Nous sommes le 12/12/2018 et il est 06h31 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Kizito-Anuarite:
une pastorale jeunesse martyre

Introduction

Interpellés par de nombreuses lettres du Père Fernand JETTE, ancien Supérieur général o.m.i., concernant la priorité de l’apostolat auprès des jeunes, «l’avenir de la Congrégation et de l’Eglise», certains jeunes oblats [Congolais], Pères et Frères, s’adonnent dès la fin de leur formation première à ce genre de ministère dans la ligne même de la pastorale du diocèse d’Idiofa. Ils introduisent dans leurs nouvelles missions les mouvements des jeunes bien répandus déjà dans la plupart des paroisses d’Idiofa et d’ailleurs: les «Bilenge ya mwinda» (jeunes de la lumière) et les «Kizito-Anuarite». Ils en fondent même: c’est le cas de la «Fraternité» à Ifwanzondo. Partout nous avons l’impression d’assister à une nouvelle naissance du Christ dans les cœurs des jeunes.

Je m’appelle Jean Bosco MUSUMBI. Prêtre depuis le 17 août 1986, Oblat de Marie Immaculée, je voudrais donner mon témoignage sur ma joie de fils du Saint Eugène de Mazenod, auprès des enfants que le Seigneur a mis sur mon chemin. Je partage mon temps entre le noviciat MUKE et la paroisse d’Ifwanzondo. Je m’intéresse particulièrement aux enfants du mouvement appelé «Kizito-Anuarite», œuvre dans laquelle je bénéficie de la collaboration d’un petit groupe de nos novices et d’un groupe de laïcs engagés, notamment notre animateur pastoral [couple Baudouin MUSHIETE] et autres personnes de bonne volonté.

1. Les voyages

Kibala Evari, MasinaDe quoi s’agit-il? «Kizito-Anuarite» - KA – est un mouvement d’action catholique pour les enfants de 9 à 14 ans vivant sous le patronage de Saint Kizito (martyr de l’Uganda) pour les garçons, et de la Bienheureuse Anuarite (martyre du Congo) pour les filles. Leur ambition est d’être témoin de Jésus-Christ jusqu’au risque de sa vie. En effet, leur cadre initiatique est un monde imaginaire dans lequel ils sont présentés comme les héros, des martyrs en route vers le lieu de leur supplice qui est le terme de leur formation et le début d’une vie nouvelle.

Pour atteindre leur idéal qu’est Jésus, les filles et les garçons suivent une formation parallèle de quatre étapes dites «voyages» qui correspondent à quatre années scolaires. Chaque voyage expose un programme de trente leçons à adapter avec le milieu. Ils vivent en commun les principes «POPVAP» : Persévérance, Obéissance, Piété, Vérité, Amour et Pureté, et en particulier la devise «Prenons courage» pour les garçons et «Servir et faire plaisir» pour les filles. Afin d’en faire des êtres équilibrés dans la société, leurs leçons visent à la fois une formation doctrinale, religieuse et spirituelle, pratique, morale et civique.

Les quatre voyages sont désignés par des noms de villages ou cités fréquentés par Kizito ou Anuarite ou se trouvent le long du chemin de leur «Calvaire». Chacune des étapes est caractérisée par un slogan. Durant la première, les enfants désirent changer leur vie pour devenir des baptisés conscients et fervents. D’où le slogan «Notre salut est dans la vie chrétienne». A la seconde, ils veulent assimiler leur foi chrétienne, être bien initiés et devenir des jeunes qui entraînent les autres vers le bien. D’où le slogan «Foi et bonté». A la troisième, ils apprennent à devenir utiles dans la société suivant le slogan «Utiles dans la société». A la dernière étape, les KA achèvent leur formation par plusieurs épreuves, techniques et enseignements conformément au slogan «Toujours amis de la Vérité».

Les membres du groupe s’appellent entre eux Kizito ou Anuarite et se saluent en disant «Salamu» (paix) et en répondant «Amani» (paix). Leurs responsables sont appelés «Yaya» (aîné) tandis que l’aumônier se dit «Mapera» (une déformation de «mon Père» qui date du temps de Saint Kizito).

