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MISSION ET SAINTETE EN AFRIQUE DANS LA PERSPECTIVE DE LA COMMUNION MISSIONNAIRE

( Domenico Arena )
SOMMAIRE...........................................................

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III. LA COMMUNION MISSIONNAIRE EN AFRIQUE

A présent, il convient de se demander comment le peuple chrétien d'Afrique accueillerait se message de spiritualité déclenché par la communion missionnaire comportant une sainteté collective.

L'Eglise d'Afrique, tout en se démenant dans des graves problèmes d'ordre économique et social, a été et reste bien sensible à l'égard d'une théologie et d'une spiritualité de la communion.

Cela se doit tout d'abord à l'humus culturel africain qui est favorable et entretient un esprit de famille et de solidarité que des Africains eux-mêmes, d'horizons culturels divers, ont appelé de ‘ communion vitale ' . Se levant sur ce fondement culturel, que d'autres appellent ‘ pensée de l'unité' , reconnu, envié et nécessaire à la symphonie planétaire de l'humanité , l'Eglise d'Afrique à su s'ouvrir à la communion missionnaire déjà au Synode de 1974 sur l'évangélisation. C'est à cette occasion – où, peut-être, pour la première fois après Vatican II, se réunissait un groupe consistant de pasteurs africains- qu'elle a pu commencer à identifier la communion vitale comme une vraie plate-forme culturelle sur laquelle s'appuyer pour construire une Église communion, et, ainsi, contribuer à la fraternité universelle.

En tout cas , sous l'impulsion du Concile Vatican II, qui avait justement revalorisé et privilégié l'ecclésiologie de communion, les Évêques africains, réunis au Synode de 1974, commencent à porter leur attention sur la dimension communautaire de la foi chrétienne, en la conjuguant immédiatement avec les communautés ecclésiales vivantes. Mgr Sangu, dans sa relation générale sur l'évangélisation en Afrique écrit: «  L'Église d'Afrique donne beaucoup d'importance à la création des petites communautés chrétiennes locales. La vie même de l'Église doit se baser sur des communautés... Des communautés chrétiennes de ce type seront les plus aptes à développer un dynamisme intense et concret, et deviendront à leur tour témoins efficaces dans leur milieu de vie naturel. Dans ces communautés authentiques, il sera plus facile de s'ouvrir au sens communautaire ou à la communion par laquelle l'Église a la possibilité d'exister tout à fait comme le corps du Christ formé par différentes parties (clergé, religieux et laïcs)  » .

 Cette sympathie pour la communion - qui, dans le Continent africain, vus ses besoins de première évangélisation, ne pouvait ne pas être que communion contextuellement missionnaire- l'Eglise d'Afrique a continué à la manifester aussi après le Synode de 1974. Ainsi, on assistait, sous l'impulsion donnée par Evangelii nuntiandi , à une consolidation concernant le discours communautaire au sein des communautés apostoliques. Elles faisaient l'objet d'intérêt de l'Épiscopat, des théologiens et des ouvriers pastoraux .

De la sorte, l'expérience acquise par la vie de ses communautés a tenu allumé l'intérêt pour la communion qui allez s'expliciter, de façon encore plus inculturée, au moment du Synode spécial pour l'Afrique, Madagascar et les Iles Adjacentes de 1994 et dans l'exhortation apostolique Ecclesia in Africa de Jean Paul II de 1995. Tout en supposant qu'il y a d'autres documents qui pourraient être profitables aux propos de ce travail, on se limitera à parcourir à vol d'oiseau le Message du Synode et Ecclesia in Africa .

