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MISSION ET SAINTETE EN AFRIQUE DANS LA PERSPECTIVE DE LA COMMUNION MISSIONNAIRE

( Domenico Arena )
SOMMAIRE...........................................................

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II. Dans LE MAGISTéRE APRES LE CONCILE

Ce qui précède finit pour nous convaincre que Vatican II demeure une pierre miliaire pour la vie de l'Eglise sous beaucoup d'aspects. Mais il l'est plus spécialement relativement a la communion dans sa relation à la mission. Dans ce cas, il devient un foyer d'inspiration encore à explorer pouvant illuminer, selon les deux derniers Pontifes qui y ont participé, la marche de l'Eglise missionnaire dans le monde d'aujourd'hui . En effet, le Concile posant les bases de l'ensemble théologique qu'est la communion missionnaire, ouvre la possibilité  de les approfondir, de les développer et ainsi de les renforcer. Ce qui est fait par le magistère post-conciliaire.

EVANGELII NUNTIANDI

Evangelii nuntiandi , l'exhortation apostolique de Paul VI sortie en 1975, à l'issue du synode sur l'Evangélisation, se relie à la pensée de communion missionnaire à plusieurs reprises. Il est le premier document de nature spécifiquement missionnaire qui véhicule les idées du Concile à propos de la mission de l'Eglise. Et, celle-ci, sur l'exemple de Jésus lui-même (cf. Lc 4, 18), suivi superbement par saint Paul (1Cor 9, 16), consiste foncièrement dans l'action d'évangéliser: « Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l'Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser…  » (14). Cette exhortation se signale aussi comme un document missionnaire qui traite de la mission suivant un tracé remarquablement organique de théologie et spiritualité missionnaire, inauguré, comme on sait, par Ad gentes . Dans ce document, - où Jésus, ‘ Evangile de Dieu ' est appelé ‘ le premier et le plus grand évangélisateur' (7) ; l'Esprit Saint, ‘ l'agent principal de la mission ' (75) ; Marie, l'étoile de l'évangélisation (82) - il est dit : «  évangéliser n'est pour personne un acte individuel et isolé, mais c'est un acte ecclésial  ». Puis, n continuité avec Vatican II, il affirme que ‘ la force de l'évangélisation se trouvera bien diminuée si ceux qui annoncent l'Evangile sont divisés entre eux' . Dans ce sens, le document précise que le manque d'unité est ‘ l'un des grands malaises de l'évangélisation ' et que ‘ le sort de l'évangélisation est certainement lié au témoignage d'unité donné par l'Eglise ”. Et cela est expliqué ainsi: «  Le testament spirituel du Seigneur nous dit que l'unité entre ses disciples n'est pas seulement la preuve que nous sommes siens, mais aussi la preuve qu'il est envoyé du Père, test de crédibilité des chrétiens et du Christ lui-même  ». Par conséquent, le signe de l'unité entre tous les chrétiens est indiqué comme “ voie et instrument de l'évangélisation ' (EN 77 ) . Le document, qui fait de la mission un ensemble cohérent d'annonce, de témoignage, d'inculturation et de promotion humaine, nous offre une application pratique de la communion missionnaire à propos des Communautés Ecclésiales Vivantes de Base. Il est dit que, si elles vivent la et de la communion ecclésiale, ‘ seront une espérance pour l'Eglise universelle ' et, comme celle-ci, d'évangélisées deviendront évangélisatrices. (15 ; 58). Dans ce cadre, le missionnaire-évangélisateur, qu'il soit pape, évêque religieux, prêtre, est appelé à être un témoin ‘ d'une véritable sainteté de vie ' (76 ; 80), tout en étant ‘ artisan d'unité' (77), par l'amour de Dieu et du prochain (cf. 79).

Ainsi, Evangeli nuntiandi confirme les avancées de Vatican II en la matière, accordant à la communion un rôle décisif dans l'évangélisation et l'indiquant comme voie maîtresse à suivre pour porter à bon échéant la mission de l'Eglise. Puis, elle fixe solidement la mission sur le ‘ témoignage de la vie ' (41). Celui-ci suppose dans le missionnaire la sainteté et ‘ l'amour fraternel toujours grandissant envers ceux qu'il évangélise ' pour ‘ donner la vérité et introduire dans l'Unité' (79). De lors, dans la mission prévu par Evangeli nuntiandi , communion d'amour et sainteté se retrouvent à constituer les éléments saillants de ‘ L'esprit de l'évangélisation' (titre de son VII chapitre), signifiant leur partenariat nécessaire à la réussite de l'annonce de l'Evangile. Pourtant on perçoit encore une fois l'influence enrichissant entre mission, sainteté et communion .

CHRISTIFIDELES LAICI

Cette autre Exhortation Apostolique, sortie en 1988, à la suite du Synode sur les laïcs, tout en n'étant pas un document strictement missionnaire, contient un message fort significatif pour la mission, annoncé déjà par son sous titre: ‘ vocation et mission des laïcs dans l'Eglise et dans le monde '. Or, ce message significativement missionnaire réside substantiellement dans la communion missionnaire; une expression qui justement, au niveau du magistère officiel de l'Eglise, apparaît pour la première fois en Christifideles laici , entraînant une pensée missiologique apte à inspirer la mission de l'Eglise de nos jours  .

Quand, après 10 ans de mission au Sénégal, j'ai lu cette exhortation pour la première fois, immédiatement après sa sortie, j'ai fut beaucoup rehaussé dans mes convictions missionnaires . Et pour cause!

