Nous sommes le 12/12/2018 et il est 06h31 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Présence oblate à Douala, Cameroun

(Jean Bosco Musumbi, omi)

Interview réalisée par Jessica NKENNE pour le compte de LA VÉRITÉ, N°011 (Décembre 2013) - Bulletin de la paroisse Christ Sauveur de Bangue, Douala.

Fondateurs Mission oblate Tchad-Cameroun 1946

Comment expliquez-vous qu'après cent ans d'évangélisation à Douala, les Oblats n'aient qu'une seule paroisse?

En général, les Congrégations religieuses, féminines ou masculines, fruits de l’expérience spirituelle de leurs fondateurs ou fondatrices, sont une réponse prophétique aux besoins de l’Eglise (locale et universelle).  Chacune d’elles se distingue des autres par son charisme spécifique. L’Eglise attend de toutes un puissant secours dans sa détresse. La Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, OMI en sigle, a été fondée par saint Eugène de Mazenod, évêque de Marseille en octobre 1815 - janvier 1816 à Aix-en-Provence, France, pour faire connaître aux plus délaissés le Christ et son Royaume. Elle est tout entière missionnaire.

En effet, « Elle porte la Bonne Nouvelle aux peuples qui ne l'ont pas encore reçue et les aide à découvrir leurs propres valeurs à la lumière de l'Évangile. Là où l'Église est déjà implantée, les Oblats se vouent aux groupes qu'elle atteint le moins. Partout, en effet, notre mission est d'aller d'abord vers ceux dont la condition réclame à grands cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter en plénitude. Ce sont les pauvres aux multiples visages : nous leur donnons la préférence » (OMI - Constitutions et Règles, Constitution 5). Conformément à cet esprit de la Congrégation ou mieux à son charisme, les Oblats de Marie Immaculée répondent généreusement aux appels de l’Eglise. Ce fut le cas à l’époque du Fondateur face à une Eglise « ravagée d’une manière cruelle ». C’est aussi le cas dans l’aujourd’hui du monde et de l’Eglise qui ne cesse d’appeler au secours.

Fidèles à l’intuition fondatrice et passionnés de Jésus-Christ, les premiers missionnaires OMI (Français) sont arrivés dans cette partie du monde en 1946 pour la Mission Tchad – Cameroun. L’évêque-fondateur de la Mission, Mgr Yves Plumey avec sa première équipe, ses compagnons de première heure, répondaient à une invitation claire de l’Eglise pour un territoire d’action bien précis. « Dans le Nord, presqu’inconnu et censé musulman en sa totalité, la présence catholique se fit longtemps attendre, de même au Tchad... ». Avant la fin de l’année 1946 la première équipe missionnaire OMI sera présente au Tchad et au Nord-Cameroun, à Garoua, N’Gaoundéré, Yagoua (cf. Yves Plumey, Mission Tchad-Cameroun, l’annonce de l’évangile au nord-cameroun et au mayo kebbi 1946-1986, Editions oblates 1990). D’autres nouvelles missions ne tarderont pas.

Chose évidente, la première équipe oblate n’avait qu’une seule priorité missionnaire : l’évangélisation du Tchad (Mayo Kebbi) et du Nord-Cameroun, sans céder aux sollicitations d’autres missionnaires qui, voulant empêcher les Oblats d’aller au Nord, terre musulmane, leur suggéraient de s’implanter plutôt à Douala, leur port d’arrivée, ou à Yaoundé où la mission était « florissante par le nombre de ses fidèles et de ses prêtres ». Même à l’heure où nous parlons, beaucoup de gens du Sud pensent que seul l’Islam occupe le Nord-Cameroun ; alors que l’Eglise camerounaise compte parmi ses clercs de nombreux originaires du Nord !  Et quand est venu plus tard le désir de s’installer au Sud pour l’une ou l’autre raison, les missionnaires OMI ont toujours préféré les populations de la périphérie ou les plus défavorisées à celles des quartiers urbains, afin de vivre le charisme oblat. Aussi desserviront-ils plusieurs années la paroisse très peuplée de la Briquetterie à Yaoundé en réponse à la demande de Monseigneur Jean ZOA. Animés par le même esprit ils exercent leur zèle apostolique à la paroisse Christ Sauveur de Bangue en réponse à la demande du Cardinal Christian TUMI, demande réitérée par son successeur, l’archevêque de Douala, Mgr Samuel KLEDA. Autant d’éléments pouvant justifier la présence réduite des Oblats à Douala, une présence appelée à s’intensifier pour la plus grande GLOIRE de Dieu. Ce sont les évêques qui érigent des paroisses dans leurs diocèses et non pas les familles religieuses qui ne peuvent que fournir du personnel en fonction de leur charisme et de leurs possibilités. La Congrégation des Oblats n’a que 67 ans de présence au Cameroun.

