Nous sommes le 26/07/2017 et il est 20h44 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Vie et mort en Afrique

«La mort est l'aînée, la vie sa cadette; nous, humains, avons tort d'opposer la mort à la vie», dit un Proverbe africain. Voyager en Afrique-Madagascar, particulièrement en Afrique noire, offre l'opportunité de mieux comprendre le sens du respect naturel envers la personne humaine. Elle est la réalité la plus importante après Dieu. Voilà pourquoi la personne vaut plus que tout l'univers, l'argent, les idées et les opinions. La spécificité de cette conception de la personne se comprend mieux dans sa relation avec la vie et la mort, deux événements complémentaires, entourés de rites et de cérémonies grandioses. Cette rubrique permet de connaître l'attitude de l'Africain face à la naissance et aux funérailles ainsi que l'importance du mariage, ce qui conditionne le mode de vie de la population et son activité.

Conception bantoue de vie et mort

Il convient de s'intéresser de près au peuple «Bantu ou Bantou», c'est-à-dire les «Africains appartenant à un groupe d'ethnies qui s'étendent du Cameroun à l'Afrique du Sud». Bantou se définit aussi comme «Famille de langues africaines parlées au sud d'une ligne allant du Cameroun au Kenya jusqu'à l'Afrique du Sud. Le swahili est la langue la plus répandue de cette famille, qui compte également le lingala ou des langues ethniques comme le zoulou».

Bébé DanielToute la spiritualité bantoue est centrée sur les concepts "vie et mort". En effet, la mort est intimement liée à la vie. Voilà pourquoi la vie est conçue comme une lutte engagée contre tout ce qui provoque la mort, bien que celle-ci ne soit qu'un pas vers une vie de l'au-delà, une vie de pleine communion avec les ancêtres. Intimement unies, la vie et la mort se célèbrent chez les Bantous. Cela ne peut se comprendre qu'en prenant la vie dans son processus global: la naissance et le séjour terrestre, la mort et l'au-delà. Dans cette conception bantoue, la vie est tellement sacrée que d'aucuns n'hésitent pas à parler de «panvitalisme bantu». Ils expriment ainsi l'amour de la vie et l'intérêt prioritaire qu'elle mérite. C'est dire combien les Bantous recherchent tout ce qui peut renforcer la vie et évitent ce qui la détruit ou la diminue en quelque manière. Que de cérémonies et de gestes polysémiques ne consacrent-ils pas à la célébrer! Les visiteurs, les touristes de cette région du monde s'émerveillent devant les rites de bénédiction, de malédiction et de purification qui entourent les moments spéciaux de la vie tels que la naissance, l'initiation, l'intronisation, la mort, etc.

La vie demeure une réalité précieuse à assumer, à protéger, à sauvegarder, à promouvoir. Il faut assurer sa croissance ou sa continuité. Une perpétuité comprise comme éternelle au-delà de toute mort physique. Dans ce contexte, la procréation possède un rôle décisif pour assurer au vivant la sécurité de la vie future. En effet, la naissance d'un enfant représente La tombe de Charles Ngwangul'addition d'une force vitale à la vitalité de la famille et donc la possibilité de continuer la vie dans l'au-delà. Il s'agit là de la vie en tant que naissance et séjour terrestre. Elle ne finit pas ici-bas, elle est un perpétuel devenir, comme le dirait aussi Friedrich Nietzsche, l'auteur de la fameuse phrase: «Dieu est mort» (en Allemand «Gott ist tot»).

La vie pour les Bantous continue après la mort, au village des ancêtres qui, pour leur part, exercent selon les cas une influence positive ou négative sur les membres vivants de leur clan. En effet, ils peuvent à l'égard des vivants, jouer un rôle important: veiller à leur survie, les protéger, intercéder pour eux. «La mort semble être la conséquence inévitable de la vie», et l'au-delà une conséquence inévitable de la mort. Celle-ci n'est qu'un passage d'une existence à une autre. Il s'ensuit que la vie de l'homme dans l'au-delà est comme la continuation de la vie terrestre, d'après Ngindu. Elle consiste essentiellement en la rencontre avec ceux et celles qui sont déjà partis et qui protègent le clan. «On vient du village, on part au village», disent les Bantous face à l'évidence de la mort. Il s'agit d'une vie intégrale, individuelle et communautaire au village des ancêtres. Cette vie transformée qui échappe aux limites de l'intelligence humaine est attribuée au Dieu créateur, source de tout être vivant.

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L'homme plus que son corps

Conformément à la loi naturelle, à un certain moment de la vie, l'existence humaine cesse d'être ce qu'elle était. C'est la mort, une évidence à laquelle personne n'échappe malgré les progrès de la médecine moderne. Avec la fin de cet étant comme existence commence le début de cet étant comme objet, sous forme de dépouille mortelle. Mais la mort, selon la croyance bantoue, met fin à l'existence terrestre et non pas à la vie humaine car la vie continue dans l'au-delà. En effet, bien que le corps humain se décompose, le «je», la «personne» reste indestructible. L'homme est donc plus que son corps, son devenir et sa vie. L'Africain y croit fermement puisqu'il s'agit d'une vie transformée qui permet de rencontrer les ancêtres, les défunts toujours «vivants» et toujours influents dans leur clan!

