Motivations de la vie consarée

Un choix libre et responsable de la vie consacrée

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Traditionnellement Pourquoi Responsabilité Remèdes

 

Introduction

Une préoccupation m’habite depuis quelques années. En 1995, au cours d’une session au Congo-Kinshasa sur la vie consacrée, je me suis amusé en posant la question suivante à 40 religieux de plusieurs congrégations masculines : « S’il était possible de ressusciter quelques jours après ta mort, aimerais-tu vivre encore dans ta famille religieuse, changer de congrégation ou te marier, et pourquoi ? »

Les réponses reçues furent intéressantes :

  • 15% : je vivrais dans ma congrégation parce que je l’aime beaucoup ;
  • 80% : j’aimerais changer de congrégation parce que mes supérieurs exagèrent, ils se comportent souvent en dictateurs ;
  • 5% : j’aimerais me marier pour faire l’autre expérience complémentaire de la vie.

Une année plus tard, j’ai cherché à obtenir la réaction féminine sur la même question. 30 professes de plusieurs congrégations m’ont répondu de la manière suivante :

  • 20% : je vivrais dans ma congrégation parce que le Seigneur m’aime et j’aime ma congrégation ;
  • 70% : j’aimerais changer de congrégation parce que mes supérieures exagèrent, elles regardent trop les détails inutiles ;
  • 10% : j’aimerais faire l’expérience du mariage pour prouver que je n’ai pas fui le mariage ; la vie religieuse étouffe mes talents.

Voici en synthèse le résultat de la petite enquête informelle :

  • 17,5% : vivre dans la même famille religieuse ;
  • 75% : changer de congrégation, et
  • 7,5% : se marier.

 


Sans être spécialiste en matière d’analyse 'statisticienne', je constate qu’il s’y dégage un malaise profond : le sentiment de non-appartenance à l’Institut de vie consacrée chez bon nombre de religieux et religieuses ! Ce sentiment pourrait s’expliquer, d’une part, par l’ignorance des exigences de certains choix fondamentaux, en l’occurrence l’état religieux, et d’autre part, par la légèreté avec laquelle les motivations vocationnelles sont discernées. Entendons par motivation « l’ensemble des motifs (d’un acte, d’un comportement). » En d’autres mots, comme dit Umba, la motivation est « un phénomène dynamique qui agit comme une poussée de la conduite lançant l’individu vers un but à atteindre qui correspond à la satisfaction d’un même besoin. »

En effet, la vie consacrée est fondamentalement une exigence de sainteté qui consiste à parfaire l’amour de Dieu et du prochain. « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Jean-Paul II nous l’a rappelé avec force dans l’Exhortation Vita Consecrata : « Tendre vers la sainteté, précise-t-il : voilà en bref le programme de vie consacrée, également dans la perspective de son renouveau au seuil du troisième millénaire. Le point de départ de ce programme se trouve dans le fait de tout quitter pour le Christ » (n°  93).

Pour parvenir à cet idéal de sainteté, la communauté religieuse doit être conçue comme un mystère et un signe privilégié et permanent de communion ecclésiale. Or, beaucoup vont vers la vie consacrée ou vivent en communauté sans « connaissance suffisante et normale » de ce qu’ils ont choisi, pour reprendre l’expression de Laurent Boisvert dans Le célibat religieux.[1] Une telle ignorance n’aurait que le seul mérite de cultiver l’ambiguïté de la vie consacrée en fournissant à l’église des hommes et des femmes aux apparences religieuses, des personnes vidées du sens de responsabilité personnelle, bref des personnes consacrées inauthentiques.

Dans le cadre de réflexion sur la « Vocation à la vie consacrée et appartenance à un Institut de vie consacrée »,[2] mon partage porte sur « un choix libre et responsable de la vie consacrée». Entendons par  liberté, la possibilité ou le pouvoir d’agir sans contrainte. Aime et fais ce que tu veux, disait saint Augustin. La liberté, comme dit encore Umba, « est d’abord dans le sens qu’on donne à ce qu’on fait. Elle s’exprime ensuite dans un certain nombre d’options, parmi les options possibles. » Et par responsabilité, nous entendons l’obligation morale de réparer une faute, de remplir un devoir, d’assumer les conséquences de ses actes.[3] Mon partage se veut être un approfondissement de la réflexion déjà amorcée dans les plaquettes Religieux africain de l’an 2000 et Aspirant(e)s à la vie religieuse,[4] relative à la motivation vocationnelle. Je le développerai en deux articulations: