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Phénomène enfants jumeaux

Vrais jumeaux Rent et BosLa venue au monde d'un enfant désiré est une source de vraie joie pour ses parents, en cette Afrique "assoiffée de fécondité" et où la vie est un don sacré de Dieu. Les femmes enceintes ne cachent jamais leur joie de recevoir ce don précieux. Les sentiments sont pourtant mitigés lorsqu'il s'agit de jumeaux! Les parents concernés se posent des questions lorsque la nouvelle leur est annoncée par la gynéco. Ils vivent cette annonce comme une douche froide. Très peu reçoivent la nouvelle avec enthousiasme, d'après les témoignages de certains parents de jumeaux. Ce qui dérange souvent, c'est l'attitude des gens à qui la femme enceinte annonce la nouvelle de sa grossesse gémellaire. «Beaucoup prennent un air sérieux pour dire: ça va pas être une partie plaisir... c'est fatigant... Il va falloir du courage...» Telle est souvent la situation angoissante des parents de jumeaux. Faut-il encore qu'ils soient acceptés par la société. Voilà qui "double les anecdotes et les émotions", à découvrir à travers les sujets ci-dessous:

Un monde controversé

Un fait de société qui, dans le passé, a souvent interpellé les gens et qui reste jusqu'à ce jour une préoccupation pour beaucoup de familles, surtout en Afrique subsaharienne, est celui des enfants jumeaux considérés dans certaines cultures africaines comme «enfants du malheur»! Malheur à ceux qui naissent dans la société hostile à leur présence! Par contre Jumeaux Béni et Merciheureux ceux qui viennent au monde dans une famille qui les accepte et les accueille comme tels: porteurs de bénédictions. Ce "phénomène" d'enfants jumeaux est un point de grande curiosité tant pour les visiteurs de cette région que pour les internautes du monde entier comme l'attestent certains sites Internet. Loin de revenir sur les aspects connus de tous, cette page web propose quelques témoignages émouvants sur le mythe gémellaire, afin de mieux comprendre la vie africaine.

Chose évidente, ce phénomène n'a rien d'extraordinaire car il est scientifiquement explicable. «Les naissances gémellaires sont plus fréquentes chez les femmes âgées de plus de 35 ans; elles y sont prédisposées lorsqu'existent dans leur famille maternelle des jumeaux disygotes». Curieusement, les ancêtres africains l'ont entouré de mythes et cela demeure. «Une coutume, une tradition, ça ne disparaît pas en un tour de main; surtout quand on y mêle des esprits maléfiques qui font planer une menace de mort sur les vivants». La majorité des sociétés traditionnelles partagent la croyance selon laquelle la naissance des jumeaux est l'action des fétiches, un signe du ciel qui pousse à se demander s'ils sont porte-bonheur ou porte malheur! Une conception qui pourrait traduire l'ignorance profonde des lois de la reproduction humaine.

En milieu tem, (tribu appelée cotocoli au Nord du Togo) et chez les musulmans malinkés ou peuhls, la croyance populaire attribue aux jumeaux des pouvoirs magiques. Ainsi, à la naissance, "ils demandent à leur mère de mendier pour eux et lui dictent les interdits alimentaires [...] Traditionnellement, les Cotocolis consultent l'oracle pour savoir ce que veulent les jumeaux. Du bien ou du mal. L'intention de nuire confirmée, on fait des offrandes aux esprits qu'ils incarnent. Ainsi, la paix pourra régner dans le foyer. Mais en plus, il faut que le père signe un pacte de paix avec son entourage et son épouse s'ils avaient l'habitude de se quereller. Sinon, dit-on, les jumeaux mourront, car, ils aiment la paix en famille.

Habillement uniforme des jumeauxLes cérémonies organisées autour des jumeaux coûtent cher et elles paraissent parfois absurdes. En effet, pour que les jeunes ne meurent pas et qu'ils soient porte-bonheur, il faut leur faire des cérémonies. «On égorge chèvres, moutons, poulets, bœufs..., on mange, on boit, on fait la fête. Un coq blanc est carbonisé et gardé dans une marmite. Au jour anniversaire des jumeaux, il faut l'asperger de sang.» Leur éducation pose problème pour des familles prisonnières de leurs traditions. Car la tendance est de traiter les jumeaux de la même façon. «Même habillement, mêmes cadeaux, mêmes bijoux, bref, on évite de créer de différence entre eux, on les confond et les jumeaux finissent par se comporter en conséquence» , raconte Quashie. Il suffit de continuer à naviguer sur cette page pour en savoir davantage.

