Motivations de la vie consarée
Un choix libre et responsabl
Retour
Accueil
2)
Quelques antivirus spirituels
Notre
monde d’aujourd’hui apparaît comme un monde tiraillé, un
monde de dispersion. Les gens semblent être sur un bateau sans destination !
Bon nombre de religieux offrent aussi la même impression. Ils sont en
quête du sens de la vie. D’où la nécessité de conversion réelle, le retournement
vers Dieu (se donner au service de Dieu, se donner entièrement à sa perfection).
C’est seulement lorsque nous mettons exclusivement notre confiance dans
la parole de Jésus que nous pouvons guérir et devenir en même temps capables
d’annoncer la Bonne Nouvelle aux autres.
Le
virus qui ronge l’Eglise en général et la vie consacrée en particulier
dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui me paraît provenir de trois
causes essentielles : primo : une vie de foi refroidie,
secundo : une vision trop humaine de la vie chrétienne,
ce qui frise le relativisme du sens religieux, et tertio :
une compréhension insuffisante de la réalité charismatique, ou mieux l’ignorance
de ce à quoi on s’engage.
Pour nous aider mutuellement à bousculer nos vies et nos habitudes,
ou mieux à plus de fidélité à notre consécration, je propose trois « antivirus
spirituels ».
Être
fidèle à sa prière
Vivre avec le Christ : amour d’intimité. Il faut prier vraiment
au lieu d’adopter une attitude de prière. Car la prière continue tant
personnelle que communautaire libère de tout ce qui dérange ou trouble.
Elle ne dispense pas de la lutte ou du combat mais elle maintient dans
la paix la plus profonde. Tu seras donc libre du péché et de ce qui dérange
ta vie, si tu pries sans interruption. La prière doit être fondée sur
la foi pour porter des fruits. Celle dite avec conviction te rapproche
de la fidélité de Dieu et te permet de découvrir son intervention fidèle
et libératrice dans les moments difficiles de la vie.
Pour ce, évitons le formalisme dans la prière, le faire plaisir
aux hommes plutôt qu’à Dieu. Chaque membre de communauté devrait faire
l’expérience de Dieu pour être capable de dire, comme saint Jean :
« Ce que nous avons vu de nos yeux, entendu de nos oreilles, touché
de nos mains… nous vous l’annonçons » (1 Jn 1, 1-3).
Être
fidèle à la vigilance
Vivre comme le Christ : amour de ressemblance. L’homme peut
être aveuglé par bien des choses quand Dieu ne lui suffit plus. Quand
Lui le soleil ne suffit plus à m’éclairer, je dois trouver ce qui m’empêche
d’admirer sa beauté pour m’en débarrasser courageusement. La vigilance
m’aidera à comprendre ce pourquoi je dois couper ce qui menace ma vertu
de fidélité au Seigneur ! Je dois éviter de compter sur des vertus
frivoles qui alimentent l’orgueil.
Être
fidèle à sa communauté
Vivre pour le Christ : amour d’abandon. Chacun devrait aimer
sa communauté même si elle n’est pas parfaite car Dieu t’aime telle que
tu es et veut que tu grandisses et tendes vers la sainteté. Un des symptômes
que les choses ne vont pas bien en toi, c’est le fait de ne pas affectionner
ta communauté. Contribue plutôt à en faire devenir un lieu de rapports
humains authentiques, de relations vraies. Cela suppose au préalable la
connaissance de soi et de l’autre, l’acceptation de soi et de l’autre,
l’actuation de soi et de l’autre. Fais-en un lieu d’accueil mutuel, bref
du pardon et de la fête, pour reprendre l’expression de Jean Vanier. Que
des vocations ont été soutenues et aidées par une bonne communauté où
règne la sincérité des rapports entre les membres !
Nombreux sont malheureusement celles et ceux qui vont vers la vie
religieuse avec une conception erronée de la communauté. Voici quelques
causes d’illusion et quelques problèmes majeurs.
D’après
Jean Vanier, les Africains « n’ont pas besoin de parler de la communauté,
ils la vivent intensément. »(1) Je voudrais quant à moi, parler ici
de la communauté chrétienne religieuse, « lieu privilégié de l’affrontement
de l’autre en tant que ‘autre’, dans sa différence et dans sa spontanéité,
capable de me mettre en question et de me révéler à moi-même en me promouvant »(2)
Parmi les personnes qui y entrent enthousiastes, certaines découvrent
très tôt les illusions dues à une conception erronée de la communauté.
Quelques causes d’illusion méritent d’être mentionnées pour bien cerner
le sentiment de non-appartenance.
-
Certains
pensent que la communauté est un endroit de sécurité.
D’où la recherche acharnée d’une protection éphémère qui ne cultive
que l’irresponsabilité.
