Nous sommes le 12/12/2018 et il est 07h06 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Les funérailles en Afrique

Bien avant l'arrivée du christianisme qui prêche la résurrection des morts au dernier jour, les Africains savent pertinemment qu'il existe une vie après la mort, dans le village des ancêtres de leurs clans dont parle largement cette page web. Les funérailles sont des occasions favorables pour prôner les qualités de leurs relations et les vertus de ces défunts dont on dit qu'ils ne sont pas morts! Voilà pourquoi les morts sont valorisés dans toutes les sociétés africaines. Cette partie du site Internet "Carnet de Voyage en Afrique" voudrait mettre en évidence la familiarité des vivants avec leurs défunts. Une attitude qui impressionne souvent des personnes venant d'autres cultures.

Deuil et funérailles

Funérailles de Léonard ShinginiekaIl est impossible de nier la réalité tragique de la mort et son inéluctabilité. Dans les pays africains situés au sud du Sahara, les funérailles donnent lieu à des manifestations multiformes. Les gens se rassemblent, ils mangent et boivent, ils chantent, pleurent et dansent autour de leurs morts... sans jamais les laisser seuls. «Car le deuil apparaît aussi comme une fête: la fête du voyage du fils ou de la fille dans l'autre monde». Mais les manifestations dépendent de l'âge du défunt. En effet, la mort ou la disparition d'un enfant non encore nommé, d'un enfant sans dent, est généralement considérée comme anodine; mis à part la douleur des géniteurs. Tandis que celle d'un adulte producteur et procréateur ou d'un vieillard est vécue différemment. En d'autres termes, souligne Kouakou Kouassi, "le deuil social et le deuil psychologique se conjuguent différemment selon le statut et l'époque du défunt ou de la défunte". Malheureusement, ce sont des célébrations à répétition, comme l'explique si bien l'auteur de ce texte:

«Dans plusieurs régions africaines, la mort est le quotidien des populations, en raison de la pauvreté, de l'inaccessibilité des centres de soins et des médicaments, de conflits et surtout du développement de la sorcellerie. Devant l'accroissement alarmant du taux de mortalité, l'africain s'est trouvé un réconfort psychologique en créant une relation de familiarité avec la mort. Les Africains associent la vie à la mort et définissent plusieurs activités autour du mort. Pour eux, il existe une vie après la mort, c'est-à-dire dans l'au-delà. Ainsi, ils se préoccupent de la façon permanente des funérailles, et des différents échanges post funérailles entre les survivants et les morts; la mort est plus importante que la maladie, c'est-à-dire la cause de la mort».

Un repas de deuilD'aucuns diraient que les Africains vivent dans un monde incohérent, irrationnel: ils accordent plus d'importance aux dépouilles mortelles qu'aux malades de leurs sociétés, aux morts qu'aux vivants! Même ceux qui n'ont pas d'argent pour prendre en charge leurs malades savent trouver des moyens à la fois économiques et financiers, matériels et humains pour organiser les funérailles souvent coûteuses des leurs. C'est dire combien «les funérailles constituent l'occasion pour la famille éprouvée de préparer un voyage digne dans l'autre monde à leur fils ou fille». Ils n'y arrivent que grâce à la solidarité africaine (cotisations des proches, apports individuels spontanés et contributions de compassion) qui intervient surtout dans l'organisation de la veillée mortuaire, «un processus qui commence depuis l'annonce du décès après la constatation de la mort, jusqu'à la levée du corps». Les cérémonies sont dispendieuses voire concurrentielles en ce qui concerne le cercueil, le corbillard, la tombe, les convois funéraires et les rites exigés.

Mais dans cette Afrique de croyances variées où il n'existe pas de mort naturelle, les funérailles constituent aussi les lieux privilégiés de conflits ou mieux de règlements de comptes. «Les auteurs de pratique de sorcellerie en sont les victimes de la barbarie, des agressions physiques ou verbales aboutissant parfois à des meurtres commis en public avec une extrême cruauté. Les accusés de sorcellerie sont brûlés vifs, lapidés ou assassinés à la machette». Cette loi de la jungle s'applique souvent lors de la mort d'un jeune garçon ou d'une jeune fille. Voilà pourquoi, dans certaines sociétés où les jeunes n'aspirent qu'à la violence, les parents ou les oncles ne s'approchent pas du lieu de funérailles. La peur envahit Funérailles de Michael Morosisurtout les hommes aux cheveux blancs du clan éprouvé. Les voyous du quartier s'en mêlent pour «faire prévaloir par la force ou par la violence leur identité ou imposer leur savoir faire». Les familles font toujours profil bas face à une jeunesse violente et meurtrière. «Dans des villages, des groupes hostiles tentent de s'emparer quelque fois du cadavre si leurs revendications ne sont pas observées (c'est le cas dans un village de Guiglo en Côte d'Ivoire)». Les revendications concernent surtout l'héritage familial.

