Oblats: un signe d'immense espérance à l'âge de la mondialisation |
= Une méditation spirituelle =
| Aux disciples Jésus a donné le mandat d'évangélisation. Pour Matthieu et Marc, l'évangélisation signifie "annoncer au monde l'Évangile". « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures » (Mc 16, 15) ; « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » ((Mt 28, 19.) Pour Luc, au contraire, l’évangélisation signifie "être témoin du Christ". « Vous serez alors mes disciples à Jérusalem, dans toutes la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8.) Deux significations complémentaires. En effet, comment peut-on évangéliser sans témoigner? Et comment peut-on témoigner sans sentir le besoin d'annoncer la Bonne Nouvelle? * Évangélisation par le témoignage. La vie de la personne consacrée doit être une évangélisation en acte. Tous doivent comprendre qu'elle témoigne du Christ, annonce le Christ par sa vie, parle comme le Christ, aime comme lui et agit comme lui. Ceux qui rencontrent la personne consacrée doivent découvrir le Christ. Elle est "un autre Christ". * Témoigner par l'Évangélisation. La personne consacrée doit évangéliser en témoignant. Il faut savoir rendre compte de sa propre espérance. « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte » (1 P 3, 15). De fait, comment la personne consacrée peut-elle avoir fait l'expérience du Christ sans sentir le besoin de la communiquer? On pourrait la mettre en doute. * Évangéliser avec puissance. L'évangélisation-témoignage n'est pas une action humaine, mais un mouvement de l'Esprit de Dieu. La puissance évangélisatrice est directement proportionnelle à la sainteté de la personne consacrée. « Une sainte c’est quelqu’un qui sait ce qu’elle doit faire pendant toute sa vie sur ordre de son dieu »[1] Elle est proportionnelle à son témoignage de vie, à sa prière, à sa disponibilité au sacrifice et à la souffrance, ainsi qu'à la capacité de communion fraternelle. Bref, la puissance est proportionnelle à notre participation à la mission prophétique du Christ.. Elle est encore conditionnée par plusieurs autres facteurs: la culture, la préparation pédagogique, la capacité de dialogue, la capacité d'adaptation aux personnes et aux situations, l'expérience, le caractère de la personne consacrée, etc. Ces facteurs ne valent rien sans la mouvance de l'Esprit Saint qui conduit l'Église. Aujourd’hui plus que jamais, le Seigneur Jésus a besoin de prêtres, de religieux, comme dit Gaston Courtois, “ qui soient des professionnels du spirituel et non des fonctionnaires ou des fanfarons… ; des prêtres et des religieux doux, bienveillants, patients, ayant avant tout l’esprit de service et ne confondant jamais l’autorité avec l’autoritarisme ; en un mot, des prêtres profondément aimants, ne cherchant qu’une seule chose, n’ayant qu’un seul but : que l’amour soit davantage aimé. ”[2] Il s’ensuit que beaucoup de failles dans la vocation religieuse s’expliquent par l’immaturité des sujets. Malheureusement, les éducateurs restent plus attentifs à la culture intellectuelle des sujets qu’à la formation proprement affective. Voilà pourquoi, il convient, d’accorder de l’importance aux vertus humaines (psychologiques et morales) et à la maturation des membres. Entendons par vertu (virtus), “ la disposition constante qui porte à faire le bien et à éviter le mal ”. Ou mieux, “ la vertu propose une éthique de la construction de soi. Elle humanise l’homme en faisant de lui un être harmonieux. Elle lui donne de conquérir une pleine liberté d’autonomie contre les servitudes, les automatismes et les déterminismes extérieurs à sa volonté. Elle l’affermit dans son vrai bien. Elle l’ordonne à sa fin, Dieu ”[3]. Je m’arrêterai à quelques-unes de ces vertus qui favorisent la croissance de l’homme au sein de sa communauté. Ma conviction est qu’on ne peut pas être chrétien et religieux authentique si l’on n’est pas homme complet[4]. Il suffit de les énumérer :
Autant de vertus humaines capables de nous aider à faire de nos communautés un paradis sur terre, comme aimait le dire saint Eugène de Mazenod. Accepter de s’évangéliser en communauté, c’est épouser la logique du changement vers la sainteté. Voir Défi d'une éducation aux vertus humaines.
Commentaire VC 84, 93 et Francis George, Les défis de la mondialisation pour la mission de l’Eglise. Mondialisation D’après Francis George[4], la mondialisation, dans son sens le plus positif, « c’est cette aspiration, ici sur terre, vers l’harmonie et l’unité telle qu’elle est perçue à partir de l’espace. Elle contient l’espoir et la promesse d’une famille humaine vraiment unie, alliée dans une profonde communion (…). L’image e la terre vue du vaisseau Appolo 8 offre la base d’une spiritualité qui peut nous amener à relever les défis missionnaires que nous lance la mondialisation, une spiritualité plus adaptée à la vision que nous donne une vraie foi catholique… D’une manière simple, on peut dire que la mondialisation est comme une extension et une compression simultanées du temps et de l’espace. D’un côté la mondialisation a relié des gens et des lieux du monde entier d’une manière jusqu’ici inconnue de l’humanité. D’un autre côté, ces mêmes connexions ont créé une densité de relations pouvant devenir envahissantes et même opprimantes pour la communauté humaine. L’ordinateur fournit une image de cette extension et de cette compression : Internet et la toile mondiale (Web) représentent cet état d’interconnexion étendue du monde ; la puce informatique, où l’information est comprimée dans un tout petit espace nous donne une image de ce que le monde est devenu. » Deux aspects positifs : ils représentent l’opportunité qu’offre la mondialisation. C’est tout d’abord la possibilité d’une plus grande interconnexion mondiale. C’est ensuite l’accès à l’information et le resserrement des distances, ce qui permettrait d’accroître les possibilités de développement humain. Trois aspects négatifs. Ce sont en premier lieu, les valeurs qui ont souvent conduit à la mondialisation économique et culturelle : à savoir, la recherche du profit économique considéré comme l’objectif humain suprême et l’assimilation de l’être humain à un consommateur. Le second aspect négatif c’est le fossé toujours plus large entre les riches et les pauvres. Le troisième a trait à la fracture des cultures et des modes de vie que les forces uniformisant de la mondialisation entraînent dans leur sillage. Face à tous ces aspects, la tâche de l’Eglise est double : tout d’abord proclamer et défendre la personne humaine, et ensuite créer une culture de vie. ------------------------------------- [1] Cathérine Clément, "Une athée qui cherche à comprendre", in La Vie, n° 2824, 10 mai 2000, p. 62. [2] COURTOIS Gaston, Op. cit., p. 219. [3] BRUGUES J.-Louis, Dictionnaire de Morale Catholique, Chambray, C.L.D., 1996, p. 467-8. [4] "Les
défis de la mondialisation pour la mission de l'Eglise",
in Documentation OMI, N° 234, mai 2000. |