Oblats: un signe d'immense espérance à l'âge de la mondialisation

= Une méditation spirituelle =

IV. Communauté source de fidélité

Signification de la communauté (VC 67)

VC 67 : lieu de formation
Le document de notre dernier Chapitre général présente la communauté comme un don que Dieu nous fait, une bonne nouvelle pour l’Eglise et le monde, une mission pour les Oblats, un lieu de croissance intégrale, à condition de se construire sur le Christ et que la prière imprègne sa vie, qu’il y ait partage de la foi et de la vie, un style de vie simple conformément aux vœux de religion, la vie de pardon et de réconciliation[1]. M’inspirant essentiellement de ces orientations, voici comment je conçois la communauté religieuse.

Ø Une communauté chrétienne authentique : elle sous-entend les trois effets du baptême dont nous avons parlé plus haut. Cela suppose la foi, l’espérance (joie) et la charité. Car la vie spirituelle provient de Dieu; elle est reçue dans la foi et elle se manifeste dans l’amour et dans la joie. Et la vie spirituelle est “ un itinéraire de fidélité croissante, où la personne consacrée est conduite par l’Esprit et configurée par lui au Christ, en pleine communion d’amour et de service dans l’Eglise ” (VC 93). Sous cet angle, la foi est la racine et la condition de la vie spirituelle (He 11, 1.6).

Ø Cadre par excellence du radicalisme évangélique : renoncement à soi, le portement de la croix et la sequela christi (Mc 8, 34).

Ø Lieu caractérisé par “ l’être-ensemble ” au nom de Jésus-Christ : d’où l’engagement par les vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Ceci n’est possible que pour qui se sent appelé ou qui a réellement la vocation. Or la vocation interne (réponse de l’homme à l’appel de Dieu) se vérifie par ce triple aspect : l’esprit de foi, l’engagement d’amour et l’esprit de sacrifice.

Ø D’inspiration évangélique. “ Qu’ils soient un comme Toi, Père, Tu es en moi… pour que le monde croie que tu m’as envoyé ” (Jn 17, 21). Les religieux appelés par Dieu à suivre le Christ dans ses exigences évangéliques, par la consécration religieuse, s’engagent dans leur don total à Dieu, à une imitation plus radicale du Christ, à vivre pour Lui et pour son corps qu’est l’Eglise. La profession religieuse, expression la plus totale de la consécration baptismale, est leur réponse à l’amour du Christ. Leur fidélité à cette consécration entraînera les croyants à vivre les exigences de leur vocation chrétienne et à désirer les biens du ciel. Raison pour laquelle leur communauté doit se distinguer par la fraternité, l’accueil, la communication, l’amitié, le dialogue, l’égalité, la mobilité.

Ø Lieu de communion fraternelle. Depuis Vatican II, grâce à la découverte de la personne au sein de la communauté et de la réalité du monde, la communauté religieuse est passée de la communauté d’observances ou communauté uniformité à la communauté de communion, une dimension plus évangélique. Désormais, la communauté de communion est celle caractérisée par l’authenticité des rapports humains, les partages de la foi (prière, eucharistie…)[2] En effet, “ le climat de charité fraternelle engendre la sincérité, l’ouverture, la confiance, le sens de l’amitié, le sens de responsabilité ”.

Et puisque l’Eglise est essentiellement communion, les religieux veulent être une réalisation particulièrement intense de l’Eglise[3]. Dans ce sens, la communauté religieuse est un signe particulièrement intense et permanent de cette communion ecclésiale, basée sur la Trinité. Aussi devient-elle, d’après Fabio Ciardi, un signe d’espérance pour l’Eglise et pour le monde, une tâche et un engagement pour les religieux[4]. Voilà pourquoi Jean Vanier affirme qu’ “ une communauté n’est une communauté que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de la ‘communauté pour moi’ à ‘moi pour la communauté’. ”[5]

 

Quelques conditions de la charité

  • L’Eucharistie. La participation authentique à l’Eucharistie est un signe d’unité, une réalisation d’unité et un appel à l’approfondissement de l’unité.
  • La Prière. Là où les religieux ne prient pas sérieusement jamais on n’aura la charité authentique.
  • Le respect des personnes. Après Dieu, la personne humaine est la réalité la plus importante. Elle vaut plus que tout l’univers, que les idées, les opinions. La charité doit se manifester.
  • La disponibilité à la croix. Jésus a réalité l’unité entre Dieu et les hommes, entre les hommes entre eux en mourant sur la croix. La charité sans sacrifice est illusion. L’unité est donc fruit de la croix, la croix de l’acceptation de l’autre, de sacrifier ses opinions. Mille croix acceptées et offertes par amour font l’unité.
  • Le courage de commencer. Sans attendre l’autre, il faut le courage de commencer, de faire le premier pas sur le chemin de réconciliation.
  • Le courage de continuer. Il ne suffit pas de commencer. Il faut en outre persévérer dans l’élan du bien, sans jamais s’arrêter en chemin[6].
  • Le commencement de la vie spirituelle. Loin de se contenter de leur baptême, les religieux doivent parvenir à une nouvelle forme de vie spirituelle, celle précisément, où la personne humaine se considère responsable de l’ensemble de sa vie devant Dieu, càd lorsque la relation à Dieu devient une relation totale de personne à personne[7]. Cette prise de conscience de la responsabilité personnelle, devant Dieu, de l’ensemble de la vie, favorise l’unité de vie intérieure et l’harmonie de vie communautaire.

