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La sorcellerie africaine

Enfants malgaches de TamataveL'Afrique est le continent où beaucoup de gens, hommes et femmes, sont accusés de sorcellerie, «magie de caractère populaire ou rudimentaire, qui accorde une grande place aux pratiques secrètes, illicites ou effrayantes (invocation des morts, appel aux esprits malfaisants...)». Autrefois, la sorcellerie était une affaire des villageois, surtout les plus âgés, mais aujourd'hui, elle concerne même les enfants en pleine ville. On dirait qu'il n'y a plus rien d'innocence naturelle en leurs regards! Les pasteurs d'églises dites de réveil vont jusqu'à en faire le thème préféré de leur prêche afin d'attirer des adeptes, dans cette partie du monde où les gens meurtris croient facilement aux miracles. Cette partie du site Internet contient des témoignages, des faits saillants susceptibles de montrer la face cachée de l'identité africaine dans l'aujourd'hui du monde. Pour y arriver, la pensée suivra cet itinéraire:

Un constat alarmant

Le constat est le même en beaucoup de pays subsahariens: «Plus les églises se multiplient, plus Satan est à l'œuvre. Tout le monde prie et lit la Bible mais les familles ne cessent de se diviser à cause de la sorcellerie». En effet, la sorcellerie que l'on croyait éradiquée revient au galop un peu partout, avec des conséquences tragiques. Rien d'étonnant. "Les combinaisons de croyances et pratiques de l'Église catholique romaine et des traditions, croyances et pratiques religieuses ouest-africaines ont directement contribué à l'émergence du syncrétisme religieux que l'on remarque en Amérique latine". Des cas mentionnés dans cette page web aident à appréhender le contexte et le soubassement socioculturel de certains peuples.

Dans les traditions sud-africaines, il y a trois différents types de personne qui pratiquent la magie. La thakatha est habituellement traduit comme la «sorcière», et est considérée comme un personnage malveillant qui pratique secrètement afin de nuire à autrui. Le sangoma est un devin, parfois un diseur de bonne aventure, dont les services sont requis pour détecter la maladie, prédire le futur, voire identifier le coupable d'un méfait. Il a également quelques notions de médecine. Enfin, le inyanga est souvent traduit par le terme guérisseur (bien que de nombreux Sud-Africains remettent en cause cette traduction, puisqu'elle perpétue l'idée erronée d'un guérisseur recourant à la magie). La tâche du inyanga est de conjurer le mauvais sort et de fournir à ses clients les gris-gris nécessaires. Parmi ces trois personnages, la thakatha est presque toujours femme, le sangoma est habituellement une femme, tandis que le inyanga est presque toujours un homme (Wikipédia).

Une piscine de BloemfonteinLa sorcellerie se manifeste dans toute sa complexité surtout en ville car nombreux sont ceux qui cherchent à se protéger contre leurs "ennemis" ou à se maintenir au pouvoir. Et beaucoup de croyants sont impliqués dans des pratiques abominables, d'autres ont très peur de la sorcellerie parce qu'ils y croient fermement! Et pourtant la foi chrétienne «s'exprime par une vie transformée et pure, agréable au Seigneur tous les jours de la semaine, toutes les semaines de l'année, toute la vie...»

D'après plusieurs sources concordantes, la sorcellerie est une réalité africaine, c'est-à-dire qu'elle est très présente dans les mentalités en Afrique. «Elle est un des faits de société les plus redoutés sur le continent. Comme en Côte d'Ivoire où l'on définit la confrérie des sorciers comme une secte solidaire dont l'objectif principal est de nuire». Généralement, ceux et celles qui deviennent sorciers passent par une école de la sorcellerie. Il s'agit d'une structure bien organisée, une communauté secrète de vie!