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Une gémellité ambivalente

Les jumeaux sont-ils des porte-bonheur ou porte-malheur? Telle est la vraie question qui mérite une réponse, à la lumière des faits évoqués ci-haut. Certaines traditions considèrent la naissance des jumeaux comme un évènement heureux. Et donc les vénèrent et les célèbrent. Tandis que la naissance des jumeaux augure des malheurs dans d'autres sociétés. Il s'ensuit que le monde des jumeaux est un «monde controversé». Les jumeaux sont choyés et détestés à la fois dans leur entourage, ils suscitent les regards qui ne sont pas forcement bienveillants. Leurs soins varient en fonction des croyances traditionnelles, religieuses et des idées préconçues à leur égard. Mais ce phénomène n'est pas spécifiquement africain. «Selon des spécialistes, de la médecine moderne (démographes, gynéco-obstétriques et les néonatalogues, etc.) dans le monde entier, un accouchement sur cent donne naissance à un doublé (deux enfants). Mais une naissance sur quatre vingt cinq(85) donne à des vrais jumeaux». En Afrique, d'après des statistiques fiables, c'est le géant Nigeria qui vient en tête avec 4,5 % de naissance double.

Couple Justin-Clara et jumeauxLes naissances gémellaires sont traitées avec tant de délicatesse, d 'affection, mais également de crainte. Une crainte qui découle tout naturellement du caractère insolite, voire "extraordinaire" de la naissance d'une seule et même grossesse de deux enfants et parfois plus. Voilà pourquoi les habitants de l'Afrique subsaharienne reçoivent la venue au monde des jumeaux avec un sentiment mitigé. Certains peuples considèrent les jumeaux comme "enfants du malheur", d'autres comme "source de bénédiction" et d'autres encore comme "enfants mystérieux". Nombreux sont ceux qui pensent que "les jumeaux ont une certaine puissance, ils peuvent se communiquer à distance, ils peuvent sentir des choses, ils ont du pouvoir bénéfique ou maléfique". Aussi les comportements sont-ils ambivalents un peu partout, comme l'atteste ce précieux texte:

Chez les Dogons, peuple du centre du Mali et du nord du Burkina, la gémellité est fortement valorisée. Chez les Evé du Togo, les jumeaux sont le résultat d'une attention toute particulière des ancêtres qui ont remarqué et extraordinairement favorisé le couple de géniteurs. Médiatrice entre humain et divin, la naissance de jumeaux constitue une irruption de l'autre monde et tranche sur la continuité habituelle. En Afrique occidentale, les naissances gémellaires apportent la chance et elles sont la fierté des mères et des familles. On fête leur naissance et les jumeaux, ainsi que leurs parents sont vénérés. Par ailleurs, on attribue aux jumeaux des pouvoirs bénéfiques ou maléfiques, mais dans la plupart des pensées, les deux coexistent. Au contraire, chez les Bantous, peuple d'Afrique centrale, les naissances gémellaires appartiennent au monde animal et sont considérées avec aversion. On retrouve en Casamance (Sénégal) et au Dahomey l'idée qu'il faut rejeter au moins un des jumeaux, car leur naissance ravale l'homme au niveau de l'animal qui seul a des portées collectives. Autrement dit, les jumeaux sont accueillis dans l'angoisse et la terreur.

Par ailleurs, beaucoup d'enfants jumeaux et jumelles rencontrés dans la société bantoue sont généralement délicats, capricieux et choyés par leurs parents. Ils sont bien acceptés dans les deux Congo (Brazaville et Kinshasa). Les rites autour de leur naissance varient d'une ethnie à l'autre; et, en ville, les parents sont plus libres de la pression traditionnelle que dans les milieux ruraux. En Côte d'Ivoire, Afrique occidentale, les jumeaux sont à la fois choyés et craints, écrit Tia Gnahoua. Chez les Atchan (Ebrié), leur naissance exige des rites, surtout chez les animistes, par exemple en acheter les accoutrement de couleurs identiques. Là où prédomine l'animisme, les jumeaux «pris pour des "surnaturels" ont ce pouvoir d'être craints, même par les sorciers. C'est pourquoi ils sont chargés et détestés à la fois».

Une mère de famille divorcéeVoici un témoignage émouvant de Lola, l'angoisse d'une mère qui montre combien les enfants jumeaux sont à la fois craints ou porteurs de chance. Une femme d'Afrique de l'Ouest, mère de cinq enfants et divorcée de son mari, s'est trouvée enceinte de ses vrais jumeaux et d'un petit qu'elle tient dans ses bras. Cette dame paraît en grave difficulté avec ses enfants les plus jeunes et surtout avec ses deux garçons qui sont comme des "démons" aux yeux de l'école. Tous veulent qu'elle supprime un ou les deux jumeaux afin de retrouver la paix. Et pourquoi? Parce que les jumeaux ne sont pas comme les autres enfants. En effet, la signification attribuée à la gémellité en Afrique subsaharienne est très ambivalente et variable, et cela d'une société à l'autre. L'Afrique est culturellement une et multiple.

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Jumeaux rejetés à la naissance

Le sort des enfants jumeaux est dramatique sur la grande île de Madagascar. Les histoires racontées à leur sujet sont incroyables. Les jumeaux sont tués, maudits par la société et rejetés par leurs parents! Cette pratique est courante surtout dans une ethnie du sud de l'Ile, dans la région de Mananjaryles jumeaux sont tabou et de ce fait rejetés à la naissance.

