Oblats: un signe d'immense espérance à l'âge de la mondialisation |
= Une méditation spirituelle =
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Dans la vie de l’Eglise, il y a trois façons d’être missionnaire, à savoir : la suite du Christ, la profession des conseils évangéliques et la réponse aux besoins du monde. Mgr Henri GOUDREAULT nous aide à saisir l’exigence de notre vocation dans le monde d’aujourd’hui[1]. « Le monde moderne, par ses éléments positifs (le souci de la dimension communautaire, des relations personnelles, du partage de responsabilités et des biens, du travail en équipe, de la prière, de la simplicité de vie) et par ses déficiences (anonymat des grandes villes, égoïsme des nantis, misère croissante des pauvres, division des classes, violence institutionnalisée, angoisse et désespoir), fait appel aux éléments les plus profonds du message évangélique et réclame des gestes de fraternité, de partage, de justice, de compréhension, de réconciliation, d’espérance que peut et doit fournir la vie religieuse authentique. » Prenons quelques exemples. Ø Un monde tiraille. Les gens d’aujourd’hui sont souvent tiraillés, éparpillés, sans points de repère. Dans quelle direction aller ? Quoi choisir et quoi laisser de côté ? Ils ont l’impression d’être sur un bateau sans destination. Comme ils ne connaissent pas le point d’arrivée, ils ignorent également s’ils sont dans la bonne direction ou s’ils vont à la dérive. Puisque les gens sont en quête de sens, la vie chrétienne doit témoigner du sens de la vie, de la cohésion et de l’unité. . Ø Un monde éclaté par la violence. Devant l’éclatement de notre monde par la violence, ses conflits, son intolérance et souvent son racisme, tribalisme, la vie chrétienne doit être experte en communion, artisan de paix et d’unité, lieu d’accueil où la personne peut se retrouver et se refaire. Ø Un monde de sans-voix. Plus notre société multiple les inégalités, plus nombreux sont les sans-voix. C’est la loi du plus fort, du chacun pour soi ou du « sauve qui peut ». La vie chrétienne doit témoigner de la solidarité du partage, de l’attention aux « sans-voix ». Les chrétiens doivent avoir un regard particulier pour les pauvres aux multiples visages. Ø Un monde de l’efficacité et du rendement. Plus la valeur de la personne humaine est liée à son efficacité, à son rendement et à sa rentabilité, plus le vieillissement des personnes risque d’être mal géré. Les chrétiens, par leur façon de traiter les malades et les personnes âgées, doivent témoigner que la personne est aimée pour elle-même et qu’elle vaut beaucoup plus que ce qu’elle peut ou ne peut pas produire. Ø Un monde dont les changements font douter de la vertu de fidélité. L’évolution rapide et constante de la société a marqué la psychologie d’un grand nombre et a fait naître des doutes de la possibilité d’un engagement à vie. Comme tout semble temporaire et relatif, s’engager pour toujours semble se compromettre sur l’imprévisible. On met en question les institutions les plus fondamentales et les plus sacrées (la famille, la vie religieuse, le sacerdoce, l’Eglise). Dans cette optique, la fidélité semble impliquer un mandat de ne rien changer, de garder le « statu quo », de se méfier du nouveau, de craindre les risques et les provocations de la vie, de la mondialisation, par exemple. Ne devient-elle pas complice de la répétition, du formalisme et du fixisme ? Dans un tel monde, les chrétiens doivent témoigner de la permanence des réalités qui ne passent pas. La fidélité est commandée par l’amour lui-même. Il ne faut pas que les changements soient dictés par le désir maladif de goûter successivement à tout et par l’incapacité de nous fixer quelque part. Ø Un monde à la fois assoiffé et indifférent. Beaucoup sont marqués par l’indifférence religieuse, l’incroyance, le mal-croyance, l’athéisme pratique ou doctrinal. Par contre les nouvelles religions et les sectes se multiplient. Dans un tel contexte il est nécessaire de vivre sa foi en profondeur, de vivre une sérieuse expérience de Dieu. Ø Un monde qui dévalue la vie. Plus les gens sont désireux de mettre un terme à la vie à ses débuts par l’avortement et à sa fin par l’euthanasie, plus il faut témoigner du respect absolu de la vie comme don de Dieu et comme droit inaliénable de la personne. Ø Bref, un monde globalisé (la mondialisation), souligne le Card. Francis George[2]. D’une manière simple, « la mondialisation est comme une extension et une compression simultanées du temps et de l’espace. D’un côté, la mondialisation a relié des gens et des lieux du monde entier d’une manière jusqu’ici inconnue de l’humanité. D’un autre côté, ces mêmes connexions ont créé une densité de relations pouvant devenir envahissantes et même opprimantes pour la communauté humaine. L’ordinateur fournit une image de cette extension et de cette compression : Internet et la toile mondiale (Web) représentent cet état d’interconnexion étendue du monde, la puce informatique, où l’information et comprimée dans un tout petit espace, nous donne une image de ce que le monde est devenu. » Face à cette situation la mission de l’Eglise est double : l’Eglise doit proclamer et défendre la personne humaine, sa dignité, et elle doit créer une culture de vie.
