Nous sommes le 20/09/2017 et il est 16h31 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Activités pastorales

«Le chemin le plus court pour aller d'un point un autre n'est pas la ligne droite, mais le rêve» (proverbe africain). Ceux qui sillonnent l'Afrique découvrent la concrétisation du rêve en question à travers les tentatives de réponse aux signes des temps, les hauts et les bas de la vie des populations de ce continent. Son contexte général diversifié justifie l'action missionnaire qui ne laisse personne indifférent. L'action s'intensifie là où les États sont démissionnaires, c'est-à-dire incapables de sortir leurs peuples de la pauvreté matérielle qui diminue la dignité humaine. Voilà pourquoi cette rubrique s'intéresse particulièrement aux activités d'un groupe de missionnaires en faveur de la promotion humaine ou sociale. Il s'agit du combat pastoral que mènent les Oblats de Marie Immaculée contre la misère sous toutes ses formes. Deux secteurs d'information retiendront l'attention des visiteurs: éducation et libération ou conscientisation. Ils se comprennent à la lumière de ces deux considérations:

Promotion humaine et sociale

De par leur engagement charismatique, les OMI, guidés par le slogan "Immense Espérance", permettent aux populations africaines de réaliser l'espérance: l'amélioration de leurs conditions de vie. Ainsi suscitent-ils des sourires, surtout chez les jeunes «en quête d'identité». En effet, la mission auprès des jeunes est prioritaire dans presque toutes les Unités (aussi Scolastiques Oblats de Yves Plumeyappelées provinces) particulièrement en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Dans un pays dont le peuple continue à subir les conséquences de la violence extrême qui a régné pendant les décennies de l'apartheid, ce ministère a le mérite de mettre ensemble des jeunes d'origines raciales et sociales différentes dans des projets apostoliques communs. Motivé par la principale source d'inspiration qu'est l'Évangile ou la Parole de Dieu, le service oblat vise à créer l'homme intégral, l'homme parfaitement humain, qui réalise toutes les dimensions de son être, spécialement la dimension plus profonde qu'est l'ouverture à Dieu. Cela suppose deux choses: libération de l'homme de tous les esclavages externes (misère, faim, esclavage politique, économique, etc.), et libération de divers esclavages internes ou idoles (l'homme peut se faire esclave des choses, des personnes, de lui-même...). Tels sont les deux principaux objectifs vers lesquels s'oriente le service misssionnaire.

La promotion humaine (sociale) répond aux besoins concrets de la société où le pouvoir d'achat des populations est peut-être l'un des plus bas de la planète. C'est vrai que dans la lutte contre la précarité des conditions de vie des Africains les Oblats ne peuvent prétendre se substituer aux gouvernements des pays où ils missionnent. Mais cela n'empêche pas qu'ils prennent conscience des problèmes sociaux, en relevant et en dénonçant le caractère souvent démagogique de la reprise des slogans tels que «la justice, la santé, l'éducation... pour tous» dans des pays où les disparités font partie du mode de fonctionnement et où les amendes et impôts arbitraires absorbent les maigres revenus des familles pauvres, aggravant ainsi leurs conditions de vie.

Femmes sénégalises au mortierDans ce contexte, les efforts en vue d'améliorer la situation sociale sont considérés comme une entreprise de salut, y compris dans les pays à majorité musulmane. Si au Sénégal (95% de musulmans) et au Sahara Occidental (99% de musulmans), les Oblats se gardent de faire des œuvres d'assistance sociale un moyen de conversion au christianisme, il n'en reste pas moins que ces œuvres (écoles, dispensaires, hôpitaux, les services de la Caritas) constituent parfois un moyen d'apostolat indirect. Dans les pays à majorité chrétienne, par contre, les Oblats continuent à pourvoir aux besoins des gens, en faisant œuvre de suppléance. Même s'il faut encore aujourd'hui accepter cette façon de faire (l'assistance sociale) qui ressemble au paternalisme, il est important d'inventer sans cesse d'autres réponses pastorales à la situation des pauvres, en les aidant à devenir des agents de leur propre promotion et à réaliser leur propre destinée sur le plan aussi bien naturel que surnaturel.

