Nous sommes le 12/12/2018 et il est 06h25 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Porte et patience

La porte: un moyen de communication

Une porte entrouverteIl convient d'amorcer ce sujet par une anecdote qui pourra aider à "éclairer le dessous des choses". «Les anecdotes sont de petits détails longtemps cachés» (Voltaire). L'une des recommandations entendues souvent durant ma formation religieuse initiale, c'est-à-dire la période qui précède la première obédience chez les OMI, concerne la porte. «Ne pas fermer la porte de chambre ou de parloir quand on reçoit des visites féminines», disaient les formateurs. Plus tard, dans l'animation des retraites spirituelles, j'ai trouvé la même préoccupation dans un livre de vie (aussi appelé Constitutions) d'un institut féminin. «Partout où vous serez reçues par un homme, exigez que la porte de la pièce (chambre) soit ouverte», pouvait-on lire! D'aucuns diront que cela ne concerne que les parties du monde qui ne connaissent pas l'hiver.

Une telle réaction signifierait que ce qui est considéré comme valeur en Afrique, ne l'est forcément pas ailleurs. Entendons par valeur "tout fait social ou de culture qui est conforme à la raison, à la nature de l'homme et qui répond positivement aux besoins fondamentaux de la majorité des membres d'une communauté humaine" (Mungala). Il y a deux sortes de valeurs, à savoir: les valeurs trans-temporelles (ou les acquis historiques) - fondamentales - et les valeurs de situation (valeurs conjoncturelles ou relatives). Ainsi la "spiritualité de porte ouverte" appliquée dans le cadre de ma formation initiale n'a qu'une valeur relative. Mais la tendance à éduquer par la peur fait partie des antivaleurs liées à la nature de l'éducation traditionnelle africaine. Aurait-on oublié le dicton: "chassez le naturel par la porte, il revient par la fenêtre".

La porte ou mieux ce que j'appelle maladroitement «spiritualité de porte ouverte» a pourtant une signification plus profonde. Elle se dégage de la page d'Evangile où Jésus se présente comme "la porte des brebis"(Jean 10:1-10). Une porte à double fonction: d'abord, permettre de distinguer les voleurs et les bandits du berger des brebis; ensuite, la porte s'ouvre pour laisser les brebis sortir librement. «L'appel de Dieu est impératif, il nous entraîne irrésistiblement à sa suite, mais cela ne se fait pas sans que notre liberté ne s'exprime pleinement [...]le rôle du Seigneur est d'ouvrir une brèche. Il est la Porte de la prison de notre péché» (Frère Dominique). Dans ce contexte, la Porte est un véritable moyen de communication. Une communication de la vie. Cette conception est bien ancrée dans la symbolique africaine.

«Dans l'Afrique rêvée ou celle à vivre, l'efficacité de la porte en tant que barrière protectrice procède souvent d'avantage du symbolique que du tangible. Qu'elles soient affectées aux habitations, aux greniers, aux lieux de culte ou aux lieux de repos, les portes s'inscrivent dans cette logique: c'est le moyen de communication du seuil vers l'extérieur - mouvement associé à la naissance - ou vers l'intérieur - mouvement qui évoque la conception...»

Voilà qui fait penser au proverbe: «Mets à ta porte une sonnette mais à ton cœur point de serrure». Les maisons de formation, féminines comme masculines, gagneraient en profondeur évitant l'éducation par la peur et cultivant davantage la crainte de Dieu et le sens de responsabilité personnelle. «Les points d'appui, c'est avant tout un bon choix des candidats et une formation sérieuse tant initiale que continue. Au niveau du recrutement, nous avons besoin de jeunes humainement équilibrés, généreux et qui aient un sens de la réalité religieuse», précise le Frère mariste Théoneste Kalisa. Tel est le sens spirituel de la porte.

