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Naissance dans la famille africaine

Dans toutes les cultures du monde, donner la vie est l'acte le plus important. En Afrique, la fécondité est un signe, «une bénédiction des dieux dont il faut s'attirer les bonnes grâces et écarter les menaces qui pèsent sur le bon déroulement de la grossesse». Voilà pourquoi la naissance d'un enfant est un merveilleux événement souvent entouré de mille rituels destinés à le protéger et à lui assurer une vie prospère. «En célébrant la naissance, on salue les possibilités illimitées d'une nouvelle vie, c'est pourquoi tant de traditions sont élaborées, secrètement ou en fanfare». C'est la femme, mère et épouse qui donne la vie, qui éduque - une éducation fondamentalement collective - et nourrit les enfants. La conséquence de cette conception, c'est que la femme n'est valorisée que par la maternité, comme l'explique si bien Soumaila Mama:

La naissance d'un enfant dans une famille africaine est toujours saluée avec Joie et reconnaissance; reconnaissance envers Dieu et reconnaissance envers les divinités tutélaires de la famille qui a enregistré cet heureux événement. Dans l'Afrique profonde, l'on ne se marie pas seulement pour partager les joies et les peines de son partenaire, mais surtout pour avoir des enfants. Et quand l'enfant venait à manquer, la femme qui dans ces sociétés traditionnelles africaines, est souvent tenue responsable de la stérilité du couple, subit toutes sortes de vexations et d'humiliations.

Cette attitude négative envers la femme stérile montre l'importance que l'Africain accorde à sa progéniture, le fruit de sa chair, son enfant. Aussi convient-il, dans ce site Internet, de s'intéresser particulièrement à la notion de famille africaine pour mieux appréhender les valeurs inculquées par l'éducation traditionnelle, leur ambiguïté dans l'aujourd'hui du monde ainsi que les rituels qui entourent la naissance d'un enfant jusqu'à l'âge adulte.

La famille: essence et conception africaine

La famille est une institution humaine universelle. Le Dictionnaire Larousse (1996) en donne une définition restreinte: "ensemble formé par le père, la mère, les enfants"; et une définition plus large: "ensemble de personnes qui ont des liens de parenté par le sang ou l'alliance. La famille est, par vocation, un lieu d'amour et de communion, explique Laurent Monsengwo. En effet, à la base de la famille se trouvent un homme et une femme qui s'aiment au point de vouloir passer leur Joie d'une famille kinoisevie ensemble pour se soutenir mutuellement, fonder un foyer, mettre au monde des enfants qui seront des personnes qui devront devenir autonomes. L'amour des enfants pour leurs parents est fait de confiance, de reconnaissance et de respect, ce qui motive leur obéissance. Ainsi s'établissent des coutumes communes entre frères, sœurs, parents. Telle est la nature profonde de la famille.

Mais la famille ne se réduit pas à l'ensemble parents-enfants. L'alliance entre un homme et une femme entraîne l'alliance entre deux familles. A celle de famille est très liée l'idée de maison. En ce sens, la famille est un lieu où l'on peut être soi-même, se sentir à l'aise, parler librement, parce que l'on est sûr d'être aimé, un lieu où l'on vit les mêmes événements heureux et malheureux. La famille est au service de la vie et participe au développement de la société

La famille africaine répond pour l'essentiel au concept universel de famille. Elle offre cependant certains traits particuliers, elle met l'accent sur certaines valeurs. La famille africaine se présente comme une lignée. Ses membres croient descendre d'un ancêtre commun. Cette lignée englobe les morts, les vivants et les générations futures. Les vivants se sentent en communion quotidienne avec les ancêtres. La famille doit absolument survivre pour que la lignée ne soit pas interrompue. En outre, la famille a un caractère collectif. Ainsi l'éducation morale des enfants relève de la responsabilité collective du clan. La propriété est collective. Le chef veille à ce que tous les besoins des membres soient satisfaits. Au sein de la collectivité, les tâches cependant sont nettement réparties.

