Quelques critères de discernement

 

Introduction Témoignage Rêve Vision Vertus Quoi? Conclusion

II.2. Suivant les critères généraux et personnels

Pour Mülhen, les critères qui permettent de reconnaître l’opé­ra­tion de l’Esprit Saint en nous sont d’une part, les critères gé­néraux (communs), de l’autre personnels. Puisque nul ne peut prétendre avoir une certitude absolue de l’action de l’Esprit en lui, l’aide des autres est indispensable en matière de conduite spirituelle.


a. Critères généraux

Accord avec la parole de Dieu et l’enseignement de l’Église. D’après ce premier principe, “les inspirations de l’Esprit Saint se produisent toujours dans le cadre préalable des affirmations de foi de la Bible (...). Si donc quelqu’un (malgré le bouleverse­ment person­nel le plus profond) n’est pas disposé à soumettre son expérience de l’Esprit au jugement spirituel de l’Église en­tière, c’est là un signal certain qu’il suit davantage (ou totale­ment) ses tendances propres que l’impulsion de l’Esprit saint”[1]. Dans son témoignage, Christophe ne cache point son élan d’ou­verture aux autres en vue de se faire aider. Il n’a pas la source de la foi en acte pour que personne ne puisse lui enseigner. La preuve la plus éloquente, c'est le fait d'accepter que son expé­rience soit rendue publique en dépit de quelque hésitation mani­festée. Christophe ne voudrait surtout pas s’abandonner à un enthousiasme exalté.

Service de construction de l’Église et du monde. Les dons spiri­tuels sont pour l'unité de tous. "Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous" (1 Co 12, 7), "pour l'édification de l'assemblée" (1 Co 14, 12). La division ne vient jamais de l'Esprit. Par rapport à ce critère, nous constatons que Christophe est habité par le désir d'améliorer sa vie chrétienne personnelle et d'édifier son milieu par son témoignage de vie. Il se montre dévoué et disponible aux appels de l'Église, et il per­çoit à temps le glissement, l'éloigne­ment de son groupe de vie.


b. Critères personnels

Mais la rencontre de Dieu est avant tout une relation person­nelle. Même sans l'aide des autres, celui qui fait l'expérience de Dieu peut découvrir en lui-même le "fruit de l'Esprit" et la puis­sance de l'Es­prit hostile à Dieu. La lettre aux Galates nous aide à distinguer clai­rement les oeuvres de Dieu de celles de Satan (cf. 5, 19s). Essayons de survoler les trois premiers fruits de l'Esprit de Dieu

L’amour. Le motif du primat de la charité est bien connu; la manquer, c’est être compté pour rien (cf. 1 Co 13). Christophe re­connaît cette vertu comme fruit de l'Esprit. Il rayonne le dés­intéres­sement, le don de soi, l'abandon au Christ comme indi­qué plus haut. Relevons néanmoins une inquiétude.

Christophe avoue qu'il est devenu homme de foi, qui s'attache solidement au Christ. Nulle part cependant il reconnaît avoir ob­tenu une guérison physique grâce à sa prière d'intercession, pour ne prendre que cet exemple. Est-ce par humilité qu'il se tait sur ce point, ou parce qu'il le juge moins important ? De fait, la charité vaut plus que la foi "qui transporte les mon­tagnes". Mais que fait-il d'ex­traordinaire dans la pratique de sa charité ?

La joie. Elle est l’une des manifestations de l’amour. On ne peut ni la produire ni la vouloir, car elle est un “fruit” et un don. En effet, la joie dont nous parlons n’est pas celle qui est causée par un objet de satisfaction extérieur à soi. Au contraire, elle “vient de la communion avec Dieu et avec d’autres hommes, elle n’a rien à voir avec un enthousiasme superficiel, la griserie ou l’euphorie. Elle n’est pas surtout dans le sentiment, elle saisit l’­homme tout entier, ses souffrances inclusivement. Elle ne se manifeste pas non plus en premier lieu dans le sentiment du moi, elle embrasse les autres hommes, elle est une expérience sociale”[2].

Christophe semble expérimenter cette joie. Il l’éprouve pen­dant les heures de prière et sent l’envie de l’exprimer dans son entourage. Il l’éprouve même dans la souffrance. Ce qui donne à sa joie une si­gnification profonde. L’apôtre des nations s’est ré­joui aussi de ses souffrances (cf. Col 1, 24). Une telle joie s’ex­plique par le fait que “la souffrance du chrétien n’est jamais sans espérance”. Christophe en fait réellement l’expérience.

La paix. “Si la joie vient de la communion, la paix vient de l’ordre, de l’accord avec la volonté de Dieu et avec les autres hommes (...) Celui qui permet à l’Esprit saint de pénétrer en ses profondeurs demeure serein, abandonné, libre du souci et de l’an­goisse exagérés”[3]. Signe de la conformité à la volonté de Dieu et signe de la victoire du Christ, la paix est conséquence de la lutte avec les puissances hostiles à Dieu (cf. Éph 6, 15).

Christophe reconnaît avoir manqué de paix avant son rêve. Nous pensons que l’inquiétude éprouvée pendant cette période était un signe de la présence de l’Esprit Saint en lui. Elle l’a poussé à écouter le témoignage de foi d’autrui qui changera toute sa vie. Et quand commence la vie nouvelle, sa paix n’est pas constante. Il la perdra pendant la sécheresse qui précède la seconde rencontre. Et pourtant nous ne perdons pas la paix qui est don de l’Esprit, “même si exté­rieurement nous sommes en butte à des conflits et à des résistances” ! Cette perte pourrait s’expliquer par l’expérience du péché, quand le manque de per­sévérance dans les voies de Dieu cède place aux im­pulsions humaines. Là encore, l’inquiétude, conséquence de la rup­ture avec Dieu, est une présence de l’Esprit Saint. 


Aussi, d’après tous ces critères, le récit de Christophe révèle-t-il plus les traces de Dieu que les impulsions humaines. Quoiqu’il en soit, son courage de témoigner est indubitablement la preuve de l’authenticité de son expérience. Beaucoup esti­ment qu’une expé­rience de Dieu est nuisible”. Il reste cependant à vérifier si sa vie quotidienne manifeste réellement et effecti­vement un attachement au Christ. Car, "si nous disons : 'Nous sommes en communion avec lui', tout en marchant dans les té­nèbres, nous mentons et nous ne faisons pas la vérité" (1 Jn 1, 6). Christophe serait en erreur s’il se prenait déjà pour un par­fait à cause des phénomènes extraordinaires qu’il a vécus. “Au témoignage même des mystiques, ce sont là des phénomènes accessoires qui ne constituent pas la sainteté, et, aux­quels il ne faut pas prétendre; la voie de la conformité à la volonté de Dieu est beaucoup plus sûre et plus pratique”[4].

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[1] MÜLHEN H., “Vous recevrez le don du Saint Esprit”. Le renouveau spirituel, vol. 1, Introduction et orientation, Paris, Centurion, 1982, p. 185-186.

[2] Ibid., p. 190.

[3] Ibid., p. 191.

[4] TANQUEREY A., Précis de théologie ascétique et mystique , 10e éd., .Paris, Desclée et Cie, 1924, p. 207.