Nous sommes le 24/03/2019 et il est 06h33 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Hauts et bas du 35e Chapitre des Oblats
Une évaluation personnelle

Introduction

«Centrés sur la personne de Jésus-Christ, source de notre mission, nous nous engageons à une conversion profonde, personnelle et communautaire». Tel est le thème du 35e Chapitre général des Oblats de Marie Immaculée qui s’est réuni à Rome, à Casa la Salle (Frères des écoles chrétiennes), du 8 septembre au 8 octobre 2010. L’ayant vécu profondément, en compagnie des 88 autres Capitulants, je me permets de partager sur cette page mes impressions générales de ce grand événement d’Eglise qui nous a offert un nouveau Gouvernement central.

Pendant le Chapitre, jour après jour, j’ai tenu à livrer mes premières impressions quant à son déroulement. Avec un peu de recul, je voudrais, cette fois-ci, déceler ce que je crois être ses forces et ses limites sans prétention d’exhaustivité. Il s’agit d’un succinct partage de mon expérience personnelle, vécue en ces trois différents moments: avant, pendant et après le Chapitre.

1. Préparation personnelle

Jardin La SalleRappelons que le thème de conversion avait émergé lors de la session inter-capitulaire de Johannesburg (Afrique du Sud), en octobre 2007. J’ai dès lors compris que nous voulions, à cette phase de notre histoire et dans le contexte d’une Eglise en crise, nous regarder profondément face à la parole de Dieu que nous proclamons. Je pensais particulièrement à ce message inaugural de la prédication de Jésus: «Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez à l’Evangile» (Marc 1:15). Et, conscient que la vie chrétienne exige une conversion permanente, je me disais qu’il est plus facile de travailler davantage au niveau personnel que communautaire.

Deux moments précieux m’ont permis de réexaminer le commencement de ma vie spirituelle ou mieux mon cheminement de foi chrétienne et religieuse. Ce sont la retraite personnelle au centre spirituel "La Pairelle" et le recueillement au monastère bénédictin de Maredsous, en Belgique (août 2010). Le silence parlant de ces deux cadres m’a permis de me préparer intensément à vivre le Chapitre.

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2. Le Chapitre

Influencé peut-être par ma responsabilité de Conseiller général, je suis entré en Chapitre avec deux préoccupations majeures. La première: comment le Chapitre aborderait-il le thème de conversion? Et la seconde: quels seraient les enjeux de ce Chapitre pour les Oblats du continent africain? Il m’incombait alors le privilège comme le devoir de faire quotidiennement une petite synthèse des points saillants des plénières sans oublier ce qui se passait dans les coulisses. Ainsi j'ai doublement vécu ce Chapitre.

Ci-dessous, quelques aspects, positifs et négatifs, qui ont particulièrement retenu mon attention. Ce ne sont que des impressions dont la liste pourrait être longue ou courte selon l’angle sous lequel chacun se situe. (Si vous désirez réagir à cet article, rejoignez-nous à Débatafrica).

