Nous sommes le 12/12/2018 et il est 06h19 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Dieu demande tout, donnez-lui tout

Inspiration

Ce partage s’inspire de la méditation missionnaire du Père Wilhelm Steckling, omi, intitulé «Les vocations dans le monde occidental» (juin 2010). Le Supérieur général des Oblats tente de répondre essentiellement à cette préoccupation majeure: «Que devons-nous faire, comme religieux et comme Oblats, pour attirer des vocations, dans le monde occidental?» Trois moyens sont proposés.

  1. D’abord, «il ne faut pas cacher aux jeunes que Dieu demande tout.»
  2. Puis, «l’appel, adressé à un jeune, vise non seulement, un engagement avec Dieu, mais aussi avec une communauté, située dans l’Eglise» - Il faut offrir au jeune «un projet de mission, pour lequel il vaut la peine de donner sa vi.»
  3. Enfin, «il s’agit de convier à participer à un tel projet avec insistance, avec beaucoup de foi, de patience et de prière.»

Autant d’éléments qui peuvent fournir de nouvelles raisons d’espérer. Peut-être les religieux occidentaux sont-ils mieux placés pour approfondir cette réflexion. Je voudrais, quant à moi, Africain, me pencher sur l’invitation à nous confronter avec cette affirmation: «Dieu demande tout.» C'est tout ou rien, il n'y a pas de demi-mesure. Le pronom ou le nominal (neutre ou collectif) «tout» me fait penser à deux textes et à un entretien qui font réfléchir.

Amour et croix

Je pense tout d’abord à ce passage de l’Exhortation apostolique post-synodale Vita Consecrata. Le Souverain Pontife s'adresse particulièrement aux personnes consacrées en ces termes:

Vous savez en qui vous avez mis votre foi (cf. 2 Tm 1,12): donnez-lui tout! Les jeunes ne se laissent pas tromper: venant à vous, ils veulent voir ce qu'ils ne voient pas ailleurs. Vous avez une responsabilité immense pour demain (...) L'amour passionné pour Jésus Christ attire puissamment les autres jeunes que, dans sa bonté, Il appelle à le suivre de près et pour toujours. (VC 109).

Croix du Christ, VaudricourtMa question: Ai-je donné ‘tout’? Et en quoi consiste ce ‘tout’?

Le ‘tout’ peut signifier, entre autres, l’amour passionné pour Jésus Christ. Il s’agit de répondre à l’Amour du Christ par l’amour. Aussi, une personne consacrée est-elle celle qui aime, qui sert et qui témoigne. D’aucuns disent qu’en Occident, la dimension de témoignage pose problème, surtout aujourd’hui où l’Eglise catholique est profondément secouée du dedans, et que cela ait un impact très négatif sur les jeunes. Ces derniers ont besoin de se laisser façonner par l’Esprit Saint pour «être des messagers de l’amour divin, capables de construire un avenir d’espérance pour toute l’humanité» (Message du Pape Benoît XVI pour la XXIVè JMJ).

Par ailleurs, puisque le ‘tout’ peut faire peur, je me demande si le fait d’insister auprès des jeunes qu'ils donnent ‘tout’ au Christ les rapprocherait ou les éloignerait plutôt des personnes consacrées! Le jeune homme riche de l’Evangile s’en allait tout triste parce que Jésus lui avait proposé une exigence: «Tout ce que tu as, vends-le et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi» (Luc 18, 22). Le ‘tout’ sous-entend aussi la croix à porter. «Qui ne cherche pas la croix du Christ, ne cherche pas non plus la gloire du Christ», disait saint Jean de la Croix. Il serait important que l’Occident ou mieux l'Eglise présente la réalité de la croix, inhérente à la vocation chrétienne, en des termes plus compréhensibles par les jeunes d'aujourd'hui.

Simplicité et ouverture

Je pense ensuite au service de Marie aux noces de Cana lorsque le vin manqua: «Tout ce qu’il vous dira, faites-le», dit-elle aux servants (Jean 2, 5). Un geste simple en soi. Ils n’avaient qu’à remplir d’eau les six jarres de pierre, sans penser au miracle du changement de l’eau en vin. Aussi, le ‘tout’ est-il peut-être un simple service à rendre. Bien qu’habitués aux outils de communication high-tech qui leur procurent toute sorte d’information, les jeunes d’aujourd’hui ont certainement besoin de rencontrer des personnes consacrées, qui savent s’approcher d’eux en toute simplicité d’esprit. Ce qui est simple attire, dit-on. La structure de certaines communautés occidentales n’empêche-t-elle pas les jeunes de bonne volonté d’y accéder facilement et de s’y épanouir?

Enfin, rappelons cette opinion d’une dame française, qui a fait l’objet de discussion sur ayaas blog. Le manque de vocations dans la société occidentale, me disait-elle, est dû, entre autres, au fait que l’Eglise exige un engagement définitif plutôt que temporaire dans la vie religieuse ou sacerdotale. Pour elle, il n’y a qu’une solution à la crise des vocations: que l’Eglise s’ouvre et change de stratégie; qu’elle invite les jeunes à s’engager au service du Seigneur même pour une courte période de cinq ou dix ans. Les jeunes ont peur de s’ouvrir à un engagement à vie.

Se donner tout entier

Certes, la vocation chrétienne, en tant que réponse personnelle d’un individu à l’appel divin, est un don ou mieux une grâce qui ne dépend pas de la volonté humaine. Dans ce sens, nos stratégies ne valent rien sans recours à la prière profonde. Lumière de l’âme, «la prière n’est donc pas l’effet d’une attitude extérieure, mais elle vient du cœur. Elle ne se limite pas à des heures ou à des moments déterminés, mais elle déploie son activité sans relâche, nuit et jour» (Homélie anonyme du Ve siècle). Le manque d’enthousiasme religieux chez bon nombre de personnes consacrées! Voilà l’une des causes de la crise des vocations. L’Eglise en serait pour beaucoup.

Il convient de se donner tout entier à Dieu car «Dieu demande tout.» Il veut que ma propre volonté soit sacrifiée, soumise à la sienne. Paul dira: «ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi» (Galates 2, 20). Cela implique une obéissance soutenue. En d’autres termes, je devrais constamment dire: «qu'est-ce que Jésus ferait à ma place», «quelle est ta volonté», et régulièrement: «suis-je en train de faire ce que Dieu me demande?» Tel est, me semble-t-il, le message profond que le Père Wilhelm Steckling adresse à la famille oblate et à toutes les personnes consacrées. Chacun et chacune a pour mission de rendre témoignage au Christ par la vie, par les œuvres et par la parole, afin de susciter des vocations.

(Ayaas)

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