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MISSION ET SAINTETE EN AFRIQUE DANS LA PERSPECTIVE DE LA COMMUNION MISSIONNAIRE

( Domenico Arena )
SOMMAIRE...........................................................

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I. AUX SOURCES DE LA COMMUNION MISSIONNAIRE  : VATICAN II

1. DEUX PRECAUTION

Aller aux sources d'une idée théologique signifie souvent parvenir à connaître ses origines mais aussi à se ressourcer, c'est-à-dire boire aux sources d'une eau vive qui régénère et donne nouvelle vigueur à la vie chrétienne qui, pour être authentique, doit pouvoir intégrer l'engagement pour la mission et l'appel à la sainteté.

Cela est absolument vrai lorsque cette source est Dieu Lui-même.

C'est le cas de la communion missionnaire. Nous la trouvons professée pour la première fois, en quelque sorte, ex-cathedra , sous la plume de Jean Paul II, en l'Exhortation Apostolique Christifideles laici au numéro 32 . Cependant la recherche de sa source demande d'effectuer un certain parcours suivant le lieux plus significatifs où son idée a commencé à se former. Or, cela va nous amener à constater que, dans le cas de la communion missionnaire, la source, tout en étant en définitive unique, peut être multiple de façon à pouvoir parler de plusieurs sources. Celles-ci peuvent être repérées dans l'histoire de l'Eglise et nous ramener à la source originaire qui est du domaine de la transcendance divine.

Question de sources

Même pour limiter mon propos je vais commencer la recherche à partir du Concile Vatican II, le considérant comme une des sources de la communion missionnaire, tout en reconnaissant qu'il y en a d'autres. Celle de Vatican II ayant servi à : découvrir ou redécouvrir, attirer l'attention et ainsi mettre sur la bonne voie pour identifier ses sources antécédentes jusqu'à celle originaire, la Trinité.

Je veux dire par là que pour la communion missionnaire, relativement à ses sources, il en est comme d'un fleuve, par exemple le Nil. Certains explorateurs ont crus pendant longtemps qu'elles étaient au lac Victoria, mais, par après, d'autres ont découvert qu'elles avaient leur naissance au sommet du Ruwenzori. Ainsi, cet essai commence par rechercher les sources de la communion missionnaire au Concile Vatican II, mais ses vraies sources se trouvent ailleurs et pour les identifier il faut remonter le cours du fleuve de la communion missionnaire par un parcours soumis aux aléas de l'histoire.

En effet, ont peut dire sans se tromper que, dans une réflexions qui s'appuie sur le credo catholique, la source de la communion missionnaire est bel est bien en Dieu Un et Trine, mystère d'amour et d'unité . Or, c'est ce dessein mystérieux de communion trinitaire qui se déploie en une mission, tel qu'une ouverture d'amour vers la création et vers l'humanité . En fait, nous le savons, celui trinitaire est un mystère de communion d'amour qui, dans la distinction des trois personnes divines, s'exprime en mission. Cela devient visible en la mission du Fils et en celle de l'Esprit Saint, toutes les deux opérant à la naissance et à la consolidation de l'Eglise . De ce fait, l'Eglise, née et consolidée par les missions du Fils et de l'Esprit de Dieu, est, de sa nature, dans son ADN donc, un tout un de communion et de mission qu'on peut appeler du nom de communion missionnaire et qui a sa source dans celle de la Trinité . Déjà ici, sur un plan théologique, on relève l'existence de deux sources de la communion missionnaire : une originaire, celle de la Trinité , depuis toujours prototype de communion missionnaire, et l'autre dérivée et historique, celle de l'Eglise. Cette dernière, en tant qu'émanation historique de celle de la Trinité , participe au dynamisme de grâce propre au Dieu Un et Trine.

Mais, sur le plan historique, ont peut également sans se tromper, repérer d'autres sources. Une première pourrait surgir de la méditation et de l'exégèse bibliques des paroles et de l'agir de Jésus qui, ayant l'auto conscience d'être envoyé aux pauvres (cf. Lc 4, 16-21) par son Père (cf. Jn 3, 16- 17 ; Mt 10, 40 ; Mc 9,37 ; Lc 9 48 ; 10, 16) , devient l'authentique représentant et le témoin le plus accrédité de la communion missionnaire de la Trinité. Lui qui est l'Un de Dieu (Jn 1, 18), qu'on pourrait appeler la communion de Dieu incarnée. D'ailleurs, Jésus vit lui-même sa mission terrestre en communion avec son Père (Jn 20, 21) est avec ses disciples. En fait, dans le cadre de son ministère terrestre Il réuni en communauté les Apôtres et les disciples et les envoie ‘ en mission deux à deux ' (cf. Mc 6, 7-12 ; Mt 10, 1-9 ; Lc 9, 1-6 ; 10, 1-20). Surtout au Cénacle, icône d'une communauté qui sait que la force de sa mission réside dans son unité, Il instruit, se donne en nourriture (cf. Mt 26, 25 ; Mc 14, 22-25 ; Lc, 22, 7- 20 ; 1Cr 11, 23-25) et donne des consignes aptes à faire de cette communauté un model de communion missionnaire (Jn 13, 1- 17, 26) . En fin, après l'avoir impliqué vitalement dans son mystère pascal, Il lui donne son Esprit et Il envoie cette même communauté pour témoigner et annoncer la bonne nouvelle de sa résurrection au monde entier. Cela par un mandat missionnaire qui évoque entre autre : la communion d'amour de la Trinité pour et dans le baptême des nouveaux disciples ; l'universalité de la tâche missionnaire directe à toute l'humanité pour qu'elle participe à la communion divine ; et, en fin, la promesse, sans limite ni de temps ni d'espace, de la présence vivante et sanctifiante de Lui-même, par son Esprit, au milieu de ceux qui forment cette communauté (cf. Mt 28, 18-20 ; Mc 16, 15-20 ; Lc 24, 45-53 ; Jn 20, 21 ; Ac 1, 6-8).

L'autre source historique, étroitement liée à la communion missionnaire que Jésus actualise avec le Père par l'Esprit et avec ses Apôtres, jaillit de l'expérience de l'Eglise primitive . Celle-ci présente un modèle de communauté qui vit dans une communion s'exprimant naturellement en mission . Les premiers chrétiens, réunis autour des Apôtres et Marie et remplis de l'Esprit Saint de la Pentecôte , forment une communauté unie de cœur et d'esprit, parce que vivant en plein la koinonia , cet à dire : la communion de foi dans la Parole de Jésus selon la tradition transmise par les Apôtres (communion hiérarchique) ; celle affective de l'amour réciproque (communion de vie dans l'Esprit) ; celle de la prière, qui se fait Eucharistie (communion eucharistique) ; et celle du partage de biens (cf. Ac 1, 13-14 ; 2, 1-4. 42-47) en faveur des pauvres (cf. Gal 2, 10) (communion des biens spirituels et matériels) . C'est qui fait de ses membres une communauté qui témoignage efficacement du Seigneur ressuscité vivant par son Esprit au milieu d'eux (communion des saints et missionnaire).

D'ailleurs, cette expérience- modèle de communion en mission de l'Eglise de Jérusalem, idéalisée au tant qu'on veille, mais authentiquement historique en son fond, a été presque constamment un foyer d'inspiration pendant l'histoire de l'Eglise . Elle a provoqué au long des siècles, à commencer notamment des moines de l'Afrique du Nord-Est, des concrétisations faisant apparaître, ici et là, des communautés porteuses de communion missionnaire .

Cependant s'il n'y avait pas eu le Concile Vatican II, probablement il aurait fallu attendre encore d'autres recherches pour s'orienter vers ces sources originaires de la communion missionnaire, les pouvoir identifier et pouvoir s'y ressourcer .

En somme, cet essai démarre les recherches des sources de la communion missionnaire au Concile Vatican II. Cela parce que, comme au lac Victoria les explorateurs d'un temps avaient reconnu plus facilement l'origine du Nil grâce aussi à la présence d'eaux plus abondantes, de même nous trouvons dans le dernier Concile des signes de communion plus nombreux et reconnus susceptibles d'entamer une pensée de communion missionnaire. De ce fait, en partant du Concile, on pourrait se trouver bien placés pour remonter le fleuve de la communion jusqu'à sa source ultime pour saisir convenablement la signification de la communion missionnaire qui pourrait être considérée comme un de ses fruits plus beaux et nourricier pour la mission d'aujourd'hui. Ainsi, il sera plus aisé de continuer à l'approfondir là d'où elle vient, à sa véritable source, et là où elle va, par ses conséquences et implications, pour qu'elle puisse profiter à la mission de l'Eglise de notre temps.

