Nous sommes le 12/12/2018 et il est 07h22 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Former à l'obéissance responsable et active

Au cours d'un voyage fatigant effectué en Afrique - il y a quelques années - j'ai failli de passer une nuit à la belle étoile, sous un arbre planté dans l'enceinte d'un couvent des religieuses à cause du vœu d'obéissance! Il ne leur était pas permis de loger un passager sans la permission explicite de la supérieure locale. Celle-ci étant absente à mon arrivée imprévue (le soir d'un certain dimanche de juillet en pleine saison sèche), personne d'autre n'osait courir le risque de m'offrir l'hospitalité africaine dont on parle tant malgré mon identité déclinée! Elles suggéraient que j'aille chercher plutôt un hôtel dans le quartier, mais je n'avais pas assez de cash. Il y avait pourtant un bâtiment annexe réservé aux hommes de passage, surtout les chauffeurs de leur communauté! Rien d'étonnant à cela. Chaque société a sa discipline, la règle de conduite commune à ses membres «destinée à y faire régner le bon ordre». L' "intrus" ne se risquait pas à enfreindre le règlement.

L'esprit de Vatican II

«Les voyages forment la jeunesse», dit-on. De cette expérience vécue j'ai appris non seulement la valeur de la vertu qu'est la fidélité à ses engagements mais aussi à m'interroger sur le vrai sens de Basilique Saint-Pierre de Romel'obéissance en tant que valeur chrétienne permanente. L'attitude des personnes rencontrées m'a immédiatement fait penser à cette affirmation du document Vita Consecrata: "Celui qui obéit est assuré d'être vraiment en mission, à la suite du Seigneur et non porté par ses propres désirs ou ses propres aspirations" (n. 92). Le même document précise que la mission, "avant de se caractériser par les œuvres extérieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel" (n. 72). En outre, les regards de celles qui se sont apitoyées sur le sort nocturne d'un certain «Lazare» ont confirmé l'urgence d'une «obéissance responsable et active» voulue par le Concile Vatican II.

En effet, le Décret sur la rénovation et l'adaptation de la vie religieuse Perfecte Caritatis (source) mérite davantage notre attention. Le numéro 14 explique d'abord ce qu'il convient de rappeler: «Par la profession d'obéissance, les religieux font l'offrande totale de leur propre volonté, comme un sacrifice d'eux-mêmes à Dieu...». Puis il recommande avec autorité: «Que les religieux donc se soumettent avec révérence et humilité à leurs supérieurs» avant de parler de ces derniers en ces termes: «Ils amèneront les religieux à la collaboration par une obéissance responsable et active tant dans l'accomplissement de leur tâche que dans les initiatives à prendre». Cette dernière recommandation nourrit abondamment mon imaginaire depuis l'expérience évoquée ci-haut. Je m'interroge particulièrement sur la manière de former à l'obéissance "responsable et active" dans l'aujourd'hui du monde. Mais que faut-il entendre par obéissance responsable et active? Intéressant est le commentaire de Joseph Aubry:

Le document [Perfectae Caritatis] insiste aussi que le religieux obéisse en homme responsable. L'obéissance ainsi comprise devient plus vraie, filiale plutôt que servile, un moyen sûr pour croître en maturité humaine et en liberté chrétienne. Le sens de liberté et de responsabilité personnelle s'exprime à trois niveaux différents. Tout d'abord dans la détermination de l'ordre que donne le supérieur. Celui-ci ne doit pas prendre toutes les décisions à la place du religieux, qui en adulte, doit penser sa vie et son action, et chercher toujours mieux ce que Dieu attend de lui. Puis dans l'acceptation de l'ordre donné. Le religieux accueille et transforme l'ordre reçu en devoir personnel, en assumant la responsabilité. Puisque l'obéissance passive ou mécanique n'a rien de vraie obéissance, "il faut avoir l'initiative dans l'obéissance et l'obéissance dans l'initiative". Enfin, le religieux doit s'engager activement dans l'exécution de l'ordre reçu. "L'amour est inventif, créatif".

