Nous sommes le 12/12/2018 et il est 07h07 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Le silence

Ecoute du silence de la Pairelle à Maredsous

Le jour de l'Assomption 2010 me trouve à l'Abbaye de Maredsous en Belgique. «Heureuse celle qui a cru» (Luc 1, 45)! Conduite vers Dieu par le chemin de foi et de service, «Marie vit pleinement dans la gloire de Dieu et elle est ainsi toujours proche de nous, comme une maman qui veille sur son enfant» (Provencher).

MaredsousJ'ai vibré au rythme de cantiques monastiques durant une vivante célébration eucharistique présidée par l'Abbé. L'église était bondée, en dépit du mauvais temps (pluie). Il paraît que les gens viennent même de très loin. Mais pourquoi préfèrent-ils ce genre de cadre à leurs propres églises paroissiales? Tout porterait à croire que beaucoup de personnes sont en recherche de quelque chose qu'elles ne trouvent pas ailleurs. Il semble que, à la différence des prédicateurs qui se plaisent parfois à remuer le couteau dans la plaie de leurs fidèles, les moines préparent très soigneusement leurs célébrations liturgiques et leurs homélies, afin d'aider les personnes de bonne volonté à découvrir le vrai visage de Dieu. Il est Amour.

Que dire succinctement de ma retraite personnelle au Centre spirituel ignatien ‘la Pairelle' (1-10 août) et de mon pèlerinage à l'Abbaye bénédictine de Maredsous (10-17 août)? De part et d'autre, une expérience du silence qui parle et qui ouvre à l'Autre. A l'internaute qui, avec humour, voudrait savoir si j'aspire à devenir un moine, je réponds simplement qu'en compagnie d'autres personnes, je suis en quête du silence. Cela correspond à l'objectif que je me suis fixé avant de quitter Rome: «Etre une personne en recherche de Dieu et vouloir faire mon propre chemin». Quelle ambition!

Il paraît que, dans la tradition monastique, le silence est le mystère du monde à venir, tandis que la parole l'instrument du monde actuel. «Plus que toute autre chose, aime le silence: il te procurera un fruit que la parole ne peut décrire», dit Isaac de Ninive. Au début de la retraite, en effet, je me suis efforcé de demeurer en silence, mais de ce silence même est né progressivement quelque chose qui m'attire dans un silence plus profond encore. Qu'est-ce à dire? Thomas Merton l'exprimerait mieux qu'avec mes propres mots. «C'est avoir totalement conscience de la présence de Dieu, ce qui est impossible autrement que dans le silence, le recueillement, la solitude et un certain retrait du monde».

Quant à la retraite proprement dite, je me suis penché sur le thème «Etre en présence de Dieu. RedonnerLa Pairellegoût et audace à mon engagement religieux». Il s'inspire de ce précieux livre de Simon-Pierre Arnold que j'ai providentiellement reçu d'une amie peu avant l'entrée en retraite: Au risque de Jésus-Christ. Une relecture des vœux (Lessius 2007). Je l'ai lu et relu… De mon cheminement personnel je retiens surtout la soif et la joie d'écouter la parole de Dieu. Elle m'a remis en question tout en m'ouvrant à une nouvelle prise de conscience de mes engagements religieux. Le vrai témoignage ne naît que de l'intimité constante avec le Seigneur. J'avoue que j'ai appris aussi à rouvrir l'espace à Marie notre Mère tout en expérimentant mes propres limites. Une rapide évaluation de mon ministère m'a montré que Dieu mérite plus de place dans mon cœur malgré le travail combien exigeant.

Merci à ceux et celles que le Seigneur a mis sur ma route pour m'aider à grandir dans la foi. Je pense particulièrement aux personnes qui m'ont permis de profiter de ce long temps de silence pour m'ouvrir à un nouvel engagement: réapprendre à vivre de manière pleinement humaine, pleinement chrétienne et pleinement consacrée. Cet élan de retournement s'appelle conversion. Il s'agit d'un processus de croissance spirituelle. Le Seigneur est Vivant, telle est ma conviction. Je lui ai parlé aussi de toi, dans ma solitude. Qu'il te fasse connaître aussi sa douce lumière et sa lumineuse croix!

A propos du silence qui parle

Il m'arrive souvent d'engager des discussions sérieuses avec des cybernautes au sujet de mes articles sur ayaas.net. Je suis parfois obligé à expliciter ma pensée pour me faire comprendre de mes interlocuteurs.«On peut convaincre les autres par ses propres raisons; mais on ne les persuade que par les leurs», disait le moraliste Joseph Joubert. Loin de déplaire, ce type d'exercice m'aide à poursuivre tant soit peu le premier objectif de cette page web, à savoir: «Exercer ma capacité de rêver en proposant une méditation spirituelle…».

Je voudrais tenter de répondre au visiteur qui ne semble pas comprendre l'expression «silence qui parle». D'après lui, un silence qui parle cesse d'être silence. Ainsi souligne-t-il la dimension antithétique de ces deux mots: silence et parole. En d'autres termes, mon interlocuteur s'arrête à l'apparence qui oppose le silence à la parole: «celui qui se tait ne parle pas et, celui qui parle, ne se tait pas». Et pourtant, fondamentalement, ‘les deux moyens impliquent une réalité plus profonde et mystérieuse: l'un éclaire et donne sens à l'autre'; ils sont d'ailleurs complémentaires.»

L'expérience personnelle d'un silence qui parle et qui ouvre à l'Autre peut dépasser l'entendement! Le Maredsousphilosophe et théologien Malebranche parlerait d'entendement pur, par lequel «nous ne prétendons désigner que la faculté qu'a l'esprit de connaître les objets du dehors sans en former d'images corporelles dans le cerveau pour se les représenter».

Je n'ai pas besoin de souligner qu'étant des moyens puissants de communication, silence et parole sont deux instruments qui aident toute personneà vivre sa grande vocation de don de soi. Ayant été créé pour la relation, je demeure un être toujours en relation: «avec moi-même, avec la réalité qui m'entoure, avec les autres, avec l'Autre». Dans la mystique chrétienne, le silence devient présence expressive et affectueuse de l'Autre, de ce Dieu qui "se cache en se révélant et se révèle en se cachant".

Et puisqu'il y a différents genres de silence, positif et négatif, j'aimerais préciser que le premier paragraphe de cet article fait plutôt allusion à une expérience spirituelle personnelle (lorsque la relation à Dieu devient une relation totale de personne à personne) de deux silences, à savoir le silence d'écoute et le silence réciproque. Entendons par silence d'écoute, «ce qui nous permet d'écouter l'autre jusqu'au bout, pour comprendre ce qu'il veut dire et accueillir le message qu'il est en train de nous transmettre. Il permet à l'autre d'exprimer complètement soi-même et sa pensée, jusqu'au moment où il est interrompu pendant ses propos». Tandis que le silence réciproque«se réalise parce qu'il n'y a pas besoin de beaucoup de paroles pour se comprendre et il se produit lorsqu'il y a une connaissance et une communion très profonde entre les deux personnes qui sont en train de communiquer» (Source).

Bref, un silence "loquace" et une parole "silencieuse" existent. Je veux dire un silence qui parle, ‘capable de dire quelque chose et une parole muette, qui ne dit rien à celui qui écoute'. Rien de plus frappant dans les évangiles que le fait de voir Jésus choisir souvent des lieux solitaires pour sa prière. «Mais lui se tenait retiré dans les déserts et priait») (Luc 5, 16. Le Fils de Dieu en avait-il vraiment besoin?

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