MESSAGE DU SYNODE

Le Message du Synode présente dès ces débuts une adresse de remerciement à la Trinité montrant ainsi l'horizon dans lequel il s'était déroulé. C'est en Elle que ses participants se reconnaissent famille et fraternité par le lien de ‘ l'Esprit d'amour ' (3). D'ailleurs les Pères synodaux eux-mêmes, ont pu ‘ expérimenter en Famille la fraternité, la collégialité, la communion ecclésiale ' qu'ils leur a permis de constater que l'universalité de l'Eglise ‘ n'est pas uniformité mais communion des différences compatibles avec l'Evangile '». C'est pour cette raison que, comme les Apôtres, ‘ ils se sentent consacrés pour le salut du monde entier'  » (7), qui est à poursuivre par l'évangélisation. Celle-ci, qui doit être ‘ nouvelle dans son ardeur…méthode et expression , est avant tout ‘ une rencontre d'amour' (9). Conscients que l'Eglise d'Afrique comme Famille de Dieu existe grâce aux labours des missionnaires des temps passés (10), ils veulent faire progresser l'évangélisation du Continent dans le dialogue cordial, la collaboration et la communion avec le Siège de Pierre et toutes les Eglises d'Afrique (12). Il s'agit donc d'une évangélisation, qui, axée sur la communion, consiste dans l'annonce, prévu comme ‘ un dialogue d'amour ' (13) portant à l'inculturation et à la sainteté (14-15). L'inculturation, si encadrée, devient, en force du mystère pascal, un parcours d'incarnation-par-la-kénose (purification) et, puis, de résurrection (vérité) qui fait des cultures ‘ le lieu de la manifestation de la Trinité Sainte ' (16). Ce processus implique évidemment chaque baptisé (17), qui, comme envoyé et témoin de la résurrection, devient capable d'évangéliser ‘ les racines culturelles de sa personne comme de sa communauté et relève les défis socio-économiques et politiques ' (17). Cela est faisable au sein de l'Eglise-famille qui ‘ a sa source dans la Sainte-Trinité , au sein de laquelle, l'Esprit-Saint est la Relation de Communion' . De la sorte, l'Eglise-Famille de Dieu d'Afrique existe par cette ‘ Relation de Communion ' qui se manifeste par le dialogue, à son propre sein et avec les autres religions (20), dans le cadre universel de la ‘ Grande Famille humaine que nous formons ' (23). Pourtant, cette Eglise-famille de Dieu d'Afrique accompli sa mission, celle de manifester ‘ à la face du monde l'Esprit que le Fils a remis au Père pour qu'il soit la Communion entre tous ' (24). Dans un monde divisé par le racisme et le particularisme ethnique, l'Eglise-Famille, image de la Famille Trinitaire est elle-même mission : «  Nous sommes la famille de Dieu : voilà la Bonne Nouvelle  ! Un même sang circule dans nos artères, et c'est le sang de Jésus-Christ ; un même Esprit nous anime, et c'est l'Esprit Saint, fécondité de l'amour divin  » (25). Il convient alors que : les prêtres diocésains, ainsi que les personnes consacrées envers leur Eglise locale (58), soient ‘ soucieux de communion' (26) ; et que les familles chrétiennes deviennent  ‘Eglises domestiques' où parents et enfants ‘ vivent, à l'image de la Sainte Famille , la richesse de l'amour qui est dans le cœur de Dieu ' et là où, de même, ‘ ils apprennent à partager et à grandir dans l'amour de Dieu et des hommes '. Pourtant, l'Eglise-Famille de Dieu postule la création de communautés plus petites et à taille humaine, cellules de la communion de la grande famille de l'Eglise, pour que sa Bonne Nouvelle arrive partout jusqu'au périphéries plus éloignées. C'est dans ces cellules de communion, en effet, ‘ qu'on est formé à vivre concrètement et authentiquement l'expérience de la fraternité. En elles, règnent la gratuité, la solidarité, un sort commun… Ces Eglise-Familles ont le devoir de travailler à transformer la Cité ' (27). Pour ce faire il faut sauver la famille, promouvoir la justice et la paix (30), devenir actifs dans la politique, en recherchant la ‘ plénitude de la charité qu'est la sainteté ' (35).

En définitive, ‘ l'Eglise-Famille est une Eglise de communion' là ou toute personne 'trouve toute sa place et son importance' ; et dont la mission ‘est orientée vers la construction de la Cité ' (57) . Tout cela le Synode le transforme en une prière adressée à Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Eglise : «  Nous sommes unis à Toi pour que l'effusion de l'Esprit Saint fasse de nos cultures des lieux de communion dans la différence, et de nous, l'Eglise Famille du Père, Fraternité du Fils, Image de la Trinité , l'Anticipatrice et Coopératrice avec tous du Règne de Dieu, dans la Cité qui a Dieu pour bâtisseur : Cité de Justice et de Paix. Amen  » (71).

Cette lecture rapide du Message du Synode , sur les traces de la communion, se relève surprenante dans la mesure où on ne pansait pas qu'il donnait si assez de place à la Communion avec le ‘C' majuscule et qu'elle pouvait même en être le fil conducteur du début à la fin. Ce fond littéral si bien étalé est une première preuve continentale qu'indique que l'Eglise d' Afrique a identifié la source de sa vie dans la communion divine et que à cette source elle entend étancher la soif de tous ses problèmes graves et difficilement solubles. Pour le reste, le message nous lègue un type de communion missionnaire d'un grand vigueur pneumatologique qui seconde la vitalité et la sainteté et, en même temps, politique, guidant l'Eglise dans la recherche de solutions, par un dialogue le plus ample possible et aux dimensions universelles de la grande ‘Famille humaine'.