Question de terminologie

Tout de même notre positionnement en référence au Concile ne va pas de soi. C'est-à-dire que dans notre cas les choses se compliquent au niveau de la terminologie.

Bien sur qu'avant Vatican II le terme communion était déjà employé, mais avec ce terme on indiquait presque toujours la communion eucharistique et la Communion des Saints en tant qu'article de foi . De façon qu'au Concile il y a un problème de terminologie dans le sens qu'avec ce terme on signifie beaucoup d'autres choses qu'auparavant et, en plus, l'expression communion missionnaire n'y existe pas tel qu'on l'écrit maintenant .

Là aussi, il en advient comme des sources d'un fleuve. En effet, quand on monte aux sources d'un fleuve on peut être déçu du fait qu'au lieu où il surgit il y a moins d'eau de celle qu'on admirait en le descendant. De plus, comme d'ailleurs cela semble avoir été le cas du Nil, pas toutes les gouttes d'eau produites du glacier du sommet de la montagne, où le fleuve surgit, confluent vers lui. Et encore, si quand bien même il y a des signes des sources, il peut arriver qu'il soit difficile aussi de les identifier et de les interpréter. Mutatis mutandis, on peut dire la même chose du terme et de la notion de communion missionnaire au Vatican II. Elle n'est pas affirmée d'une façon claire et explicite. Cependant existent-ils des signes qui, interprétés à la lumière de tout l'ensemble de la doctrine conciliaire, peuvent être à l'origine de ce qu'on appelle aujourd'hui communion missionnaire .

Dans ce sens, l'indice plus probant est celui de la fréquence relativement abondante du terme latin communio . Celui-ci revient précisément 108 fois , presque dans tous les documents et il peut indiquer tour à tour : la communion de et avec Dieu dans le Christ par l'Esprit ; la nature intime de l'Eglise ; la Communion des Saints dans le sens du credo ; la communion eucharistique ; la communion hiérarchique ; ainsi et souvent la communion fraternelle, fruit de l'amour mutuelle entre les disciples du Christ ; comme aussi, il peut indiquer les différentes dénominations des communautés chrétiennes (communion catholique, anglicane… ) .

Il s'agit donc, comme nous le dit Benoît XVI, qui au temps de son cardinalat a montré un remarquable intérêt à cet égard, d'un terme ‘ polysémique ', qu'on ne peut pas prendre en un sens univoque, mais qui quand même exprime l'essence de l'Eglise .

Pour autant, les Pères du Synode de 1985, tenu à 20 ans de Vatican II, ont pu se prononcer en la matière et dire que «  l'ecclésiologie de communion est le concept central et fondamental dans les documents du Concile  », indiquant ainsi la catégorie de la communion comme la clé de lecture la plus appropriée et inévitable soit du Concile que de l'Eglise .

Cela s'explique parce que, a part le terme communio , il y en a d'autres qui dans les documents du Concile expriment la même réalité. C'est le cas surtout des termes unitas et unio , qui, selon le contexte, s'attestent comme de synonyme de communio , mais aussi d'autres affins . De façon que toutes ses expressions traduisant la réalité de la communion sont semblables justement à des gouttes qui confluent dans un même fleuve, concourant ainsi à faire lever cette ecclésiologie de communion propre, à Vatican II.

En somme, ces difficultés terminologiques peuvent nous faire pressentir soit l'embarras d'en parler mais aussi la richesse cachée de ce mot, propre à une réalité qui participe de la transcendance trinitaire, qui reste toujours un mystère .

Tout de même, pour avoir un cadre de référence qui oriente la présente réflexion, nous retenons la description de la communion faite par les mêmes Pères du Synode de 1985 et assumée par Jean Paul II dans Christifideles laici   où, comme on l'a dit, l'expression communion missionnaire apparaît, de façon magistérielle,  pour la première fois:

«  Que signifie donc ce mot complexe de ‘communion'? Il s'agit fondamentalement de la communion avec Dieu par l'intermédiaire de Jésus-Christ, dans l'Esprit Saint. Cette communion s'obtient par la parole de Dieu et par les sacrements. Le Baptême est la porte et le fondement dans la communion dans l'Eglise. L'Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne (cf. LG 11). La communion au Corps eucharistique du Christ signifie et produit, en d'autres termes édifie, l'intime communion de tous les fidèles dans le Corps du Christ qui est l'Eglise ( 1Co 10, 16)  » (CF 19). 

2. LA COMMUNION MISSIONNAIRE DE VATICAN II

Mais alors, cette communion - qui, ayant sa source et son prototype exemplaire dans la Sainte Trinité , est participée à l'Eglise pour qu'elle en soit un sacrement et qui par l'action de l'Esprit peut être reproduite sur la terre par l'amour réciproque des ses fidèles, cette communion dont parle le Concile, est, si ou non, en rapport avec la mission ? Là aussi, plusieurs indices peuvent nous faire répondre positivement, comme d'ailleurs des ténors en la matière l'ont pressenti vers les années 90. .

LE TEMOIGNAGE ET LE REGARD DU CONCIL

En un sens, le Concile lui-même est à considérer un avènement de communion missionnaire. Certains même, avant sa tenue, préconisaient qu'il devait affronter en premier les thèmes de l'unité dans son lien avec la mission . Dans un climat, caractérisé par un esprit de conversion et de renouvellement, le lien entre l'unité et la mission fait surface au Concile depuis ses débuts, soit par ses intentions , que par son témoignage de vie de communion , ses vœux et ses prières .

Il est bien aussi de signaler qu'à plusieurs reprises les assises du Concile se montrent attentives aux réalités qui sont affines à la communion .

A ce propos, le Concile retenait l'unité comme un signe des temps (cf. UR 4; AA 14), ainsi que comme une tendance du monde contemporain (cf. DH 15; GS 4. 24. 33. 42. 77; LG 1. 28; NA 1) . De plus il professe que la communion, en tant que ‘ concorde fraternelle, correspond au désir intime de tous les hommes ' (AG 7; cf. GS 92). Sa réalisation parfaite est conforme à ‘ la volonté bienveillante de Dieu ” (UR 5; cf. AG 3; GS 24. 45) et à la volonté du Christ (cf. UR 1. 2; GS 32). Son contraire, autrement dit tout ce qui manifeste un manque d'unité entre les chrétiens, représente un ‘ scandale pour le monde et une source de préjudice pour la très sainte cause de la prédication de l'Evangile à toutes les créatures ' (UR 1; cf. AG 6. 29).

Par ces citations on peut voir déjà que la communion, même si souvent en terrain œcuménique, est mise en relation privilégiée avec la mission.

L'EGLISE COMMUNION EN MISSION

Ce qui advient par rapport à l'Eglise. Elle, avant tout, est indiquée, par des expressions innovatrices de force dogmatique, comme sacrement-signe-instrument ‘ de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain ', juste au moment où elle, par le Concile, ‘ se propose de faire comprendre, de façon plus précise, à se fidèles et au monde entier, sa nature et sa mission universelle' (LG 1). Sa communion trouve son ‘ modèle suprême et le principe dans la trinité des personnes, l'unité d'un seul Dieu, Père et Fils dans l'Esprit Saint ' (UR 2) et elle lui ressemble (cf. GS 24). Dans cette Eglise, Jésus est ‘ auteur de salut et principe d'unité ' (LG 9) et Il continue à produire, garder et à faire progresser l'unité de l'Eglise à travers l'Esprit Saint. Ce dernier, qu'on sait être guide de la mission de l'Eglise, est appelé ‘ le principe du rassemblement et de l'unité dans l'enseignement des apôtres et dans la communion, dans la fraction du pain et les prières ' (LG 13. 15. 25; cf. AG 4; UR 2). Pourtant, c'est Lui aussi qui unifie l'Eglise ‘ in communione et ministratione'  (LG 4 ; AG 4). De la sorte, l'Eglise en tant que sacrement de communion signifie et actualise ‘ l'unité salutaire ' de Dieu et elle est dans et pour le monde entier ‘ le germe plus vigoureux d'unité d'espérance et de salut ' (LG 9), ainsi que ‘ présage d'unité et de paix ' (GS 92). Toutes les personnes humaines, en compagnie des fidèles de l'Eglise, qui ont la vocation à vivre en communion les uns avec les autres, sont candidats ‘ à cette unité catholique du peuple de Dieu ' (LG 13). Effectivement, l'Eglise, en témoignant de ‘ l'admirable unité qui règne dans le Corps du Christ ” (LG 32), et en menant sa mission de salut, se soucie d'aider tous les êtres à entrer dans ‘ une nouvelle communion fraternelle ' (GS 32), finalisée à la ‘ fraternité universelle ' (GS 38 ; 91). Cette opération de l'Eglise finalisée à l'unité planétaire et cosmique (cf. LG 1) constitue sa ‘ mission profonde ' (GS 42) qu'elle effectue par le dialogue. En effet : «  En vertu de sa mission de répandre sur le monde entier la clarté du message évangélique et de réunir en un seul Esprit tous les homme, à quelque nation, race, ou culture qu'ils appartiennent, l'Eglise est le signe de cette fraternité qui rend possible et efficace un dialogue sincère  » (GS 92).

