Compréhension

 

Introduction Spiritus Service Signe Eglise Conclusion

1. Préalable

Pour appréhender la mission spirituelle de la vie consacrée dans toute sa complexité, il convient préalablement de clarifier certains concepts notamment la consécration et le témoin.

 

1.1. Personne consacrée

Par essence, "consacrer" (rendu sacré, saint, oint) est un acte ré­servé à Dieu et à sa libre initiative. Dieu appelle et met à part une personne ou un groupe de son choix. Ainsi, établi dans une relation privilégiée, l'homme s'ef­force dé­sor­mais pour Celui à qui il appartient. De fait, au fond de la notion de consécration se trouve celle d'appartenance stricte à Dieu en vue de son service d'amour[1].

Dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium, le Concile Vatican II utilise le terme consécration dans le sens constant de "do­nation intégrale de soi". Par conséquent, tous sont consacrés: le Christ (n° 28), le peuple de Dieu (n° 10), les évêques (n° 21), les prêtres (n° 28), les laïcs (n° 34) ainsi que le monde lui-même. Chacun reçoit de Dieu la mission d'étendre son Royaume. Mais le Concile parle aussi de consé­cration dans la vie religieuse.

La consécration reli­gieuse exige une vie réellement consa­crée dans la liberté et l'amour intense en acte et en vérité. "A l'image de Jésus, Fils bien-aimé "que le Père a consacré et envoyé dans le monde" (Jn 10, 36), ceux que Dieu appelle à sa suite sont eux aussi consacrés et envoyés dans le monde pour imiter son exemple et poursuivre sa mis­sion" (VC 72). Aussi la consécration est-elle vécue comme une "sequela Christi" qui s'exprime en un triple amour: suivre le Christ chaste, pauvre et obéissant.

Par ce dépouillement, la personne consacrée a tout donné au Seigneur à qui elle appartient; elle ne dis­pose plus de sa vie comme elle le veut. En d’autres termes, comme dit Cantalamessa, “nous ne nous appartenons plus, nous appartenons au Seigneur; c’est pourquoi nous ne pouvons plus disposer de notre corps selon notre bon vouloir, pour une satisfaction qui est une fin en soi. Cela est une profanation du temple de Dieu, c’est une “désacralisation”, le contraire exact de la consécration”.

Une telle consécration ne pourrait se réaliser que quand l'ap­pelé demeure asso­cié à l'appartenance totale que le Christ ne cesse de reconnaître face à son Père[2]. Ceci im­plique nécessairement un engagement apostolique dans l’Église. De fait, la consécration n’est jamais une fin en soi. On est tou­jours consacré pour quelque chose, dans un but. Dieu ne consacre que pour sa mission. Or, la mission consiste à "rendre présent au monde le Christ lui-même". Un appel à être témoin du Règne.

 


1.2. Un témoin

Le concept de consécration se comprend mieux dans son lien avec celui de témoin. Or, “témoigner, c’est attester la réalité d’un fait, en donnant à son affirmation toute la solennité qu’exigent les circons­tances”[3]. Dans le christianisme le témoin atteste par sa vie que le Christ est venu et il est res­suscité.

En effet, le témoin est la personne qui a fait l'expérience de Dieu. Nous trouvons l’exemple typique au début de la première Lettre de saint Jean: “Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mais ont touché du Verbe de vie (...) nous vous l’annonçons, à vous aussi” (1, 1-3). Le témoin a été bouleversé par cette ex­périence et il sent le be­soin irrésistible d'annoncer son ex­périence de Dieu aux autres; il réussit avec une puissance humainement inex­plicable à bou­le­verser et à provoquer la conversion des autres, l’adhésion à la foi chrétienne.

Témoin fidèle par excellence, fondement de toute consécra­tion, Jésus est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité (Jn 18, 37). En effet, il témoigne de ce qu’il a vu et en­tendu auprès du Père (Jn 3, 32), contre le monde mauvais dans ses oeuvres (Jn 7, 7), et il témoigne de ce qu’il est lui-même: la lumière du monde (Jn 8, 12-14). Constitué témoin du Christ devant tous les hommes (Ac 22, 15), Paul l’apôtre des nations, à l’instar des Douze, atteste partout la résurrection de Jésus (1 Cor 1, 6). Ce qui ne va pas sans souffrance ou martyre. A cause du nom et de la parole de Jésus.

Aussi, demander aux disciples d’être des témoins dans l’au­jourd’hui de l’Afrique, c’est leur exiger de se comporter à la ma­nière du Maître et des Apôtres, témoins de la vérité, de la jus­tice et de la réconciliation de Jésus Christ pour tous les peuples.

La personne consacrée doit avoir le courage non seulement de la fidélité au Christ et à l’Évangile mais aussi de la communion, ou mieux de son identité pro­fonde. Sans ambiguïté elle doit dire ce qu’elle est réellement à la face du monde malgré les vi­cissitudes de la vie missionnaire. Cette vision prophé­tique exige de la personne consacrée, au sein de sa communauté, "audace, liberté pour dé­noncer et redresser certaines malformations culturelles et soup­çons qui divisent, sèment la discorde, la méfiance et les mésen­tentes entraînant parfois des contre-témoignages évangéliques et le manque d'épanouissement de certaines consacrées"[4]. Ainsi rend-elle présent au monde le Christ.

Avec cette circonscription de la consécration, nous pouvons poser aisément quelques considérations relatives à l'apostolat des personnes consacrées, lequel gravite autour de la personne de Jésus Christ.

 

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[1] Cf. CANTALAMESSA R., La sobre ivresse de l’Esprit, t. 1, Paris, Desclée de Brouwer, 1995, p. 87-101.

[2] Cf. de CANDIDO L., "Vie consacrée", in Dictionnaire de Vie Spirituelle, Paris, Cerf, 1987, p. 1160-1161.

[3] “Témoignage”, in Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, 1988, col. 1261.

[4] KAMBIRE D.-R., Religieuse africaine et sa mission prophétique aujourd'hui, Kinshasa, 1994-95, p. 39.