Chapitre VI

L’initiation africaine et la formation religieuse en Afrique

 

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Introduction

Dans toute entreprise, la formation du personnel apparaît comme une nécessité et un impératif dont on ne peut se passer. L’avenir du groupe en dépend. Si les entreprises d’Etat doivent préparer leur personnel dans le cadre de leur mission, à plus forte raison les congrégations religieuses missionnaires dont la mission s’exerce dans et au-delà des frontières et implique la rencontre d’un public plus varié et plus large. C’est avec raison que le pape Jean-Paul II souligne son importance dans son exhortation apostolique Vita consecrata :

L’objectif central de la démarche de formation est la préparation de la personne à la consécration totale d’elle-même à Dieu dans la sequela Christ, au service de la mission. Répondre ‘oui’ à l’appel du Seigneur en s’engageant personnellement dans la maturation progressive de sa vocation, cela relève de la responsabilité inaliénable de ceux qui sont appelés, qui doivent ouvrir leur propre vie à l’action de l’Esprit Saint ; cela suppose de suivre généreusement l’itinéraire de formation, en accueillant avec foi les médiations que proposent le Seigneur et l’Eglise[1].

Parmi les défis actuels de l’église en Afrique, le Pape souligne l’importance de la formation quand il écrit :

Le Synode a mis si fortement l’accent sur la formation des agents de l’évangélisation en Afrique. J’ai déjà rappelé la nécessité d’une formation appropriée des candidats au sacerdoce et de ceux qui sont appelés à la vie consacrée. L’Assemblée a également prêté l’attention qui convient à la formation des fidèles laïcs, soulignant leur rôle irremplaçable dans l’évangélisation de l’Afrique »[2]. Plus loin, le Saint-Père ajoute : « Dans tous les secteurs de la vie de l’église, la formation est d’une importance capitale. Personne, en effet, ne peut clairement connaître les vérités de foi qu’il n’a jamais apprises ni poser des actes auxquels il n’a jamais été initié… La formation missionnaire occupera une place de choix… Le programme de formation doit inclure, en particulier la formation des laïcs à jouer pleinement leur rôle d’animation chrétienne de l’ordre temporel (politique, culturel, économique, social) qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat[3].

Une formation, pour être efficace, suppose des étapes durant lesquelles elle est assimilée au fur et à mesure par les candidats. Il serait indigeste de le servir sur un seul plat et en même temps. C’est pourquoi la formation religieuse va procéder par des étapes importantes qui sont la culture même des vocations à travers diverses animations dans la pastorale juvénile, la pastorale des vocations, le prénoviciat, le noviciat et le post-noviciat, période pendant laquelle le jeune se prépare aussi à s’engager par des vœux perpétuels.

Etant donné le caractère de totalité de cet engagement, l’intéressé doit s’ouvrir avec confiance et se disposer à se former, c’est-à-dire à accueillir ce qui devra transformer toutes les composantes de tout son être[4].

La formation continue, surtout les cinq premières années qui aident le jeune missionnaire à s’insérer dans son apostolat, est une étape aussi importante qui ne peut être négligée, car les réalités d’une maison de formation ne sont pas les mêmes que celles que l’on trouve sur le champ d’apostolat proprement dit. Même si les régences et autres stages pastoraux y préparent pendant la formation initiale, il faudra toujours une période d’intégration  qui aide le jeune missionnaire à prendre la mesure de son apostolat. La formation est une initiation dont les maîtres doivent connaître et leurs candidats et les rites de l’initiation.

La formation à la vie religieuse est un processus qui dure toute l’existence humaine dans un processus communautaire, centrée sur la personne et le respect de celui qui se laisse former. Elle exige des normes qui permettent de circonscrire le champ et donnent des orientations pour une visée ou des buts à atteindre.

La formation aujourd’hui devient un peu plus complexe à cause de la complexité même des situations actuelles de la société et de la diversité d’origine des candidats que les instituts religieux accueillent. Nous vivons (et les jeunes d’une façon particulière) dans une société qui évolue assez vite et bouscule les mœurs.