Nombreuses sont des voix africains qui se lèvent pour dénoncer le mal qui ronge l'Afrique. Georges Yang est l'un de ces nouveaux prophètes. Après avoir publié «La famille, pire ennemi de l'Africain», article repris et commenté sur une bonne dizaine de blogs, sites et forums africains, surtout au Togo, en Côte d'Ivoire et au Sénégal, il a lancé «Deuil et funérailles, le deuxième fléau de l'Afrique!» En Afrique, la mort natuelle n'existe pas, affirme-t-il avec force, elle survient pour trois raisons principales, à savoir: empoisonnement, mauvais sort de sorciers, volonté d'un esprit défunt. Partant de son expérience personnelle de plus de trente ans au contact de nombreuses ethnies du Congo, ex-Zaïre, du Sud-Soudan, du Rwanda, Ouganda et Kenya, il en arrive à cette conclusion:

«Le deuil et les funérailles pénalisent gravement l'économie et la productivité de l'Afrique sub-saharienne. En plus de l'aspect économique non négligeable, les rites et pratiques funéraires maintiennent l'Africain dans la peur de l'irrationnel et la dépendance psychologique. Le domaine des morts interfère de façon très négative dans le quotidien des gens au point de leur pourrir la vie et leur coûter des fortunes».

Autant de réalités traditionnelles vécues différemment par les peuples de cette Afrique à découvrir davantage. Les rites de funérailles connaissent bien sûr quelques variantes suivant l'ethnie qui les pratique, mais la familiarité avec les morts reste une attitude commune des coutumes africaines. Plus impressionnant est le culte des ancêtres pratiqué à Madagascar. Le rite appelé communément "retournement des morts" est extraordinaire. Il vaut la peine de s'y arrêter.

Haut

Rites ou cérémonies mortuaires

Chose évidente, il existe dans le subconscient africain un lien étroit entre vie et mort. Ce second paragraphe revient en quelque sorte sur les croyances africaines notamment le culte des ancêtres afin de montrer quelques rituels spécifiques. Le Bâtons symbole autorité ancestrale malgacheMadagascar est le pays qui fournit plus d'informations utiles grâce à ses nombreuses traditions, à sa religion traditionnelle aux similitudes grandes avec les religions orientales. Dans cet État indépendant situé dans la partie occidentale de l'océan Indien, séparé de l'Afrique par le beau canal du Mozambique, "toutes les cérémonies traditionnelles sont l'occasion de rassemblements impressionnants et hauts en couleurs qui peuvent durer plusieurs jours". Il convient de s'intéresser de près à ce qui se passe concrètement dans une région particulièrement riche en croyances: les hautes terres.

Dans cette région de la grande île, la pratique du culte des ancêtres donne lieu à des fêtes grandioses (famadihana), "retournement des morts". Selon cette tradition culturelle malgache, "si un défunt est dans la tombe son esprit est toujours vivant et présent, il garde son individualité et ses attaches familiales. Son pouvoir est révélé à travers des ordres sacrés qui dictent l'organisation politique, familiale, culturelle de la famille ou de la communauté". La philosophie sous-jacente à cet étrange attachement aux défunts est basée sur le proverbe malgache qui dit que les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés. Mais en quoi consiste réellement ce rite de retournement des morts et quelle est son importance?

Le famadihana: retournement des morts ou deuxième enterrement, a pour but d'apaiser, consulter et vénérer les ancêtres. Cérémonie plutôt réservée à la population des hautes terres et qui consiste à recouvrir le défunt d'un nouveau suaire, elle a lieu durant l'hiver, occasion de retrouvailles pour de nombreuses familles. Le caveau familial est ouvert, la famille décide ou non de sortir le corps du défunt pour changer le linceul généralement en soie et de couleur blanche.

