Oblats: un signe d'immense espérance à l'âge de la mondialisation

= Une méditation spirituelle =

III. Quelques attentes de l'Eglise

Témoins authentiques du Christ

Commentaire VC 106, 109, 110.
VC 1 : la vie consacrée est un don de Dieu à l’Eglise. Elle ne peut pas se comprendre en dehors de l’Eglise. L’état religieux se situe dans la ligne de réponse de sainteté baptismale. Or le baptême a trois effets : unir au Christ, insérer dans l’Eglise, faire participer activement à la mission de l’Eglise. La Constitution dogmatique LG utilise "consécration" dans le sens de « donation intégrale de soi.

Le concept de consécration se comprend mieux dans son lien avec celui de témoin. Or, “témoigner, c’est attester la réalité d’un fait, en donnant à son affirmation toute la solennité qu’exigent les circons­tances”[1]. Dans le christianisme le témoin atteste par sa vie que le Christ est venu et il est res­suscité.

Au sens biblique, en effet, le témoin est la personne qui a fait l'expérience de Dieu. Nous trouvons l’exemple typique au début de la première Lettre de saint Jean: “Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mais ont touché du Verbe de vie (...) nous vous l’annonçons, à vous aussi” (1, 1-3.) Le témoin a été bouleversé par cette ex­périence et il sent le be­soin irrésistible d'annoncer son ex­périence de Dieu aux autres; il réussit avec une puissance humainement inex­plicable à bou­le­verser et à susciter la conversion des autres, l’adhésion à la foi chrétienne.

Vivre en témoin, voir VC 109 <<

  • Vivez pleinement votre offrande à Dieu, pour que ce monde ne soit pas privé d’un rayon de la beauté divine qui illumine la route de l’existence humaine.
  • Les chrétiens ont besoin de trouver en vous des cœurs purifiés qui « voient » Dieu dans la foi, des personnes dociles à l’action de l’Esprit Saint, qui marchent allègrement, fidèles au charisme de leur vocation et de leur mission (volonté de Dieu).
  • Vous savez bien que vous avez entrepris un chemin de conversion continue, de don exclusif à l’amour de Dieu et de vos frères pour témoigner de la manière toujours plus belle de la grâce qui transfigure l’existence chrétienne. Le monde et l’Eglise cherchent d’authentiques témoins du Christ.
  • Vous savez en qui vous avez mis votre foi, donnez-lui tout !
  • Les jeunes ne se laissent pas tromper : venant à vous, ils veulent voir ce qu’ils ne voient pas ailleurs. Vous avez une responsabilité immense pour demain : les jeunes consacrés en particulier, témoignant de leur consécration, pourront amener leurs contemporains à renouveler leur vie.
  • L’amour passionné pour Jésus-Christ attire puissamment les autres jeunes qu’il appelle à le suivre.
  • Les hommes de notre temps veulent voir dans les personnes consacrées la joie qu’ils ressentent en étant avec le Seigneur.
  • Personnes consacrées, aînées et jeunes, vivez la fidélité à votre engagement envers Dieu, en vous édifiant et en vous soutenant mutuellement.
  • Malgré les difficultés que vous avez pu rencontrer parfois et la moindre estime portée à la vie consacrée dans une certaine opinion publique, vous avez la mission d’inviter de nouveau les hommes et les femmes de notre temps à regarder vers le haut, à ne pas se laisser envahir par les affaires de chaque jour, mais à se laisser séduire par Dieu et par l’Evangile de son Fils.
  • N’oubliez jamais que vous, tout particulièrement, vous pouvez et vous devez dire non seulement que vous êtes du Christ, mais que vous « êtes devenu le Christ ».
  • Faites de votre vie une attente fervente du Christ comme des vierges sages… Soyez toujours prêts, fidèles au Christ, à l’Eglise, à votre Institut et à l’homme de notre temps (VC 110). >>

 

