Nous sommes le 12/12/2018 et il est 06h43 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Le prix de la disponibilité spirituelle

Nombreux sont ceux et celles qui considèrent la disponibilité comme une grande vertu missionnaire. Beaucoup de parents aident leurs enfants à la cultiver dès le bas âge. «La disponibilité religieuse de l'enfant ne prend forme qu'à la condition d'être précocement éduquée», écrit le professeur Antoine Vergote, dans son ouvrage intitulé Psychologie Religieuse (1966). «Il y explique les motivations psychologiques de la foi et l'influence du milieu familial et culturel». De leur côté, les séminaires, les maisons de formation religieuse, les instituts séculiers et tant d'autres familles spirituelles insistent "à temps et à contretemps" sur cette attitude de disponibilité, afin d'offrir à l'humanité des personnes capables de se mettre humblement au service de leurs frères et sœurs. «Il faut être disponible pour réaliser la volonté du Seigneur», entend-on souvent. En écoutant les commentaires des uns sur le manque de disponibilité et en lisant les réflexions des autres, surtout en cette année sabbatique qui me prépare à recevoir un changement d'obédience, un rattachement à une autre unité oblate, je voudrais simplement approfondir le concept de disponibilité spirituelle.

Intéressante est l'une des significations de l'adjectif «disponible» fournie par Le Petit Robert 2009: «Qui peut disposer librement de son temps -Être disponible pour quelque chose- Qui peut interrompre ses activités pour s'occuper d'autrui». Un exemple d'illustration me vient à l'esprit. Je pense précisément à mon ancien Portrait Giovanni Santolinivoisin de chambre, Giovanni Santolini, OMI, emporté par un accident de circulation à Kinshasa le 23 mars 1997. D'un zèle infatigable, il était toujours disponible pour rendre service et pour écouter les gens. Il était tellement dévoué qu'il n'osait dire non à quelqu'un. Je retiens l'un de ses principes de vie: "Arroser le jardin". Sous-entendons le jardin de la vie où s'entrelacent de vraies relations interpersonnelles. Mais à quel prix? Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans cet incident: «Brisé de fatigue, je me suis endormi hier soir pendant qu'un jeune homme me parlait de sa vie en accompagnement spirituel! Je ne me suis réveillé que trois heures plus tard pour constater une surprise désagréable: la chaise était vide», me confia le voisin en bon humoriste. Aimer rire et taquiner, être souriant, voir le côté drôle des choses, faire des plaisanteries, autant de «forces qui favorisent l'ouverture à une dimension universelle et donnent un sens à la vie», dit Jean Heutte.

Dans ce cas précis, mon confrère, d'heureuse mémoire, manquait-il de disponibilité ou était-il trop disponible? Ou mieux comment être disponible à Dieu et aux autres? Peut-on croire à la disponibilité totale? Autant de questions qu'on peut se poser et qu'on se pose effectivement aujourd'hui. Loin de porter un jugement de valeur sur ce fait isolé que bon nombre de personnes connaissent, je voudrais tenter de répondre aux deux dernières questions qui me concernent. Elles appartiennent à la sphère de spiritualité. Apparue en France au XVIIè siècle, «la parole 'spiritualité' indiquait alors "tout ce qui a rapport aux exercices intérieurs d'une âme dégagée des sens qui ne cherche qu'à se perfectionner aux yeux de Dieu". De nos jours, le terme signifie aussi un style de vie chrétienne qui se réfère à certains courants spirituels historiques ou encore à des conditions spécifiques d'existence», précise Charles-André Bernard. La vertu de spiritualité, c'est aussi «connaître sa place au sein de l'Univers; croire au sens de la vie, en tirer un réconfort et une ligne de conduite». En d'autres termes, la spiritualité chrétienne est "un itinéraire de vie dans l'Esprit", comme le recommande saint Paul aux Galates: "Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir" (5:25). Tel est le principe fondamental qui guide la vie chrétienne en tant que réalité dynamique. En effet, la vie chrétienne implique un mouvement de progrès vers une certaine plénitude dont le signe est la paix intérieure, et elle tend à se manifester dans les œuvres et dans le style de vie. Quelle exigence de transformation totale! "... à l'exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite" (1 Pierre 1:15).

