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Carême: combattre la misère humaine

Deux jeunes congolais à Idiofa

(Jean Bosco Musumbi, omi)

Un jeune homme qui ayant eu beaucoup de déception dans son lieu de service et dans son foyer fait un pas hésitant vers moi pour me confier cette page sombre de sa vie. Très péniblement, je l’écoute dire : « Pourquoi suis-je né ? Rien ne marche pour moi. Ma vie n’est que misère ». Il poursuit… Après un long silence, il exprime la motivation de sa démarche : « Comment puis-je combattre ma misère ? » m’interrogea-t-il. Quelle question ! L’écoutant attentivement, avec un regard affectueux, j’essaie de compatir à sa douleur par rapport  à l’issue fâcheuse des événements dont il avait espéré mieux vivre. « Ce que l'on appelle “expérience,” n'est souvent que de la fatigue inavouée, de la résignation, du déboire », disait André Gide.

Je me souviens encore de ma réponse sans grande conviction : « ta volonté te suffit pour combattre la misère ; personne d’autre ne le fera à ta place ». En effet, la volonté est « la disposition mentale ou l’acte de la personne qui veut », mieux « ce que veut quelqu’un et qui tend à se traduire par une décision effective conforme à une intention » (Le Petit Robert 2009). Une idée me vint à l’esprit et pensais tout de suite à ce beau livre de Napoleon Hill intitulé Réfléchissez et devenez riche (les éditions de l’Homme, 2003, traduction de: Think and grow rich). Je voulais simplement plaisanter pour dédramatiser sa situation et lui susciter quelques raisons d’espérance. J’ignorais le sage conseil de George Sand : « Il y a des choses dont il ne faut pourtant point plaisanter ». Mais ma plaisanterie était toute naturelle. Je pensai alors au titre d’une vieille chanson de la rumba congolaise : « Nabali misère » (qui pourrait se traduire de Lingala par « j’ai épousé la misère »). Juste pour savoir si la misère était la seconde nature de mon interlocuteur.

Une fois rentré chez moi, je me suis mis à réfléchir sur la signification du mot « misère ». Mon travail pourrait-il devenir une source de malheur pour moi ? Ou encore, ma communauté pourrait-elle faire de moi un être malheureux ? Mon interlocuteur ne serait-il pas responsable de sa situation ? « Toutes nos misères véritables sont intérieures et causées par nous-mêmes », affirme Anatole France. Ainsi, la solution au problème de mon interlocuteur viendrait essentiellement du combat à mener contre lui-même, au lieu de continuer à accuser les autres. La misère doit être combattue énergiquement dans sa triple dimension : matérielle, morale et spirituelle, comme l’explique si bien le pape François dans son Message pour le carême 2014. Or,

La misère ne coïncide pas avec la pauvreté; la misère est la pauvreté sans confiance, sans solidarité, sans espérance. Nous pouvons distinguer trois types de misère : la misère matérielle, la misère morale et la misère spirituelle.  La misère matérielle est celle qui est appelée communément pauvreté et qui frappe tous ceux qui vivent dans une situation contraire à la dignité de la personne humaine […] La misère morale n’est pas moins préoccupante. Elle consiste à se rendre esclave du vice et du péché. […] Cette forme de misère qui est aussi cause de ruine économique, se rattache toujours à la misère spirituelle qui nous frappe, lorsque nous nous éloignons de Dieu et refusons son amour.

Inéluctablement, l’homme pourrait être tenu pour responsable de ses propres misères, même si, dans certaines situations, le malheur s’impose de l’extérieur. C’est le cas par exemple des violences faites aux femmes, les abus sexuels, les guerres avec leurs corollaires. Dans l’une ou l’autre de ces situations extrêmes, l’homme a toujours une part de responsabilité. Saint Jacques le montre clairement dans un discours contre les discordes dans la communauté chrétienne, en dénonçant formellement les maux qui rongent l’humanité. « Frères, d'où viennent les guerres, d'où viennent les conflits entre vous ? N'est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n'obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n'arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre » (Jacques 4, 1-2). Ceci exige donc une démarche sincère de conversion.

Pour les chrétiens, le carême, en tant que moment de conversion, un temps de purification, repose sur la prière, la pénitence et le partage. Toutefois, loin d’être une fin en soi, la pénitence est la recherche d'une plus grande  relation avec Dieu. C’est pourquoi, pour concrétiser son désir de conversion, l’on doit appréhender le carême dans le sens du changement, de la transformation et du « retournement ». Il faut, pour ce faire, la volonté de combattre ses misères aussi bien matérielles que morales et spirituelles. C’est un entraînement à des efforts de surpassement  pour aller vers le Royaume de Dieu auquel nous aspirons tous. « Dieu t’a créé sans toi, il ne te sauvera pas sans toi », enseigne saint Augustin.

Autant d’éléments susceptibles d’édifier mon interlocuteur, à qui je souhaite d’ailleurs, non seulement une bonne période de carême 2014, mais aussi bonne croissance dans sa recherche de Dieu et dans sa foi chrétienne ! Et, à tous, hommes et femmes, « créés à l’image et à la ressemblance de Dieu », la grâce de fidélité à nos engagements respectifs pour le salut de toute l’humanité. La fidélité « est avant tout une question d'amour » (Suzanne Ratelle-Desnoyers). Alors ayons le courage d’améliorer notre manière d’aimer Dieu et le prochain. « A ceci tous reconnaitront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 35).

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