a) Points forts

  1. Le choix du thème de conversion. C’était une nouveauté dans la Congrégation. Beaucoup en ont profité pour se remettre en ordre par rapport à l’Evangile, au charisme religieux et à notre monde d’aujourd’hui.
  2. L’émergence de l’image des disciples d’Emmaüs (Luc 24:13-35) pendant tout le Chapitre. «La table leur fait oublier la route, celle qui vient de Jérusalem et qui en quatre étapes conduit les disciples à la certitude que Jésus est Ressuscité. Jésus a l’initiative de la Rencontre, la foi naît au contact de la Parole de Dieu, la foi se nourrit de l’Eucharistie, la foi se communique et porte témoignage».
  3. Le rapport du Supérieur général sortant sur l’état de la Congrégation. Il indiquait clairement quelques domaines de conversion. Je retiens, entre autres, l’interpellation qui continue à me bousculer: «Croyons-nous assez en notre vocation et à son importance, pour vraiment en inviter d’autres à se joindre à nous et à le faire en dépit de la culture dominante? Nous sommes fiers de saint Eugène: sommes-nous aussi fiers de notre vie consacrée et/ou de notre sacerdoce?»
  4. L’adoration au Saint-Sacrement. A la fin de chaque journée de discussions, le silence d’adoration nous mettait à l’écart, en présence du Seigneur pour lui rendre compte de sa mission et lui parler de nos frustrations. L’équipe liturgique nous a aidés à bien prier et nous a ouverts à une immense espérance grâce à la participation dynamique des scolastiques.
  5. L’internationalité ou l’interculturalité de la famille oblate. Tous les Capitulants et tous les invités, les laïcs associés, y ont participé joyeusement, dans la simplicité et la fraternité qui les caractérisent. J'admirais souvent leur air libre et aisé.
  6. L’élection du Supérieur général au premier tour du scrutin. Cet instant très émouvant mettait en évidence l’unité de la famille spirituelle de saint Eugène de Mazenod.
  7. Le refus des propositions sur le changement des structures gouvernementales. Cela permettait au Chapitre, malgré l’incohérence interne, de se concentrer sur l’essentiel de son slogan: «Conversion: un cœur nouveau, un esprit nouveau et une nouvelle mission».
  8. Un facilitateur non-oblat. Dans ce monde globalisé et globalisant où les tendances se mêlent facilement, la Commission précapitulaire avait bien fait d’avoir un Frère facilitateur non-oblat. Avec sa dynamique de «U» majuscule, il a été à la hauteur de la tâche bien que l’exercice répété d’échanges entre voisins en plénière ait déplu a bon nombre de participants. Il a certainement appris à écouter notre comité de direction.
  9. Une très bonne préparation du Chapitre par la Commission précapitulaire. Coup de chapeau au Commissaire de ce Chapitre, le Père David Kalert, et toute son équipe! On l’appelle désormais «premier Chapitre électronique» parce que les Capitulants, invités à apporter leurs laptops (ordi portables), ont reçu toute la documentation nécessaire via USB flash drive (Clé) et E-mail.
  10. Une communication rapide avec le monde entier. C’était aussi le Chapitre le plus médiatique des Oblats grâce à la magie qu’est Internet. Le Directeur du service de communications oblates, le Père Nino Bucca, a fait de son mieux pour que l’image et les nouvelles circulent le plus rapidement possible via omiworld.org, le site officiel de la Congrégation, sans oublier la créativité et l’apport de tous les autres amateurs du net, avec large retentissement sur Facebook.

b) Points faibles

  1. La peur de connaître nos propres ombres. Ayant perdu beaucoup de temps avec le projet de restructuration gouvernementale, le Chapitre n’a fait qu’effleurer le problème de conversion, surtout celle personnelle. La peur collective d’appeler le chat par son nom (appeler un chat un chat) nous a empêchés de cibler les vrais domaines urgents de conversion.
  2. Une certaine incohérence interne. Refuser presque globalement les propositions de changements des structures gouvernementales si éloquemment soumises par les membres du Comité postcapitulaire sur le gouvernement, c’est implicitement s’opposer à la recommandation du Chapitre précédent (2004), qui voulut l’établissement dudit Comité (cf. Témoins de l’espérance). D'aucuns diraient que le Comité a travaillé cinq ans durant en vain!
  3. La campagne autour des élections. J’en suis à ma deuxième expérience, c’est la phase la plus dégoûtante de Chapitres. Bien que sans tensions, les manipulations humaines laissent très peu de place à l’Esprit Saint! Dans ce contexte, la pratique de discernement par murmuratio ressemble fort bien à l’art de convaincre les plus «faibles» et les indécis. «Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie». Ici retentirait un véritable appel à la conversion.
  4. L’indisponibilité de plusieurs candidats aux fonctions du Gouvernement central. Chacun est certes libre de brandir des raisons personnelles pour échapper au fardeau des responsabilités. Mais une telle attitude réduit l’efficacité de la confrontation, voire du discernement approprié.
  5. L’élection arbitraire des Conseillers généraux. Cette fois encore, le Chapitre n’a pas réussi a valoriser cette phase combien importante car la sélection des deux candidats à soumettre au vote du Chapitre, suivant l’ordre de préférence, est faite par la Région concernée. Et puisque les capacités desdits candidats ne sont guère mentionnées au Chapitre, les Capitulants se contentent d’effectuer des choix arbitraires! La proposition de supprimer la fonction de Conseiller général ne serait-elle pas la solution définitive?
  6. La faiblesse de la lettre finale et du document sur les appels à la conversion. Le document final de ce Chapitre a le grand avantage d’être le fruit d’une réflexion collective, mais son contenu aurait pu être exprimé en des termes plus engageants. Tout porterait à croire que l’adoption à la hâte de la lettre introductive, qui pourtant méritait plus de clarification et d'amélioration, était une façon de faire plaisir au comité de rédaction qui en avait déjà marre! L’expérience montre que les décisions prises vers la fin de Chapitre se font dans la lassitude, sans vraie concentration. Il n’est pas surprenant que quelques-uns votent dans la confusion ou sans comprendre l’objet de leur choix!
  7. Le problème de traduction. Bien que l’interculturalité soit une grande richesse dans le monde d’aujourd’hui, il n’est pas si aisé de travailler en trois langues internationales. Bon nombre de Capitulants étaient frustrés surtout pendant la dernière semaine du Chapitre. En effet, certaines séances de traduction simultanée laissaient à désirer et la traduction écrite de certains textes affreuse.

