Nous sommes le 12/12/2018 et il est 07h22 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Où va la vie religieuse?

Attention sélective dans la communauté religieuse masculine

Le plus beau de la vie consacrée religieuse est l’appel à vivre en communauté, même si de nature, les Africains ont un sens aigu de la vie en commun. Sans se choisir les uns les autres, les membres vivent sous le même toit, par vocation, et essaient de réaliser ensemble l’idéal commun de leur mission charismatique au sein de l’Eglise universelle. En toute circonstance, ils cultivent les valeurs Jésus crucifiéévangéliques de la communauté, afin d’être davantage une réalisation concrète de l’Eglise qui est essentiellement communion.

Il arrive cependant que certains religieux donnent l’impression de sélectionner des moments où ils peuvent s’intéresser à la vie de leur confrère, en l’occurrence l’absence aux exercices spirituels de la communauté. Pourquoi font-ils peu d’attention quand ce dernier est malade ou quand il est absent au repas? L’amour serait-il une réalité sélective! Cette attitude apparaît comme un contre témoignage quand on sait que les vœux de religion ouvrent nécessairement les personnes consacrées aux autres, ou mieux aux pauvres les plus abandonnés en particulier. La même attitude intrigue davantage quand on accepte que la première étape dans l’histoire récente de la communauté religieuse soit la découverte de la personne au sein de la communauté. En effet, depuis le Concile Vatican II, on est passé d’une communauté d’observances à une communauté de communion, dans laquelle «chaque membre se reconnaît responsable de l'épanouissement religieux et apostolique de ses confrères ou consœurs et porte grande attention à la montée spirituelle de chacun».

Dans le sillage du second synode pour l’Afrique, après avoir observé et déploré ce qui se passe parfois, lorsqu’un ecclésiastique tombe gravement malade surtout chez les prêtres séculiers, une religieuse congolaise (RDC) a prodigué ce conseil à ses amis religieux et prêtres, toutes tendances confondues: «N’hésite pas à aider tes neveux ou nièces. Ils viendront à ton secours le jour où tu seras sérieusement malade et abandonné par tes propres confrères, comme si tu n’avais rien fait de bien! Dans la solitude tu découvriras ton vrai prochain et ta vraie famille».

Cela se vérifie dans certaines situations concrètes. En effet, lors de l’hospitalisation ou d’une longue maladie, ce sont plutôt les neveux ou les nièces de la personne malade ou handicapée qui veillent à son chevet. Ainsi la famille africaine assume-t-elle sa pleine responsabilité, à la naissance comme à la mort de leur enfant. On dirait que les diocèses ou les communautés religieuses ne s’occupent que des personnes en bonne santé! Il faut se mettre à la place de ceux qui, après avoir rendu d’énormes services à l’Eglise, soudain se sentent abandonnés à leur triste sort pour se rendre compte de la gravité de cette attitude négative. Tu pourras mieux comprendre combien «la Transfiguration n'est pas seulement une révélation de la gloire du Christ, mais une préparation à accepter sa Croix» (Vita Consecrata, 14).

Dans le contexte de l’année sacerdotale, il me semble que le plus important n’est pas la fidélité à la prière tant personnelle que communautaire mais le fruit de l’union profonde à Dieu. Je comprends l’observation de la religieuse que je viens de mentionner comme une invitation à faire réellement de la communauté religieuse une tâche et un engagement bien que les sensibilités soient différentes entre le monde féminin et le monde masculin. En d’autres termes, nos familles et les chrétiens d’aujourd’hui voudraient, dans ce cas précis de malades négligés, rencontrer dans les religieux d’authentiques experts en communion ecclésiale. «Pour les malades, le monde commence au chevet et finit au pied de leur lit», disait Balzac.

Quel chemin de conversion pour moi qui aime vivre l’absence et pour tant d’autres qui entendent sans cesse ce murmure: «Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde» (Matthieu 5:13-14)! Le plus dur, c’est de manquer de bonnes actions qui permettraient aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui de rendre gloire à notre ‘Père qui est aux cieux’.

Où va la vie religieuse en RD Congo?

Notre monde a besoin de paix. La Béatitude «Heureux les artisans de paix car ils seront appelés Fils de Dieu» (Matthieu 5:9) est une invitation à faire la paix en soi-même, c’est-à-dire faire la vérité sur soi et reconnaître ses faux pas en toute humilité. Elle signifie aussi faire la paix au quotidien avec mon entourage. Cela suppose de ma part de maintenir fermement un a priori favorable face à l’autre. Tant que ces deux dimensions ne se conjuguent pas ensemble, ‘le faire la paix’ et ‘l'être Enfant de Dieu’, la paix tant désirée reste un slogan stérile.

Peut-être le fait est-il banal aux yeux du monde habitué à la violence, néanmoins il étonne surtout quand il concerne des personnes appelées, par vocation, à être des artisans de paix et des témoins de la joie pascale. J’apprends que deux religieux (frère et prêtre, l’un serait préfet de discipline d'une école secondaire...) sont hospitalisés suite à une bagarre sanglante! N’ayant pas su maîtriser leur colère, ils se sont battus couteaux à la main et ils se sont gravement blessés! Le spectacle en plein jour s’est produit devant des élèves et des paroissiens dont ils ont la charge pastorale. Les témoins de la querelle violente en parlent en termes de scandale, de contre témoignage, sans fournir un moindre détail sur les motivations de ce comportement irresponsable.