Pratiquement, au Concile, la communion ecclésiale ‘ implique tout entier le projet du salut de Dieu et toute la réalité humaine et universelle .  Ainsi, par cette description, on est porté à admettre que l'origine, la nature, la vocation et la mission de l'Eglise sont liés indissolublement à sa communion. Si bien qu'on peut dire avec Tillard: ‘ il n'y a rien dans l'Eglise qu'il ne soit pas communion ' .

D'ailleurs, en parcourant ses documents on apprend que la communion illumine et guide chaque rapport inter ecclésial. Chaque membre de l'Eglise, selon sa vocation, état de vie, charisme et ministère, est impliqué dans la vie de communion. Du Pape aux Evêques , des prêtres aux religieuses et religieux jusqu'aux femmes et hommes laïcs , tous, collaborant à l'unique mission ecclésiale, sont sollicités à collaborer à sa communion organique et harmonieuse, fruit de la coexistence dans l'amour des diversités (propres aux fonctions, ministères et charismes) et signe de salut pour le monde . 

COMMUNION ET MISSION DE TRINITATE

Cependant, le lien indissoluble entre communion et mission est établi avec plus de profondeur théologique par celle qui est, de même que l'intuition théologique de la communion, l'innovation, ou la redécouverte, ayant plus de poids pour la mission de l'Eglise de notre temps. C'est-à-dire le rattachement, opéré par Ad gentes , de la mission elle-même à la communion d'amour du Dieu-Trinité, comme à sa source : « Dans son pèlerinage l'Eglise est, par sa nature, missionnaire, puisqu'elle- même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père  »(AG 2). Ici, avec la force d'une découverte innovatrice et d'une déclaration dogmatique, la nature de l'Eglise (donc sa communion) et sa mission sont un tout un dans la communion missionnaire de la Trinité. De lors, elles ne peuvent qu'être en synergie dans la théologie et dans la praxis .

De ce fait, ont peut en déduire que la communion est comme le point de départ, l'origine, le préalable de la mission. Mais aussi sa finalité dernière, si on considère, comme on l'évoquait plus haut, que la promotion et la réalisation de la communion universelle ‘ est en relation étroite avec la mission profonde de l'Eglise ” (GS 42. 92; AG 6). De cela, en découle la possibilité vraisemblable que la communion devienne, telle que nous la montre l'approfondissement de l'unité johannique , ‘ la modalité primaire de la mission' . En effet, le témoignage de communion en vue de la mission est encouragé et recommandé à plusieurs reprises par d'autres documents conciliaires (cf. AA 8. 18. 20. 23; CD 17. 30; GS 21. 48. 52; LG 45; PC 15; UR 1) et, en particulier, même par Ad gentes , le décret missionnaire du Concile. Cela est explicité clairement quant on y lit : «  Pour que l'œuvre missionnaire entreprise atteigne son but et obtienne ses effets, tous ceux qui s'adonnent à des activités missionnaires doivent être ‘un seul coeur et une seule âme' » (Ac 4, 32)  » (AG 30 ) .

En pratique si, pour le Concile, la mission en elle-même est nécessaire et revient à tout chrétien dans l'Eglise (cf. LG 17 ; AG 2.6.35 ; AG 3), la communion ecclésiale pour la mission est également nécessaire. Entre communion et mission s'établi alors un lien si fort de complémentarité qu'il nous porte à faire notre la pensée du père Lopez-Gay. Cet éminent missiologue avait à écrire que la mission ‘ does not exist outside this scheme of communion' . 

SIGNIFICATION DE LA COMMUNION MISSIONNARE

Cela dit, il convient de se demander qu'est-ce que cela signifierait dans le domaine missiologique. Selon le Concile, et selon l'expérience d'apostolat de certains Mouvement Ecclésiaux surgis peu avant sa tenue , cet esprit et cette pratique de communion, informant l'œuvre missionnaire, donnerait à la mission une incomparable efficacité d'irradiation évangélique, grâce au témoignage de communion dans la communauté . Cela s'explique principalement puisque la communion dans la charité, témoignée par la communauté des chrétiens, en tant que reflet et participation de celle trinitaire, révèle «  la présence de Dieu  » (GS 21) , entretenant ainsi ‘ la présence vivante du Sauveur dans le monde et l'authentique nature de l'Eglise ' (GS 48; cf. AA 18; AG 6. 15. 21; UR 12).

Tout cet ensemble de doctrine conciliaire sur la communion missionnaire me parait bien synthétisé dans Perfectae Caritatis par un texte qui encore aujourd'hui garde un charme particulier: «  La vie en commun doit être menée en persévérant dans la prière et la communion d'un même esprit (cf. Ac 2,42) et doit se nourrir de la doctrine évangélique, de la sainte liturgie et surtout de l'Eucharistie, à l'exemple de la primitive Eglise dans laquelle la multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme (cf. Ac 4, 32). En tant que membres du Christ, les religieux auront les uns pour les autres des prévenances pleines d'estime dans leurs relations fraternelles (cf. Rm 12, 10), portant les fardeaux les uns des autres (cf. Ga 6, 2). Car, sous l'effet de la charité de Dieu répandue dans les cœurs par l'Esprit Saint (cf. Rm 5, 5), la communauté, telle une vraie famille, rassemblée au nom du Seigneur, jouit de la présence de celui-ci (cf. Mt 18,20). Mais la charité est la plénitude de la loi (cf. Rm 13,10) et le lien de la perfection (cf. Col 3, 14) et par elle nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie (cf. 1Jn 3, 14). Bien plus, l'unité des frères manifeste que le Christ est venu (cf. Jn 13, 35 ; 17,21) et il en découle une puissante efficacité apostolique  » (PC 15) .

Ici on est face à un texte qui concerne la communauté religieuse en tant que cellule de l'Eglise et de ce fait le contenu peut lui être applicable dans son entièreté.

En somme, le Concile pose les fondations de cet élément de théologie ecclésiologique et, en même temps, missiologique, qui sera signifié par l'expression communion missionnaire, en la Trinité . Il nous dit aussi sa raison d'exister et ce qu'elle apporte à la mission, à savoir la présence du Christ, Sauveur du monde. Ce qui accomplie pleinement l'unique mission de l'Eglise, celle ‘ de rendre présent Jésus Christ au milieu des hommes' ; une mission qui est retenue comme une ‘ nécessité organique ' de l'Eglise .

Tout cela nous porte à penser que Vatican II conjointement à l'ecclésiologie de la communion, universellement reconnue, déclanche aussi une ecclésiologie de la mission qui, tout compte fait, peut s'appeler de théologie de la communion missionnaire.

LA SAINTETE DE TRINITATE

Or, cette communion missionnaire se lève au milieu d'un Concile qui proclame la vocation universelle à la sainteté (cf. LG 39-42) et, de surcroît, elle est, comme on vient de l'écrire, recommandée, comme la sainteté d'ailleurs, à chaque membre de l'Eglise pour l'accomplissement de sa vocation ecclésiale et pour la fécondité de tout apostolat. Ce qui finit pour nous convaincre que la communion missionnaire en soi postule la sainteté. Et il ne peut ne pas être qu'ainsi puisque la communion missionnaire a comme son principe vital la Trinité , le Dieu trois fois saint. En outre, l'Eglise, émergeant de Vatican II comme lieu et sacrement de la communion missionnaire, est la même Eglise qui, dans son intime identité, est ‘ una, catholica et apostolica ', et que nous croyons aussi ‘ sanctam' et, en plus, Communion des Saints. Du reste, Jésus, centre de sa communion, est le Saint de Dieu et l'Esprit, l'âme qui l'unifie dans sa communion et dans sa mission, est l'Esprit Saint, principe d'unité et de toute sanctification.  «  L'Esprit Saint , qui habite dans les cœurs des croyants, qui remplie et régit toute l'Eglise, réalise cette admirable communion des fidèles et le unit tous dans le Christ de façons si intime qu'il est le Principe de l'unité de l'Eglise . Lui-même opère la diversité des grâces et des ministères, en dotant l'Eglise de Jésus Christ de fonctions diverses, ‘organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de l'édification du corps du Christ' (Ep 4, 12)  » (UR 2).

