Quelques critères de discernement
Pour
Mülhen, les critères qui permettent de reconnaître l’opération de
l’Esprit Saint en nous sont d’une part, les critères généraux (communs),
de l’autre personnels. Puisque nul ne peut prétendre avoir une certitude
absolue de l’action de l’Esprit en lui, l’aide des autres est indispensable
en matière de conduite spirituelle.
Mais
la rencontre de Dieu est avant tout une relation personnelle. Même
sans l'aide des autres, celui qui fait l'expérience de Dieu peut découvrir
en lui-même le "fruit de l'Esprit" et la puissance de l'Esprit
hostile à Dieu. La lettre aux Galates nous aide à distinguer clairement
les oeuvres de Dieu de celles de Satan (cf. 5, 19s). Essayons de survoler
les trois premiers fruits de l'Esprit de Dieu
Christophe
avoue qu'il est devenu homme de foi, qui s'attache solidement au Christ.
Nulle part cependant il reconnaît avoir obtenu une guérison physique
grâce à sa prière d'intercession, pour ne prendre que cet exemple. Est-ce
par humilité qu'il se tait sur ce point, ou parce qu'il le juge moins
important ? De fait, la charité vaut plus que la foi "qui
transporte les montagnes". Mais que fait-il d'extraordinaire
dans la pratique de sa charité ?
Christophe
semble expérimenter cette joie. Il l’éprouve pendant les heures de
prière et sent l’envie de l’exprimer dans son entourage. Il l’éprouve
même dans la souffrance. Ce qui donne à sa joie une signification profonde.
L’apôtre des nations s’est réjoui aussi de ses souffrances (cf. Col
1, 24). Une telle joie s’explique par le fait que “la souffrance du
chrétien n’est jamais sans espérance”. Christophe en fait réellement
l’expérience.
Christophe
reconnaît avoir manqué de paix avant son rêve. Nous pensons que l’inquiétude
éprouvée pendant cette période était un signe de la présence de l’Esprit
Saint en lui. Elle l’a poussé à écouter le témoignage de foi d’autrui
qui changera toute sa vie. Et quand commence la vie nouvelle, sa paix
n’est pas constante. Il la perdra pendant la sécheresse qui précède
la seconde rencontre. Et pourtant nous ne perdons pas la paix qui est
don de l’Esprit, “même si extérieurement nous sommes en butte à des
conflits et à des résistances” ! Cette perte pourrait s’expliquer par
l’expérience du péché, quand le manque de persévérance dans les voies
de Dieu cède place aux impulsions humaines. Là encore, l’inquiétude,
conséquence de la rupture avec Dieu, est une présence de l’Esprit Saint.
Aussi,
d’après tous ces critères, le récit de Christophe révèle-t-il plus les
traces de Dieu que les impulsions humaines. Quoiqu’il en soit, son courage
de témoigner est indubitablement la preuve de l’authenticité de son
expérience. Beaucoup estiment qu’une expérience de Dieu est nuisible”.
Il reste cependant à vérifier
si sa vie quotidienne manifeste réellement et effectivement un attachement
au Christ. Car, "si nous disons : 'Nous sommes en communion avec
lui', tout en marchant dans les ténèbres, nous mentons et nous ne faisons
pas la vérité" (1 Jn 1, 6).
Christophe serait en erreur s’il se prenait déjà pour un parfait à
cause des phénomènes extraordinaires qu’il a vécus. “Au témoignage même
des mystiques, ce sont là des phénomènes accessoires qui ne constituent
pas la sainteté, et, auxquels il ne faut pas prétendre; la voie de
la conformité à la volonté de Dieu est beaucoup plus sûre et plus pratique”[4]. |