Dans cette Eglise-Famille de Dieu la sainteté réside dans la plénitude de la charité, voie maîtresse pour établir la communion soit en son sein qu'à l'égard de la société .

ECCLESIA IN AFRICA

Rien de surprenant, alors, si en Ecclesia in Africa , la théorie de l'Eglise Famille de Dieu devient l'option fondamentale du Synode africain qui, d'ailleurs, pour beaucoup d'experts est dicte son ‘concept-clé'. En effet, elle tient, comme écrivait le regretté père Boka Di Mpasi, le rôle d'une ‘idée motrice' , une sorte de notion qui mobilise et inspire la mission évangélisatrice de l'Eglise d'Afrique .

Toujours est-il que l'Eglise Famille de Dieu, préconisée par les Pères du Synode et professée, pour ainsi dire, par Ecclesia in Africa , ressemble intimement à l'Eglise communion missionnaire du Vatican II. Et, comme celle du Vatican II par rapport à l'Eglise universelle, la communion signifiée par la locution Eglise Famille de Dieu s'avère un lieu théologique qui orientera à la longue la réflexion des théologiens et la pratique des chrétiens d'Afrique.

D'ailleurs, Ecclesia in Africa nous présente l'assise synodale africaine dans la même posture, pour ainsi dire, que Vatican II: une expérience de communion affective et effective ( 2. 15) vécue à la recherche d'un renouvellement adapté à sa mission dans le monde : «  Réunis autour de la Vierge Marie comme pour une nouvelle Pentecôte, les membres de l' Assemblée spéciale ont examiné en profondeur la mission évangélisatrice de l'Eglise en Afrique au seuil du troisième millénaire  » (140).

Ce qui nous porte à dire que les échanges et la réflexion des participants au Synode spécial pour l'Afrique, comme à Vatican II, créent l'humus dans lequel prend vie une théologie de l'Eglise Famille de Dieu proche de la communion missionnaire, qui encore aujourd'hui retient l'attention des membres de la communauté ecclésiale africaine, soit au niveau de la recherche théologique, soit au niveau pastoral .

Effectivement, l'image de l'Eglise Famille de Dieu, est censée exprimer le mieux la doctrine de l'Eglise et de sa communion selon la culture d'Afrique, et dont voici la description donnée par Ecclesia in Africa  : « Non seulement le Synode a parlé de l'inculturation, mais il l'a appliquée en prenant, pour l'évangélisation de l'Afrique, l'idée-force de l'Eglise Famille de Dieu . Les Pères y ont vu une expression particulièrement appropriée de la nature de l'Eglise pour l'Afrique. L'image, en effet, met l'accent sur l'attention à l'autre, la solidarité, la chaleur des relations, l'accueil, le dialogue et la confiance. La nouvelle évangélisation visera donc à édifier l'Eglise Famille, en excluant tout ethnocentrisme et tout particularisme excessif, en prônant la réconciliation et une vraie communion entre les différentes ethnies, en favorisant la solidarité et le partage en ce qui concerne le personnel et les ressources entre Eglises particulières sans considérations indues d'ordre ethnique » (63).

Cette ‘ idée-force' , qui évidemment doit être plus profondément et largement entérinée pour imprégner de son esprit tout l'apparat ecclésial, est, tour à tour motivée, approfondie et encouragée tout au long d'Ecclesia in Africa .

En la parcourant, on peut s'en rendre compte.

Notons avant tout l'horizon universel dans lequel se situe le discours de l'Eglise Famille. Effectivement, l'Eglise Famille de Dieu d'Afrique «  partage avec l'Eglise universelle'  ‘la vocation sublime de réaliser d'abord en elle même, l'unité du genre humain au-delà des clivages ethniques culturels nationaux, sociaux et autres, pour signifier précisément la caducité de ces mêmes clivages, abolis par la Croix du Christ ». Ainsi, elle est appelée ‘à promouvoir une coexistence fraternelle entre les peuples', comme réponse ‘à sa vocation d'être dans le monde le peuple sauvé et réconcilié » . Dans ce sens, selon GS 22, elle perçoit l'appel ‘ à donner un témoignage authentique de l'universalisme chrétien qui prend sa source dans la paternité de Dieu', en sachant que tous les êtres humains sont destinés à former une seule famille, selon le dessein de Dieu établi ‘au commencement' . Pourtant, on s'attend d'elle ‘ une contribution propre ' pour l'oecuménisme et elle est appelée à jouer ‘ un rôle important dans le dialogue ' avec l'Islam et la Religion Traditionnelle Africaine, suivant la route de la solidarité (137-138).