Famille élargie Okal JustinLa caractéristique la plus fondamentale est le sens de la solidarité qui protège chaque individu contre les dangers d'isolement. Elle se manifeste dans la joie comme dans le malheur. Elle entretient le sentiment fort que l'union fait la force. La famille africaine recherche le consensus pour éviter la cristallisation des antagonismes et conjurer la violence, car la communauté a besoin de paix pour survivre. Les Africains sont fiers. Ils préfèrent mourir plutôt que vivre dans la honte ou infliger la honte à leur famille. L'hospitalité ouvre la famille africaine sur autre chose qu'elle-même. On y tient tellement qu'on se prive parfois pour que l'hôte ait tout ce qu'il faut.

Mais les valeurs mêmes de la famille africaine ne sont pas dépourvues d'ambiguïté. L'amour du clan peut dégénérer en ethnocentrisme, tribalisme, exclusion, violence (exemple: Rwanda, Burundi, libéria). L'accent peut être mis sur la parenté au détriment du bien commun. L'amour des enfants est parfois poussé au point que c'est une honte ne pas en avoir; d'où le recours à la polygamie ou la répudiation de l'épouse stérile. La solidarité mal comprise engendre paresse, infantilisme et parasitisme. La recherche systématique du consensus risque d'occulter les droits de la vérité. La primauté de la collectivité sur l'individu s'oppose parfois au christianisme qui cherche à promouvoir des personnes responsables et autonomes. Le sens de l'honneur dégénère souvent de ces jours en goût du prestige. Le sens de l'autorité, qualité indispensable dans l'exercice du Leadership effice, peut se transformer en amour du pouvoir qu'il faut acquérir ou conserver à n'importe quel prix. En effet, nombreux sont les cas de chefs d'Etat qui refusent de quitter paisiblement leur poste à la fin de leur mandat! [Source: Monsengwo Pasinya]

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Famille africaine et famille occidentale

La conception africaine de la famille telle que décrite ci-haut est différente de la mentalité occidentale moderne où le concept de famille fait, sans ambages, appel à la triade père - mère - enfant(s) ou plutôt s'y identifie. Le clan africain ne peut entrer Charo Alvarez et chien Odinedans ce cadre rétréci dans lequel les grands parents n'ont plus de droits reconnus, pas plus que les oncles ou les tantes; dans lequel les enfants majeurs n'ont plus de place juridique, sauf comme héritiers, et dans lequel les frères et sœurs adultes ne sont plus entre eux que des voisins rapprochés. Bwalwel fournit des détails intéressants à ce sujet.

Contrairement à la vision occidentale, «le style de la famille élargie est la valeur sociale la plus profondément enracinée dans l'affectivité africaine». Une des caractéristiques de la famille africaine est son extension. Sa dimension réelle va au delà de la famille moléculaire proprement dite pour s'étendre graduellement aux divers composantes de la lignée, partant de ceux qui sont proches jusqu'aux membres lointains du phylum clanique. En Afrique, «la famille se vit donc au sens large: elle comprend les parents, les grands-parents, les oncles et les tantes, les cousins et les cousines. Tous se sentent solidaires entre eux comme des frères et des sœurs». Tous ces membres constituent

l'ensemble de tous ceux qui ont reçu à leur naissance, un même sang. Ce sang qui coulait dans les veines de l'ancêtre et qui continue à circuler dans tous ceux qui sont nés de lui. Ainsi donc la famille ne se limite pas seulement à quelques membres les plus proches mais comprend un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants, peut-être ne se connaissent-ils pas les uns les autres, mais savent qu'ils ont le même ancêtre. [Djida]

Combien alors est compréhensible dans ce cas l'impression qui fait croire aux non africains que l'Afrique n'est qu'une seule et même famille puisque chacun connaît un frère ou un cousin dans n'importe quelle ville de son pays. En fait, cette observation ne manque pas de fondement malgré la nuance à apporter à la terminologie frères et cousins. La fratrie africaine n'implique pas nécessairement des liens consanguins: tous les membres d'une même ethnie se disent frères. La diversité du vocabulaire français permet d'exprimer des nuances telles que beaux-frères, neveux, cousins issus de germains, demi-frères: peu de Clarisse, jeune mère de famillelangues africaines disposent de termes spécifiques pour distinguer ces nuances. Ce qui vient d'être décrit ci-haut rejoint le sentiment des africains eux-mêmes qui, dans leur rapport avec les autres, attestent que la réalité vécue s'accommode mal avec la terminologie française pour laquelle par exemple n'est frère que celui qui est issu d'un même père et d'une même mère. Chez l'africain, «frère et cousin, c'est un tout».

