2.4.
Le rôle spécifique de la femme
"Un pays qui laisse mourir de froid ses enfants et de faim ses vieux hommes; un pays qui préfère ses aïeux à ses vivants et installe ses hôpitaux dans des ruines historiques (...); un pays qui déterre ses morts pour ses les lancer à la tête; un pays dont l'hymne n'est plus jamais chanté que par les uns contre les autres et dont chacun tire à soi le drapeau, j'aimerais bien que ce ne fût pas le mien" (G. SESBRON) En
nous appropriant cette pensée de Sesbron nous nous sentons en droit,
après ce survol sur la façon d'être réponse aux signes des temps, de reconnaître
et de donner à la femme la place qui lui revient dans l'édification de
l'Église. Le corps du Christ doit être une réponse aux problèmes brûlants
d'aujourd'hui: la pauvreté grandissante, les coups d'états militaires,
la guerre, l'instabilité politique et économique, la corruption, la prostitution,
etc. Nous voulons parler
de la femme consacrée qui, par son fiat au Seigneur, n'est qu'abandon
et dévouement. Quel serait son apport à la reconstruction de notre société? Malheureusement,
certains écrivains ne présentent souvent la femme que négativement comme
étant celle qui apporte le péché au monde. Et pourtant, selon la logique
de l'anthropologie africaine, la femme est celle qui donne la vie, qui
la sauve, la nourrit, l'éduque et l'entretient. Celle consacrée joue un
rôle vital et irremplaçable dans la distribution des dons de l'Esprit,
de la formation et la direction spirituelle de la communauté chrétienne.
Son apport est précieux dans la liturgie, la prière, l'Eucharistie, dans
l'administration de l'Église[1]. Ne
voir la femme que sous l'angle négatif de l'existence, c'est ignorer la
place unique de Marie dans le mystère du salut. C'est aussi oublier gravement
la beauté des femmes de l'Évangile, celles qui suivirent fidèlement l'appel
du Christ. Il suffit de penser à la Samaritaine ou à Marie de Magdala
pour découvrir le véritable coeur de la femme authentique: un coeur qui
aime grandement et témoigne activement de Jésus. La lettre Apostolique
de Jean-Paul II sur la dignité et la vocation de la femme, "mulieris
dignitatem", nous en dirait davantage. "La façon d'agir
du Christ, l'Évangile de ses oeuvres et de ses paroles, est une protestation
cohérente contre ce qui offense la dignité de la femme. C'est pourquoi
les femmes qui se trouvent dans l'entourage du Christ se redécouvrent
elles-mêmes dans la vérité qu'il "enseigne" et qu'il "fait",
même lorsque c'est une vérité sur leur "condition de pécheresse"
(n° 15). Mais
pourquoi des femmes ont-elles été les premières averties de la résurrection?
Jésus aurait pu se manifester directement à ses disciples, et le tombeau
vide être découvert par n'importe qui, puisque le témoignage des femmes
n'avait pas de valeur juridique chez les Juifs. Il faut le reconnaître
avec France Quéré, "chaque évangéliste prend soin de noter que les
femmes ne sont pas allées clamer la nouvelle n'importe où. Elles ont évité
la dispersion parmi des foules, qui sont inconstantes et sujettes au
délire. Cet événement devait être porté par des témoins sûrs: des femmes,
fidèles accompagnatrices des disciples choisis et confirmés, puis des
évêques et des prédicateurs ordonnés"[2].
A
la lumière de ces femmes qui offrent le premier témoignage de la foi et
la plus vivante réponse de l'humanité à l'appel de la grâce, la femme
consacrée d'aujourd'hui doit être le témoin fidèle du Christ de par son
style de vie, témoin de fidélité à sa consécration. Dans un monde de relativisme,
elle doit aimer sa vocation, son institut ou sa famille religieuse, sa
société avant même de s'engager pour elle. On ne donne le meilleur de
soi-même qu'à celui ou celle qu'on aime. Voilà qui permet un service désintéressé.
La femme consacrée devrait mettre en évidence son rôle d'être le levain
dans la pâte au sein d'une société tiraillée plutôt que de se lancer
sans cesse dans des polémiques autour de l'émancipation de l'être féminin.
Ce qui en réalité n'est que l'expression d'un complexe d'infériorité par
rapport à l'homme. Avec
sa sensibilité de mère, elle contribuerait plus efficacement à modifier,
en l'occurrence, le comportement des danseuses exploitées par les vedettes
de la chanson africaine, la conduite des enfants de la rue qui ont besoin
de tant d'affection, ainsi que l'attitude des femmes exploitées naïvement
par des sectes religieuses qui envahissent le monde. La
femme est bien sûr victime des traditions ou de la mentalité africaine.
Mais la femme consacrée doit, en vertu de sa mission prophétique, marcher
à contre courant en dénonçant les injustices de la société. Elle doit
combattre vigoureusement, par exemple, la pratique de la dot qui devient
de plus en plus un moyen d'autofinancement pour les parents de la fille.
Ce qui explique parfois le célibat de longue durée chez bon nombre de
jeunes. Curieusement, la dot est pratiquée même dans certaines congrégations
au Congo. Nous pourrions la qualifier de "dot religieuse". Voilà
qui détruit le sens de donation totale au Christ. Les congrégations pensent
se débarrasser du parasitisme familial en donnant une somme considérable
aux parents de la fille qui désire partager leur style de vie (aide matérielle
à la famille). L'intéressée s'en réjouit parce qu'elle se compare aux
autres filles appelées au mariage et parce qu'elle pense être libérée
de la pression familiale. Or, en Afrique, loin de couper les liens entre
les partenaires, la dot les renforce. Elle unit les familles impliquées.
Cette ignorance prouve que le réflexe d'inculturation de la vie consacrée
en Afrique doit commencer par l'initiation sérieuse aux cultures africaines.
Que savons-nous de nos cultures et de nos mentalités africaines?
Certes,
comme dit Claire Mbuyi, "Il faut d'abord un changement de mentalité
chez la femme elle-même. La femme doit nécessairement prendre conscience
de sa propre dignité de personne humaine et désirer la libération tout
en s'engageant elle-même pour sa propre cause"[3].
Cela concerne aussi les femmes consacrées. Une preuve éloquente d'esclavage
féminin, c'est le fait de continuer à s'habiller en religieuse alors qu'on
ne l'est plus! Ne serait-ce pas un complexe d'identité? Et quand l'habit
sert de laissez-passer, la vie consacrée tombe en ruine et les personnes
consacrées cessent d'être des signes d'espérance pour l'Église et pour
le monde. |