Nous sommes le 12/12/2018 et il est 07h14 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Les symboles de Lourdes vécus au Congo/Afrique

(Kingani Nokin Norbert)

Introduction

Chapelains de LourdesJe remercie Mgr Perrier qui a bien voulu rendre ce thème Peuple de toutes les nations (Ap7,9) un signe visible à Lourdes en acceptant notre présence dans les sanctuaires pour témoigner de l’universalité du message de la grotte massabielle. Vous avez la joie de vivre, voir et entendre de la bouche du propre fils de l’Afrique car beaucoup d’entre vous entendent parler des Africains et de l’Afrique mais les connaissent à peine.

L’Evangile est présent en Afrique, au Congo depuis plus de 200 ans mais il existe de nos jours quelques pratiques de la religion traditionnelle dans certains milieux car l’Afrique particulièrement le Congo a plusieurs peuples et présente une pluralité de cultures et de croyances. Il y a des bantous, des semi-bantous, des soudanais, des nilotiques et des pygmées. Plus de 450 langues sont parlées, 4 langues véhiculaires sont retenues (le Lingala, le Kikongo , le Kiswahili et le Tshiluba), signe d’unité du peuple congolais, elles sont aussi des langues liturgiques, en plus, deux langues internationales, l’Anglais(pour les secondaires et université) et le Français (pour les primaires, secondaires et université). La religion traditionnelle africaine utilise des proverbes, des signes et des symboles pour entrer en communion avec le monde divin. Les Africains, en particulier les congolais ont un sens très prononcé de respect des personnes âgées (ce sont des bibliothèques vivantes, signe d’unité entre les vivants et les morts du clan), ils ont une dévotion au sacré, un grand respect aussi aux interdits et aux symboles, cela se vit et se vérifie dans leur respect des totems claniques, chaque clan au Congo a son totem et ses interdits à observer scrupuleusement. Ce totem peut être un animal, un oiseau, une plante, un arbre ou de l’eau (la rivière).

Les signes de Lourdes au Congo

Comment sont vécus les signes de Lourdes au Congo? Ce qui est visible et frappant, beaucoup de signes et symboles utilisés dans la religion traditionnelle africaine sont presque les mêmes et jouent le même rôle spirituel que ceux qu’emploie l’Eglise catholique romaine pour la purification, la bénédiction, la vie... Cas de signes de Lourdes.

Ainsi, le kaolin, l’eau, la pierre et le feu sont les quelques signes et les symboles que nous avons retenus, il y en a tant d’autres. Ceux ci sont utilisés dans l’église catholique romaine comme dans la religion traditionnelle africaine.

a) Le kaolin, qu’est-ce? C’est de l’argile blanche, réfractaire et friable qui entre dans la composition des pâtes céramique, de la porcelaine. Chaque clan a son kaolin qui est gardé chez le chef du clan soit gardé chez le(la) plus âgé(e) du clan, c’est lui qui est le garant de la tradition, c’est lui qui est le trait d’union entre les vivants et les ancêtres (morts).

Le kaolin est signe de l’unité et de l’union, signe de la communion et de reconstruction, signe de restauration et de recomposition du clan avec ses membres et les membres avec le clan. Le geste est appliqué par le chef / le plus âgé, les circonstances sont: longs voyages, maladie dans le clan, le mariage. En ce qui concerne le voyage, la personne (un membre du clan) avant d’effectuer un voyage ou le(la) malade du clan avant d’aller le(la) faire soigner chez les guérisseurs ou à l’hôpital ou encore les nouveaux mariés pour les bénir reçoivent du kaolin. Ce geste s’accompagne toujours d’une parole du bien et de la salive. Un peu comme dans les évangiles où Jésus guérit l’aveugle-né(Jean 9,13), il crache et en fait de la boue et l’applique aux yeux de l’aveugle-né, il prononce une parole ’va te laver’ et ce dernier retrouve la vue.

Avoir la poussière du kaolin sur le corps est un signe de bénédiction, tous les membres du clan ensemble réunis disent les paroles du bien en souhaitant à la personne concernée une bonne réussite, bonne Munimi Modeste et Iwele Léonchance dans sa vie. Ce geste est accepté dans l’église catholique de mon pays. Pendant les ordinations diaconales ou sacerdotales les parents appliquent la poussière du kaolin sur la pomme de main de leur fils/fille en signe d’offrande à Dieu et signe d’envoi en mission [au] nom de tout le clan, moi qui vous parle j’en ai eu. En Afrique un enfant est l’enfant de tout le clan et de tout le monde, toute la communauté du village veille sur lui pour sa bonne croissance.