Mais lorsqu'il lui arrive de parler de son frère ou de sa cousine, dans l'acception française, l'africain est obligé d'employer la définition du dictionnaire et de préciser à chaque fois: même père, même mère, enfant du frère - même père, même mère - de mon père. C'est dans ce contexte que Ahanda-Essomba écrit pour montrer que le terme de cousin recouvre une réalité encore plus vague que celui de frère. Et d'ailleurs, généralement, dire de quelqu'un qu'il est mon cousin, c'est surtout dire qu'il est mon ami. «Cousin les aïeux, se disait-il, cousins les grands-pères, cousins les fils, cousins les arrière-petit-fils! Cousin-du-cousin-du-cousin! Cousin jusqu'à l'infini, cousin avec le monde entier». Ce que dans le vécu quotidien, il est difficile de savoir qui est qui. Dans un foyer,

en ville comme à la campagne, en plus du chef de famille, de son - ou ses - épouses et de leurs enfants, plusieurs autres personnes semblent faire partie de la famille. Ce sont des cousins éloignés, des neveux, des tantes: la cellule familiale n'est jamais limitée aux seuls parents et enfants. Les maisons sont bâties selon la structure familiale: plusieurs pièces pour que chacun soit à l'aise et une cour pour que la vie communautaire puisse remplir son rôle de cohésion familiale. [Merand]

Il est donc connu que, socialement, les populations négro-africaines sont groupées en clan. Celui-ci coiffe les familles en substituant aux relations purement biologiques, une organisation politico-juridique. Le clan caractère commun à la plupart des peuples qui vivent en tribus, constitue une sorte de corporation qui a la propriété des biens, gouverne la majeure partie de la vie sociale et se comporte en général comme une unité religieuse.

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Rituels liés à la naissance

En ce qui concerne les rituels de naissance, nombreux sont les témoignages sur la toile. Beaucoup mettent l'accent sur le placenta: «Masse charnue et spongieuse richement vascularisée, qui adhère à l'utérus par un grand nombre de prolongements et communique avec le fœtus par le cordon ombilical». Faisant l'objet d'un grand rituel, il est enterré près de la maison, près du lieu où la maman a mis au monde son enfant, pour signifier 'son ancrage à la terre qui l'a fait naître'. Il est restitué à la terre afin de la féconder davantage et de donner plus de vie à ceux et celles qui l'habitent. Telle est la croyance africaine qui, parfois, émerveille les Occidentaux. «Il est dommage qu'en Occident le placenta soit considéré comme un déchet, alors que dans tant de cultures, surtout africaines, le placenta est considéré comme le double de l'enfant, et est donc très sacré», affirme Nathalie.

Village de Mafa au CamerounIl convient de s'intéresser, entre autres, au rituel "sortir le nouveau-né" pratiqué dans le sud du Bénin, pays de l'Afrique de l'Ouest membre de la CEDEAO. Sheetah en parle avec passion dans un forum sur Les Chroniques de l'Au-delà. Il s'agit de rituels complexes, qui s'appuient essentiellement sur la loi de l'analogie. Ces rituels varient plus ou moins sensiblement d'une ethnie, d'un clan ou d'une famille à une autre. Mais dans l'ensemble les étapes principales restent les mêmes. Ci-dessous les extraits dudit forum, «Espace virtuel consacré à l'échange de messages écrits, aux discussions sur un thème, en temps différé entre utilisateurs d'un réseau télématique». Il permet de découvrir les étapes de ce rituel béninois.