Pour la poursuite de ces idéaux de fraternité universelle, l'Eglise Famille de Dieu d'Afrique en a les moyens naturels et culturels. En effet : elle est ‘ dotée d'une vaste gamme de valeurs culturelles et de qualités inestimables qu'elle peut offrir aux Eglises et à toute l'humanité ' dont ‘ un profond sens religieux' (42) ; un sens ‘ de la famille, de l'amour et du respect de la vie ', ‘ un sens aigu de la solidarité et de la vie communautaire '. Un ensemble de valeurs donc qui la met en condition d'établir sa communion interne ainsi qu'à promouvoir celle universelle, au point de se poser la question si cela : «  Ne serait-ce pas, en quelques sorte, une préparation à la foi dans la communion des saints  ? » (43).

Ce qu'il lui est demandé, alors, c'est d'actualiser, jour le jour, à l'instar de la première communauté chrétienne, un témoignage de communion des saints, soutenu par l'inculturation des valeurs culturelles communautaires, qui seront rehaussées au contacte des sources de la communion divine révélées par l'œuvre d'évangélisation. Dans ce cadre d'idées il est dit que : «  Un vrai témoignage de la part des croyants est essentiel aujourd'hui en Afrique pour proclamer la foi de manière authentique. En particulier, il faut que les croyant donnent le témoignage d'un amour mutuel sincère…Le but dernier de la mission est de faire participer à la communion qui existe entre le Père et le Fils : les disciples doivent vivre entre eux l'unité, demeurant dans le Père et le Fils, afin que le monde reconnaisse et croie (Jn 17, 21-23 » (77).

De la sorte, la vie de communion devient prioritaire dans le programme de toutes les personnes, groupes et institutions qui la composent. A tous personnellement, - évêques (98), prêtres (97), personnes consacrées (94), laïcs, hommes et femmes (101), vivant dans toutes ses ramifications communautaires, tels que les paroisses (100), les communautés de base (89), et les familles humaines (80-85; 92)- est adressée l'exhortation à vivre en communion les uns les autres.

Ce qui est sûr et profitable à la mission d'évangélisation de l'Afrique c'est que tous les membres de son Eglise sont unifiés par l'appel à la sainteté qui évidemment ils sont tenus à conjuguer avec leur vie de communion.

En effet, en Ecclesia in Africa l'appel à la sainteté intervient avant la conclusion, au moment des recommandations finales. En conformité au Message du Synode de 1994, il est dit: « Le Synode a réaffirmé que tous les fils et les filles de l'Afrique sont appelés à la sainteté et à être témoins du Christ partout dans le monde. ‘Les leçons de l'histoire confirment que, par l'action du Saint-Esprit, l'évangélisation se fait avant tout à travers le témoignage de la charité, le témoignage de la sainteté' ». De là, la cordiale invitation que le Pape exprime en se servant des paroles du numéro 90 de Redemptoris missio : « Pour cela, je désire répéter à tous les fidèles du Christ en Afrique, les paroles suivantes que j'ai écrites il y a quelques années: ‘'Tout missionnaire n'est authentiquement missionnaire que s'il s'engage sur la voie de la sainteté...Tout fidèle est appelée à la sainteté et à la mission...Il ne suffit pas de renouveler les méthodes pastorales, ni de mieux organiser et de mieux coordonner les forces de l'Eglise, ni d'explorer avec acuité les fondements bibliques et théologiques de la foi: il faut susciter un nouvel élan de sainteté chez les missionnaires et dans toute la communauté chrétienne'' » ( 136).

Ici, l'interaction entre sainteté et mission, dans la perspective de la communion missionnaire, semble plus explicite qu'ailleurs dans la mesure où le témoignage de sainteté repose dans le témoignage de charité qu'on sait être voie maîtresse de la communion. En effet, la lecture de cette exhortation nous rassure que la communion est le fruit escompté d'un ‘ témoignage de la charité ', qui est, en même temps, ‘ témoignage de sainteté ' (136), se traduisant en une vie fraternelle et de coopération, signe de fraternité et d'unité ‘ au service de la mission commune ' (94).