Dans la sorcellerie, on est parrainé et initié par un proche parent. La communauté se singularise par une solidarité hors du commun. "Une méthode comparable à celle des francs-maçons", commente Kante. La personne devient membre à part entière de la secte après avoir assimilé toutes les techniques. Dès que l'on devient sorcier, on ne doit plus rien refuser aux autres membres de la confrérie. Des sacrifices de parents doivent se faire à tour de rôle. Même si le choix est difficile, il faut livrer la chair de sa meilleure progéniture. Un prix à payer très élevé pour assouvir et garder ses pouvoirs.

La sorcellerie est bien connue aussi en milieu de prostitution, surtout pour les filles africaines qui vont en Occident, dans l'espoir de trouver une vie meilleure. Elles passent par des cérémonies de sollerie avec des marabouts en guise de pacte avec leurs patronnes, celles qui les font entrer en Europe pour être à leur service. Il faudrait aller un peu plus en profondeur pour voir l'ampleur du phénomène sorcier et ses ravages.

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Rebondissement de la sorcellerie

La sorcellerie! Voilà le phénomène qui touche l'Afrique en général depuis belle lurette. «On peut même affirmer qu'elle est née avec l'Afrique». En effet, beaucoup de textes sur le Net confirment le rebondissement inquiétant de la sorcellerie africaine. Les touristes en parlent comme une réalité quand bien même ils n'y croient pas, car la sorcellerie conditionne la vie Un perroquet du Cameroundes populations africaines. Elle est tellement ancrée dans le subconscient que le progrès socioéconomique pose problème. Lors de son voyage en Angola, en mars 2009, le pape Benoît XVI n'a pas hésité à exhorter particulièrement les Catholiques angolais à renoncer à la sorcellerie et à ramener au bercail "les brebis égarées" dans les sectes évangéliques qui prolifèrent dans cette ancienne colonie portugaise d'Afrique centrale.

Les sacrifices humains font partie du côté obscur de la sorcellerie en Ouganda, ils sont en forte augmentation ces dernières années. Les victimes de ces sacrifices sont souvent des enfants impubères. Leur sang, leurs organes sexuels et parfois d'autres parties de leur corps sont exigés par certains sorciers qui promettent à leurs clients un enrichissement rapide. Chose étonnante, «Aujourd'hui encore en Afrique, on adore les bois, les eaux, on fait des sacrifices humains quelquefois pour avoir de l'argent ou pour pouvoir enfanter par exemple».

En Côte d'Ivoire, d'après le témoignage d'une jeune ivoirienne qui dénonce la pratique de la sorcellerie en Afrique, les sorciers sont en général de vielles personnes mais elles peuvent cependant communiquer leur pouvoir à leurs enfants ou petits enfants. C'est donc une histoire héréditaire de famille. Raison pour laquelle c'est impossible d'éradiquer ce mal facilement. Leur spécialité? Tuer, rendre misérable, rendre stérile, provoquer des accidents, initier, bloquer sur le plan scolaire, spirituel ou financier des personnes. «Nous sommes dans une société où les pratiques réprouvées anciennement reviennent à la mode. Il ne se passe pas un jour, où l'on entend pas parler de chamanisme, de bouddhisme, de satanisme ouvertement, même dans les émissions télé», affirme avec force l'Ivoirienne. Mais quel sens les Africains donnent-ils au mot sorcier?

Quand on parle de sorciers ici, on ne fait pas allusion aux magiciens (Harry Potter) mais il s'agit d'une confrérie de personnes qui se réunissent toutes les nuits dans le spirituel et qui décident du sort d'une tierce personne. Souvent, elles peuvent se réunir pour manger des âmes d'où leur nom (mangeur d'âmes). C'est peut être incroyable mais c'est quand même vrai. Les sorciers sont dotés de pouvoirs surnaturels et mystiques et sont hiérarchisés. Ils ont toujours à leur tête, un chef qui les grade et multiplie leur puissance. Mais il faut avouer, que le chef suprême n'est autre que LUCIFER.