Deux paniers typiquement malgachesLors de ces fêtes grandioses (juin-septembre), les membres de familles ou mieux les vivants ouvrent les tombeaux et font danser les morts, une cérémonie qui se répète pour le défunt tous les cinq ans. Durant trois jours de fête la famille nourrit ses invités comptés en plusieurs centaines, elle fait couler le rhum à flot. Cependant, "nul ne doit pleurer et montrer sa tristesse", l'organisateur tue rituellement zébus et porcs pour organiser les banquets. Il convient de noter que "le signal de déclenchement du retournement est lié au surnaturel, souvent lors d'un rêve, un parent défunt peut signaler à un de ces descendants qu'il a froid". A partir de ce message du rêve, "la famille consulte alors un devin qui, avec les astrologues [...] définiront le jour et l'heure le plus propice à l'ouverture du tombeau". Tout un rituel:

Le jour convenu les tombeaux sont ouverts, les hommes enroulent les ancêtres dans des nattes neuves et les sortent du tombeau, aussitôt la foule s'empare des corps et les emporte dans une danse,. Lorsque la danse cesse, la famille offre à chaque ancêtre un lambamena neuf. Dans ces linceuls on glisse, soit une bouteille de rhum, des billets, une photo, ce sont les cadeaux des vivants aux morts, moments de recueillements où toutes les émotions se mêlent, joie, tristesse. Les morceaux de nattes et lambas qui emballaient les ancêtres sont découpés et partagés entre les femmes (ils ont un pouvoir de fécondité).

Oeuvre d'art palmier malgacheComme si tout cela ne suffisait pas! Il faut mentionner quelques autres aspects du déroulement de la cérémonie, ce qui donne à penser dans cette Afrique où parfois l'irrationnel compte plus que le bon sens de l'existence.

Chaque membre de la famille touche les ancêtres, leur demande aide et conseil en une prière, les corps sont alors brandis à bout de bras par des dizaines de personnes, puis sont jetés en l'air et emportés dans une farandole effrénée. La coutume veux que l'on tourne 7 fois autour du tombeau au son des flûtes et des violons [...] l'ancêtre est replacé dans son tombeau pur cinq années. La journée s'achèvera par un festin durant lequel l'ensemble des convives assisteront à des spectacles de hira gasy et danseront au son de la musique des groupes vako-drazana [compagnies de musiciens].

Quel sens donner à ce qui ressemble fort bien à la magie et à la folie? Rien n'est dit de l'aspect hygiénique du rituel mais les conséquences peuvent être considérables sur la santé humaine. Dans un autre article, l'auteur Toli aide à mieux saisir la signification de certains aspects de la cérémonie. Concernant les nattes, par exemple, ce sont les femmes qui restent stériles qui doivent s'approprier d'un bout de nattes lorsque la cérémonie prend fin. Quant aux 7 tours autour du tombeau, ils marquent la communion profonde avec les ancêtres.

Les «zana-drazana» [descendants] marquent leur communion avec leurs ancêtres en faisant sept fois le tour du tombeau en dansant. Mais, ils devront faire exactement sept tours, car le chiffre «sept» est un chiffre sacré. Et durant ces sept tours, ils auront également à porter sur leurs épaules les corps des défunts récemment exhumés tout en dansant. Après ces rites, les corps sont remis à leur place dans le tombeau familial et les «zana-drazana» demandent à leurs ancêtres joie et prospérité. [...]L'enterrement ou «fandevenana» fait donc passer une personne dans le monde des vivants à celui des morts. Par contre, le «famadihana» ou «exhumation», ou encore «retournement des morts» fait entrer le défunt dans le monde des ancêtres et lui confère son pouvoir protecteur (Toli).

Certes, les malgaches comme les autres peuples africains accordent une importance particulière à leurs ancêtres défunts. Le "famadihana" est un rituel funéraire faisant partie des us et coutumes malgaches et toujours pratiqué par une bonne partie de Novices oblats malgachesla population à Madagascar. Selon d'autres sources, le "famadihana" consiste aussi à rapatrier une personne enterrée dans un autre cimetière vers le tombeau familial. Voilà qui pourrait laisser entendre que seuls les étrangers peuvent être inhumés au cimetière public sur la grande île de Madagascar.

Le Centre Audiovisuel OMIFILM à Fianarantsoa, une ville située au sud-est de l'île, produit des témoignages très émouvants sur le rite de retournement des morts. Une religieuse non-malgache témoigne qu'elle y a pris part très péniblement. Elle était obligée à représenter sa consoeur malgache absente du pays le jour du deuxième enterrement de sa mère. Le plus dur et le plus angoissant était d'entrer sans précaution dans le caveau familial où sont entassés les morts, raconte-t-elle. Les Malgaches agissent ainsi en vertu de leur croyance. "Après la mort, les défunts peuvent donc encore interférer dans la vie de leurs héritiers et ils peuvent donner leur bénédiction aux membres de la famille encore en vie".

Haut

© 2011 Ayaas.net: Religieux africain du troisième millénaire - Page web perso de jb musumbi, o.m.i. - Webmaster