Le document, en effet, en léguant aux laïcs, - de toute évidence la catégorie absolument plus importante, en termes numériques, du tissu ecclésial - un type de mission pivotant au tour de la communion missionnaire, faisait don à l'Eglise d'une visée missionnaire qui pouvaient valoir et être vécue par tout chrétien sur la base commune du Baptême. Ce qui ne pouvait que réjouir le missionnaire que j'étais et qui considérait aussi cet élargissement universel de la mission, du en substance à l'idée de la communion missionnaire, comme un principe de renouvellement de la mission de l'Eglise. C'est ne pas par hasard que dans ce même document la communion missionnaire est mise au coeur de la Nouvelle Evangélisation . 

Cependant, les acquis de la missiologie conciliaire étaient bien là. Comme au dernier Concile, toute l'Eglise était par sa nature missionnaire ; tous dans l'Eglise étaient concernés par la mission ; la mission était une activité ecclésiale de toujours et de partout. De même, elle était, dans sa référence à la Trinité , une ouverture d'amour destinée, par le biais d'un Eglise-communion, à instaurer une ‘ civilisation de l'amour' (54), à savoir le Royaume de Dieu qui réunis toutes les personnes humaines dans la communion de Dieu en terre et, le moment venu, au ciel.

Apparemment donc il n'y avait rien de nouveau. Cependant il y avait la profession explicite de la communion missionnaire qui représentait, à mon avis, l'aboutissement et l'heureux épanouissement de la missiologie de Vatican II .

Si, maintenant, on parcourt le document, on peut constater la fidélité, la continuité et, éventuellement, l'innovation par rapport à Vatican II.

Dans un premier moment, Christifideles laici rattache le mystère de l'Eglise, fait de communion et de mission, à la Trinité , confirmant ainsi le point de vue de Vatican II à cet égard :   «Elle est un mystère parce que l'amour et la vie du Père, du Fils et de l'Esprit Saint sont le don absolument gratuit offert à tous ceux qui sont nés de l'eau et de l'Esprit (cf. Jn 3, 5), appelés à vivre la communion même de Dieu, à la manifester et à la communiquer dans l'histoire ( mission  ) ».

En cela, l'exhortation déclare le rôle sacramentel de l'Eglise par rapport à la réalisation de la communion universelle, nous faisant comprendre aussi que ce rôle représente l'intime mission de l'Eglise qu'elle porte à son terme par l'entremise de tous ces fidèles baptisés. ‘ Tel mère, tel fils ', l'Eglise et ses membres participent de la même vie trinitaire et, pourtant, tous ses membres deviennent intermédiaires de cette vie et de ce projet de Dieu au sein et envers l'humanité.

Les fidèles laïcs, alors, mais avec eux dans un certain sens tous les baptisés, trouvent leur vraie identité et dignité dans cette Eglise mystère de communion recevant les dons de l'amour et de la vie de la Trinité  : “ Désormais, c'est seulement à l'intérieur du mystère de l'Eglise comme mystère de communion que se révèle ‘l'identité' des fidèles laïcs , leur dignité originelle. Et c'est seulement à l'intérieur de cette dignité que peuvent se définir leur vocation et leur mission dans l'Eglise et dans le monde  » (8).

On est confirmé par là que dans l'Eglise le rapport qui existe entre communion et mission doit être comprit selon l'horizon trinitaire et que c'est en celui-ci qu'il devient, comme il l'est, de nature indivisible et complémentaire .

Par après, l'exhortation encadre l'agir missionnaire du laïcat dans l'ecclésiologie de communion de Vatican II, en la définissant, en l'approfondissant et en déclarant son but missionnaire sous base biblique : «  Ainsi la vie de communion ecclésiale devient un signe pour le monde et une force d'attraction qui conduit à croire au Christ. ‘Comme toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi, qu'eux aussi soient un seul être, afin que le monde croie que Tu m'as envoyé' (Jn 17, 21). De cette manière, la communion s'ouvre à la mission , elle se fait elle-même mission  » (31). Sur la base d'un texte évangélique, dont on remarque la prégnance missionnaire, la communion est déjà mission, possède une valeur spécifiquement missionnaire.

Suite de quoi, en se referant à l'allégorie de la vigne et des serments, selon laquelle ont peut porter du fruits seulement si on reste uni au Christ, est introduite la notion de communion missionnaire : «  La communion avec Jésus, d'où découle la communion des chrétiens entre eux, est absolument nécessaire pour porter du fruit : ‘en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire' (Jn 15, 5) . Et la communion avec les autres est le fruit le plus beau que les serments peuvent porter : c'est, en effet, un don du Christ et de son Esprit. Or, la communion engendre la communion et se présente essentiellement comme communion missionnaire …La communion et la mission sont profondément unies entre elles, elles se compénètrent et s'impliquent mutuellement, au point que la communion représente la sources et tout à la fois le fruit de la mission : la communion est missionnaire et la mission est pour la communion . C'est toujours le même et identique Esprit qui appelle et uni l'Eglise et qui l'envoie prêcher l'Evangile ‘jusqu'aux extrémités de la terre' (Ac 1, 8) » (32).

Or, ces affirmations, qu'on lis aisément comme des explicitations et approfondissements des acquis conciliaires, portent à démontrer que cette communion missionnaire réalise pleinement la mission de l'Eglise et ainsi à professer que: «  Cette communion est déjà en elle même le premier grand signe de la présence du Christ Sauveur dans le monde ; en même temps, elle favorise et elle stimule l'action apostolique directe et missionnaire de l'Eglise » (64).