Mais la promotion sociale en Afrique suppose nécessairement un engagement actif et massif des Oblats dans les questions de Justice, Paix et Intégrité de la Création. Sur ce plan, certaines provinces oblates, comme le Congo-Kinshasa, le Zimbabwe et la Zambie ont réussi à intégrer JPIC comme une dimension essentielle de la vocation missionnaire avec des directeurs à plein temps. Le comité JPIC de Central Province of South Africa et celui du Lesotho travaillent en étroite collaboration de redynamisation. Le Zimbabwe a fait des questions de Justice, Paix et Intégrité de la Création l'une de ses priorités pastorales dans un contexte sociopolitique émaillé de violences pré et post électorales. Au moment où les Oblats camerounais engagés dans les comités paroissiaux de Justice et Paix tentent de travailler en synergie, la délégation zambienne, elle, a laborieusement établi un bureau pour JPIC avec la tâche principale de sensibiliser les populations aux questions d'intérêt commun. Ce bureau organise des sessions d'éducation civique et publie des bulletins d'information, indispensable à un travail de sensibilisation.

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Contextes socioculturels particuliers

Il convient de mentionner quelques exemples de contexte particulier afin de situer les différents types d'engagement missionnaire dans les pays concernés. En Afrique du Sud, la société fait l'expérience des effets d'une configuration globale qui transforment la structure, le comportement et les croyances de la vie humaine. C'est la révolution technologique qui, centrée sur les technologies de l'information, est en train de transformer radicalement le modèle de société humaine et conduit à l'émergence de nouvelles structures sociales et de nouvelles inquiétudes sociales. Il y a trois visages particuliers de pauvreté: le chômage, la maladie sociale et culturelle comme héritage de l'apartheid et de la colonisation, et la jeunesse abandonnée à elle-même.

Sud-africains de BloemfonteinEn effet, pays en développement, South Africa a cependant un des taux les plus élevés d'inégalité. La pauvreté et le chômage demeurent des problèmes graves. La maladie sociale et culturelle est l'expérience engendrée par la marginalisation psychosociale, économique et spirituelle et par le manque de capacité à se prendre en main (disempowerment). Le très bas classement du pays de Nelson Mandela dans l'index de développement humain illustre quantitativement cette réalité; elle se trouve au 129ème rang parmi 182 pays et seulement au 10ème rang en Afrique. Dans ce contexte particulier, la Mission se focalise sur le développement de la dignité humaine, en particulier aux niveaux spirituel et moral. Ce qui exige au moins trois activités missionnaires: d'abord le ministère de la guérison par la prière; puis, aux niveaux humain et spirituel, la régénération morale; enfin, des réponses spécifiques au symptôme majeur de la pandémie HIV/SIDA. La Mission exige également un effort spécial pour trouver de nouvelles formes de ministère parmi les jeunes, et des façons d'agir qui répondent à leurs besoins particuliers pour les préparer à un avenir meilleur.

Avec le démantèlement de l'apartheid en 1995, plusieurs exilés sont retournés à leur pays de naissance, le tout résultant en une augmentation massive de la population. En plus de ces exilés rentrant chez eux, le Sud-Afrique, et plus particulièrement Johannesburg, a connu un accroissement significatif de réfugiés et d'immigrants provenant de plusieurs pays africains. Ce qui a augmenté la pression sur une économie déjà mise à mal. Une des conséquences tragiques de cette augmentation de population a été le surgissement terrible de la xénophobie dans les premiers mois de 2009. Elle devint éventuellement une «excuse» pour la criminalité de tout poil. La pénurie de livraison de service aux pauvres, concernant les besoins fondamentaux de logement, d'électricité et d'eau, est une source constante de violents déchaînements ou mieux de grave crise sociale.

Une crise sociale peut être considérée comme une phase difficile, une rupture d'un ordre établi qui affecte les institutions d'un groupe social donné. Parmi les crises sociales nous distinguons d'une part les mouvements sociaux, qui sont des actions collectives visant à changer les comportements et/ou les règles (institutions) en un sens favorable à un groupe actif et organisé ; et d'autre part les émeutes qui sont des soulèvements spontanés et désorganisés de masse populaire (foule) dans le but de s'insurger par la violence contre un ordre (ou une situation) établi.

