Compréhension
1.
Préalable
Pour
appréhender la mission spirituelle de la vie consacrée dans toute sa
complexité, il convient préalablement de clarifier certains concepts
notamment la consécration et le témoin.
1.1.
Personne consacrée
Par
essence, "consacrer" (rendu sacré, saint, oint) est un acte
réservé à Dieu et à sa libre initiative. Dieu appelle et met à part
une personne ou un groupe de son choix. Ainsi, établi dans une relation
privilégiée, l'homme s'efforce désormais pour Celui à qui il appartient.
De fait, au fond de la notion de consécration se trouve celle d'appartenance
stricte à Dieu en vue de son service d'amour.
Dans
la Constitution dogmatique Lumen
Gentium, le Concile Vatican II utilise le terme consécration
dans le sens constant de "donation intégrale de soi". Par
conséquent, tous sont consacrés: le Christ (n° 28), le peuple de Dieu
(n° 10), les évêques (n° 21), les prêtres (n° 28), les laïcs (n° 34)
ainsi que le monde lui-même. Chacun reçoit de Dieu la mission d'étendre
son Royaume. Mais le Concile parle aussi de consécration dans la vie
religieuse.
La
consécration religieuse exige une vie réellement consacrée dans la
liberté et l'amour intense en acte et en vérité. "A l'image de
Jésus, Fils bien-aimé "que le Père a consacré et envoyé dans le
monde" (Jn 10, 36), ceux que Dieu appelle à sa suite sont eux aussi
consacrés et envoyés dans le monde pour imiter son exemple et poursuivre
sa mission" (VC 72). Aussi la consécration est-elle vécue comme
une "sequela Christi"
qui s'exprime en un triple amour: suivre le Christ chaste, pauvre et
obéissant.
Par
ce dépouillement, la personne consacrée a tout donné au Seigneur à qui
elle appartient; elle ne dispose plus de sa vie comme elle le veut.
En d’autres termes, comme dit Cantalamessa, “nous ne nous appartenons
plus, nous appartenons au Seigneur; c’est pourquoi nous ne pouvons plus
disposer de notre corps selon notre bon vouloir, pour une satisfaction
qui est une fin en soi. Cela est une profanation du temple de Dieu,
c’est une “désacralisation”, le contraire exact de la consécration”.
Une
telle consécration ne pourrait se réaliser que quand l'appelé demeure
associé à l'appartenance totale que le Christ ne cesse de reconnaître
face à son Père.
Ceci implique nécessairement un engagement apostolique dans l’Église.
De fait, la consécration n’est jamais une fin en soi. On est toujours
consacré pour quelque chose, dans un but. Dieu ne consacre que pour
sa mission. Or, la mission consiste à "rendre présent au monde
le Christ lui-même". Un appel à être témoin du Règne.
1.2.
Un témoin
Le
concept de consécration se comprend mieux dans son lien avec celui de
témoin. Or, “témoigner, c’est attester la réalité d’un fait, en donnant
à son affirmation toute la solennité qu’exigent les circonstances”.
Dans le christianisme le témoin atteste par sa vie que le Christ est
venu et il est ressuscité.
En
effet, le témoin est la personne qui a fait l'expérience de Dieu. Nous
trouvons l’exemple typique au début de la première Lettre de saint Jean:
“Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que
nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mais
ont touché du Verbe de vie (...) nous vous l’annonçons, à vous aussi”
(1, 1-3). Le témoin a été bouleversé par cette expérience et il sent
le besoin irrésistible d'annoncer son expérience de Dieu aux autres;
il réussit avec une puissance humainement inexplicable à bouleverser
et à provoquer la conversion des autres, l’adhésion à la foi chrétienne.
Témoin
fidèle par excellence, fondement de toute consécration, Jésus est venu
dans le monde pour rendre témoignage à la vérité (Jn 18, 37). En effet,
il témoigne de ce qu’il a vu et entendu auprès du Père (Jn 3, 32),
contre le monde mauvais dans ses oeuvres (Jn 7, 7), et il témoigne de
ce qu’il est lui-même: la lumière du monde (Jn 8, 12-14). Constitué
témoin du Christ devant tous les hommes (Ac 22, 15), Paul l’apôtre des
nations, à l’instar des Douze, atteste partout la résurrection de Jésus
(1 Cor 1, 6). Ce qui ne va pas sans souffrance ou martyre. A cause du
nom et de la parole de Jésus.
Aussi,
demander aux disciples d’être des témoins dans l’aujourd’hui de l’Afrique,
c’est leur exiger de se comporter à la manière du Maître et des Apôtres,
témoins de la vérité, de la justice et de la réconciliation de Jésus
Christ pour tous les peuples.
La
personne consacrée doit avoir le courage non seulement de la fidélité
au Christ et à l’Évangile mais aussi de la communion, ou mieux de son
identité profonde. Sans ambiguïté elle doit dire ce qu’elle est réellement
à la face du monde malgré les vicissitudes de la vie missionnaire.
Cette vision prophétique exige de la personne consacrée, au sein de
sa communauté, "audace, liberté pour dénoncer et redresser certaines
malformations culturelles et soupçons qui divisent, sèment la discorde,
la méfiance et les mésententes entraînant parfois des contre-témoignages
évangéliques et le manque d'épanouissement de certaines consacrées".
Ainsi rend-elle présent au monde le Christ.
Avec
cette circonscription de la consécration, nous pouvons poser aisément
quelques considérations relatives à l'apostolat des personnes consacrées,
lequel gravite autour de la personne de Jésus Christ.
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