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François Carpentier et Thomas Bang, omi Dou

A votre avis, comment comprendre que les Oblats en soient à ordonner le tout premier prêtre de la région du littoral alors qu'on fête déjà le centenaire de l'évangélisation dans cette région?

Ce qui vient d’être dit de la mission oblate au Cameroun répond en partie à cette deuxième préoccupation. Les Oblats étant longtemps absents et loin de la région du littoral, les jeunes en recherche de Dieu dans cette partie du Cameroun ne pouvaient que s’orienter vers les familles religieuses présentes et connues. J’aimerais cependant ajouter quelques considérations plus significatives.

Loin d’être une affaire de quota ou de répartition humaine, la vocation religieuse ou sacerdotale est un don, un appel divin. Dieu appelle librement qui il veut et où qu’il soit en vue d’une mission en Eglise. Fidèles à la recommandation du Christ : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2), les Oblats se mettent à l’œuvre, ils prient comme tant d’autres chrétiens pour avoir de bons ouvriers de l’Evangile. Et quand ils reçoivent des candidats qui frappent à leur porte, ils rendent grâce au Seigneur et ils les forment en conformité avec la consigne de leur saint fondateur : « Recevez donc tous ceux que le bon Dieu nous envoie. Cela ne veut pas dire que vous les receviez sans examen. Au contraire appliquez-vous à bien discerner les motifs qui les amènent, à peser leurs vertus et à juger de la suffisance de leur talent » (Eugène de Mazenod, Lettre au père Vincens, 12 août 1847). Quelle exigence et quelle lourde responsabilité !

En effet, le discernement des motivations vocationnelles exige non seulement la vraie connaissance du candidat oblat mais aussi et surtout un contact direct avec son milieu de vie, sa famille. Voilà pourquoi la Congrégation tient à ce que le recrutement se fasse de préférence là où les missionnaires Oblats sont présents. La proximité favorise la connaissance mutuelle. Tel est le défi majeur qui permet au candidat d’opérer un choix libre et responsable, et à la Congrégation de vérifier prudemment les signes de la vocation oblate et les éléments constitutifs de la vocation interne, à savoir : l’esprit de foi, l’engagement d’amour, l’esprit de la croix ou la mortification. Dans ce sens, les nombreuses vocations oblates de la province du Cameroun sont le fruit du témoignage de vie des missionnaires Oblats, instruments de la grâce divine, « serviteurs inutiles », « témoins de la justice et de la sainteté de Dieu » (Constitution 9). Le Seigneur se sert d’eux pour attirer à lui de nombreux jeunes en Afrique comme ailleurs.

Les jeunes qui demandent d’entrer dans la Congrégation sont généralement attirés par la vie simple des Oblats. Cependant, certains Oblats sont venus des paroisses où les OMI étaient ou sont absents ! En effet, le premier missionnaire oblat camerounais, le Père Alexis ATANGANA (aussi appelé affectueusement Patriarche), vint du Centre et non pas du Nord où les Oblats travaillaient durement. Et le premier missionnaire oblat nigérian, le Père Felix NJOKU, connut la Congrégation des OMI grâce à l’ancienne revue oblate « Pôle et Tropiques » (France), pour ne citer que ces deux cas d’illustration. C’est dire combien les voies de Dieu ne sont pas les nôtres. La présence d’autres jeunes oblats originaires des paroisses non desservies par les Oblats est le résultat d’une pastorale vocationnelle organisée. Il y a quelques années, en effet, la province a confié cette lourde tâche à un seul missionnaire qui n’avait autre chose que d’aller partout à la rencontre des aspirants oblats. Je pense précisément au Père François CARPENTIER grâce à qui beaucoup de jeunes africains sont devenus missionnaires oblats de Marie Immaculée. Peut-être le nouveau prêtre de la région du littoral auquel allusion est faite est-il le fruit de ladite pastorale combien dynamique et interactive.