La communion devient ainsi une vie, source d'un nouveau dynamisme missionnaire parce qu'elle porte dans la mission une force divine, la force même de Dieu, autrement dit la présence du Christ, ultime objectif, comme on le disait plus haut, de la mission de l'Eglise. 

Cela voudrait pouvoir dire que la nouvelle évangélisation, - qui revient plusieurs fois dans ce même document et plus spécialement tout de suite après la profession de la communion missionnaire du numéro 32 - aurait à son cœur la vie de communion missionnaire. «  Cette nouvelle évangélisation, qui s'adresse non seulement à chacune des personnes, mais aussi à des groupes entiers de populations dans la diversité de leurs situations, de leurs milieux, de leurs cultures, est destinée à la formation de communions ecclésiales mures , c'est-à-dire où la foi répand et réalise tout son sens originel d'adhésion à la personne du Christ et à son Evangile, de rencontre et de communion sacramentelle avec Lui, d'existence vécue dans la charité et le service  ».

Toujours est-il qu'au même moment où, avec son entrain habituel de prophète, Jean Paul II lance la communion missionnaire, il dit aussi que ‘ l'heure est venu d'entreprendre une nouvelle évangélisation' (34). La communion missionnaire est professée dans l'horizon de la nouvelle évangélisation .

La relecture de Christifideles laici nous rassure pleinement aussi sur notre propos relatif à la sainteté en relation à la communion missionnaire. Dans cette exhortation apostolique, dont la communion missionnaire est la clé de lecture et le light motif, la sainteté, liée à celle-ci comme jamais, devient possible et même rehaussé : «  En même temps, la vocation à la sainteté est intimement liée à la mission et à la responsabilité qui sont confiées aux fidèles laïcs dans l'Eglise et dans le monde. En effet, la sainteté vécue, tout en provenant de la participation à la vie de sainteté de l'Eglise, représente aussi par elle-même une première et fondamentale contribution à l'édification de l'Eglise en tant que communion des Saints  » (17).

Ici, la sainteté est dite apporter une contribution fondamentale à l'édification de la communion. Ce qui enlève toute réserve à qu'elle puisse coexister avec une vie de communion. De plus, la sainteté devient nécessaire, telle un ciment, à l'établissement de l'édifice de la communion missionnaire et, par delà, elle est effectivement en intime union avec la mission. Dans se cadre, la sainteté n'est étrangère ni à la communion ni à la mission, par contre elle garde avec ces deux réalités un lien de complémentarité. D'ailleurs, il est dit aussi que les laïcs, devant se sanctifier dans la vie ordinaire du monde, ont besoin de trouver une unité de vie qui les porte ‘ jusqu'à la communion avec Dieu dans le Christ ' (17), qu'on sait être le but suprême de toute vie de sainteté, autrement dit sa mystique. Or, cette unité de vie est proprement la prérogative de la communion missionnaire. Celle-ci, en effet, se fonde sur l'amour réciproque entre les fidèles qui, en soi, produit leur ‘ communion avec Dieu dans le Christ ' présent parmi eux.

Maintenant, si on peut ajouter quelques réflexions, on dirait ceci :

•  la communion missionnaire de Christifideles laici nous dit en une locution, de la force d'un slogan, la compénétration féconde entre communion et mission . L'une et l'autre sont inséparables dans la vocation missionnaire de l'Eglise et dans toute diaconia que l'Eglise doit rendre à l'humanité. Cela interroge et implique chaque membre de l'Eglise à quel niveau qu'il soit. Ainsi, l'ecclésiologie du dernier Concile devenait effectivement, selon une déclaration du même Jean-Paul II, - qui mérite d'être appelé le Pape de la communion missionnaire- une “ ecclesiologia di comunione e di missione   ; une de ses formules qui fait de la communion et de la mission un tout un dans l'être et l'agir de l'Eglise.

•  En Christifideles Laici on voit se former et de déployer le fleuve majestueux de la communion missionnaire à partir des sources de Vatican II qui se rattachent et nous réveillent à la Trinité comme à sa source primaire.

•  La communion missionnaire, léguée au laïcat comme visée et méthode pour participer pleinement à la mission de l'Eglise, investi celle-ci d'une façon décisive étant donnée que les laïcs représentent le 99, 99%, si non plus, de sa démographie.

•  Par ce document, pourtant, est donnée à l'Eglise une visée missionnaire apte à réaliser le vaste programme qu'on aperçoit être derrière les formules de Nouvelle Evangélisation et de Civilisation de l'Amour .

•  Enfin, la barque de la sainteté peut avancer dans ce fleuve de communion en mission vers son aboutissement heureux qui est facilité à tout moment par la force du courant propre à une spiritualité de communion missionnaire. 

REDEMPTORIS MISSIO

Redemptoris missio est l'encyclique de 1990 sur la mission, publiée à vingt-cinq ans de Ad gentes. Dans ce document, qui comme Evangelii Nuntiandi est spécifiquement missionnaire, on aurait pu s'attendre à une développement consistant de la théologie de la mission centrée si bien sur la communion missionnaire par Christifideles laici . Par contre on n'en trouve même pas une fois le mot, comme si on ne l'avait jamais utilisé dans un document officiel. Histoire de faire refroidir tous les élans suscités par Christifidele laici.