Danse liturgique à Maroua, CamerounAu Cameroun, comme au Nigeria et au Tchad (les trois pays constituant la province oblate du Cameroun), les missionnaires travaillent dans une société caractérisée par une très grande diversité ethnique et une grande influence des cultures francophones, anglophones et arabophones. Le Français, l'Anglais et l'Arabe sont des langues officielles (services publics) tandis que les langues nationales telles le fulfulde, le Igbo, le pidgin ou le haussa sont des langues populaires utilisées pour le commerce et les célébrations liturgiques. La plupart de leurs chrétiens sont des agriculteurs et continuent de travailler la terre dans le cadre de système de productions traditionnels souvent bien adaptés au système de production naturel. Il y a aussi un nombre important de fonctionnaires et de commerçants dans les villes. La démographie est grandissante à cause du taux de natalité élevé. Cependant, les Oblats sont sérieusement confrontés à la maladie dite du siècle, le SIDA qui fait beaucoup de victimes surtout au sein de la jeunesse.

Le peuple nigérian de JosLes ressources naturelles telles le pétrole, la forêt continuent de corrompre le système politique et social. L'inégalité de la répartition des richesses a souvent provoqué des troubles sérieux ainsi que des distorsions dans les domaines de l'éducation nationale et la vie sociale. Le fossé s'est donc creusé entre riches et pauvres suscitant parfois frustration et exaspération. Malgré ces facteurs négatifs qui viennent d'être évoqués le niveau de vie des populations va quelque peu grandissant grâce à l'esprit d'entreprise et de détermination des populations. A l'est de Nigeria la société est en mouvement rapide: les gens s'y débattent pour émerger et être eux-mêmes. Il n'est pas rare de noter une différence nette entre les bien nantis et les moins privilégiés vivant en zone rurale et urbaine. En conséquence, l'insécurité et le malaise social ne sont pas rares. D'autre part, le nord est marqué par un bas niveau d'éducation, quelques-uns éminemment riches, et en général la société n'y va pas à même allure que d'autres parties du pays, en termes de développement, de conscience globale et d'évolution positive de la culture et de la tradition. Il y a souvent dans cette partie du pays des chocs de mentalités et d'attitudes en ce qui a trait à la façon de vivre. Ce qui peut être parfois souligné par les différences ethniques, religieuses ou politiques.

En RD Congo la culture est très diverse car le pays est composé d'une centaine de groupes ethniques, en majorité bantous, et s'étend de l'embouchure du fleuve Congo, puis dans la forêt du bassin du Congo jusqu'à la région des grand-lacs et la savane. Les autres langues sont représentées par la famille nilo-saharienne. Depuis la fin du XIXe siècle, les modes de vie traditionnels de la population ont changé à cause de la colonisation belge, la lutte pour l'indépendance, le règne long du président Mobutu, et récemment, la première et seconde guerres du Congo. Malgré cela, les traditions et la culture congolaises ont su garder leur individualité. Car plus de 60% des habitants vivent dans des zones rurales; 30% de ceux qui vivent en zone urbaine sont culturellement ouverts à, ou influencé par la culture occidentale.

Au royaume du Lesotho, bien que la majorité des gens s'en remettent à l'agriculture de subsistance, les travaux des champs sont devenus de moins en moins viables en raison des sécheresses prolongées et des coûts prohibitifs de l'agriculture (Rapport de 2009 des Nations Unies sur le Programme Mondial de la Nourriture). Les gens s'en remettent maintenant à acheter Basotho en tenue de galatout ce dont ils ont besoin pour vivre. Mais la plupart n'ont aucun moyen de gagner de l'argent. Pour tout ce dont ils ont besoin, il leur faut acheter des produits, même la nourriture, de l'Afrique du Sud. Cela a créé une situation dans laquelle la vaste majorité des gens du pays se débattent pour survivre, vivant dans une pauvreté abjecte.

La société sesotho est caractérisée par une urbanisation rapide; un haut niveau d'émigration, surtout vers la République sud-africaine; une globalisation rapide, spécialement en ce qui a trait à l'économie; une extrême pauvreté. Tout comme pour plusieurs pays en développement, la culture de ce peuple est un mélange de coutumes traditionnelles alliées à des usages importés de la culture occidentale dominante. L'économie fondée sur le numéraire et la globalisation y a introduit de nouvelles façons de faire les choses: dans la conception de la famille, les coutumes matrimoniales, les rites d'initiation et les rites de deuil. Ce que bien des gens considèrent comme de la culture sesotho est en fait un mélange de coutumes traditionnelles et de plus d'un usage occidental commode.

