Nous sommes le 16/11/2018 et il est 13h29 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Enfants de la rue

Enfants de la rue Kinshasa: une tâche charismatique

(Marianne Muzinga)

Marianne MuzingaCongolaise, religieuse de la Congrégation des Filles de la Divine Providence de Créhen, mon nom est Marianne Muzinga. J’exerce l’apostolat auprès des enfants de la rue depuis 2002 au Centre Mgr Munzihirwa, Kinshasa (Centre des peres Jesuites fondé en 1995). Ce choix pastoral correspond au charisme de notre Congrégation: «Cor amator pauperum», qui veut dire: Cœur passionné pour les pauvres. Frappé par la misère de son époque, l’Abbé Guy Homery, notre Fondateur, s'était occupé des abandonnés, des orphelins pendant la révolution française. La même motivation nous anime aujourd'hui dans le contexte de notre société: les enfants de la rue, les abandonnés, les enfants considérés comme des sorciers, etc.

Pourquoi certains enfants sont-ils dans la rue? Les causes sont multiples et les responsabilités partagées. Mentionnons celles qui nous paraissent plus significatives:

a) Les parents

b) Les enfants

Au plan comportemental, les enfants de la rue sont généralement violents envers ceux qui les menacent. Certains sont conscients que la vie n’est pas faite pour eux; d’autres plus calmes et patients savent aimer le prochain. Parfois, ceux qui ont subi un mauvais traitement et portent les blessures d’enfance prient pour leurs parents tout en espérant revivre un jour la joie familiale.

Dans ce contexte, mon travail missionnaire consiste essentiellement à:

a) Peines

b) Joies

Quelques suggestions afin de réduire l' expansion de ce phénomène:

Certes, je suis heureuse de vivre cette expérience pastorale conformément à l'esprit de notre famille religieuse. Elle me permet de toucher du doigt les souffrances de mon peuple et de vivre au quotidien l'Evangile: "Laissez les enfants venir à moi... car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent" (Marc 10:14.) Mais cela ne m'empêche pas de reconnaître mes limites personnelles: un tel ministère exige une formation adéquate pour plus d' efficacité.

Merci à toutes les personnes de bonne volonté qui pensent à ces enfants de la rue, filles et garçons, et prient tant pour leurs familles naturelles que pour eux-mêmes afin que le Seigneur les protège et les fasse grandir dans le respect de son saint Nom!

Haut


De l'hôpital à la rue

(Julien Mbada)[1]

Il y a réellement des personnes qui passent de l’hôpital à la rue, c’est-à-dire qui, après s’être soignées à l’hôpital regagnent la rue, milieu auquel elles sont habituées. Ce n’est pas de ces personnes que je prétends asseoir ma réflexion. Je voudrais plutôt partager une expérience que j’ai moi-même vécue en passant de l’hôpital à la rue.

Foyers d’espérance et d’amour gratuit

Le cheminement ‘’hôpital, rue’’ semble bien triste, c’est vrai, mais je l’ai fait. Ces milieux qui ne sont nullement des endroits de joie et de bien-être peuvent être transformés en véritables foyers d’espérance et d’amour gratuit selon la manière dont on s’y engage. «Croissant dans la foi, l’espérance et l’amour, nous nous engageons à être au cœur du monde un levain des Béatitudes.»[2]

Mbada JulienBamenda/Shisong. Nous[3] arrivions à Bamenda puis à Kumbo [Cameroun] le 03 juillet 04. Nous fûmes accueillis par des sœurs Franciscaines au bâtiment ‘’Saint Francis room’’ situé à près de soixante mètres de leurs locaux. C’est de là que nous devrions partir chaque matin pour la prière commune et surtout pour l’hôpital où nous avions passé le plus clair de notre temps. ‘’Saint Elisabeth’s general hospital of shisong’’ est en effet dirigé par des sœurs franciscaines dont une matrone et quelques infirmières bien investies. Il comprend plusieurs pavillons dont la cardiologie, la chirurgie, la pédiatrie, le laboratoire, la gynécologie pour ne citer que ceux-là.

Ce mystère qu’est la vie. J’ai eu personnellement la joie de parcourir trois départements à savoir le laboratoire, la pédiatrie et la chirurgie. Des malades, sidéens, des orphelins, des vieux, des personnes qui ont fini par s’éteindre, que j’ai rencontrées et côtoyées pendant ce bref séjour ont creusé en moi le sens de la gratuité de la vie. C’est avec joie que je m’étais joint à ceux qui mènent la lutte pour défendre la vie contre ce fauve qu’est la mort, qui ne cesse de rôder autour pour la dévorer à la moindre inattention. Je m’étais en particulier heurté au laboratoire à cette réalité triste qu’est le SIDA. J’ai moi-même examiné le sang des séropositifs très nombreux, parlé et prié avec eux, conscients de leur état et cela, autant que ça m’avait effrayé m’avait aussi fort édifié. La vie est-elle banale à l’hôpital? La mort est-elle maître de l’homme?