Cette formule d’initiation a été conçue par un groupe de huit grands séminaristes de Kinshasa, le 17 novembre 1979 pour les Kizito, et par un autre groupe d’ecclésiastiques le 11 avril 1982 pour les Anuarite, dans le but d’encadrer les préadolescents entre l’âge de la catéchèse préparatoire à la première communion et celui de l’admission dans les «Bilenge ya mwinda», mouvement fondé en 1972 par Monseigneur. Matondo Kwa Nzambi, évêque de Basankusu.

2. Premier engagement devant la communauté chrétienne

Kibala EvaristeBien que présent dans la plupart des diocèses du pays et dans beaucoup de nos paroisses d’Idiofa, ce mouvement n’existe chez nous à Ifwanzondo que depuis octobre 1987. Aujourd’hui il en est à son troisième «voyage» de formation et compte près de 150 enfants réguliers. Il est très jeune bien sûr mais plein d’avenir pour l’Eglise locale grâce à la spiritualité sous-jacente. Ils étaient 35 Kizito et 35 Anuarite le dimanche 10 juillet 1988, date de leurs premières promesses devant leur communauté chrétienne. L’église était pleine des parents et invités. Devant eux, ils promettaient à Jésus de vivre la fidélité à l’Evangile, l’amour du prochain et l’obéissance aux parents. La messe dura trois heures ne laissant dormir personne tellement que c’était vivant. Elle fut présidée par l’Abbé Esas, aumônier diocésain des jeunes, assisté des Pères oblats: Leo De Visscher, maître des novices, Ngundu Victor, responsable des prénovices et aumônier des KA d’Intswem et Musumbi Jean Bosco, aumônier de la place. L’ICAV (centre audio-visuel d’Idiofa) était au rendez-vous et l’ambiance était hors du commun.

On les a vus, nos enfants, ils étaient tous beaux dans le Seigneur, voire transformés, sourire aux lèvres et rayonnants de joie d’appartenir à l’Eglise et de se sentir aimés par leurs «Yaya», par leur assistant spirituel et leur «Mapera». Ils ont dit le Credo en français à la surprise de l’assemblée. La majorité d’entre eux habillée en rouge et blanc portait un foulard en rouge, symbole de martyre, un insigne bleu et un crucifix en bois pendant au cou. Dans la joie, les parents étaient très étonnés du sérieux de l’engagement de leurs enfants.

Après la messe, les KA, les responsables ainsi que leurs invités se sont retrouvés en «Diyoto» (pique-nique) sur la pelouse verte. Les forces neuves ont permis aux enfants de présenter avec succès un concert religieux et de jouer un match de football contre les KA d’Intswem. Ce n’est qu’à 18 heures qu’ils se sont dit au revoir portant dans leur cœur le message d’encouragement de leur curé qui n’a pas caché sa joie, le Père Daniel Delabie, o.m.i. leur a dit: «Merci de votre geste combien courageux, engagez-vous de façon à donner un souffle nouveau aux parents fatigués de leurs engagements paroissiaux».

3. Face aux sectes: être témoin de Jésus-Christ

Que penser de ce nouveau genre d’apostolat auprès des enfants? Personnellement, je fais confiance au Seigneur et à Marie notre Mère tout en comptant sur la prière de l’Eglise. Je crois être témoin de l’amour et de la miséricorde de Dieu, de la grâce et de l’action de l’Esprit Saint, bref, des merveilles du Très-Haut dans les âmes des amis de Jésus, ceux pour qui il s’indigna et dit aux disciples: «Laissez les enfants venir à moi» (Marc 10, 14). Tout en étant conscient des imperfections humaines tant du côté du formé que du formateur, j’en garde des impressions très positives. De par leur simplicité et leur disponibilité ils sont une bonne terre pour la semence divine tout en étant trop exposés aux déviations doctrinales.

En effet, en cette période où les Témoins de Jéhovah et les Néo-apostoliques sont à l’œuvre chez nous comme tant d’autres sectes religieuses corrompant avant tout la jeunesse, je juge très utile de prendre soin de ses âmes à la fois petites et riches, afin qu’elles ne se détournent guère de la Vérité. N’en serions-nous pas responsables devant Celui qui nous a appelés à être apôtres? Mais il convient en même temps de respecter leur liberté d’enfants de Dieu et la fleur de leur âge. Je n’oserai donc pas leur demander trop comme le souhaitent certains parents que j’appellerais démissionnaires. Ils vivent grandement l’illusion de croire que leur enfant deviendrait parfait après son insertion dans le mouvement. Rien de plus triste que de les voir venir, à la moindre faute de leur gosse en famille, pour me prier de le renvoyer du groupe.