Toutes ces considérations, ainsi que la teneur des textes du Concile évoquant la sainteté dans le cadre de la communion missionnaire , nous rassurent que : la sainteté a et doit avoir sa place à son sein, comme si elle devait contribuer à la rehausser ; et, même, qu'elle en serait sa plénitude, son accomplissement, son résultat, une sorte de point d'arrivée. Ce qui nous encourage à pouvoir en dessiner les contour dans la suite du travail, en tenant compte que tous ces données concernant la sainteté dans sa relation à la communion missionnaire peuvent d'or et déjà être incorporés dans un cadre de Spiritualité missionnaire, expression et visée qu'on rencontre pour la première fois au numéro 29 du décret missionnaire Ad gentes .

Maintenant, pour terminer cette partie concernant les sources conciliaires de la communion missionnaire, il convient de remarquer le dynamisme qu'elle dévoile .

Effectivement quant on parle de communion on se réfère, comme on l'a pu constater, à quelque chose de mystérieux et de transcendante qui met en relation dynamique le divin et l'humain . Or, ce dynamisme, de foi et de vie, est particulièrement saisissable dans le cas de l'Eglise en tant que sacrement de la communion missionnaire de Dieu. En tant que telle, elle est investie par le dynamisme missionnaire de Dieu et, ainsi, elle est en condition d'en être médiatrice pour l'engendrer dans toute l'humanité . Or, ce dynamisme vital consiste dans la participation à la vie de Dieu qui, dans son amour, et donc par grâce, fait de l'Eglise son sacrement de communion missionnaire pour le monde . Autrement dit, c'est la Trinité immanente qui par amour se fait Trinité économique, à travers la mission du Christ et de son Esprit, pour faire de l'Eglise un instrument de communion qui, en fait, est le vrai salut de l'humanité . De la sorte, le salut est la communion de Dieu que par l'Eglise communion missionnaire est communiquée à tout homme et à tout groupe humain pour qu'ils en vivent et soient sauvés . Il s'agit, en définitive, d'un dynamisme qui actualise la présence et l'action de Dieu par inhabitation, avec toutes les conséquences divines que cela comporte au niveau ecclésial et personnel . S'ouvrir à la Trinité , comme cela a été fait au Concile, est le premier pas de la foi de la créature humaine qui permet à Dieu de la faire participer à sa vie de communion et donc de lui permettre d'agir par elle dans l'espace et le temps .

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Ce document sera cité à l'avenir par le sigle CL.

C'est chez le père Dominicain Le Guillou qu'on peut trouver peut-être pour la première fois l'expression communion missionnaire : LE GUILLOU M.-J., Mission et unité. Les exigences de la communion , Paris, 1960, p. 81. Dans cet ouvrage cette expression est le titre donné au chapitre IV : Vers une théologie de L'Eglise, communion missionnaire. L'auteur tout en développant son discours sur l'unité de l'Eglise qu'il appelle invariablement communion, parle de communion missionnaire seulement dans ce titre et la conçoit comme une communion au service de la mission tel qu'une communion dynamique . (p. 96). En cela, il se range du coté du Père Congar qui avait assimilé déjà en 1937 l'unité à la communion, peut-être aussi pour la première fois en milieu catholique : cf. CONGAR Y. M.-J., Chrétiens Désunis. Principe d'une ‘œcuménisme' catholique , Paris, 1937, p.122-123.

«  En créant l'être humain à son image et à sa ressemblance, Dieu l'a crée pour la communion. Le Dieu créateur qui s'est révélé comme Amour, Trinité, communion, a appelé l'homme à une intime relation avec Lui ainsi qu'à la communion interpersonnelle et à la fraternité universelle. La plus haute vocation de l'homme est d'entrer en communion avec Dieu et avec les hommes, ses frères  » : CONGREATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE, La vie fraternelle en communauté : ‘Congregavit nos in unum Christi amor' , Rome, 1994, p. 15. D'or en avant ce document sera cité par le sigle VFC.

«  Ce dessein est une ‘grâce donnée avant tout le siècles', issue immédiatement de l'amour trinitaire. Il se déploie dans l'œuvre de la création, dans toute l'histoire du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l'Esprit, que prolonge la mission de l'Eglise  » : CATECHISME DE L'EGLISE CATHOLIQUE , 257. D'or en avant CEC.

«  La mission du Christ et de l'Esprit Saint s'accomplit dans l'Eglise, Corps du Christ et Temple de l'Esprit Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles du Christ à sa communion avec le Père dans l'Esprit Saint…  » : CEC 737.

«  Ainsi la mission de l'Eglise ne s'ajoute pas à celle du Christ et de l'Esprit Saint, mais elle en est le sacrement : par tout son être et dans tous ses membres elle est envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de la communion de la Sainte Trinité  » : CEC 738. Ces thèmes avait intéressé aussi notre cher prof. Giovanni Santolini qui a produit un article sur la revue de notre Institut : SANTOLINI G., « La mission de l'Eglise : de la Trinité , par la croix, dans l'Esprit », in Revue Africaine des Sciences de la Mission , 2 (1995), p. 29-49 (RASMI, pour la suite ). Voir aussi : LOPEZ GAY J., « Dimension trinitaire christologique et pneumatologique de la mission », in Eléments de théologie missionnaire , Roma, 1978, p. 5-21 ; « L'activité missionnaire à la lumière de la vie trinitaire », in Omnis Terra , avril (1985), p. 158-164 ; FORTE B., L'Eglise icône de la Trinité. Brève ecclésiologie , Paris, 1985 ; CAPMANY J. e.a., La Chiesa mistero di comunione e di missione , Roma 1994.

L'Evangile de Saint Jean est parsemé de passages où ressort la conscience de Jésus d'être missionnaire de et en communion avec son Père : cf. Jn 4, 31 ; 5, 23-43 ;6, 38-40 . 57 ;7, 29-33 ; 8, 16-18. 42. ;11, 42 ;12, 44-50 ;13, 20 ;14, 24 ; 15, 21 ; 16, 5 ;17, 3-8 ;18-25 ; 20, 21.

«  Dans son grande amour, le Père a envoyé son Fils afin que, nouvel Adam, il restaure la création tout entière et la porte à sa parfaite unité. Ce Fils venu parmi nous a donné naissance au nouveau peuple de Dieu en appelant à lui des apôtres et des disciples, des hommes et des femmes, parabole vivante de la famille humaine ressemblée dans l'unité. Il leur a annoncé la fraternité universelle dans le Père qui nous a fait membres de sa famille, ses enfants, ses frères et sœurs entre nous. Ainsi il a enseigné l'égalité dans la fraternité, et la réconciliation dans le pardon. Il a renversé les rapport de pouvoir et de domination en donnant lui-même l'exemple du service et en se mettant à la dernière place. Au cours du dernier repas, il leur a confié le commandement nouveau de l'amour mutuel : ‘Je vous donne un commandement nouveau: vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimé, aimez-vous, vous aussi, les uns les autres' (Jn 13, 34 ; cf. 15, 12) ; il a institué l'Eucharistie, qui, en nous faisant communier à l'unique pain et à l'unique calice, nourrit l'amour mutuel. Puis, rassemblant tout ses désirs, il s'est adressé à son Père pour lui demander l'unité de tous, modelée sur l'unité trinitaire : « Comme Toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous « (Jn 17,21). Enfin s'abandonnant à la volonté du Père, il a accompli dans le Mystère pascal cette unité qu'il avait appris à ses disciples à réaliser et qu'il avait demandée à son Père. Par la mort sur la croix il a détruit le mur de séparation entre les peuples, les réconciliant tous dans l'unité (cf. Ep 2, 14, 16 ) »   (VFC 9).

Sur ce thème je suis redevable au contenu du livre : DUMAIS M., Communauté et Mission. Une relecture des Actes des Apôtres , Québec, 2000.

«  La venue de l'Esprit Saint, premier don fait aux croyants, a réalisé l'unité voulue par le Christ. Répandu sur les disciples réunis au cénacle, avec Marie, cet Esprit a rendu visible l'Eglise, qui, dès le premier instante est fraternité et communion, n'ayant qu'un seul cœur et une seule âme (cf. Ac 4, 32). Cette communion est le lien de la charité qui unit entre eux tous les membres du même Corps du Christ et le Corps avec sa Tête. La présence vivifiante de l'Esprit Saint construit la cohésion organique dans le Christ : il unifie l'Eglise dans la communion et dans le ministère…Le Concile Vatican II a mis en relief, comme jamais peut-être cela n'avait été fait jusqu'à alors, cette dimension de l'Eglise comme mystère et communion  » ( VFC 9).