En terminant cette relecture du Message du Synode et d' Ecclesia in Africa , on peut raviser beaucoup de ressemblances entre le Concile Vatican II et le Synode spécial pour l'Afrique, tels que deux avènements majeurs, ayant, chacun à sa façon, la valeur ‘ de pierre angulaire de ce siècle ' (2). Tous les deux sont capable de continuer à illuminer la vie de l'Eglise de nos jours à partir d'un même principe inspirateur ecclésial fondement de la communion missionnaire . Il s'agit évidemment de l'Eglise comme communion qui en Afrique a son correspondant dans l'Eglise famille de Dieu .

De toute façon, dans ce deux documents relatifs à l'Afrique, la communion missionnaire y trouve sa place possédant les traits majeurs de celle étudiée au Vatican II et en Christifideles laici . En particulier, celle qui se théorise dans l'Eglise d'Afrique semble apte à interagir avec l'effort d'une ‘ évangélisation en profondeur ', qu'elle veut continuer à assumer , restant fidèle au témoignage de sainteté dans la charité que la communion missionnaire postule.

Pour notre propos, l'analyse de la communion en ces deux documents nous rassure de la possibilité, de l'importance, et donc de l'opportunité, que sainteté et mission puissent se donner la main dans et pour une communion missionnaire. En autre, ces mêmes documents nous font penser - plus que les autres analysés, grâce peut-être à leur hantise de contextualisation - que sainteté et mission peuvent se conjuguer de façon optimale dans la perspective de la communion missionnaire.

D'UN SYNODE A L'AUTRE

«  L'Église est la famille de Dieu dans le monde  », écrivait Benoît XVI dans sa première encyclique Deus Caritas est (DCE), au numéro 25 . Il signifiait, ainsi, que le terme chéri par l'Afrique, pour définir la communion de l'Eglise, garde toujours sa pertinence et que son champ sémantique reste encore à explorer. Il convient alors de voir, autant si peu, quel intérêt revêt le concept de l'Eglise famille de Dieu pour l'Eglise d'Afrique de nos jours.

En pratique, ce concept, bien accordé à la visée de communion missionnaire, peut représenter pour l'Eglise d'Afrique le trait d'union entre le synode de 1994 et celui à venir. En effet, c'est dans ce sens qui peuvent être lus certains documents apparus ces dernières années.

Par exemple, dans le rapport générale du Congrès International de Missiologie de Kinshasa, de 2005, on lit : « Le Congrès a souligné l'importance et la pertinence du concept de L'Eglise-Famille de Dieu comme un concept ecclésiologique opératoire bien fondé. L'image de l'Eglise fraternité dit en même temps ce qui fonde l'Eglise dans sa vie concrète d'aujourd'hui, l'exigence d'une fraternité vécue dans diverses formes , expérimentées dans la vie consacrée , vécue entre chrétiens, entre prêtres. Mais cette exigence s'enracine dans ce qui constitue l'Eglise, constituée comme fraternité par le Christ en ce qu'il est lui-même, Premier Né d'une multitude de frères. L'image de l'Eglise, famille de Dieu, met plus directement en valeur la dimension eschatologique et sacramentelle de l'Eglise, ce qu'elle est appelée à être, ‘rassemblement des enfants de Dieu dispersés' et ce qui déjà elle anticipe et réalise, en particulier dans la réalité de la réconciliation…La dynamique de la mission Ad Gentes rejaillit sur sa dynamique de communion. Elle peut permettre en particulier de s'arracher à un ‘exclusivisme ethnique, racial, politique ou même national'  »

Ici, la communion missionnaire, prenant en compte surtout la mission Ad gentes qui en Afrique a encore un bon chemin prometteur à parcourir, est censée être un cadre de pensée dynamique, motivant un élan opérationnel pour consolider l'unité interne du peuple de Dieu d'Afrique et offrant, en même temps, un remède évangélique de réconciliation des conflits de tout genre qui le porterait à l'isolement et au repliement sur lui-même .

En plus, la communion, signifiée par l'image de l'Eglise Famille de Dieu, qui désormais ni en Afrique ni ailleurs on ne saurait plus séparer de sa mission, est, de même, indiquée comme l'apport plus significatif de l'Eglise du Continent à celle universelle . «  En écho avec le Concile Vatican II et avec son enseignement de ‘l'Eglise peuple de Dieu', l'Eglise d'Afrique a approfondit dans les dernières décennies l'ecclésiologie de ‘l'Eglise famille de Dieu', et considère cette approche comme sa contribution à l'Eglise universelle  » .

