Aimer, servir et témoigner

 

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2.2. Appel à aimer, servir et témoigner

L'Église est à la fois "koinônia" et "diakônia". Nous voulons nous arrêter à l'appel à servir dans l'Église, c'est-à-dire à l'instant où l'amour devient concret. A la personne consacrée in­combe un service tout parti­culier, corres­pondant au poste qu'elle occupe dans l'Église et aux choix radicaux effectués par elle. Appelée à un super ser­vice, la personne consacrée doit servir plus et servir mieux, parce que, par la sequela christi, elle s'est libé­rée de tout ce qui constitue obstacle au service d'autrui.

 


a) Service du témoignage

L'homme d'aujourd'hui est le plus grand men­diant de Dieu. Mais pour trouver Dieu il a besoin de témoins. La personne consa­crée ne saurait répondre à ce besoin du monde sans être témoin de l'absolu de Dieu, signe de l'amour de Dieu, de sa puissance et de sa joie.

Témoin de l'absolu de Dieu. La personne consacrée est par ex­cel­lence le signe de Dieu là où on ne croit plus en Dieu; le signe de la pré­sence divine là où on ne perçoit plus Dieu; le signe de l'Ab­solu de Dieu là où on croit dans le mondain seulement. Avec la radicalité de ses choix elle crie au monde, de manière plus forte, l'absolu de Dieu.

Signe de l'amour de Dieu. La personne consacrée révèle Dieu en tant que chargé d'amour et donateur de l'amour. Ne pas aimer non seulement trahit l'essence de la vie consacrée, mais aussi sa mis­sion, celle d'être révélation de l'amour de Dieu sur la terre. Devant la haine et la violence du monde la personne consacrée doit être capable de créer l'amour, parce qu'elle s'approche toujours de la source d'amour.

Signe de la puissance de Dieu. Devant le monde contemporain qui ne croit plus facilement qu'aux réalités technologiques, la per­sonne consacrée doit faire voir la puissance de Dieu en montrant ce que Dieu a fait en elle; et ce dont Dieu est capable d'opérer à travers celui qui se confie à lui. Etre capable de contempler les merveilles de Dieu et d'aider les autres à recevoir ses grâces.

Signe de la joie de Dieu. Qui s'ap­proche de Dieu s'ap­proche de la source de joie. La joie intérieure, fruit de la continuelle commu­nion avec le Christ, doit se manifester en un complexe d'attitudes externes de bonté, du beau trait, de sou­rire. Un sourire qui soit le signe du sourire de Dieu. Pourquoi avoir toujours le visage du vendredi saint comme si le Christ n'est pas ressuscité! Notre so­ciété a besoin de personnes consacrées joyeuses, capables de rayonner et de faire rayonner la joie auprès de qui les rencontrent. La tristesse prolongée laisserait penser qu'on s'est trompé de voie et qu'on ne fait pas la volonté de Dieu.

 


 

b) Service de l'évangélisation

Aux disciples Jésus à donné le mandat d'évangélisation. Pour Matthieu et Marc, l'évangéli­sation signifie "annoncer au monde l'Évangile" (Mt 28, 19; Mc 16, 15). Pour Luc, au contraire, elle si­gnifie "être témoin du Christ" (Ac 1, 8). La si­gnification de ces textes est complémentaire. En effet, comment peut-on évangéli­ser sans té­moigner? Et comment peut-on témoigner sans sentir le be­soin d'an­noncer la Bonne Nouvelle ?

Évangélisation par le témoignage. La vie de la personne consa­crée doit être une évangélisa­tion en acte. Tous doi­vent comprendre qu'elle témoigne du Christ, annonce le Christ par sa vie, parle comme le Christ, aime comme lui et agit comme lui. Ceux qui ren­contrent la personne consacrée doivent décou­vrir le Christ. Elle est "un autre Christ".

Témoigner par l'Évangélisation. La personne consacrée doit évangé­liser en témoi­gnant. Il faut savoir rendre compte de sa propre espérance (1 P 3, 15). De fait, comment la personne consa­crée peut-elle avoir fait l'expérience du Christ sans sentir le be­soin de la communiquer? On pourrait la mettre en doute.

Évangéliser avec puissance. L'évangélisation-témoignage n'est pas une action humaine, mais un mouvement de l'Esprit de Dieu. La puissance évangélisatrice est directement proportion­nelle à la sainteté de la personne consacrée, à son témoignage de vie, à sa prière, à sa disponibilité au sacrifice et à la souffrance, ainsi qu'à la capacité de communion fra­ternelle. Elle est encore condi­tionnée par plusieurs autres facteurs: la culture, la préparation pédago­gique, la capacité de dialogue, la capacité d'adaptation aux per­sonnes et aux situations, l'expé­rience, le caractère de la personne consacrée, etc. Ces facteurs ne valent rien sans la mouvance de l'Esprit Saint qui conduit l'Église.

 


 

c) Service de la prophétie et de la promotion humaine

La personne consacrée doit être une prophétie vivante. Elle a fait des choix d'humilité, elle est un évangile vivant: elle conteste le monde et annonce la réalité du monde fu­tur. Elle ne doit pas hési­ter à marcher à contre-courant de la vie ordinaire. Au risque de sa vie comme tout bon prophète.

Quoiqu'il en soit, par son action l'Évangile vise à créer l'homme intégral, l'homme parfaitement humain, qui réalise toutes les di­mensions de son être, spécialement la dimension plus profonde qu'est l'ouverture à Dieu. Cela suppose deux choses: une libéra­tion de tous les escla­vages externes (misère, faim, esclavage poli­tique, économique, etc.); mais la créa­tion intégrale de l'homme suppose surtout la libéra­tion de l'homme de divers esclavages in­ternes ou idoles.

La personne consacrée, appelée par vocation à servir l'homme, doit orienter son service vers ces deux objectifs. Elle doit aider les gens à se libérer de l'esclavage externe et interne[1]. En d'autres termes, la personne consacrée doit être un éducateur, un forma­teur des consciences, un "construc­teur" des hommes.


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[1] Cf. de MARTINI N., Qualcuno mi ha chiamato, 3a Ediz., Torino, EDC, 1990, p. 123-164.