Oblats: un signe d'immense espérance à l'âge de la mondialisation

= Une méditation spirituelle =

Rendez-vous du village planétaire

Introduction

Appel à la sainteté

Cette méditation que je propose sur le thème « Oblats : un signe d’immense espérance à l’âge de la mondialisation » repose le problème de l'identité de la vie consacrée oblate, en Afrique comme ailleurs. Elle se veut être un regard spirituel sur le projet « Faire naître une immense Espérance », projet sur lequel travaillent actuellement tous les missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Je voudrais approfondir la réflexion amorcée dans la plaquette Religieux africain de l'an 2000[1] en m'interrogeant précisément sur le sens profond de la mission aujourd'hui.

Dans l'Église, la vie consacrée est "un don précieux et néces­saire pour le présent et pour l'avenir du Peuple de Dieu, parce qu'elle appartient de manière intime à sa vie, à sa sainteté et à sa mission" (VC 3.) De cet état de vie, en effet, le peuple de Dieu qui est en Afrique, dans un contexte trouble et parfois ambigu qui est le sien, attend que les personnes consa­crées soient avant tout des hommes de Dieu, remplis de l'esprit de foi, capables de fournir de nouvelles raisons d'es­pérer à ceux et celles dont la vie n'a plus de sens; ou encore des personnes ouvertes à la libération des op­primés de la société.

Or, « la Congrégation se consacre principalement à l’évangélisation des pauvres. »[2] Plus que jamais la société a besoin de véritables signes et sym­boles pour le monde, visibles et reconnus comme tels dans l'Église, capables de marcher à contre-courant en dénonçant le mal et en annonçant la Vérité, bref des prophètes (cf. VC 84.) Cette noble tâche engage les personnes consacrées non seule­ment dans leur rapport avec le monde extérieur mais aussi et surtout dans leurs relations in­ternes. En ce sens, elles deviennent des signes d'espérance tant pour l'Église que pour le monde. Homme et femme, même combat.

Ainsi, le projet "Faire naître une immense Espérance" se présente à nous comme une mise "en état de marche": la marche vers le progrès ou l'amélioration, vers plus de justice et de paix, vers une conversion continue, bref la marche vers la sainteté, conformément à la recommandation de Jésus-Christ: "Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5, 48.)

Certes, la vie consacrée est une voie de sainteté, comme le suggère le Pape Jean-Paul II aux jeunes: « Entretenez en vous les aspirations de votre âge, mais adhérez sans tarder au projet de Dieu sur vous, s’il vous invite à chercher la sainteté dans la vie consacrée » (VC 106.)

En effet, la sainteté demeure un défi depuis la naissance des OMI. Au Chapitre général de 1980, le P. Fernand Jetté le soulignait en ces termes: "Le premier prophétisme d'une famille religieuse, si missionnaire qu'elle soit, sera toujours celui de la qualité de son être et de la sainteté de ses membres. L'Eglise a besoin de notre action, elle a encore plus besoin de notre sainteté."[3] Et le P. Marcello Zago dans la Lettre qu'il adressa en 1991 aux Oblats d'Europe: "Aujourd'hui plus que jamais le Seigneur nous interpelle dans notre être et non seulement dans notre agir. Les besoins de salut de l'humanité d'aujourd'hui nous présentent non seulement de nouveaux défis missionnaires, mais demande la sainteté et un nouveau style de vie au niveau personnel et communautaire (…). Dans l'aujourd'hui du monde sécularisé, c'est la qualité de l'être personnel qui fait de nous des missionnaires authentiques, des témoins de la Transcendance et des guides spirituels."[4]

Ce souci de nos deux anciens supérieurs généraux rejoint parfaitement la préoccupation du Père Fondateur, saint Eugène de Mazenod, quand il dit dans la préface de nos CC et RR : « Que doivent faire à leur tour les hommes qui veulent marcher sur les traces de Jésus Christ, leur divin Maître, pour lui reconquérir tant d’âmes qui ont secoué son joug ? Ils doivent travailler sérieusement à devenir des saints... »

Chose certaine, à l’âge de la mondialisation, notre mission est avant tout une mission spirituelle. "La mis­sion, en effet, avant de se ca­ractériser par les oeuvres exté­rieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel" (VC 72.) Une façon d'être que d'agir.

Le Souverain Pontife nous aide à percevoir l’urgence missionnaire dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui. « Notre monde, dans lequel les traces de Dieu semblent souvent perdues de vue, éprouve l’urgent besoin d’un témoignage prophétique fort de la part des personnes consacrées. Ce témoignage portera d’abord sur l’affirmation du primat de Dieu et des biens à venir, telle qu’elle se révèle dans la sequela Christi et dans l’imitation du Christ chaste, pauvre et obéissant, totalement consacré à la gloire de son Père et à l’amour de ses frères et de ses sœurs» (VC, 85.)