Pourtant, ces prises de positions qui encouragent la mise en exécution de la communion missionnaire, soutiennent aussi l'effort, que l'Eglise d'Afrique a déjà endossé d'avancer avec plus de détermination vers sa pleine prise en charge et de devenir de plus en plus instrument d'une communion incisive et profitable à elle-même, à l'Eglise toute entière et au Continent noir . D'ailleurs la communion continentale, ordonnée à ‘ la réunion spirituelle de l'humanité' est, comme plusieurs le pensent, de nécessité préalable à la solution des problèmes de l'Afrique, insolubles dans un cadre exclusivement national . En somme, si, d'ici le prochain synode pour l'Afrique, on cultive et on propulse la vision de la communion missionnaire, l'Eglise d'Afrique pourrait compter sur une sorte de stratégie missionnaire prometteuse pour relever adéquatement les défis décisifs de l'évangélisation sur le Continent, tels que l'inculturation, le dialogue et la promotion humaine, autrement dite la lutte contre la pauvreté . Plus particulièrement, la communion missionnaire de l'Eglise d'Afrique, par sa signification et finalisation spécialement politique, semble vouloir être, encor plus davantage qu'ailleurs, un grand atout pour construire la renaissance du Continent africain , et, en même temps, pour l'actuation de la ‘ mondialitation de la solidarité ' .

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cf. HAMPATE BAA A., Aspetti della civiltà africana , Bologna, 1975, p. 83 ; MULAGO V., « Religions traditionnelles et christianisme », in Actes Semaine Théologique , Kinshasa, 1975, p. 78 ;  SENGHOR L. S, La poésie de l'action , Paris, 1982, p. 80. Mention spéciale, à se propos, mérite le père Placide Tempels. Celui-ci, à partir de la notion de force vitale de la philosophie bantoue, conjuguée avec la communion vitale, avait donné vie à un expérience de vie communautaire qui avait attiré pas mal l'attention des chrétiens du Zaïre de son temps : TEMPELS P., La philosophie bantoue , Paris, 1949. Des nos jours, cette communion vitale propre à l'Afrique est assimilée au paradigme de la vie tout court : cf. NKAFU N. M., Il pensare africano come ‘vitalogia' , Roma, 1995.

«  L'unité est la caractéristique essentielle de la pensée négro-africaine. L'Africain connaît, atteint la vérité à travers l'unité de la conscience avec l'objet de la connaissance. La pensée de l'unité a de très fortes racines en Afrique ; elle peut être considérée, avec le concept de force et de vie, comme l'un des concepts essentiels de la culture et de la civilisation africaine  » : NDAW A., La pensée africaine. Recherches sur les fondements de la pensée négro-africaine , Dakar, 1997, p. 248.

Cf. ROBERT A.-C., L'Afrique au secours de l'occident , Paris, 2004.

MGR SANGU, “L'evangelizzazione in Africa”, in BUTTURINI G. (a cura di), Le nuove vie del Vangelo , Bologna, 1975, p. 27-28. La traduction de ce texte me revient.

Cf. ARENA D., « Proclamer Jésus-Christ en communauté apostolique dans l'Afrique et le Madagascar d'aujourd'hui », in Vie Oblate Life , 2 (1994), p. 178-196. La bibliographie sur les CVEB en : UGEUX B., Les petites communautés chrétiennes, Paris 1988 et, pour l'Afrique, en : CIARDI, « La communion…p. 256-258.

Le Message du Synode sera cite dans la suite par le sigle MS.

Cf. GANTIN B., «Synode africain un grand bond en avant», in Telema , 3-4 (1996), p. 15.

Cf. NOTHOMB D., «L'Eglise-famille: concept-clé du Synode des évêques pour l'Afrique. Une réflexion théologique et pastorale», in Nouvelle Revue Théologique , 117 (1995), p. 44-63; BOKA DI MPASI, L., «Le Synode africain, un nouveau départ sans retour», in Telema ., 1 (1995), p.13-20.