4. Parents et éducateurs, responsabilité partagée

Kibala Eva, MasinaQuelle position prendre? Plaire à Dieu ou aux hommes? Tout en éveillant leur conscience de parents éducateurs nous considérons la chose en tâchant de corriger le coupable. Loin de s’arrêter aux limites, nous nous contentons de la bonne volonté des enfants de vivre en groupe chrétien la parole de Jésus, parole qu’ils concrétisent en des petites initiatives que nous ne cessons de louer, par exemple: venir à temps à la messe, prier en famille, dénoncer le mal, vivre la charité (Bon Tour) en aidant les malades et les vieilles personnes de leur quartier, prendre part active aux activités paroissiales: réunions, chorale, nettoyage de l’église… bref, le sens de responsabilité au sein de la communauté ecclésiale vivante que nous appelons «Kinvuka ya lutondo» [groupe de charité] en terme pastoral.

Nous admirons par ailleurs d’autres parents qui présentent positivement leur enfant en disant «il a vraiment changé». Et les KA eux-mêmes ne cessent de témoigner qu’ils ont effectivement changé, en dépit des attitudes négatives liées à la personnalité et à l’âge, ce qui voudrait dire qu’ils tendent vers l’amélioration qui ne se fera que progressivement. En «serviteur inutile» je crois, pour ma part, que la vraie conversion ne dépend pas de nous mais de l’Esprit Saint qui travaille en chacun. Le Seigneur ne se sert de nous que comme instrument, afin de gagner le cœur de ses amis. Pour cette raison, je m’efforce, au jour le jour, d’être patient et disponible, à les accepter tels qu’ils sont. Il suffit d’un exemple pour découvrir la richesse de leur cœur d’enfant: il m’arrive parfois de me fâcher devant eux à cause d’une bêtise; et les enfants, loin de se décourager et s’enfuir, m’approchent davantage et me sourient aussitôt comme pour dire qu’il faut oublier et se convertir. Oui, je me suis laissé «évangéliser par eux».

5. A l'ombre du manguier

Manguier d'AfriqueLa difficulté ou mieux l’inquiétude se situe plutôt du côté de l’encadrement des filles surtout. Il faut en trouver et il leur faut la compétence catéchistique. Notre grand désir est que les cadres soient à la hauteur de leur tâche pour non seulement apprendre à prier un chapelet aux KA mais aussi et surtout leur expliquer pourquoi prier Marie et qui elle est pour nous, ce qui constituerait une arme efficace pour l’enfant fragile devant ceux qui font le porte à porte dans son quartier.

Les sectes religieuses sont dans nos villages. Les KA savent qu’ils doivent témoigner de leur foi en Jésus-Christ comme vrai Dieu et vrai homme. C‘est toute une lutte qu’ils doivent mener en groupe, un groupe vivant qui se voit assez souvent pour parler et réfléchir. Voilà la raison pour laquelle ils ont conçu en janvier 1989 la sage idée de faire d’un manguier un "NGANDA SALAMU" (lieu de paix), un arbre à ombre («Obwer a mpii» selon un proverbe Ambuun) qui, en fait, symbolise le Christ unissant et procurant du repos à tous. Sous cet arbre, ils parlent de leurs affaires, ils accueillent leurs visiteurs, ils réagissent aux appels du curé à la lumière de la Parole de Dieu. Mais quand ils s’y retrouvent en dehors des heures fixées, ils jouent, grimpent, crient, chantent et dansent, ce qui parfois dérange les membres de la communauté oblate la plus proche!... «Pour retrouver mon calme dans les bruits de tes enfants, je m’efforce d’en faire une harmonie de louange à Dieu», me confia une fois un oblat de passage.

Très simples et sympathiques, nos KA ne font pas que du bruit, ils savent aussi poser des questions embarrassantes comme celle-ci d’une Anuarite de treize ans: «Mapera, tu dis que nous sommes tes enfants, mais où est ta femme?» Terminant je remercie les amis qui soutiennent de près ou de loin notre groupe KA baptisé dans le diocèse «CLAN IMMACULE D’IFW ANZONDO».

(Ayaas)

Haut

© 2011 Ayaas.net: Religieux africain du troisième millénaire - Page web perso de jb musumbi, o.m.i. - Webmaster