Signes efficaces d'espérance

Présenter la vie consacrée comme un signe d'espérance pour le monde et pour l'Église, c'est aller à la source même de notre vocation (cf. tableau, circuit complet) : Mc 8, 34 : Renoncement – croix – suite ; foi – espérance – charité ; obéissance, pauvreté, chasteté. En d'autres mots, la vie consacrée est un appel à être des signes efficaces du Christ toujours Vivant, de l'Église dynamique et de la vie chré­tienne authentique. « Tendre vers la sainteté, voilà en bref le programme de toute vie consacrée, également dans la perspective de son renouveau au seuil du troisième millénaire. Le point de départ de ce programme se trouve dans le fait de tout quitter pour le Christ. » (VC, 93)

a) Signe du Christ toujours Vivant

Le baptisé qu’est la personne consacrée doit impérativement imiter trois traces du Christ si elle veut demeurer un signe ef­ficace de sa pré­sence permanente dans le monde. Il nous suffit ici de rappeler l’enseignement du Concile Vatican II relatif à la nature même de l’état de consécration.

* D’abord la personne consacrée doit être le reflet de la sainteté du Christ. Appelée à marcher à la suite du Christ, la personne consa­crée manifeste l’effort de sainteté, suivant la recommandation du Christ (Mt 5, 48), dans la pro­fession des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Par ces vœux, la vie consa­crée "imite plus fidèle­ment et sans cesse représente dans l’Église le genre de vie que le Fils de Dieu a embrassé, quand il est venu dans le monde pour faire la volonté du Père, et qu’il a lui-même proposé aux disciples qui l’accompagnaient” (LG 44c.)

Les personnes consacrées réactua­lisent la vérité de la chasteté du Christ, de sa pauvreté et de son obéis­sance dans l'Église. Ce qui ne signifie nullement “une négation des valeurs inhérentes à la sexualité, au désir légitime de pos­séder et de décider de sa vie de manière indépendante” (VC 87.) Ceux et celles qui acceptent ce genre de vie au contraire deviennent libres et plus ou­verts à Dieu et au monde.

En effet, seul l'amour peut justifier le célibat en vue du Royaume. "A cause de moi et à cause de l'Évangile" (Mc 10, 29.) L'amour du Christ et au Christ est le motif fondamental de la chasteté. C’est là son seul et unique espace de justifi­cation au­thentique, espace qui en constitue en même temps le fondement ultime. Ce qui laisserait croire que le principal dan­ger pour le cé­li­bat est le fait d'éteindre l'amour de Dieu et des frères dans le cœur de la personne consacrée.

* Puis la personne consacrée est le reflet de l’activité caritative du Christ. Les personnes consacrées font aussi preuve de l’amour du Christ dans le présent de notre monde. En effet, l’amour de Dieu et du prochain est l’es­sence de la vie consacrée. Grâce aux personnes consacrées l’Église mani­feste le Christ soulageant les souffrances du monde, annonçant le Royaume, guérissant les blessés et nourrissant les affamés. Les vœux de religion les aidant à purifier le cœur et la liberté spiri­tuelle éveillent la ferveur de la charité (LG 46.) Leur amour sans ré­serve ne se réalise qu’après avoir dé­couvert de manière lucide l’amour de Dieu pour les hommes.

* Enfin la personne consacrée doit être le reflet de la grâce trans­formante. Elle est appelée à manifester la puissance de la grâce di­vine. “Ainsi, la pro­fession des conseils évangéliques apparaît-elle comme un signe qui peut et doit inciter efficacement tous les membres de l’Église à l’accomplissement joyeux des devoirs inhé­rents à leur vocation chrétienne”. Les personnes consacrées sont pour tous les chré­tiens des exemples suggestifs et transformateurs de vie. Leur vie spirituelle bien vécue fait grandir leur communauté chré­tienne.

b) Signe de l'Église dynamique

L'Église est fondamentalement communion. Les personnes consacrées sont au milieu du monde une manifestation de cette unité ecclésiale, ou mieux de l'Église dans sa double charité, en­vers Dieu et en­vers le prochain. Voilà pourquoi la vie consacrée ne se comprend mieux que dans son rapport intime avec sa gar­dienne, l'Église.