« Tout doit nécessairement être caractérisé par l'origine. Voilà pourquoi tant de si grandes Eglises ne sont que l'Eglise primitive dont toutes procèdent. Elles sont toutes primitives, toutes apostoliques, puisque toutes sont une. Pour attester cette unité, elles se communiquent la paix, elles échangent le nom de frères, et se rendent les devoirs de l'hospitalité. Ces lois n'existent pas par nulle autre raison que la tradition unique d'un même mystère  » : ce texte de Tertullien est cité in LA LITURGIE DES HEURES. CAREME –TEMPS PASCAL, t. II, Paris, 1980, p. 1330

La communion missionnaire dans le Nouveau Testament a été développés dans une intervention donnée au premier colloque de missiologie, organisé par l'IASMI portant le titre ‘ Les nouveaux appels de la Mission ' , et publiée dans le premier numéro de sa revue : CIARDI F., « La communion est missionnaire et la mission est pour la communion », in RASMI, 2 (1995), p. 237-258. Pour voir comment l'expérience de communion missionnaire de l'Eglise primitive a été constamment d'inspiration dans l'histoire de la vie consacrée : LOPEZ AMAT A., La vita consacrata : le varie forme dalle origini ad oggi , Roma, 1991 ; LAPOINTE E., Communauté chrétiennes. Pour une Eglise rassemblée et responsable , Montréal, 2000. Même Saint Eugène de Mazenod, en fondant son Institut des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, s'est montré très attaché à ce modèle de communion missionnaire de l'Eglise primitive: cf. ARENA M., Unità e missione in Eugenio de Mazenod , Frascati 1995 ; « Eugenio de Mazenod, maestro di comunione missionaria », in Unità e Charismi , 1 (2006), p. 18-22.

D'ailleurs sont les documents de Vatican II qui, comme on le verra ci-après, évoquent et autorisent les réflexions qu'on vient de faire relativement à la communion missionnaire de la Trinité , ainsi que de celle de l'Eglise tout cours et de l'Eglise naissante.

Dans un ouvrage de 1949, à la voix communion on trouve: Antienne de la communion ; Œuvre de la première communion  ; communion ecclésiastique , liquidée en très peu de lignes, Communion eucharistique traitée sur 6 colonnes et Communion des Saints traitée sur à peu près deux colonnes : cf. CATHOLICISME, HIER AUJOURD'HUI DEMAIN , Paris, 1949, Vol II, c. 1374-1393. Dans un autre ouvrage de 1953, à la voix communion on ne trouve plus la communion ecclésiastique, mais on trouve : C ommunion eucharistique , Les effets de la communion , Pratique de la communion , Communion fréquente , Communion des Saints , Communion spirituelle  : DICTIONNAIRE DE SPIRITUALITE , Paris, 1953, TII1-TII2, C.1188-1300. Mais, après le Concile il y a pire. Dans certains ouvrage de consultation on ne trouve guère la voix communion ni celle d'unité comme par exemple in : DE FIORES S.- GOFFI T., (dir), Dictionnaire de la vie spirituelle , Paris, 1983 ;   DICTIONNAIRE DE THEOLOGIE , Paris, 1988; ainsi que le DICTIONNAIRE DE THEOLOGIE FONDAMENTALE , Montréal-Paris, 1992. Cependant d'autres ouvrages de la même époque accordent au terme communion l'importance qu'elle mérite et en référence au Vatican II : cf. DIZIONARIO TEOLOGICO INTERDISCIPLINARE , Torino 1977, t. 1, p. 536-548.

L'expression qui pourrait davantage s'approcher à celle de communion missionnaire serait communion apostolique qu'on trouve quelque fois dans le document de Vatican II.

Signalons que, seulement en 1972, dans le monde de l'animation missionnaire, certains avaient eu l'intuition que Vatican II pouvait contenir un message de communion missionnaire et ils avaient inventé le slogan «  La Chiesa Comunione Missionaria  ». A ce propos il est dit : “ Lo slogan ‘ La Chiesa Comunione Missionaria', infatti, attirò l'attenzione non tanto per la novità della sua terminologia, benché in realtà fosse vecchia, anzi d'origine apostolica, quanto per quella della sua concezione, e servì di tema a riflessione di convegni diocesani, a numerosi articoli di riviste e a non poche conferenze. Noi l'avevamo prescelto perché, volevamo sottolineare che la Chiesa non è unicamente una Comunità, cioè un gruppo stabile di uomini con un'attività o una vita comune, una organizzazione strutturata da una legge e da responsabili, ma è, in più, un profondo mistero: l'unione intima di coloro che professano la stessa fede in Cristo e la manifestano nella partecipazione alla stessa Eucharestia. Si potrebbero leggere tutti i documenti del Concilio in chiave di ‘Chiesa Comunione Missionaria', poiché questo concetto espresso nelle svariate forme, costituisce la chiave di volta di tutta l'architettura della nuova ecclesiologia ”: REGHEZZA G.B., “Il Concilio Vaticano II e la cooperazione missionaria pontificia”, in La Sacra Congregazione per l'Evangelizzazione dei Popoli nel decennio del decreto “Ad Gentes ”, Roma, 1975, p. 125-126.

Les citations des documents conciliaires se feront à partir de : LE CONCILE VATICAN II (1962-1965). EDITION INTEGRATIVE DEFINITIVE. TEXTES LATIN ET TRADUCTION FRANCAICE , Paris, 2003.

A cela on peut ajouter les dix passages dans lesquels la version françaises des documents conciliaires traduit par le terme communion d'autres mot et circonlocutions verbeaux comme : ‘ communicatio', ‘societas' ‘consortium cum sanctis',‘consortium cum fratribus', ‘dum in mutua caritate et una sanctissimae Trinitatis laude invicem communicamus', ‘atque cum omnibus sanctis communicantes', ‘etiam intima totius vitae consortione societatem habeatis nobiscum et societatas nostra', ‘eos ad societatem Secum invitet in eamque suscipiat' .

A savoir, dans 11 documents sur 16. Suivant les documents dans l'ordre proposé par l'édition cité ci-dessus , la situation se présente ainsi : en Sacrosantum concilium (SC), 4 fois ; en Lumen gentium (LG), 32 fois ; en Orientalium ecclesiae (OE), 8 fois ; en Unitatis redintegratio (UR), 24 ; en Christus Dominus (CD), 7 fois ; en Perfectae caritatis (PC), une fois ; en Dei Verbum (DV), une fois ; en Apostolica auctositatem (AA), 2 fois ; en Ad gentes (AG), 11 fois, en Presbiterorum ordinis (PO), 8 fois ; en Gaudiim et spes (GS), 10 fois. Mais les autres documents ne restent pas indifférents à la notion de communion, comme, par exemple la déclaration Gravissimum educationis qui fait même de la communion missionnaire un principe éducatif:  «  Unis entre eux et avec les élèves par la charité et pénétrés d'esprit apostolique, ils rendront témoignage, aussi bien par leur vie que par leur enseignement, à l'unique Maître qui est le Christ  » (GE, 8). Même dans Optatam totius , elle devient préalable à la formation des prêtres : « Les directeurs et professeurs doivent savoir combien le succès de la formation des séminaristes dépend de leur propre manière de penser et de se comporter. Que sous la conduite du supérieurs ils forment une communauté d'action et d'esprit étroitement unie, et qu'ils constituent entre eux et avec les séminaristes une famille qui réponde à la prière du Seigneur ‘Qu'ils soient un ‘ ( Jn 17,11) et entretiennent chez les séminaristes la joie de la vocation qui leur est propre… La formation spirituelle…doit être donnée de telle façon que les séminaristes apprennent à vivre dans une union familière et continuelle avec le Père, par son Fils, dans l'Esprit. Destinés à être configurés au Christ Prêtre par la sainte ordination, ils s'habitueront à s'attacher à lui comme à des amis, dans une intime et totale communion… Les séminaristes doivent se pénétrer du mystère de l'Eglise…de telle manière ils soient liés au vicaire du Christ…et qu'ayant accédés aux sacerdoce, ils soient attachés à leur propre évêque….en donnant ainsi le témoignage de cette unité qui attire les hommes aux Christ  » (OT 4-9). En Nostra aetate aussi la recherche du dialogue avec les autres religion se fait par une Eglise qui a comme tâche celle de ‘ promouvoir l'unité et la charité' parmi les peuples qui ‘ forment ensemble une seule communauté  ‘ (NA 1).