Ce rituel consiste a introduire le nouveau-né et sa mère dans le "monde des vivants". La mère et l'enfant sont considérés comme ne faisant qu'1 durant les 3 premiers mois suivant la naissance. Le nouveau-né est considéré comme un être venant d'ailleurs, venant du monde invisible. Quant à la mère, on dit qu'elle revient du pays de la mort: accoucher se dit "aller au pays de la mort et en revenir". Pour que tout se passe bien, il faut donc réintroduire la mère dans le monde des vivants qu'elle a quitté le temps de l'accouchement, et introduire "l'intrus" (le nouveau-né) dans le nouveau monde dans lequel il est appelé à vivre désormais. Ce rituel est appelé "vi di dé ton", littéralement "sortir le nouveau-né".
 
Le premier rituel, c'est la coupure du cordon ombilical. Une fois le cordon coupé, la mère doit le toucher de la langue 7 fois. Ensuite le cordon et le placenta sont mis dans un canari. Le second, on fait boire au nouveau-né de l'eau de ruissellement prélève sur le sol. Le troisième, le placenta qui a servi à nourrir et protéger le bébé pendant les 9 mois de la grossesse sera restitué à la terre. C'est un rituel capital, car s'il est mal exécuté, il est censé pouvoir rendre la femme stérile pour le restant de ses jours. Le placenta doit toujours être enterré avec l'attache du cordon ombilical vers le haut. On y ajoute certaines feuilles, parfois aussi de l'huile rouge, et un morceau de peau d'hyène. C'est en général une femme déjà atteinte de ménopause qui restitue le placenta a la terre. Si l'enfant est né un mardi, le placenta sera enterré dans la douche où sa mère se lave. S'il est né un vendredi, ce sera au bord d'un fleuve. [Et les autres jours?]
 
Apres l'accouchement, et une fois le placenta restitué à la terre, on commence à surveiller la lune. A la veille de la nouvelle lune, la mère et son bébé sont "enfermés". Commence ainsi une période de réclusion qui va durer 3 lunes. Pendant cette période, la mère est interdite de tous travaux domestiques: interdiction de puiser de l'eau, de Femmes de Figuil au Camerountransporter des fagots de bois, d'aller au marigot, d'aller au marché, d'aller au champ, etc. D'autres femmes de la maison font tout cela à sa place. Dans la journée, elle peut déambuler dans la concession, mais elle doit regagner sa chambre avant la tombée de la nuit. Car le bébé ne doit pas voir la lune, et la lune ne doit pas le voir non plus. Pareil pour la mère. Si elle voit la lune, on considère que c'est l'enfant qui l'a vue.
 
Tous les soirs, un feu est allumé dans sa chambre, c'est le feu sur lequel sont préparés les remèdes pour les soins de l'enfant et de la mère (cicatrisation du nombril, montée du lait, anémie, etc.). Ce feu ne doit jamais s'éteindre avant l'aube. Quand le cordon ombilical tombe (entre 6 et 10 jours après l'accouchement), on le range soigneusement hors de portée de la vue de l'enfant. De même que la cendre du foyer et les bûches ayant servies à l'allumer. Pendant cette période, les femmes les plus âgées de la famille du père de l'enfant passent régulièrement chez la mère, pour l'instruire sur les soins du bébé et sur les interdits de la famille de son mari... [Sheetah]

Voilà qui pourrait paraître trop archaïque. Voir d'autres coutumes en Angola. Ces rituels sont-ils également d'usage en ville? «Il est très difficile en ville de respecter une période de réclusion aussi longue: la plupart des femmes en ville travaillent ou ont une activité commerciale. En outre, en ville, les familles sont de plus en plus mononucléaires (papa, maman, enfants), et éloignées les unes des autres». Quoiqu'il en soit, cette période de "retraite" imposée à la mère et à l'enfant doit être très reposante et permettre une meilleure symbiose entre la mère et son enfant. "Aller au pays de la mort et en revenir" peut s'interpréter comme «aller dans l'au-delà chercher une âme et la ramener pour qu'elle s'incarne dans ce monde».

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