Un chat sud-africainEn RDC, les Pasteurs en sont pour beaucoup. Ils déstabilisent des familles entières parce qu'ils "voient" des sorciers en tout et pour tout, en dépit de leur instruction! «Trois enfants d'une même famille congolaise habitant en Autriche ont été taxés de sorcellerie par un pasteur de passage dans ce pays. Après ce verdict, les trois enfants ont été ramenés en France par leur père puis renvoyés en RD Congo pour être internés dans une secte où ils ont subi toutes sortes de maltraitance», rapporte Mode. De son côté, un journal ivoirien raconte des faits horribles dans un article de juillet 2007. Le succès de certains pasteurs s'obtiendrait au prix des sacrifices humains! Les bébés en sont les principales victimes. La même réalité sévit au libéria du footballer légendaire George Weah.

Sur les marchés de certaines bourgades du libéria, comme de tous les pays de cette région, on trouve à côté des plantes médicinales, des pattes de chats, des morceaux de cornes, des serpents séchés, des tarentules, des mygales et des scorpions, de la poudre d'os, des fœtus, des sexes séchés et des viscères humains, vendus pour confectionner des gris-gris. [...]On les tue pour faire "juju", c'est-à-dire préparer une cérémonie de magie noire, de sorcellerie ou de vaudou. Ces meurtres sont perpétrés pour fournir aux féticheurs les "parties précieuses", utilisées au cours de ces cérémonies secrètes: principalement paupières, oreilles, lèvres, seins, cœur et organes génitaux.

Dans ce contexte, la peur des sociétés secrètes, celles de sorciers "mangeurs d'âmes" envahit les esprits et étouffe tout projet de développement. Voilà qui explique en partie la fuite des "cerveaux africains" vers l'Occident. Reconnue depuis fort longtemps comme étant très puissante, voire dévastatrice dans certains cas, la sorcellerie fait partie de la vie traditionnelle et reste beaucoup pratiquée malgré le fait que de nombreux états punissent la punir. Les sorciers ont un profond respect pour les forces de la nature et pour les esprits auxquels ils font appel pour les aider à mener leurs envoutements à bien. Voilà qui est "beau". "Le Négro-Africain perçoit le beau dans les créations de la nature; mais il le perçoit comme étant chaque fois la manifestation d'une importante concentration de l'être, c'est-à-dire la manifestation d'une importante concentration de la puissance de l'être", précise le Camerounais Njoh Mouelle.

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Sorcellerie une valeur africaine

La sorcellerie serait-elle une "valeur" africaine? Telle est la question qui préoccupe certains penseurs africains. Selon le Jésuite Billy Birhashwirwa, la croyance en la sorcellerie est une preuve que le problème de l'Africain n'est pas encore résolu. Une Tchadien Mbaye Thomas en tourismetelle opinion se fonde sur la manière dont s'est fait la rencontre entre le christianisme et l'Afrique. Dès le départ, le rapport était biaisé et faussé. C'était ou bien le christianisme (et on est sauvé, on devient riche et on accède à la civilisation) ou bien on reste accroché à sa culture (et on est perdu). La question que cela soulève actuellement est: comment être à la fois vrai Africain et vrai chrétien? En d'autres termes, peut-on vivre profondément les valeurs des sociétés africaines et en même temps celles du christianisme sans être un schizo, une personne caractérisée par l'ambivalence? En Psychiatrie, la schizophrénie est la psychose caractérisée par une désagrégation psychique (ambivalence des pensées, des sentiments, conduite paradoxale), la perte du contact avec la réalité, le repli sur soi.

La sorcellerie n'est qu'un exemple qui montre qu'il faut restituer certaines valeurs des sociétés africaines à leur juste place. Ces valeurs, pour la plupart, ont été longtemps diabolisées et cela est ancré dans le subconscient des Africains eux-mêmes. Ajouter à cela les problèmes économiques et sociopolitiques. La réflexion doit se faire à plusieurs niveaux (politique, religieux, ecclésial, économique...). Au niveau de l'Eglise, il faut repenser et approfondir certaines positions: qu'est-ce qui explique cette incompatibilité ou exclusion entre le christianisme et certaines valeurs africaines?