Effectivement Redemptoris Missio ne parle pas explicitement de la communion missionnaire, peut-être parce que ce document essaierait de déjà l'appliquer, en la conjuguant avec les lourdes problématiques de la mission de son époque .

Tout de même, l'idée de communion missionnaire est repérable en filigrane tout au long de l'encyclique.

Par exemple, on parle de l'unité catholique du peuple de Dieu à laquelle tous les hommes sont appelés (9) ; on dit que la nature du Royaume est la communion de tous les êtres humains entre eux et avec Dieu (15) ; que l'Eglise est au service du royaume quand elle fonde des communautés (20). Mais le texte qui évoque le plus la communion missionnaire semble se trouver au numéro 23 : «  Le but dernier de la mission est de faire participer à la communion qui existe entre le Père et le Fils : les disciples doivent vivre entre eux l'unité, demeurant dans le Père et le Fils, afin que le monde reconnaisse et croie. C'est là un texte missionnaire significatif ! Il fait comprendre qu'on est missionnaire avant tout par ce que l'on est , en tant que membre de L'Eglise qui vit profondément dans l'amour, avant de l'être par ce que l'on dit ou par ce que l'on fait  ».

Ce qui est repris en quelques sorte au numéro 26 en référence à la koinonia des Actes : «  L'un des objectif de la mission, en effet, est de réunir le peuple pour écouter l'Evangile, pour la communion fraternelle, pour la prière et l'Eucharistie  ».

De lors, la mission est à considérer comme un devoir communautaire (27) qui porte à insérer la missiologie dans l'ecclésiologie et, en suite, toutes les deux dans le dessein trinitaire du salut (32).

Ainsi, comme l'avait fait Evangelii nuntiandi , est réaffirmé l'importance des communautés ecclésiales de base : «  Puisque l'Eglise est communion, si elles vivent dans l'unité de l'Eglise, sont une authentique expression de communion et un moyen pour construire une communion plus profonde. Elles constituent un motif de grande espérance pour la vie de l'Eglise » (51).

D'ailleurs : «  Le caractère authentiquement et pleinement missionnaire trouve son expression dans ce lien essentiel de communion entre l'Eglise universelle et les Eglise particulières  » (62).

Ainsi, l'alignement et l'adhésion à la communion missionnaire du document est résumé en ce texte : «  Les responsables et les agents de la pastorale missionnaire doivent se sentir unis dans la communion qui caractérise le Corps mystique. Le Christ a prié à cette intention à la dernière Cène Jn 17, 21. C'est dans cette communion que réside le fondement de la fécondité de la mission » (75).

Tout compte fait, Redemptoris missio , sans trop appuyer la pédale sur la communion missionnaire, reste en continuité avec elle. Ainsi, le document développe certains sujets qui son en phase avec la communion missionnaire. Par exemple : elle consacre le chapitre III à l'Esprit Saint d'amour, le même qui réalise la communion de l'Eglise, en l'indiquant comme ‘ le protagoniste de sa mission' ; elle appelle la charité, voie à la communion, ‘ le moteur de la mission' (60) ; et elle propose le dialogue fondé sur la charité comme une modalité privilégiée de la mission (56). Nous sommes là dans un processus de communion missionnaire qui avance quand même vers l'aboutissement de ses implications.

De toute façon, l'apport particulier de l'Encyclique à notre propos c'est qu'elle lie explicitement la mission à la sainteté dans un cadre de spiritualité missionnaire pour les missionnaires qui sont tels par vocation spécifique. Ce cadre est contenu dans son VIII chapitre qui reprend les grandes lignes du numéro d'AG 24, qui d'ailleurs, comme on le disait, est le premier à introduire le terme de spiritualité missionnaire. Dans ce cadre, le missionnaire doit : se laisser guider par l'Esprit ; vivre en communion intime avec le Christ jusqu'à partager avec lui ses mêmes sentiments qui, sur la base évidemment de sa communion avec son Père et de sa charité unifiante envers ses semblables, furent ceux de s'anéantir sur la croix pour l'amour de ses frères. De façon que ce cadre préconise un missionnaire qui est ‘ l ' homme de la charité' (89), qui vie cette charité et en témoigne jusqu'au don de la vie. En cela, il avance dans la sainteté indispensable à la bonne réussite de la mission : «  L'appel à la mission découle par nature de l'appel à la sainteté. Tout missionnaire n'est authentiquement missionnaire que s'il s'engage sur la voie de la sainteté: ‘ La sainteté est un fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l'accomplissement de la mission de salut de l'Eglise'. La vocation universelle à la sainteté est étroitement liée à la vocation universelle à la mission… La spiritualité missionnaire de l'Eglise est un chemin vers la sainteté  » (90) .

Par après, autres documents se chargent de tenir éveillé l'attention sur la communion missionnaire.

VITA CONSECRATA

C'est le cas de Vita consecrata , l'exhortation apostolique post synodale de 1996 ‘ sur la vie consacrée et sa mission dans l'Eglise et dans le monde '.

Il faut se souvenir qu'entre communion et vie religieuse ou consacrée, il y a un feeling particulier au moins depuis Vatican II, où la communion missionnaire est déjà ébauchée dans le texte emblématique de Perfectae caritatis 15, cité plus haut. Par ce texte, mutatis mutandis , ce que Chrisifideles laici disait aux laïcs à propos de la communion missionnaire, le dernier Concile l'avait déjà signifié aux personnes consacrées.

