2.2. La tâche de reconstruction

 

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L'attitude du Christ doit encourager les personnes consacrées à répondre généreusement à l'invitation du Synode sur la vie consa­crée. Elles doivent "reprendre avec une détermination re­nouvelée la mission de l'éducation, là où c'est possible, dans des écoles de tous les types et de tous les niveaux, dans des Universités et des Instituts d'enseignement supérieur" (VC 97). Cela concerne bien sûr en premier les Instituts dont le charisme spécifique est l'ensei­gnement ou l'éducation. Mais puisque tous sont au contact de la jeunesse, chacun doit avoir sa part de responsabi­lité dans la re­construction de ce monde. Il faut s'engager da­van­tage afin que les jeunes grandissent harmonieusement dans la re­cherche des voies de Dieu.

Aussi, avec perspicacité les personnes consacrées doivent-elles être une ré­ponse effi­cace, en occurrence, au récent phénomène d'enfants de la rue dont les causes principales sont entre autres l'éclatement de la famille, l'échec scolaire et la pauvreté. Selon Annie Ikwala de la Divine Providence, ces enfants sont des révoltés contre la vie nor­male, la famille, la société et même contre Dieu: "Pour eux, Dieu n'existe pas; si Dieu existait, ils ne souffriraient pas ainsi"[1]. Et pourtant ils sont pleins de solidarité entre eux et ils ont be­soin de rencontrer des personnes qui les aiment et les écoutent, qui les enca­drent et les orientent vers une vie meilleure. Comme on peut le deviner, la réussite d'une telle entreprise dépend en gros de la qualité de notre dialogue avec cette jeunesse meur­trie. Ce qui per­mettrait de découvrir leurs vraies attentes. Or dialo­guer n'est pas un exercice facile.

Le véritable dialogue suppose trois attitudes fonda­men­tales: savoir écouter, reconnaître l'autre comme un interlo­cuteur valable et répondre "au vrai de la demande". La forma­tion devrait aider les personnes consacrées à cultiver davantage ces disposi­tions indis­pensables pour la vie mission­naire. Le but étant de dé­couvrir et d'accomplir ensemble la vo­lonté divine, le véritable évan­gélisateur doit écouter humble­ment, patiemment, avec tout son coeur et en renonçant à son esprit propre et à toute théorie. En effet, le dia­logue exige qu'on accueille l'autre à la manière du Christ qui s'est identifié aux pauvres dans sa vie terrestre. En d'autres termes, le dialogue nous permet de recevoir l'autre comme personne hu­maine, à la fois différente et semblable à nous, ayant ses qualités et ses li­mites, capable de nous apprendre quelque chose de sa vie.

Aussi le véritable dialogue doit-il permettre non pas de suggé­rer nos solutions parfois inadaptées à l'autre mais de l'aider réelle­ment à être lui-même, authentique, c'est-à-dire image de Dieu. Alors l'autre devient pour nous "quelqu'un qui demande à être écouté jusqu'au bout, une personne dont on cherche à sai­sir le vrai besoin par-delà la forme des mots et qui a faim d'être écoutée et aimée pour elle-même, jusqu'à trouver confiance en elle-même et par le fait même trouver les réponses qu'elle porte". On ne sau­rait y arriver sans la confiance réciproque et sans le respect de l'autre. Ce qui nous manque le plus souvent.

Voilà qui fait que nous ne soyons réellement réponse aux signes des temps dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui. Seule l'école de Jésus, celle de "l'amour sans fron­tière", pourra nous aider à nous engager plus efficacement, "pour que le monde devienne plus serein et plus capable d'ac­cueillir Dieu et, en Lui, tous ses fils et toutes ses filles" (VC 106).

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[1] Extrait d’une lettre à ses consoeurs (Kinshasa, le 31 octobre 1996).