-
Certains
autres pensent que la communauté est une réponse aux intérêts
personnels ou à tous les besoins. D’où la course aux biens
matériels pour soi ou pour sa famille. Or, « une communauté n’est
une communauté que quand la majorité des membres est en train de faire
le passage de la ‘communauté pour moi’ à ‘moi pour la communauté’. »(3)
-
D’autres
croient que la communauté est un collectif d’uniformité et de
nivellement. D’où l’obsession de se comparer aux autres, qui
n’engendre que jalousie, inquiétude, complexes.
-
D’autres
encore considèrent la communauté comme un lieu de joie maximum,
« nsay-nsay », avec le risque d’oublier la pénitence, la
mortification ou la croix qui est une réalité intrinsèque de la marche
à la suite du Christ (cf. Mc 8, 34).
-
D’autres
enfin, prennent la communauté pour un groupe thérapeutique,
remède aux frustrations affectives ou à la solitude des membres.
La communauté ne devrait pas élever des « gros bébés ».
On y va avant tout pour aimer et non pas pour être aimé, pour donner
et non pas pour recevoir, pour consoler les autres et non pas pour
être consolé.
Trois problèmes troublent également la plupart des communautés religieuses.
-
Tout
d’abord la différence culturelle. Très souvent, le fait
d’appartenir à différents groupes culturels ayant chacun sa façon
de penser, d’agir et de concevoir les choses complique les rapports
interpersonnels. L’exemple le plus frappant est la tendance à vivre
seul tout en étant en communauté.
-
Ensuite,
l’agressivité. Les personnes qui ne se sentent pas acceptées
dans la communauté tendent à tout contester, ce qui est signe de personnalité
non équilibrée totalement et de profonde insatisfaction devant la
fonction à exercer.
-
Ensuite,
la conflictualité. Les différences sociales et les différences
des générations excitent souvent les membres d’une communauté à s’opposer
les uns aux autres.
-
Et
enfin, les conflits sans cause. Ces conflits, souvent produits
de l’aigreur, sont fréquents là où il y a des religieux et des religieuses
à problèmes.
Autant
d’éléments qui expliqueraient l’immaturité humaine qui, malheureusement,
caractérise la plupart des religieux et religieuses d’aujourd’hui. Par
conséquent, les maisons de formation notamment les noviciats devraient
faire en sorte que cette étape soit réellement une initiation à la vie
consacrée afin de fournir à l’Eglise des personnes consacrées libres et
motivées, adultes et responsables.
Pour
ce, on évitera à en faire des instituts supérieurs par la multiplicité
des cours parfois stériles et des sessions d’inter noviciats qui
créent la dispersion, le manque de concentration. Les maîtres et les maîtresses
des novices devraient suffisamment prendre le temps de discerner les vrais
signes de maturité spirituelle. Voici quelques-unes des caractéristiques :
-
la
capacité de s’adapter à des conditions diverses et à des responsabilités
déterminées, dans le contexte social où l’on se trouve ;
-
la
capacité de coopérer avec ses semblables et de se soumettre au plan
d’une autorité, dans le milieu familial et social ;
-
la
capacité de se spécialiser, et donc d’avoir confiance en ses propres
ressources dans un champ d’action déterminé ;
-
et
la capacité d’affronter de façon réaliste les problèmes de la vie
par un contrôle approprié de ses propres impulsions.(4)
Voilà
pourquoi il est plus qu’urgent, à l’âge de la mondialisation, de revoir
le contenu de nos programmes de formation ou de « re-fonder »
la vie consacrée. Comment aider les jeunes à aimer leur communauté ?
à opérer un choix libre et responsable de la vie consacrée ? Rien
de plus destructif que d’admettre quelqu’un aux vœux perpétuels malgré
son hésitation à faire le pas. Ceux et celles qui ont le pouvoir de décider
devraient s’éloigner un peu plus du cercle de médiocrité qu’on appelle
« tribalisme ou racisme ».
Conclusion
C'est
un constat de première évidence. Notre société a certainement besoin de
personnes consacrées " sincères, exigeantes envers elles-mêmes, capables
de se constituer en signes purs et forts ". Notre société voudrait
surtout voir des religieux, des religieuses respectueux et généreux, capables
d'accueillir l'autre dans sa liberté et sa différence, bref des hommes
et des femmes aimés de Dieu et convertis. " A ceci tous vous reconnaîtront
pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres
" (Jn 13, 35).
Approfondissement
-
Quelle
image négative et positive avez-vous des jeunes d'aujourd'hui en recherche
de vocation ?
-
Comment
peut-on concrètement aider des personnes consacrées qui découvrent
leurs motivations insuffisantes ou inadéquates ?
-
A
la lumière de l'épisode des disciples d'Emmaüs, quel type de communauté
devrions-nous former pour rendre plus attrayant l'état de vie consacrée
?
-
Quelles
sont les questions suscitées en vous par cet exposé ?
Copyright © 2002 jbm
|