  Sur l'analyse de la communion à Vatican II: cf. KASPER W., « L'Eglise comme communion : un fil conducteur dans l'ecclésiologie de Vatican II », in Communio , XII,1 (1987), p. 15-31 ; RATZINGER J., « Alcuni aspetti della Chiesa intesa come comunione », in CAPMANY, La Chiesa mistero... , p. 57-69; ROUTHIER G., Le défi de la communion. Une relecture de Vatican II , Montréal, 1994.

Ho accennato al fatto che la parola communio nel Concilio non era un' nome', che si usava per indicare la realtà della Chiesa. Però, come abbiamo visto, il termine contiene tanti aspetti della vita della Chiesa. Anzi in questa parola appare'tutta' la ricchezza della vita ecclesiale. Nella riflessione degli anni settanta emergeva sempre più l'evidenza che proprio questo carattere polisemantico del termine communio lo rendeva idoneo per esprimere una sintesi, più completa possibile, delle diverse dimensioni dell'essere-agire della Chiesa” : RATZINGHER, “Alcuni..., p. 59.

SYNTHESE DES TRAVEAUX DE L'ASSEMBLEE SYNODALE. LE RAPPORT FINAL VOTE PAR LES PERES , in La Documentation Catholique , 1909 (1985), p. 39.

A regarder de près l'index analytique de Vatican II, les deux termes, unio et unitas, et leurs formes verbales, reviennent plus que 300 fois dans une signification affine à communio , et on peut trouver tous les trois termes en question dans un même paragraphe exprimant les mêmes significations (cf. LG 8 ; 9 ; 13 ; 28 ; OE 2 ; PO, 14 ; GS 23 ; 92).

On dit par exemple ‘  vel unitatem communionis' (LG 15), ‘ ac visibile unitatis fidei et communionis principium' (LG 18). Et plusieurs fois on conjugue la communion, l'unité et l'union de la même façon : on parle ainsi du lien de la communion et de l'unité (cf. AG 12 ; PO 14) ; on appelle les deux d'admirables, parfaites et plaines (cf. LG 32 ; OE 2 ; UR 2-4 ; 22) ; toutes les deux, infin, sont fruit de la charité fraternelle (cf. UR 22 ; CD 15-16 ; 36) et elles également sont expressions et signes du Corps mystique du Christ (cf. LG 26 ; 50). Soit la communion que l'unité et l'union sont fraternelles (cf. GS 38 ; AG 12). Dans ce cadre il faut remarquer que l'idée de communion, d'unité et d'union est rendue souvent par des adverbes et des circonlocutions à partir du numéro cardinal ‘ unus ' : unanimiter , ‘ unus ( unum una) cum' , ‘ in unum: congregatur, conveniant, conspirans, animatam' . Ces circonlocutions sont souvent en référence à Mt 18, 20 (cf. SL7 ; PC 15 ; UR 8 ; AA 18) ; à Jn 17, 21-23 (cf. PC 15 ; UR 2.8 ; GS24); et à Actes 2, 42-47 ; 4, 32 (cf. LG 10.13 ; DV 10 ; PC 15 ; AG 6.25.30 ; PO 17 ; 21). De toute façon cette synonymie entre unio , unitas et communio est reconnue par le même Synode de 1985 qui traduit l'union et l'unité de LG 1 en communion: «  L'Eglise est ainsi sacrement, c'est-à-dire signe et instrument de communion avec Dieu et de communion et réconciliation des hommes entre eux  » : SYNTHESE DES …, p. 37.

Par exemple: communitas, societas, unificatio, communicatio, partecipatio, consociatio, consortium, coniunctio, cooperatio, concordia, familia, solidaritas, fraternitas, pax, commercium, collaboratio, concelebratio, amicitia, conspiratio . A celles-ci, s'ajoutent d'autres circonlocutions verbales dérivées de ces substantifs mentionnés pouvant aussi traduire, selon le contexte, la même idée contenue dans le terme communio .

Cf. PELCHAT M., L'Eglise mystère de communion. L'ecclésiologie dans l'œuvre de Henri de Lubac , Montréal, 1988.

«  La communion est une bonne nouvelle et une promesse adressée à l'homme d'aujourd'hui. Le dernier concile nous en a confié la mission. Nous sommes aux premiers jours de cette mission  » : KASPER, « L'Eglise…, p. 31. «  Infine, questa parola [comunione]esprime anche il dinamismo della Chiesa missionaria … Io penso che da questo primo uso della parola comunione nella Scrittura si può dedurre tutta l'ecclesiologia comunionale, perché...è espesso il dinamismo, l'autotrascendenza missionaria” : RATZINGER, “Alcuni..., ...p. 59-68. A ce propos le théologien Forte estime que la centralité de la communion au Concile a transformé la théologie sur l'Eglise et a entraîné l'affirmation d'une ‘ ecclesiologia missionaria e politica, dialogica e ministeriale ' : FORTE, La Chiesa icona della Trinità. Breve ecclesiologia, Brescia, 1988 , p. 24. Par contre, on ne retrouve pas trop prononcé ce lien entre communion et mission dans des ouvrages qui traite de la mission au Concile : cf. SCHUTTE J., (dir.), L'Activité missionnaire de L'Eglise. Décret ‘Ad Gentes' , Paris, 1967.

L'unité, dans les années 60, était prévue comme une réalité que le Concile aurait du traité en lien avec la mission : cf. LE GUILLOU, Mission …p. 270 . A ce propos sont emblématiques les livres de : KUNG H., Concile et retour à l'unité. Se rénover pour susciter l'unité , Paris, 1961 et de HAMER J., L'Eglise est une communion, Paris, 1962.

Dans sa bulle d'indiction il est dit : « Le prochain Concile œcuménique aura donc lieu a un moment où l'Eglise ressent plus vivement le désir de donner une nouvelle vigueur à sa foi et de jouir du magnifique spectacle de son unité et où, en même temps, elle se sent obligée d'une façon plus urgente non seulement de donner plus d'efficacité à ses saines énergies et de promouvoir la sanctification de ses fils, mais aussi d'accroître la diffusion de la vérité chrétienne et le développement des autres institutions » : BULLE D'INDICTION DU CONCILE , in Vatican II. Les seize documents conciliaires , Montréal, 1967, p. 576. « Vénérables frères , voilà ce que se propose le IIe Concile oecuménique du Vatican . En unissant les forces majeures de l'Eglise, et en travaillant à ce que l'annonce du salut soit accueillie plus favorablement par les hommes, il prépare en quelque sorte et il aplanit la voie menant à l'unité du genre humain, fondement nécessaire pour faire que la cité terrestre soit à l'image de la cité céleste ‘qui a pour roi la vérité, pour loi la charité et pour mesure l'éternité'  » : DISCOURS DE S. S . JEAN XXIII , in i bid ., p. 590

«  Au moment où, dans diverses parties du monde, nous voyons les efforts accrus et courageux de beaucoup pour réaliser cette unité visible de tous les chrétiens qui réponde dignement au désir du divin Sauveur, il convient pleinement que le prochain Concile fasse plus de clarté sur la doctrine et soit un exemple de charité fraternelle, de sorte que les chrétiens séparés du Siège apostolique aspirent plus vivement à l'unité et que le chemin qui y conduit soit aplani pour eux  » : ibid. , p. 576. «  Oui vraiment, un mystère d'unité resplendit, au-dessus d'un mystère de catholicité, et le spectacle d'universalité que nous offrons rappelle l'origine apostolique, ici fidèlement reflétée et mise à l'honneur, de notre très sainte Eglise de Dieu…Nous nous retrouvons ici en un nouveau Cénacle…Ici, unis dans la même foi et la même charité nous prierons ensemble…Ici, toutes les langues ne formerons qu'une seule voix, et une seule voix se fera message pour l'univers entier… Nous le disions, l'amour emplit Notre âme et l'âme de l'église en Concile. Nous regarderons Notre temps et ses manifestations diverses et contradictoires avec une très grande sympathie et un immense désir de présenter aux hommes d'aujourd'hui le message d'amour, de salut et d'espoir que le Christ a apporté au monde…Que la communion profonde et fraternelle qui règne entre nos âmes nous guide et nous réconforte. Que la communion avec l'Eglise du ciel nous soit propice !  » : DISCOURS DE SS PAUL VI , in ibid. , p. 595- 612.

« Puisse-t-il en être de la famille chrétienne d'aujourd'hui comme des apôtres à Jérusalem après l'ascension du Christ, lorsque toute l'Eglise nouvelle née n'était qu'une seule âme autour de Pierre…  » : BULLE… , p. 580. 