Vertu de patience dans tout apprentissage

Tombe du pape Jean-Paul IILe lendemain de la béatification du pape Jean-Paul II, événement célébré à Rome le dimanche 1er mai 2011, un visiteur d'ayaas m'a rejoint sur Skype tout à la joie de savoir que je me trouve encore à Rome. Très vite déçu d'apprendre que je n'ai pas pu accéder à Piazza San Pietro (Place Saint-Pierre) à cause de la multitude de pèlerins rassemblés et de la foule qui se pressait aux entrées de la Cité du Vatican, il a dit: «Combien pauvres sont ceux qui n'ont pas de patience»! Le fait que je sois rentré à la maison pour vivre la messe à la télé plutôt que de rester longtemps debout, sous un soleil ardent de printemps et loin d'écrans géants, est à ses yeux un manque d'endurance, l'aptitude à résister à la fatigue, à la souffrance. J'y suis rentré dans les après-midi vers 17:30, dans l'espoir de pénétrer dans la Basilique où était exposé le cercueil du nouveau Bienheureux. Après 15 minutes de marche à la queue leu leu, j'ai rebroussé chemin, comme tant d'autres assoiffées du spirituel. Quelle impatience!

«Il faut beaucoup de patience pour apprendre à être patient», dit Stanislaw Jerzylec. En d'autres termes, comme souligne l'Historien italien Alessandro Morandotti, «la patience est une vertu qui s'acquiert avec de la patience». On a beau exhorter à prendre toujours son mal en patience, cette vertu n'est pas innée, c'est-à-dire qu'elle ne nous est pas naturelle. Indispensable aux parents et aux éducateurs, la patience est essentielle dans tout apprentissage. Car elle permet de mûrir les décisions, les résolutions. C'est «l'aptitude de quelqu'un à se maîtriser face à une attente, à rester calme dans une situation de tension ou face à des difficultés, ou encore la qualité de persévérance», selon Wikipédia.

Dans le christianisme, la vertu de patience est une qualité essentielle requise pour celui qui aspire à la sagesse ou à la crainte de Dieu. «Vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu» (1 Pierre 1:17). L'apôtre invite, à la fois, à poursuivre l'idéal commun de sainteté et à contempler la patience divine. Elle n'est jamais faiblesse: elle est appel à la conversion, car «Dieu est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce». En effet, pour vivre en accord avec sa vocation, le chrétien, la chrétienne doit supporter les autres «avec charité, en toute humilité, douceur et patience» (Ephésiens 4:2).

Vertu fondamentale, «la patience est un arbre dont les racines sont amères et les fruits savoureux», dit un proverbe arabe. Chacun pourrait l'interpréter à sa manière. Le Religieux dominicain Jean-Louis Bruguès précise que la patience garantit notre équilibre. «Elle protège toutes les autres vertus contre les désordres que provoque l'impatience. A cause de ce qu'elle suppose de ténacité et d'effort volontaire, la patience doit s'accompagner de la douceur pour ne pas exposer notre cœur à la sécheresse». Pour Dominique Pir, «la patience est une force capable de "déplacer des montagnes", mais, à un certain degré d'excès, elle peut devenir un véritable facteur d'inertie [...]pour rester une force, la patience doit être habitée d'un espoir, d'une promesse en un futur meilleur». Voilà ce vers quoi tend toute existence humaine.

Certes, mon interlocuteur m'a incité à la remise en cause, moi qui me vante parfois de ma capacité d'écoute et de mon élan de persévérance dans l'effort quotidien d'apprentissage, surtout en cette période de formation Webmaster. Je réalise, à travers la codification de pages web et à travers les relations interpersonnelles, que la patience nous est commune avec Dieu. C'est en Lui le miséricordieux qu'elle prend son origine, sa grandeur, sa dignité, son éclat. D'aucuns affirment avec conviction que celui en qui le Christ réside est patient; celui dont l'esprit est possédé par la malice du démon se livre à des impatiences continuelles! Une assertion vraie néanmoins discutable, dans le contexte inspirateur de cet article. «Rien de plus utile pour la vie présente que de s'attacher avec crainte et amour aux préceptes du Seigneur et de supporter avec une patience inaltérable tous les événements de cette vie». Cela n'est pas évident.

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