A Lourdes le signe de kaolin je le rapproche du sacrement de la réconciliation où le pénitent, libéré de ses péchés continue paisiblement son pèlerinage dans les sanctuaires et retourne chez lui très content et satisfait.

b) En ce qui concerne l’eau, elle est d’une valeur inestimable, elle purifie, elle désaltère et elle donne la vie. La purification dans la religion traditionnelle se fait très souvent à la source d’une rivière ou un étang sacré qui est un lieu sacré, protégé, respecté par tous. Ce lieu est réservé à des cérémonies de la purification. Les personnes à purifier sont les jumeaux, les malades, les possédés. Les jumeaux constituent un mythe autour d’eux, ce sont des personnes mystiques, les malades, les possédés, ce sont ceux qui sont envoûtés par les esprits maléfiques. Ces personnes doivent impérativement se rendre à la source (étang), une sorte de pèlerinage pour recouvrer la santé, la vie. Si l’une ou l’autre ne peut s’y rendre à cause de son état, la purification se fait au village avec de l’eau de la source sacrée, on se lave et on la boit. (On peut même en faire une neuvaine, c’est-à-dire répéter les mêmes gestes pendant neuf jours ou le répéter neuf fois le jour).

Ce sont les signes que Bernadette avait fait à la grotte Massabielle le 25 Février 1858, boire et se laver le visage. En posant cet acte avec confiance (foi) on sort guéri de son infirmité ou de sa maladie, on retrouve facilement la paix intérieure, toute la maison est calme et satisfaite d’avoir fait cette sorte de pèlerinage à la source sacrée du village. C’est le cas des pèlerins de Lourdes qui retournent contents et satisfaits après s’être plongés dans les piscines et bu l’eau de la grotte massabielle de Lourdes.

Pendant nos longues messes du rite congolais, l’aspersion prend un peu plus de temps car nombreux sont des chrétiens qui cherchent à être bien imbibés d’eau bénite pour «se protéger contre le mauvais.» Un autre attachement à la valeur, à la puissance et à l’importance de l’eau, nombreux sont des chrétiens qui viennent avec qui des bouteilles qui des bidons (gourdes) pleines d’eau pour les bénir chez les prêtres. Un peu comme des nombreux pèlerins qui viennent bénir chez les chapelains leurs objets de piété (chapelet, médaille, crucifix). L’eau bénite oui, mais il faut avoir la foi.

c) Quant à la pierre, le respect qui lui est assuré est sans commentaire parce que c’est sur elle que nos forgerons changent des fers en outils pour l’agriculture: la houe, la machette, la flèche pour la chasse. Personne n’a le droit de s’asseoir sur une pierre au risque de la profaner. C’est la pierre qui construit la vie dans le village, c’est elle qui procure du feu à l’homme et son outil de travail manuel. Les forgerons du village utilisent des grosses pierre pour affiner les métaux. On s’appuie sur la force surnaturelle de la pierre pour bâtir la vie artisanale du village. C’est la pierre qui est utilisée pour la construction des nombreuses grottes paroissiales bâties sur le modèle de la grotte de Lourdes, la Vierge habillée en blanc, ceinture bleue marchant sur le rosier. Il y a beaucoup de sanctuaires marials au Congo comme partout en Afrique, à la nonciature de Cotonou au Bénin par exemple il y a une grotte dédiée à Notre Dame de Lourdes (cfr L’Osservatore Romano du mois de Novembre 2003) qui en a parlé. A Lourdes c’est sur le rocher massabiel qu’est bâtie la première chapelle des apparitions, la Crypte.

d) A propos de feu, Bernadette n’avait-elle pas senti la diminution et l’affaiblissement du feu dans sa famille et qu’il fallait faire quelque chose, l’activer en ajoutant, renforçant avec du bois de massabiel. Elle est sortie ensemble avec sa copine Elonore et Marie Toinette sa sœur chercher du bois à la grotte. De leur retour Bernadette amène un autre grand feu, la lumière du monde Jésus non seulement elle l’a amenée pour les siens mais aussi pour les autres, toute l’humanité et nous qui sommes rassemblés ici, autour du feu allumé par Bernadette, les apparitions.

En Afrique, au Congo c’est autour du feu que la famille africaine se retrouve le soir pour former et éduquer les enfants par le truchement des contes, les proverbes, légendes et mythes. La tradition orale africaine se transmet de bouche à l’oreille le soir autour du feu. On ne raconte jamais les contes la journée, c’est interdit, cela pour inviter les gens à travailler le jour et la nuit autour du feu on se repose, on se prodigue des conseils. Le feu est sacré et dangereux en même temps on ne badine pas avec.

La nuit pascale permet aux chrétiens congolais d’écouter l’histoire du salut, personne ne dérange personne ne badine, c’est Dieu lui même qui parle à son peuple et ce dernier l’écoute avec joie. Comme le feu réchauffe le corps humain, la Parole de Dieu, l’évangile éclaire les pensées et le cœur de l’homme pour devenir un homme nouveau en la personne du Jésus-Christ qui est venu nous rassembler en seul peuple de Dieu.

Père KINGANI NOKIN Norbert, omi
Communauté de Lourdes

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