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Pré-dot africaine pour libérer l'amour

Pré-dot

(Kinshasa 24.11.2009) - En certains pays africains, notamment le Congo-Kinshasa, la pré-dot ou la dot est une compensation en biens ou en services versée par le futur époux à la famille de la future épouse. «La dot, selon la coutume, a la valeur d’un signe: la chose signifiée étant l’accord des parties à sa remise et à son acceptation». Bien que chaque ethnie ait sa façon de concevoir le mariage, ce dernier est vu globalement comme «une institution voulue par Dieu et léguée par les ancêtres à la communauté. Voilà pourquoi il relève de l’ordre religieux et sacré. Il n’existe pas de mariage profane». Son rite est basé sur le symbolisme: chaque parole, chaque geste, chaque objet a sa profonde signification. Seuls les initiés et les sages comprennent mieux la quintessence du rituel.

Famille du fiancéDans le cadre de ses «infos voyages», ayaas a déjà publié un témoignage ou mieux un petit article sur le mariage coutumier en Afrique, dans le but d’aider à mieux connaître les réalités africaines. Il s’agissait du mariage de ma nièce Beros auquel j’avais assisté timidement, parce que je suis contre ce phénomène qu’est la dot africaine. Ayant eu l’opportunité de prendre part à une autre cérémonie d’alliance matrimoniale, je voudrais, par ce partage, présenter brièvement les grands moments de cette autre réalité africaine qu’est la pré-dot. Loin de prétendre expliquer le sens du symbolisme sous-jacent, je me contenterai de décrire le fait social (mariage coutumier).

En effet, profitant de mon passage à Kinshasa, ma famille m’a invité, ce samedi 21 novembre 2009, à prendre part cette fois-ci, à une cérémonie de pré-dot marquant le début officiel du processus de mariage entre mon neveu Justin et mademoiselle Clarisse. Le fiancé appartient à une ethnie de la province de Bandundu (Ambun) et la fiancée de l’Equateur (Ngombe). Ce petit détail précieux montre combien la jeunesse d’aujourd’hui, ouverte au souffle de la mondialisation culturelle, aspire à l’amour sans frontières. Les parents n’ont plus à s’imposer sur les choix opérés par leurs enfants. Chacun se sent libre et responsable de son avenir.

Identification

Comme l’exige la coutume, nous avons été reçus par la belle-famille, celle de Clarisse, à Yolo dans la Chef du clan de fiancéecommune de Kalamu. Après quelque discussion d’ordre protocolaire (harmonisation du programme), la cérémonie s’ouvre par un regard vers le Très-Haut. Les deux familles et les convives prient pour la circonstance. La prière dite par un membre de la famille du fiancé met en évidence le don de la vie, l’amour des fiancés motivé par le souffle divin, l’alliance et la fraternité, «afin que tous soient un» dans le Christ.

Puis le représentant de la famille de la fiancée s’adresse à la famille du fiancé après avoir salué et souhaité la bienvenue à tous les convives: «J’ai reçu une lettre de Justin que je ne connais pas. Je voudrais bien le voir. S’il n’est pas parmi vous, appelez-le, s’il vous plaît». L’oncle maternel du fiancé répond en ces termes: «Justin c’est bien moi. Je reconnais t’avoir écrit une lettre dans laquelle je demande la main de ta fille Clarisse. Je l’ai rencontrée en cachette, aujourd’hui je viens me présenter chez toi. Voilà pourquoi je me trouve ici dans ta maison».

Le représentant de la fiancée réagit: «Si tu es vraiment Justin, prouve que ce que tu as écrit vient de toi-même et non de quelqu'un d'autre; j’aimerais l’entendre de ta propre bouche». Une façon d’inviter à présenter le symbole ou ce qui a été exigé pour la pré-dot. L’oncle du fiancé reprend la parole: «Voici ton enveloppe et tes casiers de bière». La dizaine de casiers étant déjà dans la maison, il lui donne seulement l’enveloppe d’argent (montant symbolique). La famille de la fiancée se concentre pour vérifier les biens perçus pendant qu’une séquence de musique agrémente la soirée. Le représentant enchérit: «Oui, je sais maintenant que c’est toi qui m’avais écrit concernant ma fille. J’ai reçu tes dons, mais il maque quelque chose que les Bangala aiment prendre: la bière traditionnelle (alcool) et la noix de Kola. Aurais-tu oublié ce cadeau dans ta voiture?» Question embarrassante! Puis il ajoute: «Veux-tu compléter ce qui reste avant de continuer la cérémonie ou préfères-tu me le remettre plus tard?» - «Plus tard» - s'empresse de répondre la famille du fiancé. Il parait que ce n’était pas sur la liste de ce qui avait été exigé! Signe évident d'incompréhension culturelle.