Même avant Vita consecrata , les personnes consacrées, dans leur état de vie qui a en programme la sainteté dans la perfection de la charité et l'accomplissement en première ligne de la mission de l'Eglise, restant unies généralement dans des communautés, semblent garder un rapport spécial avec la réalité de la communion .

Notre exhortation, évoluant sur un fond hautement théologique et spirituel, reconnaît, comme l'avait fait en 1994 le document La vie fraternelle en communauté, le lien entre communion et nouvelle évangélisation, en disant que le Signe de la fraternité nécessite à l'Eglise dans sa tâche de nouvelle évangélisation (55) .

Le point d'encrage de ce lien est encore une fois la perspective trinitaire, très prononcée, de Vita consecrata elle-même. En effet, la référence à la Trinité y joue une importance fondamentale et elle semble constituer une nouveauté par rapport aux autres documents sur la vie consacrée . Cet horizon trinitaire peut expliquer la vie consacrée dans sa nature profonde de communion et de mission . « La vie consacrée , - on lit dans ses premières lignes- profondément enracinée dans l'exemple du Christ Seigneur, est un don de Dieu le Père à son Eglise par l'Esprit  » (1). La vie consacrée a donc sa source en Dieu, communion d'amour. Par son origine, qui lui confère, dans un certain sens, une nature trinitaire, elle devient signe de la communion divine au milieu des hommes.

A la lumière de cet enracinement trinitaire, comme il en a été pour l'Homme-Dieu, la vie consacrée, représente “ un mode pour ainsi dire divin” et le “plus radical de vivre l'Evangile sur cette terre ” (18). Par là, l'exhortation confirme l'excellence de la vie consacrée comme “ voie privilégiée vers la sainteté ” (35), indispensable également à la vie et au rayonnement de l'Eglise (3). 

Ayant son origine et sa source dans la communion toute puissante du Père, du Fils et du Saint Esprit, la vie consacrée en est une participation ainsi qu'un reflet dans l'espace et dans le temps (21), trouvant de ce fait en elle son identité intime. C'est pour cela aussi que la vie consacrée est “ au coeur ” et “ partie intégrante de la vie de l'Eglise ” (3) qui “ est essentiellement ” perçue même par cette exhortation comme “ mystère de communion ” (41).

Cette approche trinitaire et ecclésiologique conduit à développer un sujet qui revêt une place centrale et importante dans l'économie de l'exhortation. Il s'agit de la vie fraternelle en communauté que le document perçoit indispensable à la mission d'évangélisation propre aux personnes consacrées, mais aussi comme forme de vie prophétique dans le domaine de l'inculturation (47 ; 80), du dialogue (74) et de la promotion humaine (82).

Par elle, la vie consacrée trouve sa propre place et, en même temps, elle est ferment de la communion de l'Eglise. “ La vie consacrée a certainement le mérite d'avoir contribué efficacement à maintenir dans l'Eglise l'exigence de la fraternité comme confession de la Trinité . En favorisant constamment l'amour fraternel, notamment sous la forme de la vie commune, elle a montré que la participation à la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité. De cette manière, elle fait voir aux hommes la beauté de la communion fraternelle et les voies qui y conduisent concrètement ” (41) .

Cependant, c'est qui est incontestable c'est que Vita consecrata fait sienne et se propose de reprendre et relancer à son propre compte la théologie de la communion missionnaire en y ajoutant le souffle de spiritualité propre à son charisme : «  Une tâche importante est confiée à la vie consacrée, notamment à la lumière de la communion, proposée par le Concile Vatican II avec tant de vigueur. Aux personnes consacrées, il est demandé d'être vraiment experts en communion et d'en pratiquer la spiritualité, comme « témoins et artisans du projet de communion qui est au sommet de l'histoire de l'homme selon Dieu' . Le sens de la communion ecclésial, qui devient une spiritualité de la communion , encourage une façon de penser, de parler, et d'agir qui fait progresser l'Eglise en profondeur et en extension. En effet, la vie de communion devient signe pour le monde et une force d'attraction qui conduit à croire au Christ…De cette manière, la communion s'ouvre à la mission , elle se fait elle-même mission », ou plutôt ‘ la communion engendre la communion et se présente essentiellement comme communion missionnaire ' » (46).

C'est ici qu'on découvre pour la première fois l'expression ‘ spiritualité de la communion '. Cela juste au moment où est cité le texte de Christifideles laici sur la communion missionnaire en vue de la confier aux soins des personnes consacrées. De sorte qu'elle ne peut pas ne pas affecter profondément leur vie dans la mesure où elles s'ouvrent à la perspective d'une spiritualité d'unité, qui pourrait être la seule capable d'intégrer heureusement, comme en seul ensemble, leur communion, leur mission et leur sainteté.

C'est ainsi que les personnes consacrées donnent leur contribution à la nouvelle évangélisation (42 ; 45) et sont propulsés dans le voyage vers la sainteté, objectif primaire de leur état de vie, signifiée, tout au long du document, par le commentaire à la péricope de la Transfiguration de Jésus.