Cf. SOME J.M., «L'Eglise-Famille de Dieu», in Revue de l'Institut Catholique de l'Afrique de l'Ouest, 14-15 (1996), p. 67-80; DABIRE J.-M., «L'Eglise-famille de Dieu: Approche théologico-doctrinale et pastorale», Ibid ., p. 81-119; MONSENGWO PASINYA L., «L'Eglise Famille et images bibliques de l'Eglise à l'aube du 3ème millénaire», Ibid . p. 121-138; YANOOGO B.D., «Eglise-Famille en Afrique: originalité du Concept», Ibid. , p.139-150; MBARGA J., «Eglise-Famille et défis dans la nouvelle évangélisation en Afrique», Ibid . p. 151-170; «Rapport des travaux d'atelier sur le thème ‘'Eglise-Famille en Afrique''», Ibid ., p171-176.; ROAMBA B., «Pour une ecclésiologie de ‘L'Eglise-Famille de Dieu'», in Telema , 1-2 (1997), p. 43-68; DIRECTIVES ET ORIENTATIONS PASTORALES POUR UNE PLANIFICATION DES PRIORITES APOSTOLIQUES 1996-2000, Dakar, 1996. A toute cette production, on ajoute les autres contributions du volume : SEMAINES THEOLOGIQUES DE KINSHASA, Eglise-Famille; Eglise fraternité. Perspectives post-synodales. Actes de la XXe Semaine Théologique de Kinshasa du 26 novembre au 2 décembre 1995 , Kinshasa, 1977.

«  Il est vivement souhaité que les théologiens élaborent la théologie de l'Eglise Famille avec toute la richesse de son concept, en dégageant sa complémentarité avec d'autres images de l'Eglise  » (63).

Nous savons que l'Eglise d'Afrique est ouverte à cette perspective communionelle comme s'il s'agissait de son option préférentielle. L'idée de l'Eglise Famille de Dieu depuis sa formulation, au moment du Synode pour l'Afrique, continue à inspirer toutes les Eglises particulières d'Afrique qui s'efforcent de s'en approprier. A part les contributions déjà signalées plus haut, le SCEAM a publié deux lettres pastorales sur le sujet en 1998 et 2001. La CENCO a publié en 2001 un ‘ Directoire sur la nouvelle évangélisation et la catéchèse dans la perspective de l'Eglise-famille de Dieu '. Même l'Association panafricaine des exégètes catholiques dans son 8 ème (Ouagadougou) et 9 ème congrès (Abuja) ont eu pour thème ‘ L'Eglise-famille et perspectives bibliques ' : cf. MOSENGWO L., « L'Eglise comme ‘Famille de Dieu'. Une contribution importante en ecclésiologie, in TSHIBANGU, L'avenir... p. 101.

Pour certains, ce concept «  est appelé à faire faire du chemin aux Eglises d'Afrique. Il traduit l'Afrique profonde, celle où les sociétés sont bien attachées aux valeurs d'alliance, et soucieuses de conserver ces liens de sang. Ceci traduit une conception du monde et de la vie comme lieu d'interaction où les êtres sont en communion vitale.. On voit par là comment l'Afrique noire dans ces structures d'Eglise renoue avec ses racines profondes et sa conception du monde. Et là il se révèle un défis : on n'évangélisera profondément l'Afrique noire qu'en évangélisant les familles et les liens du sang, c'est-à-dire en les amenant à se consolider dans l'accomplissement de la volonté de Dieu ; et là, le concept de l'Eglise-famille peut jouer un rôle catalyseur  » : KABASELE F. L., « Ressorts et perspectives d'une ‘Eglise-Famille' en Afrique, in RASMI , 2 (1995), p. 28.

C'est la Conférence Episcopale de la Région des Grands Lacs que, cela ne fait pas longtemps, à indiqué l'Eglise-Famille de Dieu comme ‘ objectif prioritaire de l'évangélisation en profondeur ' : A.C.E.A.C., De vos épées forgez des socs de charrue , Kinshasa, 2004, p. 3 ; cf. MALU M., «  Nouvelle évangélisation et évangélisation en profondeur. Tâches de l'Eglise d'aujourd'hui », in TSHIBANGU, L'avenir… p. 375-385.

«  RAPPORT GENERAL DU DEROULEMENT DU CONGRES , in TSHIBANGU, L'avenir… p. 494-498 .

«  Les conflits fratricides nourris par le rivalités ethniques et les confrontations politiques cesseraient en Afrique de l'Ouest si tous les peuples africains s'éduquent à vivre ensemble comme membres d'une unique famille de Dieu  » : QUENUM J.-M.H., « Conflit et réconciliation : enseignement des Evêques de la CERAO  », in Revue de l'Université Catholique de l'Afrique de l'Ouest , 27 (2006), p. 149.

« En 1987, dans un petit ouvrage intitulé La théologie africaine, Mgr Th. TSHIBANGOU, alors évêque auxiliaire de Kinshasa prévoyait déjà qu'en ecclésiologie, nous pouvons nous attendre à un grand apport de l'Afrique dans le développement de la doctrine de l'Eglise sous l'aspect de communion ou de famille » : DE HAES R., « L'Eglise comme communion selon Vatican II », in Eglise-Famille… p. 255.