Actuellement, loin de se contenter de ses méthodes traditionnelles de recrutement, la province du Cameroun « ose grand comme le monde ». En effet, dans le contexte actuel du monde envahi par la culture numérique, « monde dont les changements font douter de la vertu de fidélité », la connaissance de la Congrégation tant exigée peut aisément se faire via les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). La province se sert de l’outil puissant qu’est Internet pour le rayonnement du charisme oblat et pour rejoindre les jeunes du continent digital. Le site officiel de la province www.omicameroun.com est un véritable carrefour de ressourcement et de rencontres interpersonnelles.

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OMI Douala décembre 2013

Pourquoi avoir choisi une si jeune paroisse pour la célébration d'un si grand événement qui est le lancement de la préparation du bicentenaire de la congrégation des Oblats de Marie Immaculée?

Le Provincial des OMI, le Père Raymond NANI et les membres de son conseil seraient les mieux indiqués pour répondre aisément à cette question. Ils connaissent les motivations du choix de cette jeune paroisse pour le lancement du triennium oblat en préparation du bicentenaire de l’anniversaire de notre Congrégation en 2016. Cela ne m’empêche pas d’exercer mon imagination d’éducateur en soulignant cinq motivations non négligeables.

Première motivation - L’ordination presbytérale du diacre Thomas BANG est un grand événement d’Eglise, et pour les missionnaires Oblats du monde entier une grâce et un moment historique. C’est la toute première fois qu’un tel événement de notre Congrégation a lieu dans l’archidiocèse de Douala. Nombreux seront les Oblats, ceux qui le pourront, à y prendre part. Beaucoup en profiteront pour découvrir la jeune paroisse Christ Sauveur de Bangue dont on parle ! Omicameroun.com ne cesse de faire écho de ses activités ; tout porterait à croire que les chrétiens et les chrétiennes de cette paroisse en croissance rapide sont très engagés pour le rayonnement de leur foi et le développement de leur Eglise. Tous les Oblats qui transitent par cette communauté oblate sont frappés par l’accueil qui leur est réservé et par l’élan de générosité des fidèles.

Deuxième motivation - Cette année,  la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie (le 08 décembre), fête de la Congrégation des  Oblats de Marie Immaculée, événement qui, traditionnellement rassemble les Oblats pour de grandes célébrations, coïncide avec les prémices (« première messe ») du Père Thomas BANG. Simple hasard ou signe providentiel ? Les trois circonstances (ordination, Immaculée Conception, « première messe ») attirant beaucoup d’Oblats, le Provincial saisira l’opportunité pour lancer le triennium oblat en communauté.

Troisième motivation - Le rayonnement du charisme oblat à Douala. Profitant de la circonstance, les Oblats, longtemps absents du milieu et enfin réunis en grand nombre à la paroisse Christ Sauveur, pourront mieux se faire voir et connaître auprès des adultes et surtout des jeunes en recherche de Dieu. Ainsi la grâce du Seigneur envahira quelques-uns pour répondre généreusement à son appel.

Quatrième motivation - Nous partageons traditionnellement l’idéal de la vie oblate avec la jeunesse, comme le fit Eugène de Mazenod en 1816. Le choix est tombé cette fois-ci sur la jeunesse de Christ Sauveur de Bangue.  « Nous sommes convaincus que nous ne pouvons pas célébrer ce bicentenaire de la fondation de notre vie communautaire et missionnaire sans la présence des jeunes et surtout que nous ne pouvons pas faire notre pèlerinage de trois ans de préparation sans accompagner et nous faire accompagner par les jeunes qui vivent d’une certaine façon notre charisme », précise le Conseiller général pour l’Europe, le Père Luis Ignacio ROIS dans son récent message aux supérieurs provinciaux de la Congrégation.

Cinquième motivation – Enfin la raison majeure : nous avons choisi la paroisse Christ Sauveur de Bangue tout simplement parce qu’elle est la NOUVELLE IMPLANTATION des Oblats dans la province du Cameroun dont la mission est d’annoncer « la présence libératrice du Christ et le monde nouveau, né de sa résurrection » (Constitution 9). Aussi rendons-nous grâce à Dieu pour le jeune confrère Thomas qui sera ordonné à Douala et dira sa « première messe » à la paroisse Christ Sauveur sous le regard maternel et la protection de Marie Immaculée, la Patronne de la grande famille mazenodienne. « Dans la Vierge […] les Oblats reconnaissent le modèle de la foi de l’Eglise et de leur propre foi. Ils la regarderont toujours comme leur Mère » (Constitution 10).

Bannière lancement Triennium oblat Bangue

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