Chapitre VIL’initiation africaine et la formation religieuse en Afrique
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Dans
toute entreprise, la formation du personnel apparaît comme une nécessité
et un impératif dont on ne peut se passer. L’avenir du groupe en dépend.
Si les entreprises d’Etat doivent préparer leur personnel dans le cadre
de leur mission, à plus forte raison les congrégations religieuses missionnaires
dont la mission s’exerce dans et au-delà des frontières et implique la
rencontre d’un public plus varié et plus large. C’est avec raison que
le pape Jean-Paul II souligne son importance dans son exhortation apostolique
Vita consecrata : L’objectif
central de la démarche de formation est la préparation de la personne
à la consécration totale d’elle-même à Dieu dans la sequela Christ, au
service de la mission. Répondre ‘oui’ à l’appel du Seigneur en s’engageant
personnellement dans la maturation progressive de sa vocation, cela relève
de la responsabilité inaliénable de ceux qui sont appelés, qui doivent
ouvrir leur propre vie à l’action de l’Esprit Saint ; cela suppose
de suivre généreusement l’itinéraire de formation, en accueillant avec
foi les médiations que proposent le Seigneur et l’Eglise[1]. Parmi les défis actuels de l’église en Afrique, le
Pape souligne l’importance de la formation quand il écrit : Le Synode a mis si fortement
l’accent sur la formation des agents de l’évangélisation en Afrique. J’ai
déjà rappelé la nécessité d’une formation appropriée des candidats au
sacerdoce et de ceux qui sont appelés à la vie consacrée. L’Assemblée
a également prêté l’attention qui convient à la formation des fidèles
laïcs, soulignant leur rôle irremplaçable dans l’évangélisation de l’Afrique »[2]. Plus
loin, le Saint-Père ajoute : « Dans tous les secteurs
de la vie de l’église, la formation est d’une importance capitale. Personne,
en effet, ne peut clairement connaître les vérités de foi qu’il n’a jamais
apprises ni poser des actes auxquels il n’a jamais été initié… La formation
missionnaire occupera une place de choix… Le programme de formation doit
inclure, en particulier la formation des laïcs à jouer pleinement leur
rôle d’animation chrétienne de l’ordre temporel (politique, culturel,
économique, social) qui est une caractéristique de la vocation séculière
du laïcat[3].
Une
formation, pour être efficace, suppose des étapes durant lesquelles elle
est assimilée au fur et à mesure par les candidats. Il serait indigeste
de le servir sur un seul plat et en même temps. C’est pourquoi la formation
religieuse va procéder par des étapes importantes qui sont la culture
même des vocations à travers diverses animations dans la pastorale juvénile,
la pastorale des vocations, le prénoviciat, le noviciat et le post-noviciat,
période pendant laquelle le jeune se prépare aussi à s’engager par des
vœux perpétuels. Etant
donné le caractère de totalité de cet engagement, l’intéressé doit s’ouvrir
avec confiance et se disposer à se former, c’est-à-dire à accueillir ce
qui devra transformer toutes les composantes de tout son être[4]. La
formation continue, surtout les cinq premières années qui aident le jeune missionnaire
à s’insérer dans son apostolat, est une étape aussi importante qui ne
peut être négligée, car les réalités d’une maison de formation ne sont
pas les mêmes que celles que l’on trouve sur le champ d’apostolat proprement
dit. Même si les régences et autres stages pastoraux y préparent pendant
la formation initiale, il faudra toujours une période d’intégration
qui aide le jeune missionnaire à prendre la mesure de son apostolat.
La formation est une initiation dont les maîtres doivent connaître et
leurs candidats et les rites de l’initiation. La
formation à la vie religieuse est un processus qui dure toute l’existence
humaine dans un processus communautaire, centrée sur la personne et le
respect de celui qui se laisse former. Elle exige des normes qui permettent
de circonscrire le champ et donnent des orientations pour une visée ou
des buts à atteindre. La
formation aujourd’hui devient un peu plus complexe à cause de la complexité
même des situations actuelles de la société et de la diversité d’origine
des candidats que les instituts religieux accueillent. Nous vivons (et
les jeunes d’une façon particulière) dans une société qui évolue assez
vite et bouscule les mœurs. La
formation à la vie religieuse se situe dans cette société prenant en compte
« les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes
de ce temps »(GS,1). Elle n’est pas une formation éthérée, mais une
formation incarnée. Les jeunes qui viennent frapper aux portes des Instituts
religieux sont issus de cette société que l’on pourrait dire « cassée. »
Il
arrive assez souvent que cette diversité ou dispersion n’ait pas aidé
les jeunes à réaliser une unité intérieure. Mais puisqu’il faut compter
avec ces jeunes, la résolution est d’apprendre ou mieux
de s’engager à les former en leur proposant des modèles et des
repères. Notre société moderne souffre parfois de l’absence des points
de repère. L’absence
des points de repère aboutit à une désillusion personnelle…débouche sur
un sentiment de médiocrité : le sens disparaît et le cœur s’obscurcit.
