Oblats: un signe d'immense espérance à l'âge de la mondialisation |
= Une méditation spirituelle =
Commentaire
VC 106, 109, 110. Le concept de consécration se comprend mieux dans son lien avec celui de témoin. Or, “témoigner, c’est attester la réalité d’un fait, en donnant à son affirmation toute la solennité qu’exigent les circonstances”[1]. Dans le christianisme le témoin atteste par sa vie que le Christ est venu et il est ressuscité. Au sens biblique, en effet, le témoin est la personne qui a fait l'expérience de Dieu. Nous trouvons l’exemple typique au début de la première Lettre de saint Jean: “Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mais ont touché du Verbe de vie (...) nous vous l’annonçons, à vous aussi” (1, 1-3.) Le témoin a été bouleversé par cette expérience et il sent le besoin irrésistible d'annoncer son expérience de Dieu aux autres; il réussit avec une puissance humainement inexplicable à bouleverser et à susciter la conversion des autres, l’adhésion à la foi chrétienne. Vivre en témoin, voir VC 109 <<
Présenter la vie consacrée comme un signe d'espérance pour le monde et pour l'Église, c'est aller à la source même de notre vocation (cf. tableau, circuit complet) : Mc 8, 34 : Renoncement – croix – suite ; foi – espérance – charité ; obéissance, pauvreté, chasteté. En d'autres mots, la vie consacrée est un appel à être des signes efficaces du Christ toujours Vivant, de l'Église dynamique et de la vie chrétienne authentique. « Tendre vers la sainteté, voilà en bref le programme de toute vie consacrée, également dans la perspective de son renouveau au seuil du troisième millénaire. Le point de départ de ce programme se trouve dans le fait de tout quitter pour le Christ. » (VC, 93)
a) Signe du Christ toujours Vivant Le baptisé qu’est la personne consacrée doit impérativement imiter trois traces du Christ si elle veut demeurer un signe efficace de sa présence permanente dans le monde. Il nous suffit ici de rappeler l’enseignement du Concile Vatican II relatif à la nature même de l’état de consécration. * D’abord la personne consacrée doit être le reflet de la sainteté du Christ. Appelée à marcher à la suite du Christ, la personne consacrée manifeste l’effort de sainteté, suivant la recommandation du Christ (Mt 5, 48), dans la profession des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Par ces vœux, la vie consacrée "imite plus fidèlement et sans cesse représente dans l’Église le genre de vie que le Fils de Dieu a embrassé, quand il est venu dans le monde pour faire la volonté du Père, et qu’il a lui-même proposé aux disciples qui l’accompagnaient” (LG 44c.) Les personnes consacrées réactualisent la vérité de la chasteté du Christ, de sa pauvreté et de son obéissance dans l'Église. Ce qui ne signifie nullement “une négation des valeurs inhérentes à la sexualité, au désir légitime de posséder et de décider de sa vie de manière indépendante” (VC 87.) Ceux et celles qui acceptent ce genre de vie au contraire deviennent libres et plus ouverts à Dieu et au monde. En effet, seul l'amour peut justifier le célibat en vue du Royaume. "A cause de moi et à cause de l'Évangile" (Mc 10, 29.) L'amour du Christ et au Christ est le motif fondamental de la chasteté. C’est là son seul et unique espace de justification authentique, espace qui en constitue en même temps le fondement ultime. Ce qui laisserait croire que le principal danger pour le célibat est le fait d'éteindre l'amour de Dieu et des frères dans le cœur de la personne consacrée. * Puis la personne consacrée est le reflet de l’activité caritative du Christ. Les personnes consacrées font aussi preuve de l’amour du Christ dans le présent de notre monde. En effet, l’amour de Dieu et du prochain est l’essence de la vie consacrée. Grâce aux personnes consacrées l’Église manifeste le Christ soulageant les souffrances du monde, annonçant le Royaume, guérissant les blessés et nourrissant les affamés. Les vœux de religion les aidant à purifier le cœur et la liberté spirituelle éveillent la ferveur de la charité (LG 46.) Leur amour sans réserve ne se réalise qu’après avoir découvert de manière lucide l’amour de Dieu pour les hommes. * Enfin la personne consacrée doit être le reflet de la grâce transformante. Elle est appelée à manifester la puissance de la grâce divine. “Ainsi, la profession des conseils évangéliques apparaît-elle comme un signe qui peut et doit inciter efficacement tous les membres de l’Église à l’accomplissement joyeux des devoirs inhérents à leur vocation chrétienne”. Les personnes consacrées sont pour tous les chrétiens des exemples suggestifs et transformateurs de vie. Leur vie spirituelle bien vécue fait grandir leur communauté chrétienne.