Quant à la typologie de sainteté qui dérive de son rattachement à la spiritualité de communion, - qui exige également adoration et prière, ascèse constante pour rester fidèles aux vœux et amour à la croix du Christ dans toutes souffrances humaines et cosmiques (23-24. 38)- elle peut être saisi en ce qui suit : «  Toutes ces personnes, en vivant leur condition évangélique de disciples, s'engagent à pratiquer le ‘commandement nouveau' du Seigneur, en s'aimant les unes les autres comme Il nous a aimés (cf. Jn 13, 34). L'amour a conduit le Christ au don de lui-même jusqu'au sacrifice suprême de la Croix. Parmi les disciples aussi, il n'y a pas d'unité vraie sans cet amour mutuel inconditionnel , qui demande d'être disposé à servir sans mesure, disponible pour accueillir l'autre comme il est, sans ‘le juger' (cf. Mt 7, 1-2), capable de pardonner même ‘soixante dix fois sept fois' (Mt 18, 22) Pour les personnes consacrées, unis en ‘ un seul cœur et une seule âme' (Ac 4, 32), grâce à cet amour répandu dans leur cœur par l'Esprit Saint (cf. Rm 5, 5), cela devient une exigence intérieur de mettre tout en commun , les biens matériels et les expériences spirituelles, les idéaux apostoliques et le service caritatif : ‘Dans la vie communautaire, la force de l'Esprit qui est en une personne se communique à tous en même temps…On y bénéficie de ses propres dons, on les multiplie en les communiquant aux autres, et l'on jouit ainsi des dons d'autrui comme siens propres'  » (42).

Or, c'est tout cet ensemble de spiritualité de communion qui peut introduire chez les personnes consacrées la pratique d'une sainteté heureuse, illuminée par la joie et la lumière de la Résurrection du Christ présent au milieu d'elles: “ Dans la vie de communauté on doit pouvoir en quelque sorte saisir que la communion fraternelle, avant d'être un moyen pour une mission déterminée, est un lieu théologal où l'on peut faire l'expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité (cf. Mt 18,2O)” (42).

En cela, les personnes consacrées devraient être aussi à l'avant-garde d'une vie de sainteté collective portant à l'expérience mystique pour pouvoir la propulser et la mettre la portée des autres composantes de l'Eglise.

En somme, cette spiritualité, qu'à présent pourrait s'appeler du nom de spiritualité de la communion missionnaire , contient et unifie la sainteté et la mission. En soi, ce type de sainteté est collective, dans le sens qu'elle est comme une voie qui, tout en demandant un engagement personnel, on peut et on doit la parcourir ensemble dans une ambiance d'entraide et solidarité réciproque avec le Seigneur présent au milieu de la communauté . Centrée dans l'amour, cette sainteté de la spiritualité de communion missionnaire, propre aux personnes consacrées, qui, d'ailleurs, sont appelées à la témoigner et la diffuser (39), est valable pour tous, parce qu'elle, comme on la vu aussi dans le cas des laïcs, rejoint et unifie tous les chrétiens dans leur commune vocation baptismale. Ainsi, par cette spiritualité de la communion, qu'on leur recommande de développer (51), et témoignant de la sainteté typique qu'elle postule, les personnes consacrées sont tout à fait aptes à répondre au plus grand défi de notre troisième millénaire qui consiste à faire de l'Eglise ‘ la maison et l'école de la communion ' .

Que est-ce que on pourrait ajouter de plus si non constater que, par le biais de Vita Consecrata, l'idéal de communion missionnaire se dilate encore davantage pour englober impérativement une portion importante du peuple de Dieu qu'est le monde des personnes consacrées. Pour cela, elle devrait pouvoir être comme l'identité moderne de l'Eglise tout entière, si on considère que les personnes appelées à partager le ministère pétrinien ( pape, évêques, prêtres et diacres), sont toutes, déjà et par leur nature, censées être au service de la communion missionnaire.

Achevons nos considérations sur ce document, en disant que la vie consacrée - état de vie qui contient les multiples expériences de sainteté des saints Fondateurs et saintes Fondatrices, en un synthèse de toute beauté que certains ont comparée à un jardin embelli par toute sorte de fleurs- s'affermit comme la composante de l'Eglise qui est plus visée par la communion missionnaire. Elle, dans son ensemble de charismes variés, à respecter dans leur spécificité, acquiert une autre vocation particulier, celle d'être un exemple de communion missionnaire. Et, en plus, elle acquiert un autre mission spéciale, celle de la propulser. Et cela jusqu'à non jours: «  La spiritualité de la communion se présente comme une atmosphère spirituelle de l'Eglise au début du troisième millénaire, tâche active et exemplaire de la vie consacrée à tous les niveaux » .

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Cela est évident pour Jean-Paul II: «   Me trouvant au seuil du troisième millénaire ‘ in medio Ecclesiae' , je désire encore une fois exprimer ma gratitude à l'Esprit-Saint pour le grand don du Concile Vatican II …Je suis convaincu qu'il sera donné aux nouvelles générations pendant très longtemps de profiter des richesses que ce Concile du XXè. siècle nous a accordées…Depuis les premiers années de mon service épiscopal, et justement grâce au Concile, il m'a été de vivre la communion fraternelle de l'Episcopat . Comme prêtre de l'archidiocèse de Cracovie, j'avais expérimenté ce qu'était la communion fraternelle du presbyterium, et le Concile a ouvert une dimension nouvelle à cette expérience  » : TESTEMENT DE JEAN PAUL II , in La Documentation Catholique , 2336 (2005), p. 487. Quant à Benoît XVI, on peut dire qu'il y reste bien accroché à regarder le titre de ses deux premiers documents : Deus caritas est sur l'amour chrétien et Sacramentum caritatis sur l'Eucharistie, deux sujets intimement liés à la communion missionnaire. «  La première réalité de la foi eucharistique est le mystère même de Dieu, amour trinitaire…Dieu est communion parfaite d'amour entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint…l'Eucharistie n'est pas seulement source et sommet de la vie de l'Eglise, elle est aussi source et sommet de sa mission. Un Eglise authentiquement eucharistique est une Eglise missionnaire  » : Sacramentum caritatis 7. 8. 84).