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3. L’après Chapitre

La fin de ce Chapitre a ouvert tous les Capitulants à une nouvelle phase de leur ministère: celle de partager les fruits de leur expérience avec les membres de leurs communautés respectives. A l’instar de l’Apôtre saint Jean, chacun peut dire avec conviction: «ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous» (1 Jean 1:3).

a) Anecdote

Quelques Capitulants avaient les larmes aux yeux lors de l’élection de notre Supérieur général, le Père Louis Lougen! Emotion oblige. J’aurais voulu que ce soit sans raison pour penser, peut-être, au fameux don des larmes dont on parle souvent dans le renouveau charismatique. Je me suis dit: voilà la conversion profonde dont nous avons besoin! En réalité, je pensais à mon Afrique natale où ce sont les femmes et les enfants qui pleurent souvent et non les hommes. J’imaginais l’étonnement de tant d’Africains qui apprendraient que leurs délégués se sont mis à pleurer pendant le Chapitre. Ils diraient simplement: «Nous avons envoyé des hommes au Chapitre, ils se sont laissés convertir en femmes pour pleurer…»! C'est le dialogue interculturel. Chaque moindre sensibilité a du prix.

b) Conversion une tâche

Parfois, j’ai peut-être donné l'impression d'être pessimiste quant au vécu du Chapitre. Je n’étais pas souvent en mesure de déceler la quintessence de cet événement. Le plus important était pour moi la mise en évidence de certains points faibles, afin d'en prendre suffisamment conscience et d'envisager l'amélioration pour l'avenir.

Capitulants oblats 2010En vain j’ai attendu l’instant de dire à Celui qui faisait route avec nous: «Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme» (Luc 24:29). Chose évidente, le Seigneur fait route avec nous au milieu de nos joies et de nos peines missionnaires, de nos rêves et de nos illusions d'aujourd'hui. Et quand nous avons découvert la joie de l'écouter profondément, de marcher sans cesse en sa compagnie et de demeurer auprès de Lui, l'Esprit de Dieu fait naître en nous la mission, le devoir impérieux de l'annoncer à d'autres. La mission est une façon d'être que d'agir: elle "consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel" (Vita consecrata 72).

Il me semble qu’en dépit de ce sentiment d’insatisfaction personnelle, le Chapitre a réussi à éveiller la conscience de toute la Congrégation sur le thème de conversion, une invitation à se recentrer sur le Christ. A chacun de nous incombe la noble tâche de s’engager résolument dans un processus d'authentique conversion permanente. La mission, cependant, demeure celle voulue par le Fondateur. «Humbles devant leurs insuffisances, mais confiants dans la puissance de Dieu, ils (les Oblats) s’efforceront de conduire tous les hommes, spécialement les pauvres, à la pleine conscience de leur dignité d’êtres humains et de fils et filles de Dieu» (Constitution 8).

Revenu enfin au rythme «normal» de la vie missionnaire, à l’instar de tant d’autres témoins du Christ, je me laisse interroger à la lumière de l’Esprit Saint. Ma foi est-elle Rencontre de Jésus, le Vivant? Est-ce que je médite souvent la Parole de Dieu? Quelle est la place de l’Eucharistie dans ma vie? Et comment vais-je partager ma foi aujourd’hui? C’est aussi un élan de conversion, une tâche à remplir avec empressement.

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