer aux normes pendant les étapes qui lui sont proposées, étapes adaptées à la dynamique de son évolution. « Répondre à la vocation chrétienne, et vivre cette vocation implique les dynamismes humains de base tels que la connaissance, le vouloir et l’amour. Ces dynamismes ont leur fondation dans l’être de la personne humaine dont elles sont la manifestation »[3]. C’est l’être qui s’engage avec tout ce qu’il est et tout ce qu’il a. Une vocation prend tout l’homme, c’est pourquoi la réponse qui y est demandée est aussi « totale ».

            Que nous ayons reconnu la place importante que doit prendre le jeune en formation (formandus) puisque c’est lui qui devra se conformer à la logique de la sequela Christi ; nous ne pouvons pas aussi sous-estimer le rôle combien important du formateur ou de la formatrice dans le processus, car il ne s’agit pas simplement de donner la leçon mais plutôt de donner l’exemple et surtout d’accompagner des personnes.

 De la formation première et continue dépendent la vie et la mission de la Congrégation. Grâce à elle, l’homme apostolique se forge dans ses multiples dimensions, dans les diverses étapes de sa vie et dans des engagements missionnaires variés[4].  

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[1] j. chittister, Le feu sous les cendres, p. 303.Continuant sa réflexion, dans le même ouvrage, l’auteur écrit : « une formation qui ne nous prépare pas à nous mettre librement au service des pauvres ou à prêter attention aux questions fondamentales de notre époque, qui ne nous sensibilise guère aux enjeux de la théologie de la libértaion, de l’œcuménisme et du féminisme, une telle formation ne favorise pas notre viabilité », p. 303. C’est dans ce même sens que le pape Jean-Paul II souligne que « pour être complète, la formation englobera les domaines de la vie chrétienne et de la vie consacrée. On doit par conséquent prévoir une préparation humaine, culturelle, spirituelle et pastorale, en prenant soin de favoriser l’intégration harmonieuse des différents aspects. A la formation initiale, comprise comme une évolution progressive qui passe par toutes les étapes de la maturation personnelle—de la maturation psychologique et spirituelle à la maturation théologique et pastorale--, on doit ménager un laps de temps suffisamment long qui, dans le cas des vocations au sacerdoce, puiise coïncider et s’harmoniser avec un programme d’études spécifique, intégré dans un parcours de formation plus large », Vita consecrata, n. 65.

[2] m. zago,  Avant propos aux Normes générales de la formation oblate, Rome, Maison générale, 1997, p.3. Par la suite nous abrégerons NGFO.

[3] l.m. rulla, Anthropology of the christian vocation. Vol. I Interdisciplinary bases, Rome, Gregorian University press, 1986, p. 117. La traduction est de nous.

[4] m. zago, Avant-propos aux NGFO, p. 3.