Certes, la vie n’est pas si banale comme je suis tenté de le dire mais devant la mort, elle se trouve minimisée. Combien de souffles de vie se sont-ils coupés tandis que je prélevais la température et les signes vitaux des malades ou lorsque je leur plaçais des perfusions? Dans cette atmosphère perpétuellement triste, la leçon à tirer est qu’il faut vivre en homme vivant, se sachant soi-même mortel et croyant en la victoire triomphale de Jésus sur la mort. Et lorsque l’on sait avec saint Paul que ‘’la mort est un (joyeux) passage pour la Vie’’, elle se trouve elle-même minimisée.

Mais puisqu’il ne faut pas non plus négliger la vie qui nous est offerte sur la terre, il est de notre devoir de continuer à la protéger contre ce perturbateur de l’ambiance terrestre. Toutefois, j’ai aussi vécu intensément et dans la foi des moments de joie: nouvelles naissances à la maternité et guérison de certains malades.

Vers les enfants de la rue Yaoundé. Cette expérience, tout en redoublant ma joie et mes efforts, m’a engagé résolument à continuer dans la même perspective à prêter attention à la précieuse vie. C’est en effet en allant rencontrer les enfants de la rue chaque samedi depuis le début de cette année académique.[4] Il y a dans nos villes et surtout dans la capitale politique (économique peut-être aussi) beaucoup d’enfants dans la rue.

Quelques causes majeures. Ils s’y retrouvent pour plusieurs raisons. Pour la plupart des cas, le climat dans les familles ne favorise pas l’épanouissement, l’unité et la paix de ses membres. Des orphelins sont les plus victimes de ce vice. D’autres s’y trouvent malheureusement, pas à cause des mêmes raisons mais, par pure curiosité et désir de vivre à Yaoundé et se voient abandonnés à eux-mêmes. N’est-ce pas là l’aventure des jeunes qui ont soif de la prétendue ‘’liberté’’ comme c’est le cas de l’enfant prodigue dont nous parle l’Évangile?[5]

Faire advenir le Royaume des Cieux. Dans cet apostolat de la rue, les connaissances acquises à l’hôpital nous sont d’une grande importance. Il faut soigner les enfants toujours à la merci des intempéries climatiques pouvant provoquer la malaria, la grippe. Nous pansons aussi des plaies provoquées par le football joué de la manière la plus brutale et des bagarres à mains armées (couteau, bouteilles cassées…) et la bastonnade régulière infligée par la police et/ou la gendarmerie en incursion. Nous allouons un grand temps pour écouter les jeunes qui n’ont aucun espoir en l’avenir sinon rêver, pour la plupart, d’être un grand footballeur dans des clubs en Europe. Le rêve se réalise malheureusement difficilement et comme pour attendre la chance, il faut se livrer à l’alcool, à la drogue, à la prostitution, au vol. C’est en bref de cette manière que nous essayons de faire advenir le Royaume des Cieux.

De la rue à la prison. Les cas plus durs et lamentables sont des enfants qui partent de la rue pour la prison et de manière cyclique s’ils n’ont pas eu des motivations et la volonté de regagner leurs familles. ‘’De la rue à la prison’’ est donc un autre itinéraire facile et très régulier pour les enfants de la rue. C’est peut-être ce que nous pourrions faire prochainement dans le cadre de notre apostolat - et nous en sommes d’ailleurs prêts - pourvu que l’amour soit vécu. Nous nous y engagerons en ayant à l’idée cette parole de Saint Eugène de Mazenod: «Notre mission est d’aller d’abord vers ceux dont la condition réclame à grands cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter en plénitude.»[6]

Haut


Notes:

1 MBADA Julien, Camerounais, scolastique oblat, étudiant en Philo II à l’Institut st Mukasa de Yaoundé.

2 Constitutions et Règles des oblats de Marie Immaculée, n° 11.

3 Un groupe formé des frères Anicet TCHOUTSEMA, Freddy MATONGO et moi-même.

4 Je ne suis pas seul à y aller. Nous sommes deux scolastiques encadrés par le frère Hervé GIVELET.

5 Cf. Luc 15:1-32.

6 Constitutions et Règles OMI, n° 5.

Haut

© 2011 Ayaas.net: Religieux africain du troisième millénaire - Page web perso de jb musumbi, o.m.i. - Webmaster