Enfants malgachesSur la côte Est de Madagascar, à Mananjary, l'ethnie Antaimbahoaka rejette toujours, dès la naissance, les jumeaux. Ils sont signes de mauvais présage. À une autre époque, les enfants étaient tués, aujourd'hui ils sont "seulement" abandonnés. Des associations les prennent en charge et se battent pour éradiquer cette coutume (...)L'abandon des jumeaux est un drame qui marque à jamais la vie des enfants et des parents, mais les mentalités ont quand même évolué. À une autre époque, l'interdit était tellement fort que les enfants étaient purement et simplement éliminés. Un lieu de la ville porte même le nom de «boue puante».C'est dans ces marais que les bébés étaient noyés. Aujourd'hui, on ne parle plus d'infanticide, mais les maltraitances demeurent.

En vain plusieurs associations de droits de l'homme se battent pour prouver aux populations locales que les jumeaux sont "comme les autres enfants" capables d'étudier et d'être des membres à part entière de la communauté. Elles ont réussi à sauver des vies, car les enfants tabou ne sont plus tués mais abandonnés, rejetés. Voilà qui fait l'affaire des familles en recherche d'enfants à adopter. «Il y a un siècle, leur crâne aurait été fracassé sous les sabots des zébus. Ainsi le veut l'implacable coutume des Antambahoaka». Mais pourquoi les Malgaches persévèrent-ils dans cet interdit? Ils s'y soumettent tout simplement parce que leurs parents l'ont toujours fait! Dans ce contexte, il n'est pas facile de changer de mentalité.

Filles malgaches de TanàA Madagascar, la légende de la malédiction se transmet de génération en génération. Elle est tellement enracinée dans le subconscient culturel que certaines ethnies ne peuvent s'en débarrasser sans se faire violence. Il suffit de visiter le Centre d'accueil et de transit des jumeaux abandonnés (CATJA) de Mananjary pour s'en convaincre. Cette structure créée en 1984 s'efforce de changer la coutume malgache et prend soin des jumeaux abandonnés. Ce qui ne laisse indifférents certains parents sensibles. En effet, certaines mères souffrent de voir disparaître leurs enfants qu'elles n'ont pas pu garder en famille. Elles craignent les représailles de leurs ancêtres. Mais Madagascar n'est pas le seul pays qui cultive cet étrange comportement. Voir aussi ce qui est pratiqué en Angola.

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Rituel et culte des jumeaux

L'un des cultes des jumeaux les plus éloquents se trouve chez les Yoruba qui forment la population la plus importante du Nigeria. Patrilinéaires, ils vivent au sud-ouest du pays. En effet, les statuettes "Ibeji" sont très répandues chez les Yeruba. Si un des jumeaux meurt dés sa prime enfance, on lui sculpte une statue "Ibeji". Si les deux jumeaux meurent on leur fait sculpter deux statues. Parfois on ajoute sur les statues des bracelets, des perles, des cauris. Les cauris symbolisent la richesse. Parfois les statuettes sont vêtues de chapeaux et de robes. Périodiquement, la mère lave les "ibeji", les recouvre de cosmétiques et les nourrit aux périodes auxquelles les "ibeji" doivent être honorés. L'extrait suivant en dit plus.

Accueil Steckling à Jos, NigeriaDans certaines régions [au Nigeria], les jumeaux sont considérés comme étant les enfants du dieu du tonnerre. Comme dans beaucoup de pays africains, les jumeaux sont à la fois craints ou porteurs de chance si les devoirs rituels ont été remplis avec satisfaction. Pour empêcher les causes de troubles qui pourraient être occasionnées par des jumeaux, la mère doit suivre les rituels. Elle ne doit pas oublier d'emporter les "Ibeji" avec elle si elle continue de danser et faire l'aumône pour eux. Une fête annuelle importante est célébrée pour ces enfants. Les mères concernées dansent et chantent contre un peu d'argent dont la part doit être égale pour chacun des deux enfants. Les "Ibeji" sont placés sur l'autel familial des jumeaux ou dans un récipient qui se trouve dans la chambre à coucher de la mère.

Telle est la place des jumeaux chez les Yoruba où les sociétés plus ou moins secrètes ont leurs propres cérémonies et exercent divers pouvoirs. Telle est aussi la réalité au sujet du mystère que sont les enfants jumeaux en Afrique. Nombreuses sont les études sur la toile mondiale ou Internet qui montrent que globalement la naissance de jumeaux est considérée comme un phénomène anormal. Cette conception se vérifie surtout à travers l'étude comparative des coutumes, appellations, rites qui existent dans les différents pays d'Afrique. «Certaines ethnies tuent l'un des jumeaux, meurtre qui s'accompagne toujours d'un rituel. Le rituel montre la sacralisation non seulement des jumeaux, mais des parents». Voir détails d'info à cette source.

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