Le jubilé de l’an 2000 que nous avons célébré dans la foi était une occasion historique de se mettre en route et d’ouvrir des chemins nouveaux pour l’Eglise. Mais en quoi les grandes manifestations jubilaires ont-elles transformé ma perception de l’Eglise, ma vie de chrétien, de religieux, de prêtre ? Le jubilé a-t-il éclairé ma relation à l’autre, mon engagement dans le monde et ma participation à l’histoire ? A-t-il renforcé mon désir de fidélité à la consécration religieuse ? A-t-il fait de moi une personne plus joyeuse. C’est dire que l’année sainte voulue par l’Eglise était un appel au changement en vue de l’efficacité missionnaire.

 

Compréhension

1. Un signe

D'après le Vocabulaire de Théologie Biblique, on appelle signe "ce qui, par rapport naturel ou par convention, fait connaître la pen­sée ou la volonté d’une personne, l’exis­tence ou la vérité d’une chose”[5]. En d’autres termes, un signe est une réalité sensible qui renvoie à une autre réalité.

Auprès de qui la voit ou l'approche, la personne consacrée si­gni­fie une grande réalité de foi. Elle vit en vérité les engage­ments de la vie consacrée lorsque son style de vie correspond aux va­leurs professées dans les vœux de religion et qu’elle fait sa part dans la mise en oeuvre du projet missionnaire de son Institut.

Le questionnement suscité dans le cœur de ceux et celles qui l'entou­rent est un véritable regard vers la source de toute vie et de toute vocation chrétienne. Néanmoins toute ré­ponse à ce ques­tionne­ment devient obscure et même impossible quand on ne sait pas de qui la personne consacrée est réellement signe et en quoi consiste son témoignage.

2. Vertu de l'espérance

Parler de l'espérance, c'est dire la place que tient l'avenir dans la vie consacrée du peuple de Dieu, un avenir de bonheur auquel sont appelés tous les hommes (1 Tm 2, 4). Ce sont la confiance en Dieu et en sa fidélité, la foi en ses promesses, qui garantissent la réalité de cet avenir (cf. He 11, 1) et qui permettent au moins d'en deviner les merveilles. Il est dès lors possible au croyant de désirer cet avenir ou, plus précisément, de l'espérer.

En effet, la participation à cet avenir indubitable reste problé­matique, car elle dépend d'un amour fidèle et patient qui est une exigence difficile pour une liberté pécheresse. Le croyant ne peut donc absolument pas se fier à lui-même pour atteindre à cet ave­nir. Il ne peut que l'espérer, dans la confiance, du Dieu en qui il croit et qui peut seul rendre sa liberté capable d'aimer. C'est enra­cinée ainsi dans la foi et dans la confiance que l'espérance peut se déployer vers l'avenir et soulever de son dynamisme toute la vie du croyant[6].

Ainsi, l'espérance apparaît comme l'une des attitudes fonda­mentales de l'homme biblique. Dans l'existence chrétienne la priorité appartient à la foi, mais l'essentiel est d'espérer. Sans la connaissance que l'on a du Christ par la foi, l'espérance devien­drait une utopie purement imaginaire[7]. Mais sans l'espérance, la foi se délite en devenant tiède et morte. Par la foi l'homme trouve le chemin de la vraie vie, mais l'espérance seule l'y maintient. C'est pourquoi la foi au Christ permet à l'espérance de devenir certitude; et l'espérance donne tout son horizon à la foi, et la mène à la vie.

L'espérance est donc la véritable dimension de la foi; c'est la foi en marche vers son objet, un Dieu Seigneur du futur. C'est la vertu de l'homme en chemin vers la vie éternelle et qui, durant ce chemin, expérimente les difficultés de la vie et le risque de ne pas atteindre le terme désiré[8]. En d'autres termes: l'espérance se déve­loppe en confiance dans la grâce de Dieu qui doit nous permettre de surmonter tous les obstacles.

Dans l’actuelle situation africaine, la vertu d'espérance devient plus signifi­cative quand, face aux affrontements fratricides et meurtriers, face aux multiples souffrances et devant l'avenir parfois incertain, nous avons tendance à baisser les bras par découragement. C'est en fait là que la personne consacrée doit devenir un signe d'espé­rance par son engagement concret dans l'Église, sa ca­pacité de créer l'amour et d'inventer de nouvelles façons de vivre. La vie n'est pas que fatalité. Elle est aussi et surtout bonté de Dieu.

Certes, le projet « faire naître une immense espérance » nous invite entre autres à aider chaque membre de communauté oblate à concentrer son regard sur les aspects les plus significatifs de la société et l’Eglise. Deux situations me paraissent préoccupantes : la jeunesse et les sectes religieuses ou mieux la nouvelle religiosité.


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[1] MUSUMBI J.B., Religieux africain de l'an 2000. Problèmes et urgences, Kinshasa, Baobab, 1994.

[2] Cf. CC RR, Décret Prot. n. M. 29-1/80, p. 9.

[3] Cf. Dictionnaires des valeurs oblates, p. 786.

[4] Cf. Dictionnaires des valeurs oblates, p. 786.

[5] “Signe”, in Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, 1988, col. 1230.

[6] Cf. Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, col. 381.

[7] Cf. PIANA G., "Espérance", in Dictionnaire de Vie Spirituelle, Paris, Cerf, 1987, p. 331.

[8] Cf. BERNARD C. A., Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 137.