Cornes d'animaux africainsD'aucuns diraient que c'est s'aventurer sur un terrain dangereux qu'affirmer que la sorcellerie est une valeur africaine. Mais comment peut-on comprendre cette façon de se comporter: le matin on est à l'Eglise et le soir chez le sorcier ou le marabout? Une des façons de comprendre cette ambiguïté du comportement est de faire une lecture historique de la rencontre entre ces deux mondes: l'Afrique et le christianisme. Déjà que la sorcellerie était mal vue en Afrique, elle a été, avec d'autres valeurs plus positives, rejetée en bloc. C'est aussi de cette façon qu'on comprend tout le travail d'inculturation (une redécouverte de ces valeurs positives et un essai de les intégrer dans la foi chrétienne comme éléments spécifiquement africains). En plus de cela, la manière dont les sociétés étaient organisées, par exemple, autour de la notion de propriété, le sens communautaire... Ces éléments avaient un aspect positif qui maintenait toute la communauté. Un autre élément qui complique la situation est la dimension économique. Le succès des sectes religieuses est entre autres basé sur le désespoir du peuple. En promettant des biens matériels et ravivant cette donnée culturelle, elles offrent un bien-être à moindre frais. L'Afrique doit ouvrir les esprits au développement, terrain où les valeurs sont universelles, souligne Billy.

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Bons et mauvais sorciers

Deux enfants de KikwitIl existe de bons et de mauvais sorciers. Généralement, les bons sorciers sont des chefs de famille à qui on donne le pouvoir de veiller sur les membres de leur famille, afin d'éviter tout malheur qui pourrait arriver. Par contre, les mauvais sorciers sont ceux-là qui utilisent leur pouvoir pour nuire. Malheureusement, ce sont les enfants qu'on accuse souvent de sorcellerie notamment les enfants de la rue. Peut-être les accuse-t-on à cause de leur apparence frêle! Ce phénomène engendre la dégradation des mœurs dans la société africaine d'aujourd'hui: il n'y a plus de partage spontané car tout le monde a peur d'être ensorcelé. C'est la culture de méfiance qui règne dans beaucoup de relations interpersonnelles. Et pourtant plusieurs problèmes de sorcellerie sont d'ordre psychologique. Les personnes concernées ont besoin d'être écoutées pour se libérer de toutes les idées préconçues. La simple invitation à la prière ou à la messe dominicale ne suffit pas pour s'en libérer.

Malheureusement, par la pratique de ce qu'ils appellent «ordonnance spirituelle», certains ministres de Dieu renforcent l'idée que la sorcellerie existe. Ils établissent effectivement des «ordonnances spirituelles» pour des personnes qui se disent victimes de la sorcellerie. La bonne attitude serait plutôt que, tout en respectant les libertés Une église de Namibieindividuelles, les ministres de Dieu s'engagent à aider les fidèles dont ils ont la charge à prendre conscience de leur responsabilité. Sans cette démarche, ces ministres sont pris pour de vrais sorciers de la société.

Certes, l'église se montre inefficace dans sa lutte traditionnelle contre ce fléau qu'est la sorcellerie africaine, ce phénomène étrange, mélange de pratiques occultes et de rituels maléfiques qui sévit en Afrique. Tout porterait à croire qu'il figure parmi les plus terrifiants et meurtriers désordres socio-culturels qui ravagent les sociétés. En effet, malgré le développement de l'instruction et la diffusion du savoir moderne, la croyance dans la réalité de la sorcellerie reste très tenace. "Ancrée dans l'inconscient collectif des Africains, elle continue, cependant, d'échapper comme par magie au regard des scrutateurs du Continent noir". La sorcellerie demeure un fléau pour l'Afrique, comme l'atteste ce témoignage sur les enfants de la rue à Kinshasa.

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