Loin de méconnaître la place de la vie consacrée dans notre société, je me permets, quelles que soient les raisons de la conduite indésirable des bagarreurs, de m’interroger sur le type de religieux dont l’Eglise a réellement besoin dans l’aujourd’hui du monde. Quelle formation chrétienne, religieuse ou sacerdotale les querelleurs ont-ils reçue? Que savent-ils du respect de la personne et de la gestion des conflits dans la paix? Sont-ils capables de dire clairement et posément ce qu’ils ressentent et de demander à l'autre ce qu'il ressent? Le discernement vocationnel devrait prendre en considération le progrès des sciences modernes, notamment la psychologie au lieu de s’arrêter seulement aux critères purement spirituels.

Cette déconcertante nouvelle montre combien il est difficile à être de vrais témoins de la joie, comme le recommande le document Vita Consecrata au numéro 109: «Les hommes de notre temps veillent voir dans les personnes consacrées la joie qu’ils ressentent en étant avec le Seigneur.» La joie, cette «agréable émotion de l'âme» (Descartes), amène une personne à un état de satisfaction, plus ou moins durable. En spiritualité, la joie est l’une des manifestations de l’amour. On ne peut ni la produire ni la vouloir, car elle est un “fruit” et un don. En effet, la joie dont nous parlons n’est pas celle qui est causée par un objet de satisfaction extérieur à soi. Au contraire elle vient de la communion avec Dieu et avec d’autres hommes. Elle est une “expérience sociale”.

Certes, appelée essentiellement au service du témoignage, la personne consacrée est un signe de la joie de Dieu. Qui s'approche de Dieu s'approche de la source de joie. La joie intérieure doit se manifester en un complexe d'attitudes externes: bonté, beau-trait, sourire. Un sourire qui soit le signe du sourire de Dieu. L’Eglise et notre monde voudraient voir davantage des personnes consacrées joyeuses, des hommes et des femmes réellement convertis, respectueux, capables de susciter d’autres vocations et de fournir des raisons d’espérer à un peuple meurtri par le démon de la haine. Chose évidente, «Les jeunes ne se laissent pas tromper: venant à vous, ils veulent voir ce qu’ils ne voient pas ailleurs» (Vita Consecrata, 109).

Flamme de la réconciliation: 'convertis-toi'

Que se passe-t-il dans le monde religieux d’aujourd’hui? Nombreux sont ceux qui, de plus en plus, insistent sur la conversion personnelle et communautaire! Aussi voudrais-je, dès l’aube du carême de 2010, m’interroger sur l’impact réel de ce message de Jésus dans nos vies: «Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle» (Marc 1:15). La prédication inaugurale du ministère du Christ serait-elle mal comprise ou sans effet dans la plupart de nos communautés religieuses? Entendons par la communauté chrétienne religieuse «le lieu où les membres vivent une profonde intersubjectivité par vocation», ou mieux «le lieu caractérisé par 'l'être-ensemble' au nom de Jésus-Christ.»

Flamme de la réconciliationTout porterait à croire que les carêmes, les Chapitres généraux, l'animation au sein de nos communautés et les Colloques sur la conversion n'ont plus d'impact dans le vécu des personnes consacrées qui n'ont pas une solide expérience personnelle de Dieu. La pratique religieuse serait-elle en déclin constant? (Voir notre débat sur Bagarreur ou religieux) Les leaders religieux africains ne cessent de nous interpeller dans le sillage du récent synode pour l’Afrique. Ils nous questionnent sur notre identité profonde en nous invitant à une nouvelle prise de conscience. Dans leur mot de circonstance à l’occasion de la clôture de la 4e Semaine de la Vie consacrée à Kinshasa, pour ne citer que cet exemple, le président de l’ASUMA (Assemblée des supérieurs majeurs) et la présidente de l’USUMA (Union des supérieures majeures) nous annoncent la convocation d’un colloque sur les conflits dans nos communautés et la mise en circulation d’une flamme de la réconciliation.

La IVème Semaine de la Vie consacrée aura suscité certaines questions qui méritent une attention particulière. C’est, entre autres, la question portant sur les structures ou les mécanismes à suivre pour la résolution des conflits dans nos communautés. Nous osons espérer que ce problème comme tant d’autres seront pris en compte par le prochain Colloque sur la Réconciliation dans la Vie consacrée (…)C’est dans le cadre des préparatifs de ce colloque que l’ASUMA et l’USUMA nationales ont lancé (…) la flamme de la réconciliation qui est en circulation sur Internet, par courriel.

Appelés à être «artisans de paix» (Matthieu 5:9) comme tant d’autres personnes de bonne volonté, les personnes consacrées ne peuvent prétendre semer la paix dans le monde et autour d’elles, sans commencer par résoudre leurs conflits internes. La flamme de la réconciliation n’aura de sens que pour celui ou celle qui voudrait changer de mentalité. En effet, la conversion que Jésus me demande de faire est infiniment plus que de corriger quelques détails dans ma vie, même s'il faut le faire. La conversion, ce serait de changer radicalement de mentalité, changer mon regard sur les autres et sur le monde. «Se convertir, c'est retourner son cœur, se transformer intérieurement comme pour devenir un homme neuf. Il s'agit de se remettre en question, et aussi de faire le point.»

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