Quelques causes d’incompréhension

Trois causes d’illusion méritent d’être mentionnées. La première, c’est que certains religieux pensent que la communauté et un endroit de sécurité. D’où la recherche acharnée d’une protection éphémère qui ne cultive que l’irresponsabilité. La seconde, c’est que d’autres pensent que la communauté est une réponse aux intérêts personnels. D’où la course parfois aux biens matériels pour soi ou pour sa famille. La troisième, enfin, c’est que d’autres encore croient que la communauté est un collectif d’uniformité et de nivellement. D’où l’obsession de se comparer aux autres, qui n’engendre que jalousie, inquiétude, complexes.

Trois problèmes troublent également la vie communautaire. Tout d’abord la différence culturelle. Très souvent, le fait d’appartenir à différents groupes culturels ayant chacun sa façon de penser, d’agir et de concevoir les choses complique les rapports interpersonnels. Ensuite, l’agressivité. Ceux qui ne se sentent pas acceptés dans la communauté tendent à tout contester, ce qui est signe de personnalité non équilibrée totalement et de profonde insatisfaction devant la fonction à exercer. Et, enfin, la conflictualité. Les différences sociales et les différences des générations excitent souvent les membres d’une communauté à s’opposer les uns aux autres.

Un constat évident, les jeunes de nos sociétés actuelles sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. La modernité et la perte des croyances traditionnelles en Afrique ont suscité la crise de l’autorité. En effet, “ les jeunes se trouvent à l’étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d’épanouissement ”[8]. Aussi accusent-il le passé d’être cause des malheurs du présent. Voilà qui explique la tendance au refus de l’autorité.

Il convient de signaler, en outre, qu’il existe des conflits “ sans cause ” dans nos communautés. Ces conflits, souvent produits de l’aigreur, sont fréquents là où il y a des religieux à problèmes. L’ouverture faisant défaut, il est difficile d’y envisager un quelconque remède. A quoi est dû ce genre d’attitude ? A plusieurs facteurs dont voici les plus importants : Le manque du regard de foi (conversion), manque de motivation surnaturelle, manque de sincérité, le sentiment de non-appartenance, bref le manque de maturité humaine.

Au sujet de la maturité, on sait que le diagnostic de la maturité psychologique est une opération extrêmement complexe. Mentionnons néanmoins quelques traits caractéristiques :

  • la capacité de s’adapter à des conditions diverses et à des responsabilités déterminées, dans le contexte social où l’on se trouve ;
  • la capacité de coopérer avec ses semblables et de se soumettre aux plans d’une autorité, dans le milieu familial et social ;
  • la capacité de se spécialiser, et donc d’avoir confiance en ses propres ressources dans un champ d’action déterminé ;
  • la capacité d’affronter de façon réaliste les problèmes de la vie par un contrôle approprié de ses propres impulsions[9].
  • Ajoutons à tout cela la tolérance de la frustration et de l’ambiguïté des situations, l’acceptation du passé, la capacité d’attendre, la prise de conscience, etc. (selon F. Redl et D. Wineman.)

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[1] Evangéliser les pauvres à l’aube du troisième millénaire. Actes du 33e Chapitre général, 1998, n. 27-28.

[2] Cf. de COUESNONGLE V., “ Communauté de vie ”, in DVSp, Paris, Cerf, 1987, p. 152-161.

[3] Cf. de MARTINI Nicola, Qualcuno mi ha chiamto, 3a ediz., Leumann (Torino), Elle Di Ci, 1990, p. 211-233.

[4] Cf. CIARDI Fabio, “ La communauté religieuse , signe d’espérance ”, in Vie Oblate Life, F161-162.

[5] VANIER Jean, La communauté, lieu du pardon et de la fête, Paris, Fleurus, 1979, p. 11.

[6] Cf. de COUESNONGLE V., Op. cit.

[7] Cf. BERNARD C.-André, Op. Cit., p. 402-403.

[8] de MEESTER Paul, L’Eglise d’Afrique hier et aujourd’hui, Kinshasa, St Paul Afrique, 1980, 182. Voir “ Les jeunes africains en quête de leur identité ”, in Mbegu n. 27, Lubumbashi, 1987.

[9] Cf. ZAVALLONI R., “ Maturité spirituelle ”, in DVSp., p. 662s.