Épouse du Christ, l'Église est en effet instrument de l'amour et du salut que Jésus apporte au monde. Poussée par la charité elle s'engage pour le salut du monde. A cette mission de l'Église “envoyée” participent intensément les personnes consacrées en vertu de leur donation particulière. Par la vie communautaire fra­ternelle et apostolique elles manifestent avant tout que l'Église est mystère d'amour. Elles mettent tout en oeuvre pour vivre leur unité de charité en entretenant des relations interper­sonnelles profondes, dans la réciprocité d'amour motivé par un amour plus radical, celui pour le Christ.

En ce sens, pense Fabio Ciardi, la communauté de vie consa­crée s'offre à l'Église comme un lieu qui témoigne de la koinônia évangélique histo­rique. En elle le monde peut retrouver le sens de la personne et le désir de re­lations authentiques, de com­munion et d'unité[2].

Par conséquent, les hommes d'aujourd'hui de­vraient rencontrer dans les personnes consacrées d'au­thentiques “experts” en com­mu­nion ecclésiale. Les divisions entre les membres sont inac­ceptables. Ainsi seront-elles toujours le re­flet de l’É­glise dynamique, ouverte aux attentes du peuple de Dieu et à la ré­ponse aux signes des temps.

c) Signe de la vie chrétienne authentique

Les personnes consacrées veulent être une expression parti­cu­lièrement in­tense de la vocation commune, celle baptismale. Il ne s'agit pas d'un super baptême duquel sortirait un super chré­tien qu’on appellerait “personne consacrée”. Mais être personne consacrée, c’est répondre pleinement aux exigences de son bap­tême et de sa confirma­tion. Or, les chrétiens authentiques sont ceux que le désir de perfection habite. La vie consacrée doit être une réalité prophétique qui annonce et anticipe le ban­quet cé­leste (cf. Mt 22, 1-13), une anticipation de la communion trini­taire à laquelle tous sont conviés par l’Auteur de la vie.

En même temps qu’elles signifient à tous les chrétiens que le Christ est vivant, qu’ils doivent l’aimer et s’aimer mutuellement, les personnes consacrées doivent dire, par leur style de vie, qu’ils sont per­pé­tuellement en marche vers la pleine possession de la Jérusalem d'en haut[3]. Tout l’effort de leur vie ne devrait consis­ter qu’à cul­tiver les vertus qui facilitent le progrès spirituel. Ainsi peuvent-elles guider spirituellement les autres chrétiens désireux de s’éloi­gner des “âmes médiocres”, comme le dit si admirablement Thérèse d’Avila, d’éviter le cercle de médiocrité.

Certes, la vie chrétienne des personnes consacrées devient au­then­tique dans la mesure où elles vivent réellement leur consé­cration à la lumière de l’Évangile. C’est un constat de première évidence. Notre so­ciété a certainement besoin de personnes consacrées “sincères, exigeantes en­vers elles-mêmes, capables de se consti­tuer en signes purs et forts”. Elle voudrait surtout voir des per­sonnes consacrées respectueuses et généreuses, capables d’ac­cueillir l’autre dans sa liberté et sa diffé­rence, bref des hommes et des femmes aimés de Dieu et convertis. "A ceci tous vous recon­naî­tront pour mes disciples: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres”, dit Jésus à ses disciples (Jn 13, 35.) Là réside le secret de l’inculturation de la vie consacrée en Afrique. Seul l’a­mour brise toute bar­rière et permet ce qui est bien.

Tel est le sens profond de notre identité religieuse et missionnaire, une mission avant tout spirituelle : « rendre le Christ lui-même présent au monde. »

 

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[1] “Témoignage”, in Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, 1988, col. 1261.

[2] Cf. CIARDI F., "La communauté religieuse, signe d'espérance", in Vie Oblate Life, (s.d.), F 161-172.

[3] Cf. AUBRY J., Teologia della vita religiosa, 2a Ediz., Torino, EDC, 1988, p. 77-90.