En commentant ce numéro, on écrit: “ Anche questa unità indica una strada di edificazione ecclesiale, nel senso che tutta la Chiesa si senta unita per l'évangélizazione. Senza la comunione ecclesiale, l'attività dell'apostolo o delle istituzioni apostoliche, anche se fossero geniali, sarebbero certamente sterili, come segni vuoti che non comunicano la salvezza cristiana ”: DINH DUC DAO G., Spiritualità missionaria , Roma, 2003-2004, p. 29, inédit.

Evangelii nuntiandi sera citée dans la suite par le sigle EN.

A part l'intuition de Mgr Reghezza dont il était question plus haut, la Bibliographia Missionaria fait mention de ces écrits sur la communion missionnaire : FALCIOLA P., «  La Iglesia , Communiòn Misionera », in Omnis Terra 12 (1980), 156-165 ; L'EGLISE COMMUNION MISSIONNAIRE. LE DIMANCHE. LA PAROISSE , in Documents L'Eglise Centurion , Paris, 1991; DUJARIER M., « L'Eglise communion missionnaire », in Mission de l'Eglise , 69 (1995), p. 3-13. Tandis que un plus grand nombre d'auteurs ont développé le lien entre communion et mission : BANDERA A., «  La Iglesia , mistero de communiòn y la Iglesia –missiòn » , in AA.VV., Juventud y misiones. Misiones y Eglesia-comuniòn , Burgos , 1973, p. 383-409; L'HOUR J.-FELIX F.-FAURE, «  Mission as communion », in Teaching All Nations, 9 (1972), p. 264-286. Comuniòn nuevo Rostro de la Misiòn. Jornadas de la XXXIII Semana Espanolas de Misiologia , Burgos, Agosto1980, Borgos 1981; CHIARINELLI L., “Il Cenacolo: comunione e missione”, in Via Verità e Vita , 34 (1985), p. 28-73 ; RIESSE R., “Mission und Communio. Zur missionarichen dimension der kirchlichen seelsorge”, in Theologische Zeitschrift , 43 (1987), p. 148-157. KELLY G., “Communion and mission : the idea of church in Christifideles Laici”, in The Australian Catholic Records , 66, p. 387-394. ; EGLISE: COMMUNION ET MISSION . DOCUMENT DE LA CONFERENCE NATIONALE DES EVEQUES DU BRAZIL, in La Documentation Catholique , 71 (1989), p. 138-144 ; SCHROEDER R., “Communion and Mission”, in Verbum SVD , 35 (1994), p. 5-18 ; LEGAZPI L. Z., “The Church in Asia today : communion and Mission”, in Filipiniana Sacra , 31 (1996), p. 111- 127 ; SIN J., “Doctrinal Foundation : the call to communion and mission”, Bulletin Ecclesiastico de Filipinas , 73 (1997) p. 530-534 ; ESQUERDA-BIFFET, J., « Renovaciòn evangélica de la Iglesia , camino de comuniòn y missiòn », in Omaggio à P. Angel Antòn , Casale Monferrato, 1997, p. 391-410; NGUYEN D., “Communion for mission and mission of communion with special reference to Ecclesia in Asia”, in Mission Today 2 (2000), p. 433-440 ; NWAGWU M.G., “Communion and self-reliance: signs of Church as God's family in Africa”, in African Ecclesial Revue , 42 (2000), p. 18-26.

Cf. ARENA M., “La missione nella ‘Chrisifideles Laici'”, in Missioni Omi , 2 (1990), p. 6-15.

Sur sa genèse voir: ZAGO M., “La nuova evangelizzazione nel pensiero di Giovanni Paolo II”, in BEGHETTO A. (a cura di), La Nuova Evangelizzazione e i religiosi , Roma , 1991, p. 59-90; DE HAES R., “La nouvelle evangélisation et campagnes d'Evangélisation”, in RASMI , 1 (1994), p. 175-190.

Ce qui donnait un encouragement aux efforts fournis dans la mission que j'avais pratiquée au Sénégal avec mes confrères Oblats de Marie Immaculée. Il s'agissait là d'une mission qu'on voulait mener, selon le charisme de Saint Eugène de Mazenod, notre fondateur, par et dans la communauté. Cela parce que on était convaincu du fait qu'une communauté vivant dans la communion de l'amour réciproque rendait présent le Christ au milieu de nous : cf. ARENA M., «Vangelo et vita di comunione in Africa », in BEGHETTO, La Nuova …, p. 171-186.

Cf. CODA P. , “Chiesa particolare et comunione missionaria” in CAPMANY , La Chiesa mistero... p. 30.