Un tombeau videFace à cette réalité fatale, surtout quand elle touche les êtres les plus chers, les premiers sentiments qui animent l'être humain sont la peur et l'angoisse. Les deux sentiments peuvent se distinguer l'un de l'autre, se succéder, voire se confondre. En effet, certains penseurs disent que l'angoisse est une forme de la peur, et d'autres affirment que la peur et l'angoisse ont une même signification. Le philosophe français Sartre accentue plutôt la différence: «La peur est peur des êtres du monde, tandis que l'angoisse est angoisse devant moi». En d'autres termes, dans la peur le danger est extérieur, tandis que dans l'angoisse il est intérieur et il prend l'homme comme un vertige. Sartre considère ce sentiment intérieur comme un mode d'être de la liberté, comme une conscience d'être. Cependant, une même situation critique peut provoquer successivement la peur et l'angoisse. Ainsi, l'homme aura peur de la mort tant qu'il la considérera comme un objet extérieur à lui, et il s'en angoissera tant qu'il prendra conscience qu'il devra mourir un jour. L'anthropologie philosophique en dira davantage.

En tant qu'existence libre, l'homme est un être-conscient-au-monde, car là où il est, quelque chose se réalise. Mais quand vient la mort tout finit: il n'y a plus de projet à réaliser. Le corps se détruit. Or, c'est par ce corps que l'homme se réalise. La mort a tout anéanti en lui, que peut-il encore faire? Mais rien ne prouve que la mort anéantit tout en l'homme comme disent les matérialistes. Cela supposerait que l'homme ne soit que son corps, son devenir et sa vie. Or, l'homme est plus que son corps parce qu'il est capable de le penser, le saisir et l'objectiver. Il est plus que sa vie parce qu'il est capable de transcender ses fonctions biologiques, de discipliner les fonctions vitales les plus essentielles.

Danse de deuil basothoCe qui saute aux yeux de tout visiteur avisé du continent africain, c'est que l'Africain croit naturellement à la survie. Pour lui, comme pour tous les peuples, la mort constitue un véritable obstacle à l'idéal fondamental de l'homme: vivre avec intensité la vie de ce monde, sans mourir jamais. C'est vers cela que l'homme tend de par sa nature humaine. La mort constitue un non-sens puisqu'elle empêche l'accomplissement de cet idéal. D'autre part, note le franciscain Lufuluabo, l'existence se poursuit outre-part. Cela signifie que non-sens de la mort est relatif. Non-sens quand même parce que l'existence outre-tombe n'est pas l'idéal état auquel les Bantous aspirent. Toutes leurs aspirations se portent sur la vie terrestre. La mort étant un fait inéluctable, les Bantous désespérément attachés à leur idéal vital, cherchent à survivre dans leur transcendance, afin que leur idéal d'une vie terrestre intense se poursuit en quelque manière. La mort empêchant la pleine réalisation de cet idéal, la génération restera donc le moyen de pallier tant bien que mal cet inconvénient.

L'Africain accepte la mort car personne ne pourra jamais échapper à cette facticité. Il pleure ses morts et il a toujours eu peur d'eux, il les respecte et obéit à leurs ordres. Dans sa pièce de théâtre «Le respect des morts», le dramaturge ivoirien Amadou Kone traite la confrontation entre un village africain et les épiphénomènes de la civilisation moderne. La communauté villageoise réagit contre la décision du gouvernement de construire un barrage tout près du village et d'installer ailleurs ses habitants. Un tel transfert pour l'Ivoirien est une séparation d'avec ses traditions et son passé dans lesquels sa vie est enracinée; une séparation d'avec ses morts qui, selon ses croyances, font partie de la communauté villageoise et offrent aux vivants force, protection et conseils de sagesse et ils ont droit en retour de leur respect et vénération. Certes, les morts ne sont pas morts.

Jeunes camerounais de YokadoumaDans la tradition authentique des Akan-Ashanti [Côte d'Ivoire], le vieillard comblé d'années, qui a réussi sa vie et bien rempli son contrat sera l'occasion de festivités puisqu'il retourne au pays des ancêtres appelé Bloôlo. Quant à la mort d'un adulte producteur et procréateur, elle est perçue comme une perte grave qui bouleverse l'équilibre des survivants. Cela se dit en baoulé: «oha saki»; c'est-à-dire «quelqu'un s'est brisé, il est gâté». Devant ce vide, cet objet brisé, inutilisable et perdu, la notion de «perte d'un être cher» est remplacée par celle de «perte d'objet». Par conséquent, le deuil paraît obligatoire et nécessaire (Kouakou Kouassi).

Somme toute, les Africains vivent dans la quotidienneté de la mort rendue présente autrefois par l'importante mortalité infantile et maintenant liée au SIDA, aux guerres fratricides et intra-nationales. «Quant à l'ampleur des funérailles publiques rendues aux morts, elle est une manière de rendre hommage à ceux qui partent et laisse croire que dans les pensées des Africains la mort est toujours une réalité existentielle et complexe». Les funérailles donnent lieu à de biens curieux phénomènes. Le continent semble perdre progressivement le sens des proportions dès lors qu'il s'agit de porter en terre un être décédé, tout et le contraire de tout se voit. "Ce qui frappe le plus, est cette solidarité presque spontanée qui s'exprime non en faveur des malades souvent abandonnés à leur sort dans les hôpitaux et dans les mouroirs, mais en faveur de la personne décédée". Alors les dépenses les plus folles sont ordonnées, une ostentation visible dans le nombre de jours que met le corps à la morgue dans certains pays, surtout au Ghana, au Togo, au Bénin, en Côte-d’Ivoire, au Nigéria. Telle est la réalité de vie et mort en Afrique. Voir les détails supplémentaires utiles.

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