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Accueil du fiancé et de la fiancée

La deuxième phase s’ouvre avec l’entrée triomphale du fiancé dans sa belle-famille. Le représentant demande qu’on fasse entrer Justin, puisqu’il a accepté ses présents. Les femmes (belle-famille) s’agitent Danseet étalent des pagnes sur lesquels marche solennellement le jeune fiancé visiblement ému de l’accueil chaleureux. Sous des applaudissements et des youyous des femmes qui l’envahissent en dansant de joie, il se présente à sa belle-famille et reçoit des fleurs et quelques billets de banque en guise de bienvenue. Il restera longtemps debout avant d’obtenir la permission de s’asseoir.

Ensuite, le représentant indique du doigt toutes ses filles rassemblées et demande à Justin de reconnaître l’âme de son cœur parmi elles. Comme pour gagner du temps il dit: «Clarisse n’est pas parmi ces filles présentes, elle est chez nous à l’Equateur. Il nous faut de l’argent pour aller la prendre par avion». La famille du fiancé se concerte et donne quelque chose pour le "ticket d’avion". Ce n’est qu’après cela que l’autorisation est donnée à faire entrer la fiancée. A son tour, elle entre solennellement en procession et au pas de danse sous des applaudissements et des youyous de joie.

Justin et ClarissePlacés côte à côte, les deux nouveaux jeunes fiancés peuvent alors échanger un baiser de paix et d’amour. Ainsi libéré par la pré-dot, l’amour voulu et consenti peut enfin s’exprimer ouvertement par des beaux sourires, des regards pleins d’ambition et d’optimisme pour un avenir en rose. A quoi pensent-ils à cet instant précis de leur histoire? Sans doute à fonder un foyer d’amour à l’instar de leurs parents. Tel est aussi le grand souhait de leurs familles et de tous les convives.

La fête

LiliContrairement à ce qui se passe dans l’ethnie Ambun lors d’une pré-dot, la rencontre de ces deux jeunes fiancés donne lieu à une fête chez les Ngombe. C’est cela le mariage coutumier, le pas le plus important dans le processus. Les deux familles et les convives peuvent alors manger, boire et danser. Le repas n’est pas fait sur place, il vient de la commune de Kintambo. Placés face à la table commune du self-service, nous pouvons aisément compter non seulement des marmites et des assiettes de nourriture qui passent sous nos yeux mais aussi des servantes, avant d’être invités à nous servir. La famille du fiancé, une vingtaine de personnes, beaucoup moins que la famille d’accueil, se sert en premier, sobrement. Manière oblige.

Personne n’oublie cependant la prochaine étape du rite, le moment tant attendu: la découverte de la liste des biens dressée par la famille de la fiancée en vue de la dot proprement dite. Elle pourra intervenir le jour où le fiancé sera prêt.

Liste des biens

Liste des biensA la fin du repas intervient la dernière étape, la cérémonie particulière de la remise de liste des biens en vue de la dot. Elle vaut un casier de bière. Le représentant se lève et demande à l’oncle du fiancé: «Es-tu prêt à recevoir la liste des biens conçue pour la dot de ma fille? En d’autres termes, veux-tu la prendre maintenant ou un autre jour?» L’oncle répond: «Je ne rentrerai pas chez moi sans avoir pris la liste». Alors on l’invite à aller découvrir le contenu du document dûment signé. Les deux représentants s’assoient autour d’une table placée au milieu de la place de fête. Avant d’y apposer sa signature de réceptionniste, l’oncle du fiancé s’assure que cette liste (ou la facture) est discutable en temps opportun. Ce geste courageux se conclut sous des projecteurs de cameras et des applaudissements nourris. Tout porterait à croire que c’est le point central de pré-dot chez les Ngombe!

Peu avant une coupure du courant, comme cela arrive si souvent dans cette ville de Kinshasa "en chantier", la famille du fiancé parcourt la fameuse liste. Ouf! En plus d’une somme d’argent consistante il y a, entre autres, un vélo, une pirogue! A discuter très probablement…

Personnellement, je me réjouis de l’engagement de Justin et de Clarisse qui tiennent à confirmer leur union par le mariage religieux qui ne pourra intervenir qu’après le versement de la dot. L’accueil de ce jour m’assure des bonnes dispositions de la belle-famille. Nous pourrions sur cette base continuer à soutenir ce jeune nouveau couple, afin qu’il soit HEUREUX! Tel est l’essentiel du mariage et de tout autre choix de vie. Les vidéos de cette manifestation se trouvent sur la Chaîne ayaas.net.

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