L’âme est alors atteinte d’un malaise profond qui a pour effet d’empoisonner
les relations humaines, de maintenir l’esprit dans un état d’agitation,
d’anémier le rire et de saper le travail du temps…[5].
Ce dernier chapitre de notre travail voudrait apporter quelques
réflexions sur les étapes de ce processus de formation. L’initiation à
la vie religieuse est impérative et apparaît même comme le nerf de l’avenir
de la vie religieuse. Le but de la formation est d’assurer « la croissance
de ceux que Jésus appelle à devenir ses disciples, pour qu’ils acquièrent
la maturité religieuse et deviennent capables d’assumer la mission (oblate) »[6]. Dans
ce processus d’initiation à la vie religieuse, l’initiation traditionnelle
africaine peut-elle apporter une quelconque contribution ? Il nous
semble que le génie, de quelque peuple qu’il soit, est un apport important
à la réalisation de la personne humaine. C’est
peut-être dans ce sens que nous entendons et comprenons la proposition
d’Eboussi-Boulaga qui suggère qu’il nous faut, en Afrique, une
véritable initiation chrétienne où la doctrine se fait rite, jeu liturgique,
expérience communautaire, transmission d’une discipline et d’un style
de vie. Je
suggère la création des camps d’initiation chrétienne, en période de vacances.
On y prierait, on y danserait, on y travaillerait de ses mains, on y apprendrait
des beaux textes, on discuterait et l’on s’y instruirait. Un programme
serait mis sur pied, échelonné suivant les classes d’âge et sur plusieurs
années, avec ses rites d’intégration progressive dans la chrétienté adulte.
Il faudra y mettre le prix pour en garantir le succès et la qualité spirituelle :
des conditions matérielles obéissant aux normes classiques de l’hygiène
et de la sécurité, des instruments pédagogiques adéquats, des activités
soigneusement préparées, un encadrement humain et religieux de haut niveau,
qui consisterait en une équipe polyvalente avec prêtre, religieux ou religieuse,
des laïcs, homme ou femme[7]. Il
nous semble que la suggestion d’Eboussi Boulaga touche plusieurs points
dont la créativité alliée à la Tradition, l’expérience communautaire appellent
la collaboration dans la complémentarité des talents.
Tout en prenant en compte les divers documents du Magistère de l’Eglise
catholique sur la formation, dont
nous nous inspirons, nous allons nous référer assez largement,
dans ce chapitre, aux documents de la formation religieuse chez les missionnaires
Oblats de Marie Immaculée. Cette
approche, nous l’espérons, nous donnera la chance d’apporter quelques
exemples concrets.
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jean-paul ii, Vita
consecrata, exhortation apostolique, Roma, editrice vaticana,
1996, p. 119, n. 65. C’est dans ce même sens que va l’Instruction
Potissimum institutioni où il est écrit que « le but premier
de la formation est de permettre aux candidats à la vie religieuse
et aux jeunes profès de découvrir d’abord, d’assimiler et d’approfondir
ensuite ce en quoi consiste l’identité du religieux », Potissimum
instititioni, n. 6. [2]
jean-paul ii,
Ecclesia in Africa, n.53. [3]
jean-paul ii, Ecclesia
in Africa, n. 75. [4]
Cf. Vita consecrata, n. 65 [5]
j. chittister, Le
feu sous les cendres. Une spiritualité pour la vie religieuse contemporaine,
Québec, éd. Bellarmin, 1999, pp. 298. [6]
CCRR (Constitutions et Règles des Oblats de Marie Immaculée), c. 50. [7]
f.
eboussi-boulaga, A contretemps, p. 85. |