A la lumière de ce qui vient d'être dit, la disponibilité envers Dieu et envers les autres reçoit sa signification profonde dans ces deux versets bibliques qui lient le recueillement ou le retrait de l'agitation à l'ouverture aux autres et au monde. D'abord, Jésus qui invite ses disciples à aller à l'écart: Familles chrétiennes OMI Limete"Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu" (Marc 6:31). Il ne suffit pas de vivre comme le Christ (l'amour de ressemblance) en imitant humblement sa conduite extérieure. Il faut surtout “vivre avec” lui, c'est-à-dire partager son intimité. Ensuite, la déclaration du prophète Isaïe qui redonne espoir à Jérusalem au temps de l'Exil: «Élargis l'espace de ta tente, déploie sans lésiner les toiles qui t'abritent, allonge tes cordages, renforce tes piquets...» (54:2). Le prophète invite son peuple à l'«élargissement de ses préoccupations, de son horizon parfois borné pour prendre en charge le souci d'autrui». C'est dire qu'une véritable rencontre de Dieu pousse irrésistiblement la personne qui en fait l'expérience à un engagement d'amour, un service concret. En effet,

Plus je creuse mon intimité avec Dieu, plus j'entre en communion profonde avec les autres hommes que je peux porter dans la prière... Plus je m'ouvre à autrui, dans l'écoute et la compassion, plus je nourris ma vie spirituelle... Présence à Dieu, présence au monde, par une présence à mon être profond, il y a là un équilibre qui nous permet de n'en pas rester au niveau de notre "ego", mais de nous ouvrir à autrui en nous ouvrant à Dieu (et vice-versa) et nous rend alors disponible. (mcornuz)

Ainsi comprise, la disponibilité dépend non seulement de l'effort personnel de chacun, mais aussi et surtout de la grâce divine qui accompagne les chemins de l'existence humaine. Il s'agit, en profondeur, d'une expérience dans l'Esprit, le Paraclet qui conduit à la connaissance de la Vérité en répandant en nous la charité. Le prix à payer, c'est que «nous répondons à l'action de l'Esprit en y coopérant par l'engagement de toute notre personne». Mais peut-on être totalement disponible? En d'autres termes, peut-on donner tout? Ce n'est pas évident. J'admire pourtant ceux et celles qui, dans la vie communautaire, disent qu'ils sont totalement disponibles! Faut-il encore avoir la compétence et la force de bien réaliser son service. La vertu cardinale de force va de pair avec le sacrifice. Elle "permet dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien". Quoiqu'il en soit, «l'homme vertueux, c'est celui qui librement pratique le bien» (Wikipédia). La disponibilité ressemble à la liberté, réalité qui implique plusieurs possibilités. Dans quelle mesure suis-je totalement libre? «On n'est pas libre quand on n'a pas le choix... et choisir implique de renoncer à quelque chose... et donc d'assumer les conséquences de cet abandon» (Minipous). En outre, la disponibilité est conditionnée par le sens d'appartenance qui favorise la créativité, les manières originales et productives de faire les choses en toute société humaine.

Mon impression est qu'à l'ère du boom des réseaux sociaux sur le web, les jeunes de cette génération Mademoiselle Laure Muntumosinumérique sont plus disponibles que ceux d'hier. Twitter et Facebook, puissants moyens de communication qui favorisent de nombreuses rencontres fabuleuses, leur donnent un sens communautaire, un sens d'appartenance à une nouvelle culture, une association, un groupe de vie ou d'amis qui deviennent un cadre de référence, bien qu'il soit virtuel. Le nombre des utilisateurs, toutes nationalités confondues, ne cesse d'augmenter, principalement chez les adolescents et les jeunes adultes, en dépit du reproche de la non-confidentialité des informations publiées! «Fini le journal intime. Désormais, on blogue, on twitte, on poste sur Facebook». Il serait cependant maladroit de confondre autour et alentour cette disponibilité cybernautique avec celle basée sur la parole de Dieu. «Le fait merveilleux, c'est qu'il existe des croyants» (Chardonne).

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