La formation à la vie religieuse se situe dans cette société prenant en compte « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps »(GS,1). Elle n’est pas une formation éthérée, mais une formation incarnée. Les jeunes qui viennent frapper aux portes des Instituts religieux sont issus de cette société que l’on pourrait dire « cassée. »

Il arrive assez souvent que cette diversité ou dispersion n’ait pas aidé les jeunes à réaliser une unité intérieure. Mais puisqu’il faut compter avec ces jeunes, la résolution est d’apprendre ou mieux  de s’engager à les former en leur proposant des modèles et des repères. Notre société moderne souffre parfois de l’absence des points de repère.

 L’absence des points de repère aboutit à une désillusion personnelle…débouche sur un sentiment de médiocrité : le sens disparaît et le cœur s’obscurcit. L’âme est alors atteinte d’un malaise profond qui a pour effet d’empoisonner les relations humaines, de maintenir l’esprit dans un état d’agitation, d’anémier le rire et de saper le travail du temps[5].

            Ce dernier chapitre de notre travail voudrait apporter quelques réflexions sur les étapes de ce processus de formation. L’initiation à la vie religieuse est impérative et apparaît même comme le nerf de l’avenir de la vie religieuse. Le but de la formation est d’assurer « la croissance de ceux que Jésus appelle à devenir ses disciples, pour qu’ils acquièrent la maturité religieuse et deviennent capables d’assumer la mission (oblate) »[6].

Dans ce processus d’initiation à la vie religieuse, l’initiation traditionnelle africaine peut-elle apporter une quelconque contribution ? Il nous semble que le génie, de quelque peuple qu’il soit, est un apport important à la réalisation de la personne humaine.

C’est peut-être dans ce sens que nous entendons et comprenons la proposition d’Eboussi-Boulaga qui suggère qu’il nous faut, en Afrique, une véritable initiation chrétienne où la doctrine se fait rite, jeu liturgique, expérience communautaire, transmission d’une discipline et d’un style de vie.

Je suggère la création des camps d’initiation chrétienne, en période de vacances. On y prierait, on y danserait, on y travaillerait de ses mains, on y apprendrait des beaux textes, on discuterait et l’on s’y instruirait. Un programme serait mis sur pied, échelonné suivant les classes d’âge et sur plusieurs années, avec ses rites d’intégration progressive dans la chrétienté adulte. Il faudra y mettre le prix pour en garantir le succès et la qualité spirituelle : des conditions matérielles obéissant aux normes classiques de l’hygiène et de la sécurité, des instruments pédagogiques adéquats, des activités soigneusement préparées, un encadrement humain et religieux de haut niveau, qui consisterait en une équipe polyvalente avec prêtre, religieux ou religieuse, des laïcs, homme ou femme[7].

Il nous semble que la suggestion d’Eboussi Boulaga touche plusieurs points dont la créativité alliée à la Tradition, l’expérience communautaire appellent la collaboration dans la complémentarité des talents.

            Tout en prenant en compte les divers documents du Magistère de l’Eglise catholique sur la formation, dont  nous nous inspirons, nous allons nous référer assez largement, dans ce chapitre, aux documents de la formation religieuse chez les missionnaires Oblats de Marie Immaculée.  Cette approche, nous l’espérons, nous donnera la chance d’apporter quelques exemples concrets.

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[1] jean-paul ii, Vita consecrata, exhortation apostolique, Roma, editrice vaticana, 1996, p. 119, n. 65. C’est dans ce même sens que va l’Instruction Potissimum institutioni où il est écrit que « le but premier de la formation est de permettre aux candidats à la vie religieuse et aux jeunes profès de découvrir d’abord, d’assimiler et d’approfondir ensuite ce en quoi consiste l’identité du religieux », Potissimum instititioni, n. 6.

[2] jean-paul ii, Ecclesia in Africa, n.53.

[3] jean-paul ii, Ecclesia in Africa, n. 75.

[4] Cf.  Vita consecrata, n. 65

[5] j. chittister, Le feu sous les cendres. Une spiritualité pour la vie religieuse contemporaine, Québec, éd. Bellarmin, 1999, pp. 298.

[6] CCRR (Constitutions et Règles des Oblats de Marie Immaculée), c. 50.

[7] f.  eboussi-boulaga, A contretemps, p. 85.