b) Signe de l'Église dynamique L'Église est fondamentalement communion. Les personnes consacrées sont au milieu du monde une manifestation de cette unité ecclésiale, ou mieux de l'Église dans sa double charité, envers Dieu et envers le prochain. Voilà pourquoi la vie consacrée ne se comprend mieux que dans son rapport intime avec sa gardienne, l'Église. Épouse du Christ, l'Église est en effet instrument de l'amour et du salut que Jésus apporte au monde. Poussée par la charité elle s'engage pour le salut du monde. A cette mission de l'Église “envoyée” participent intensément les personnes consacrées en vertu de leur donation particulière. Par la vie communautaire fraternelle et apostolique elles manifestent avant tout que l'Église est mystère d'amour. Elles mettent tout en oeuvre pour vivre leur unité de charité en entretenant des relations interpersonnelles profondes, dans la réciprocité d'amour motivé par un amour plus radical, celui pour le Christ. En ce sens, pense Fabio Ciardi, la communauté de vie consacrée s'offre à l'Église comme un lieu qui témoigne de la koinônia évangélique historique. En elle le monde peut retrouver le sens de la personne et le désir de relations authentiques, de communion et d'unité[2]. Par conséquent, les hommes d'aujourd'hui devraient rencontrer dans les personnes consacrées d'authentiques “experts” en communion ecclésiale. Les divisions entre les membres sont inacceptables. Ainsi seront-elles toujours le reflet de l’Église dynamique, ouverte aux attentes du peuple de Dieu et à la réponse aux signes des temps.
c) Signe de la vie chrétienne authentique Les personnes consacrées veulent être une expression particulièrement intense de la vocation commune, celle baptismale. Il ne s'agit pas d'un super baptême duquel sortirait un super chrétien qu’on appellerait “personne consacrée”. Mais être personne consacrée, c’est répondre pleinement aux exigences de son baptême et de sa confirmation. Or, les chrétiens authentiques sont ceux que le désir de perfection habite. La vie consacrée doit être une réalité prophétique qui annonce et anticipe le banquet céleste (cf. Mt 22, 1-13), une anticipation de la communion trinitaire à laquelle tous sont conviés par l’Auteur de la vie. En même temps qu’elles signifient à tous les chrétiens que le Christ est vivant, qu’ils doivent l’aimer et s’aimer mutuellement, les personnes consacrées doivent dire, par leur style de vie, qu’ils sont perpétuellement en marche vers la pleine possession de la Jérusalem d'en haut[3]. Tout l’effort de leur vie ne devrait consister qu’à cultiver les vertus qui facilitent le progrès spirituel. Ainsi peuvent-elles guider spirituellement les autres chrétiens désireux de s’éloigner des “âmes médiocres”, comme le dit si admirablement Thérèse d’Avila, d’éviter le cercle de médiocrité. Certes, la vie chrétienne des personnes consacrées devient authentique dans la mesure où elles vivent réellement leur consécration à la lumière de l’Évangile. C’est un constat de première évidence. Notre société a certainement besoin de personnes consacrées “sincères, exigeantes envers elles-mêmes, capables de se constituer en signes purs et forts”. Elle voudrait surtout voir des personnes consacrées respectueuses et généreuses, capables d’accueillir l’autre dans sa liberté et sa différence, bref des hommes et des femmes aimés de Dieu et convertis. "A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres”, dit Jésus à ses disciples (Jn 13, 35.) Là réside le secret de l’inculturation de la vie consacrée en Afrique. Seul l’amour brise toute barrière et permet ce qui est bien. Tel est le sens profond de notre identité religieuse et missionnaire, une mission avant tout spirituelle : « rendre le Christ lui-même présent au monde. »
------------------------------------- [1] “Témoignage”, in Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, 1988, col. 1261. [2] Cf. CIARDI F., "La communauté religieuse, signe d'espérance", in Vie Oblate Life, (s.d.), F 161-172. [3]
Cf. AUBRY J., Teologia della vita religiosa, 2a Ediz., Torino,
EDC, 1988, p. 77-90. |