«  Et daigne l'adorable Esprit de Dieu exaucer les voeux ardents de tous et accepter cette prière qui monte vers lui chaque jour de toutes les parties du monde: “ Renouvelez en notre époque, comme pour une nouvelle Pentecôte, vos merveilles et accordez à la sainte Eglise que, dans une prière unanime, instante et persévérante avec Marie, la mère de Jésus, sous la conduite de saint Pierre, s'étende le royaume du divin Sauveur, royaume de vérité et de justice, d'amour et de paix  » : ibid ., p. 580.

Sans doute avait-il produit ses effets le livre qui définissait l'unité ‘le principe du catholicisme' et ‘ l'essence intérieure de l'Eglise catholique ': MŒHLER J.-A., L'unité dans l'Eglise ou le principe du catholicisme d'après l'esprit des Pères des trois premiers siècles de l'Eglise, Paris, 1938, p. 206. A propos de l'importance de cet essai ecclésiologique on dit qu'il ‘ est le point de départ de tout le renouvellement ecclésiologique qui en dernier serait abouti au Concile Vatican II ': BOUYER L., L'Eglise de Dieu : Corps du Christ et Temple de l'Esprit, Paris , 1970 , p. 120.

Voir aussi les numéros 5 et 22 du décret Inter Mirifica .

Tradution de l'italien: “ coinvolge l'intero progetto di salvezza di Dio e tutta la realtà umana e universale”: JOOS A., Chiesa oggi. Impaziente dono sofferta risposta , Roma, 1983, p. 157.

Tradution de l'italien: “ non c'è nulla nella Chiesa che non sia comunione”: TILLARD J.-M. R., Chiesa di Chiese. L'ecclesiologia di comunione, Brescia, 1989, p. 197.

Le Pape comme successeur de Pierre est ‘ le principe et le fondement permanents visibles de l'unité ' soit des évêques que de tous les fidèles. D'ailleurs, même les évêques sont ‘ le principe et le fondement visibles de l'unité dans leurs Eglises particulières '. Ces derniers, avec le Pape ‘ représentent l'Eglise tout entière, dans le lien de la paix, de l'amour et de l'unité ' (LG 23). Il s'en suit que les évêques entre eux (cf. CD 6. 42), ainsi qu'entre eux et le Pape, doivent vivre en communion (cf. CD 3). En autre, leur action est finalisée à l'unité des fidèles (cf. CD 16) et à l'unité de leurs Eglises respectives avec l'Eglise toute entière (cf. AG 19).

Le ministère des prêtres est finalisé lui aussi à l'unité (cf. PO 2. 6; LG 28). Ils doivent vivre dans la communion hiérarchique avec leur Ordinaire (cf. PO 7) et être unis entre eux (cf. PO 8. 14; LG 28), en vue de l'unité du genre humain (cf. GS 43). En outre, ils doivent développer parmi les laïcs ‘ l'esprit d'unité ' (AA 25; cf. PO 9).

Les personnes consacrées sont appelés à vivre en communion à travers l'obédience à leur Ordinaire “ en raison de l'unité et de la concorde nécessaires dans le travail apostolique ' (LG 45).

Les laïcs de leur coté sont sollicités à vivre ‘en union très étroite avec les hommes de leur temps ' (GS 62; cf. AG 21) et en unité avec leur pasteurs (cf. AA 23).

Ce texte, qui a commencé à changer le visage de la théologie de la mission et de la pratique missionnaire, est encore à exploiter dans toutes ses implications de caractère missionnaire. Cependant, à lui seul, il nous permet de voir la missio ecclesiae et la missio Dei interconnectés comme il se doit dans l'horizon de la communion trinitaire. La communion, en effet, à partir du Concile peut être considérée comme l'élément constitutif de la mission dans le monde :  «  Comme communion, l'Eglise est sacrement pour le salut du monde  » : SYNTHESE…, p. 41

Cf. DODD C. H., L'interpretazione del quarto Vangelo , Brescia, 1974; KÄSEMANN E., L'enigma del quarto Vangelo. Giovanni: una comunità in conflitto con il cattolicesimo nascente? , Torino, 1977; BROWN R. E., Giovanni. Commento al Vangelo spirituale , Assisi, 1979; SCHNACKENBURG R., Il Vangelo di Giovanni , Brescia, 1981; “Esegesi ed excursus integrativi”, Brescia, 1987, in Commentario teologico del Nuovo Testamento , IV/3-IV/4. SEGALLA G., La preghiera di Gesù al Padre (Giov. 17) , Brescia, 1983; ROSSE G., L'ultima preghiera di Gesù dal Vangelo di Giovanni , Roma 1988. Ces écrits permettent aussi de se rendre compte combien, à un niveau biblique, la réalité de la communion, s'exprimant en mission , est en osmose avec la sainteté.

Tradution de l'italien: ‘ la modalità primaria della missione': WALDSTEIN M., La missione di Gesù e dei discepoli nel Vangelo di Giovanni , in Communio , CXI (1990), p. 30.

LOPEZ-GAY J., Ecclesiology in the missiological thinking of the post-conciliar years , in Bibliografia missionaria, XLVI (1982), p. 378. «  Cette communion surgit de la communion avec Dieu et s'insère dans la communion de Dieu. C'est dans le Christ et sous la poussée du même Esprit que nous formons un seul corps. Cette communion qu'est l'Eglise n'exprime pas que sa nature, mais aussi sa mission…Bref, le meilleur service que l'Eglise puisse rendre à l'humanité, c'est de vivre intensément dans la communion  » : ROUTHIER, Le défi… , p. 32-34.

Typique à ce propos est l'expérience de l'Oeuvre de Marie, mieux connue sous le nom de Mouvement des Focolari : cf. Mina C. , L'avventura che iniziavamo , Roma,1968; BACK J. B ., Il contributo del Movimento dei Focolari alla Koinonia ecumenica. Una spiritualità del nostro tempo al servizio dell'unità , Roma,1988. La Fondatrice de ce Mouvement, Chiara Lubich, dans sa vaste production d'écrits spirituels, a beaucoup de passages significatifs pour notre sujet. Voir surtout ses livres : LUBICH C., Dove due o tre , Roma, 1976; La carità come ideale , Roma, 1977. Tutti siano uno : punti di spiritualità , Roma, 1978.

«  La mission, avant d'être marquée par le déplacement, se doit de l'être d'abord par le rayonnement. En travaillant à bâtir des vraies communautés ecclésiales, la communication de la foi se fera par ‘contagion' beaucoup plus que par la ‘conquête' . DUMAIS, Communauté…, p. 44.

Ce texte de GS 21 récite ainsi : « “ Enfin, ce qui contribue le plus à manifester la présence de Dieu, c'est l'amour fraternel des fidèles qui travaillent ensemble, dans l'unanimité, au service de la foi de l'Evangile, et qui se présentent comme un signe d'unité  ».

D'autres textes reprennent, même si partialement, le contenue de PC 15. Par exemple, dans le texte de Optam totius sur la formation des prêtres, cité plus haut, on disait aux séminaristes qu'en vivant en communion avec leurs évêques il pouvaient donner au monde ‘ le témoignage de cette unité qui attire les hommes au Christ ' (OT 9). Et aux laïcs, leur indiquant la valeur d'efficacité de l'apostolat collectif conjointement à celui individuel, on dit : «  L'apostolat exercé en commun par les fidèles correspond donc, de façon heureuse, à une exigence humaine et chrétienne, et représente en même temps le signe de la communion et de l'unité de l'Eglise dans le Christ, qui a dit :‘Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux' (Mt 18, 20). C'est pourquoi les fidèles exerceront leur apostolat dans un esprit d'union et d'unanimité  » (AA18). Même message pour les laïcs unis en mariage : «  Les familles feront aussi participer généreusement d'autres familles à leurs richesses spirituelles. C'est ainsi que la famille chrétienne, parce qu'elle est issue du mariage, image et participation de l'alliance d'amour entre le Christ et l'Eglise, manifestera à tous les hommes la présence vivante du Sauveur dans le monde et l'authentique nature de l'Eglise, aussi bien par l'amour des époux, leur généreuse fécondité, leur unité et leur fidélité que par la collaboration affectueuse de tous ses membres  » (GS 48).

«  La grande nouveauté apportée par le Concile Vatican II dans le cadre missiologique, c'est d'avoir souligné avec force que c'est au sein même de la vie trinitaire qu'il faut désormais chercher les fondements authentiques d'un nouveau discours théologique missionnaire. Ce dernier ne peut avoir un sens pour l'homme contemporain qu'en réinterprétant, à la lumière de cette vie trinitaire, la finalité de la mission et les bases Christologiques et ecclésiologiques de l'ancienne théologie de la mission  » : ILUNGA M., « La missiologie à l'heure du dialogue interculturelle», in RASMI , 1 (1994), p. 194-195.