Repenser autrement la formation religieuse

Dans ce monde où souffle le vent de la mondialisation, il convient de repenser sérieusement la formation à cette noble vertu missionnaire qu'est l'obéissance, laquelle formation devrait concerner non seulement ceux et celles qui servent le Seigneur en obéissant mais aussi et surtout ceux et celles qui le servent en commandant. Déjà en 1964, au cours de la discussion du Concile Vatican II, un supérieur général déclarait rigoureusement: «Le renouveau est donc plus une question de formation et de qualité des supérieurs qu'une question de grande obéissance des sujets», raconte Aubry. Les animateurs et animatrices de communautés devraient humblement reconnaître les failles de leur tâche combien délicate et s'ouvrir davantage à la parole de Dieu pour mieux répondre aux signes des temps. La société d'aujourd'hui voudrait certainement voir des religieux et des religieuses respectueux et généreux, capables d'accueillir l'autre dans sa liberté et sa différence.

Le couvent est par vocation la "maison de la fraternité évangélique", souligne Goffi Tullo. Il s'ensuit que supérieur et sujets "se corrigent de leurs égoïsmes et de leur esprit de domination pour savoir ensemble comprendre ce que Dieu veut", le Bien ou la sanctification de chacun. Dieu n'est pas si loin qu'on ne le pense et Il «veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité» (I Timothée 2:4). Il est impérieux que les personnes consacrées acceptent de bousculer leurs manières traditionnelles de penser et d'agir, «puisque le contexte socioculturel d'aujourd'hui n'est pas forcément celui dans lequel la plupart d'entre elles ont été formés». L'exercice de l'autorité et de l'obéissance doit être davantage une démarche personnelle. Il s'agit précisément de "vivre l'obéissance dominante dans un esprit de foi-charité, de ne pas se laisser emprisonner derrière les grilles de la loi humaine, mais de s'élever vers l'union intime avec le Seigneur Jésus. C'est aussi de ne jamais considérer qu'il suffit de se limiter à respecter la volonté du supérieur, mais de chercher à se mettre en relation avec la volonté du Père».

Volonté de Dieu et liberté

Une église de ParaguayLe Christ déclare: "Si vous demeurez dans ma Parole, vous êtes vraiment mes disciples; vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres" (Jean 8:31-32). La vraie liberté, c'est être greffé sur la Parole du Christ, le Libérateur par excellence. Alexandre Vinet, théologien, philosophe, journaliste et historien suisse en était très convécu: «Le christianisme est dans le monde l'immortelle semence de la liberté». Liberté et responsabilité, telle est l'attitude évangélique de l'autorité-obéissance que devrait cultiver davantage la dynamique formative dans l'actuel contexte socioculturel du monde. Peut-être mon ancien formateur y pensait-il lorsqu'il disait souvent à ses jeunes étudiants: «Ne soyez pas comme des poissons morts dans l'eau». Il demeurera cependant cette sempiternelle question: «Comment connaître la volonté de Dieu?». Une question délicate plus personnelle que communautaire. Les repères sont nécessaires pour se situer mais nul, dans ce monde, ne peut prétendre la connaître parfaitement car, à la fois éloigné et proche de nous, Dieu est le mystère de notre vie. «Rechercher la volonté de Dieu, c'est donc être en marche avec le Seigneur, jusqu'au jour de son retour où "je connaîtrai comme je suis connu" (1 Corinthiens 13:12)», précise le pasteur Marc Toureille dans son article «Comment connaître la volonté de Dieu pour moi, le meilleur de ma vie».

Il est certes normal qu'au milieu des difficultés du monde présent, les vicissitudes de la vie quotidienne, l'homme s'engage résolument à fournir un effort considérable dans la recherche et l'accomplissement de la volonté divine. Parfois, certains glissent dans un activisme spirituel effréné afin de "forcer" l'Esprit à répandre ses dons; d'autre dans le formalisme pour plaire plus aux hommes qu'à Dieu! C'est toujours la "volonté de Dieu"! Il me semble que l'essentiel est de rester dans sa présence. Une présence silencieuse, dynamique et bénéfique dont le fruit est amour, le véritable amour qui brise les barrières entre les êtres humains, les enfants de Dieu. "Vous m'invoquerez... Vous me chercherez et vous me trouverez, car vous me rechercherez de tout votre cœur" (Jérémie 29:12-13). Une telle relation interpersonnelle basée sur l'affectivité spirituelle exige plusieurs dispositions intérieures et vertus humaines notamment la patience. «Elle [vertu de patience] est comme la sainteté, jamais acquise et toujours remise à l'épreuve. Avec tout de même une espérance de l'acquérir un jour», dit Denyse Mostert.

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