NDI-OKALA J.- NTALU A., (dir.), D'un Synode africain à l'autre. Réception synodale et perspectives d'avenir : Eglises et société en Afrique , Paris, 2007, p. 26. « L'Afrique au sud du Sahara peut apporter au reste du monde son souci de communion avec l'environnement et sa tolérance religieuse, peu expansionniste et peu prosélyte. En montrant aux autres peuples son style de vie sans prétention, et en leur apprenant la manière d'être soi-même sans s'imposer aux autres, l'Africain est l'homme de la communion, d'accueil et d'hospitalité qui apportera à l'humanité la paix de ceux qui chérissent le lien humain  » : QUENUM J.-M.H., Le Dieu de la solidarité qui vient à l'Africain , Abidjan, 2005, p. 155.

Cf. NDJOMO N., « La marche vers l'autofinancent dans nos Eglises. Brèves remarques sur les stratégies à monter en vue d'un changement de mentalité », in TSHIBANGU, L'avenir… p. 226-234 .

Dans ce sens semblent aller les efforts de l'Eglise d'Afrique directs à ‘ la constitution progressive d'ensemble régionaux …pour faire naître une parole propre de l'Eglise d'Afrique qui puisse se faire entendre dans toute l'Eglise ' : RAPPORT GENERAL… , in ibid ., p. 496. Mais, cela vaut aussi face à tout le Continent : «  We can note especially in this regard the role of representing the church in Africa vis-à-vis African continental political structures like the newly established Africa Union … It is part of evangelising mission of the Church to continue to work towards rescuing Africa from its present predicament, using means and methods appropriate to her. SECAM stands for church in Africa and the Church stands for salvation of Africa »: Mgr ONAIYEKAN J., “SECAM and the mission of the church in Africa ”, in i bid. , p. 39-45.

QUENUM, Le Dieu… p. 7-51.

Cf. KOUASSI E. K., « L'Afrique à la recherche d'une capacité de pacification continentale », in Revue de l'Université Catholique de l'Afrique de l'Ouest , 27 (2006), p. 71-98. En fait, toute l'action que l'Eglise d'Afrique mènerait dans cette direction rentrerait en plein dans les idéaux de l'Organisation de l'Unité Africaine dont les fondateurs se voulaient: « Guidés par une commune volonté de renforcer la compréhension et la coopération entre nos états afin de répondre aux aspirations de nos populations vers la réalisation d'une fraternité et d'une solidarité intégrées dans une unité plus vaste qui transcende les divergences ethniques et nationales  » : i bid ., p. 72. Cf. N'KRUMAH K., L'Afrique doit s'unir , Paris, 1964. La pensée de Cheikh Anta Diop à cet égard in : ELA J.-M ., Cheikh Anta Diop ou l'honneur de penser , Paris, 1989.

Dans une intervention au colloque organisé en 1996 par le CERA, portant le titre : Dialogue islamo –chrétien en Afrique : une expérience missionnaire a la suite de Nostra Aetate , j'ai eu l'occasion de traiter du dialogue comme une forme de l'évangélisation traduisant dans la praxis missionnaire l'esprit de communion et ayant une importance crucial pour parvenir à des bons résultats dans les domaines de l'inculturation et de la promotion humaine. A cet égard cf. DIOUF L., Eglise locale et crise africaine. Le diocèse de Dakar , Paris, 2001.

J'ai eu l'occasion de parler de la communion comme principe de renaissance en intervenant aux Premières Journées Philosophique du Grand Séminaire de Saint André Kaggwa en 2005 sur le thème : La renaissance et l'expérience missionnaire.

«  L'Eglise d'Afrique est donc sur le chemin de la mission. Le Congrès qui s'achève a manifesté combien elle a conscience de son identité, grâce à une maîtrise de mieux en mieux partagée du défis d l'inculturation, de son autoaffirmation comme Famille de Dieu et Fraternité du Christ, de l'autoprise en charge et de la communion interecclésiale , et enfin de l'urgence de la Missio ad Gentes dans l'horizon d'une mondialisation qui, loin de n'être qu'un risque, renferme un potentiel de grâce déjà nommé par Jean-Paul II ‘mondialisation de la solidarité'  ». Mgr MONSENGWO L.P., « Discours de clôture » in TSHIBANGU, L'avenir… p. 474.

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