Dans ce contexte général du monde, quelle est la situation de notre terre de mission et quel devrait être notre regard pour l’Afrique ? Elle nous paraît angoissante. Il suffit de lire certains ouvrages pour s’en convaincre, en l’occurrence: L’Afrique malade d’elle-même du malien Tidiane Diakité[3], et L’Afrique va-t-elle mourir ? du pasteur congolais Ka Mana[4]. Thomas Mbaye dans son article « Le nouveau contexte social, économique, politique et religieux de l’Afrique. Défi pour la nouvelle évangélisation »[5] présente cette Afrique dans sa double facette, positive et négative. Positivement, « l’Afrique demeure un continent privilégié. Il est encore riche en ressources et dotée d’un potentiel humain. C’est l’Afrique d’hospitalité, l’Afrique des églises florissantes avec de millions de baptisés au cours des cérémonies grandioses. L’Afrique des fêtes et de joie. Des diocèses et leurs paroisses assument des lieux privilégiés de l’unité et de la communion dans les diversités culturelles et linguistiques ; des écoles de la diaconie et des foyers de charité ; des écoles d’approfondissement de la foi et de ressourcement spirituel et missionnaire. » Négativement, « l’Afrique est confrontée à des problèmes alarmants : une urbanisation incontrôlée, la pauvreté et l’analphabétisme s’accentuent. Un système de bien-être social de quelques catégories conduit à l’aliénation et à la violence sur la majorité des populations. Guerres, famines, maladies élisent domicile sur le sol africain. Augmentation des inégalités sociales, incessantes atteintes à la dignité humaine d’un nombre grandissant de personnes… »[6] Thomas Mbaye dénonce, en outre, plusieurs faits : le tribalisme, la corruption, la course à l’armement, la paupérisation, le joug monétaire, l’ambiguïté de la vie chrétienne. « Que faire ? Que dire ? », s’interroge-t-il. Il s’ensuit que les défis pour la nouvelle évangélisation sont nombreux en Afrique. « Le combat pour la justice, l’engagement politique, l’engagement en vue d’une solidarité universelle, la solidarité avec les pauvres, l’option préférentielle pour les opprimés,» telle doit être notre mission prophétique dans l’aujourd’hui de l’Afrique. La jeunesse, cette tranche d’âge devrait être la priorité de notre apostolat, comme le voulut si bien Eugène de Mazenod. "Lorsque, de retour à Aix, l'évêque de Metz, alors administrateur du diocèse, me demanda ce que je voulais faire, il n'y eut pas un cheveu de ma tête qui songeât à se prévaloir de ma position sociale pour laisser entrevoir des prétentions que tout le monde à cette époque eût trouvées raisonnables… Je répondis donc à l'évêque de Metz que toute mon ambition était de me consacrer au service des pauvres et de l'enfance." (Eugène de Mazenod – Journal du 31 mars 1839.) "Je fis mes premières armes dans les prisons et mon apprentissage consista à m'entourer de jeunes que j'instruisais." (Eugène de Mazenod – Journal du 31 mars 1839.)[7] En effet, l'apostolat chrétien n'a de sens que dans la logique de l'option préférentielle pour les pauvres[8]. Or, les pauvres en Afrique aujourd'hui, ce sont aussi et surtout les jeunes de nos sociétés, parfois abandonnés à leur triste sort, comme l'ont si bien révélé les enquêtes menées par le Père salésien Frank Ginneberge à Lubumbashi.[9] Certes, les personnes consacrées “ont l’impératif de comprendre leur vœu de pauvreté comme exigence de la justice sociale et de la libération”[10]. Ce qui fut l’engagement de Jésus au milieu de son peuple aux multiples barrières humaines. Elles doivent témoigner d’un regard christique, càd un regard qui aime (Mc 10, 21), qui prend en pitié (Jn 3, 5 ; Jn 2, 1-12), qui corrige (Jn 2, 14-16) et qui libère (Lc 13, 10-17).
---------------------------------- [1] « Consécration et mission aujourd’hui : interrogations, réponses et contributions spécifiques", in OMNIS TERRA, N° 350, février-mars 1999, p. 79-93. [2] "Les défis de la mondialisation pour la mission de l'Eglise" (Discours au 1er Congrès missionnaire américain), in Documentation OMI, N° 234, mai 2000. [3] Paris, Karthala, 1986. [4] Paris, Cerf, 1991. [5] In Annales de l'Ecole Théologique Saint-Cyprien, Yaoundé, n° 6, 2000, p. 153s. [6] MBAYE Thomas, ibidem. [7] Textes cités par Bernard Dullier, "Eugène de Mazenod et les jeunes", in Documentation OMI n° 247, juillet 2002. [8] Dans l'histoire de la spiritualité chrétienne, l'expression "vie apostolique" n'exprime rien d'autre que le désir de vivre à la manière des Apôtres. L'apostolat (apostolos, apôtre) se comprend comme toute activité du Corps Mystique qui tend vers ce but (cf. AA, 2). [9] "Les jeunes africains en quête de leur identité", in Mbegu n° 27, Lubumbashi 1987. [10] KAYIBA
P. et MUZUMANGA F., Femme blessée, femme libératrice
dans l’Église-Famille, Kinshasa, Baobab, 1995,
p. 28. |