Route de ZimbabweL'économie de Zimbabwe s'étant effondrée, la société demeure aujourd'hui très pauvre et elle affronte tant bien que mal une fragile entente politique entre des partis politiques rivaux. Le taux de chômage serait de 70% de la population apte au travail; beaucoup de Zimbabwéens éduqués ont dû fuir le pays. On estime que plus d'un quart de la population a laissé le pays entre 1999 et 2009. Faisant partie de l'Afrique subsaharienne, le pays est frappé par le fléau du HIV/SIDA et compte de nombreux enfants orphelins. C'est là un sérieux problème. Dans ce contexte, la Mission du groupe de missionnaires rencontrés vise à l'humanisation des victimes sociales de l'apartheid par l'éducation, l'éveil des compétences, la création d'emplois et la sensibilisation à la collaboration.

La Zambie, l'un des pays d'Afrique les plus fortement urbanisés, est «un grand exportateur de cuivre et de cobalt, mais les gisements sont de plus en plus inaccessibles et moins riches, alors le gouvernement essaie de développer l'agriculture d'exportation (arachide, tabac) et le tourisme» (Wikipédia). La balance agricole est négative, à cause surtout de la sécheresse. Toutes les couches de la population zambienne ne profitent pas des avantages du timide élan du développement.

A moins que la Zambie s'attaque aux niveaux élevés de pauvreté, les grands progrès déjà accomplis par le pays dans la réalisation de certains des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pourraient être compromis, préviennent les organisations de la société civile. À première vue, l'économie zambienne paraît prometteuse (...) Mais les experts en économie déclarent que la croissance Chantier de construction à Lusakaéconomique du pays ne profitera pas aux pauvres. Professeur Venkatesh Seshamani, enseignant au département d'économie de l'Université de la Zambie à Lusaka, note que le gouvernement n'est pas en train de réussir à utiliser l'économie en pleine croissance pour aider au développement social et économique des pauvres - la majorité des citoyens (...)Bien que la pauvreté ait été en baisse, de 68,1 pour cent de la population incapable de répondre aux besoins fondamentaux en 1996 à 59,3 pour cent en 2009, selon le Bureau central des statistiques de la Zambie (CSO), elle demeure un grave problème dans ce pays d'Afrique australe.

En certains pays, notamment au Kenya, la pauvreté est l'un des principaux facteurs de la prostitution des mineures. En effet, beaucoup de filles sont contraintes par la pauvreté à travailler dans l'industrie du sexe sur la côte, à Mombasa. L'industrie du tourisme est en plein essor, mais elle n'offre guère de possibilités d'emploi pour les gens qui habitent sur place. C'est le fléau qui ronge la plupart des pays africains.

Deux jeunes kenayans de NairobiUne récente étude de l'UNICEF estime qu'au moins 30 pour cent des filles de cette région travaillent, quelquefois à temps partiel, pour l'industrie du sexe, et certaines commencent dès l'âge de douze ans. L'UNICEF travaille avec ses partenaires pour lutter contre les attitudes et causes qui banalisent le phénomène de l'exploitation sexuelle des enfants (...)«L'attrait de l'argent est énorme. Les parents voient que leurs filles ou leurs fils qui travaillent là-dedans rapportent de l'argent, et que cela change leur vie, alors ils tolèrent cette situation», constate Ahmed Hussein, directeur du gouvernement kenyan au service des enfants.

Autant de contextes particuliers qui nécessitent un engagement ciblé, dans l'espoir de susciter de nouvelles raisons d'espérer et d'avoir une vie meilleure. Il ne suffit pas cependant de lutter contre le mal qui diminue la dignité humaine. Faut-il encore proposer des alternatives. Sur ce point, malgré leur bonne volonté et la force morale de récupérer les causes perdues, les missionnaires sont souvent limités par des moyens à leur disposition et par les lois qui régissent chaque société. Ils sont parfois découragés par des taxes exorbitantes qu'imposent les États à leurs initiatives de développement économique et social. Et pourtant les efforts fournis, par exemple, dans le domaine de l'éducation ou de la santé sont appréciés de tous.

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