D'ailleurs, communion et nouvelle évangélisation sont évoquées dans le paragraphe où il est dit que la communion est le plus grand signe de la présence du Christ : « Les travaux du Synode ont constitué pour tous les participants une grande expérience spirituelle : Celle d'une Eglise attentive, dans la lumière et la force de l'Esprit Saint, à discerner et accueillir l'appel répété de Seigneur, en vue de proposer à nouveau au monde d'aujourd'hui le mystère de sa communion et le dynamisme de sa mission de salut…  C'est pourquoi j'adresse, à tous et à chacun, une vive exhortation à ne jamais se lasser de maintenir éveillé, dans le cœur et dans la vie, la conscience ecclésiale , c'est-à-dire la conscience d'être membre de l'Eglise de Jésus-Christ et de participer à son mystère de communion et à son énergie apostolique et missionnaire…. Pour tous et pour chacun, la prière ardente de Jésus à la dernière Cène 'Qu'ils soient un !'…doit devenir chaque jour un programme exigeant et inéluctable de vie et d'action… A l'Eglise est confiée une entreprise de grande envergure, exigeante et magnifique : celle d'une nouvelle évangélisation , dont le monde d'aujourd'hui a un immense besoin » (64). Communion et Nouvelle Evangélisation sont bien en relation l'une à l'autre et interdépendantes : cf. DE LUCA G., “Il Movimento dei Focolari e la Nuova Evangelizzazione ”, in BEGHETTO, La Nuova.. . , p. 152-167.

C'est pourquoi l'on se doit d'affirmer que communion et mission sont profondément unies entre elles. Dieu est à la fois communion et mission. La communion est la source de la mission, et réciproquement la mission est au service de la communion ; ou encore la mission s'enracine dans la communion, et la communion est le fruits de la mission  ». Ainsi on lit au chapitre ‘ Pour une communion missionnaire' du livre de : RIGAL J., L'Eglise en chantier , Paris, 1995, p. 33.

Insegnamenti di Giovanni Paolo II , vol. IX/1 (1986), Vaticano, 1987, p. 1783

Ces problématiques concernaient entre autre : le rapport entre le Verbe et Jésus Christ, la relation harmonieuse entre Eglise et Royaume, la spécificité de la mission ad Gentes, et la complémentarité entre dialogue et annonce : cf. GEFFRE C., « Introduction préliminaire », in La Mission du Christ Rédempteur , Paris, 1991, p. I-XII.

Redemptoris Missio sera citée dans la suite par le sigle RM.

Le choix de traiter de ce document pour boucler le propos de ce cette section, mis à part l'intérêt qu'il a pour le monde des personnes consacrées à qui j'appartiens, se justifie surtout à cause de la teneur missionnaire du document qui est imbu de l'idée de communion missionnaire, tout en supposant que d'autres documents de l'après Concile peuvent en parler positivement. En plus, ce qui est dit ici aux personnes consacrées répond pour le fond aux attentes formulées par Ecclesia in Africa , soit à leur égard, soit à l'égard de la mission en général. Ce qui fait que ce document peut servir de transition à la section suivante: cf. ARENA D., « La mission des consacrés en Afrique à la lumière de Ecclesia in Africa et Vita consecrata  : quelques consonances », in Pentecôte d'Afrique , 33 (1998), p. 57-76.

Par exemple, le document La vie fraternelle en communauté de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, de 1994, consacre son premier chapitre au don de la communion et de la communauté. C'est ici que les religieux et religieuses, dans un cadre de théologie de communion trinitaire et ecclésiale qui se réfère à l'expérience de la koinonia de la primitive Eglise de Jérusalem (2. 9-10.14), sont indiqués une première fois comme des ‘ experts en communion ' (10). Ce même document explicite remarquablement la communion missionnaire a partir surtout de vie fraternelle en communauté, caractéristique propre à la vie religieuse. «  Pour quelques-uns, la vie de communauté est ressentie comme un obstacle à la mission, presque une perte de temps dans des questions plutôt secondaires. Il est nécessaire de rappeler à tous que la communion fraternelle en tant que telle est déjà un apostolat, c'est-à-dire quelle contribue à l'œuvre d'évangélisation. Le signe par excellence laissé par le Seigneur est celui de la fraternité vécue 'A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres (Jn 13, 35). En même temps qu'il a donné à ses disciples la mission de prêcher l'Evangile à toute créature (cf. Mt 28, 19, 20), le Seigneur les a envoyés pour vivre unis, ‘afin que le monde croie' que Jésus est l'envoyé du Père auquel on doit donner le plein assentiment de la foi (cf. J n 17, 21). Le signe de la fraternité est donc de très grande importance parce qu'il montre l'origine divine du message chrétien et qu'il possède la force d'ouvrir les cœurs à la foi. C'est pourquoi ‘toute fécondité de la vie religieuse dépend de la qualité de la vie fraternelle menée en commun'  » (54).

Cf. CASTELLANO CERVERA J., “La nuova evangelizzazione e i religiosi”, in BEGHETTO, La Nuova.. . , p. 91-124.

Cf. ARENA D., «  Vita consecrata  : un essai de présentation », in Pentecôte d'Afrique , 27 (1997), p. 6-22.

C'est dans cette même optique que Ecclesia in Africa regarde les personnes consacrées ouvrant dans le Continent : «  Dans une Eglise famille de Dieu, la vie consacrée a un rôle particulier, non seulement pour indiquer à tous l'appel à la sainteté, mais aussi pour témoigner de la vie fraternelle dans la communauté. Par conséquent les consacrés sont invités à répondre à la vocation à la quelle ils sont appelés, dans un esprit de communion et de collaboration avec leurs évêque respectifs, le clergé et les laïcs  » (94).

Cf. VANDELEENE M., “La spiritualità di communione apre nuovi cammini di santità”, in Santi, ma non per caso. Santità e vita consacrata , Milano, 2004, p. 63-77.

CONGREGATION POUR LES INSTITUT DE VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE, Repartir du Christ, Lubumbashi, 2002, p. 29. Dans la suite, Repartir du Christ sera cité par le sigle RDC.

Vita consecrata sera citée dans la suite par le sigle VC.

 

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