Tradution de l'italien: ‘ render presente Gesù Cristo in mezzo agli uomini' et de ‘ necessità organica' : DE LUBAC H., “Meditazione sulla Chiesa”, in: Opera omnia , a cura di E. GUERRIERO, vol. VIII, Milano, 1979, p. 148.

Quelques textes, parmi d'autres, pour illustrer cet influence réciproque entre communion, mission et sainteté, toutes les trois possibles grâce à l'action de l'Esprit Saint et à la pratique de la charité envers Dieu et le prochain : «  A cela s'ajoutent la communion dans la prière et les autres biens spirituels, bien mieux, en quelque sorte, une véritable union dans l'Esprit Saint puisque c'est lui qui, par ses dons et ses grâces, opère en eux aussi par sa puissance sanctifiante… Ainsi l'Esprit suscite dans tous les disciples du Christ un désir et une action qui tendent à l'union pacifique de tous en un seul troupeau…Pour obtenir cette union, l'Eglise notre Mère ne cesse de prier, d'espérer et d'agir, et exhorte ses fils à se purifier et à se renouveler pour que le signe du Christ resplendisse avec plus de clarté sur le visage de l'Eglise  » (LG15) ;  « … les prêtres s'efforceront de grandir dans l'amour de Dieu et du prochain par l'exercice quotidien de leur fonction, de maintenir entre eux le lien de la communion sacerdotale, d'abonder en tout bien spirituel et de fournir à tous un vivant témoignage de Dieu, se faisant émules de ces prêtres qui, au cours des siècles ont laissé un exemple de sainteté… se rappelleront combien l'union des fidèles et la collaboration généreuse avec leurs évêques contribuent à leur sanctification  » (LG 41). « Nous tous qui sommes fils de Dieu et constituons une seule famille dans le Christ…, quand nous sommes en communion entre nous dans la charité mutuelle et une louange unanime de la très sainte Trinité, nous correspondons à la vocation intime de l'Eglise et nous participons, en y goûtant par avance, à la liturgie de la gloire consommée…Alors toute l'Eglise des saints, dans la suprême béatitude de la charité, adorera Dieu et ‘l'Agneau qui a été immolé  » (LG 51). Voir aussi : LG 21. 26. 32-33. 43. 49. 50 ; UR 15 ; CD 16. 36 ; AA 4 ; PO 7. 14. 15.

Déjà ce dynamisme de l'unité-commuion avait été évoqué par un des pères de l'ecclésiologie contemporaine, le père Congar, quant il développait l'idée de ‘ l'universalité dynamique' de l'Eglise : CONGAR, Chrétiens… , p. 115-148. Le père Le Guillou aussi en parle comme on a signalé plus haut. Récemment, le professeur Pivot a parlé de la ‘ dynamique d'unité ' traitant des perspectives missionnaires ouvertes par Ad gentes  : PIVOT M., « Le décret conciliaire Ad Gentes et les perspectives de l'activité missionnaire du XXIème siècle », in TSHIBANGU T., (éd.), L'avenir de l'activité missionnaire ‘Ad Gentes'. Perspectives pour le XXI ème siècle. Actes du congres. Kinshasa, 2005, p. 46-58.

Il y a donc une Trinité sainte et parfaite, reconnue comme Dieu dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit; elle ne comporte rien d'étranger, rien ne se mêle de l'extérieur; elle n'est pas constituée du Créateur et du crée, mais elle est tout entière puissance créatrice et productrice ”: texte de Saint Athanase cité par: LA LITURGIE DES HEURES. TEMPS ORDINAIRE.SEMAINES VII-XXI , t. III, Paris, 1980, p. 12.

«  Cette dynamique d'unité a sa source dans l'unicité du mystère trinitaire et tend vers le terme que représente l'unique vocation de toute l'humanité. L'Eglise n'a aucune maîtrise de ce mystère d'unité elle ne cesse d'avoir à le recevoir d'une réception active…L'Eglise au service du dessein de Dieu dans l'humanité y devient ‘sacrement de l'union intime avec Dieu et de l'unité du genre humain' : elle est prise dans la dynamique missionnaire qui vient de Dieu qui se révèle et se communique aux hommes, quand elle se reçoit de sa source et tend vers les extrémités de la terre, quand elle s'ouvre à ‘l'amour jusqu'à la fin'  : PIVOT, «  Le décret…, p. 47.

«  L‘essence de Dieu se traduit dans cet amour qui est la communion la plus parfaite de la vie trinitaire et qui s'exprime par l'auto-communication et l'auto-donation de Dieu… la mission de l'Eglise ne consiste pas fondamentalement, comme on l'a pensé autrefois, dans le désir expansionniste de l'Eglise, mais en plongeant ses racines dans le mystère de Dieu-Trinité, elle fait participer l'humanité à ce mouvement d'amour divin : « La mission de l'Eglise, constate H. Teissier, naît non pas , d'abord, d'un besoin des hommes qu'il faudrait sauver, mais d'une nécessité intérieure à Dieu lui-même qui, étant Amour Vivant, ne cesse de se donner. .L'Eglise comme le Christ et, dans l'esprit du Christ , vit à son tour ce mouvement'  » : ILUNGA, « La missiologie…, p. 196-197.

«  Le salut de l'homme, son avenir et sa destinée, c'est la communion avec Dieu  » : ROUTHIER, Le défi… , p. 25.

En effet, tout ce qui est au Père est au Fils; c'est pourquoi les biens donnés par le Fils dans l'Esprit sont les dons spirituels du Père. Quand l'Esprit est en nous, le Verbe qui nous le donne est en nous, et dans le Verbe se trouve le Père. Et c'est ainsi que s'accompli la parole : ‘Nous viendrons chez lui et nous irons demeurer auprès de lui. Là où est la lumière, là aussi est son éclat, là aussi est son activité et sa grâce resplendissante ”: texte tiré de la lettre de Saint Athanase à Sérapion, cité in LA LITURGIE.. . , t. III, p. 12.

Cela pourrait signifier que l'Eglise, comme sacrement de communion, participant à celle de Dieu, possède le même dynamisme d'amour, propre à la grâce de l'Esprit Saint, qui s'actualise mystérieusement à chaque instant que l'amour réciproque s'établie entre ses membres. C'est alors que tel dynamisme devient actif aussi en les personnes humaines qui vivent de cet amour. Et cela par l'inhabitation de Dieu en elles (cf. Jn 14, 23). De sorte que la Trinité se rend présent dans la vie du monde d'une façon, pour ainsi dire, plus actuelle et plus efficace, parce que plus localisée et donc plus visible. Le dynamisme, en définitive, est l'amour de Dieu, Dieu lui-même, que la vie de communion obtient et qu'elle offre au monde comme une vie nouvelle. La communion apporte et est divinisation de la personne humaine et du monde. En un mot elle est le salut de Dieu pour l'homme. «  Dans le Christ l'homme crée peut par la grâce devenir une personne (théologique), c'est-à-dire un enfant du Père, qui, d'une manière qualitativement unique, a reçu part à la mission du Christ, ce qui se réalise par l'habitation du Saint-Esprit en lui comme dans une demeure des Personnes divines  » : texte de Hans Urs Von Balthasar cité par : GIBELLINI R., Panorama de la théologie au XXe siècle , Paris, 1994, p. 282.

«  Ce rattachement à la Trinité n'est pas seulement instrumental (l'accès au Père par le Fils dans l'Esprit) puisque cette inscription de notre communion avec le Père dans les relations du Fils et de l'Esprit nous fait participer réellement au dynamisme de la vie trinitaire. Il ne s'agit pas seulement d'emprunter une voie, une échelle, qui nous laisse dans l'extériorité de cette auto communication de Dieu, mais de devenir activement participant de cette relation. Cette plongée dans le monde relationnel de Dieu est bien plus que la fréquentation d'intermédiaires (le Fils et l'Esprit) dans la poursuite d'une fin (l'accès au Père). L'appel qui nous est lancé, c'est réellement ‘de participer à sa vie', comme le souligne 2 P 1, 4 et le réalisme spirituel nous oblige à dire que notre vie s'inscrit vraiment dans celle de la Trinité. Comme le dit l'évangéliste Jean, ‘notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ'….Nous ne partipons/communions pas seulement à quelque chose, aux biens de la grâce, mais à la vie même de Dieu…La mission n'est donc pas une tâche assignée à l'Eglise, mais elle procède de son être » : ROUTHIER, Le défi …, 37-38.

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