Nous sommes le 20/09/2017 et il est 16h33 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Témoignages


  1. Enfants de la rue KinshasaConnaître davantage et vivre l'internationalité
  2. Ce que je crois vivre
  3. Oblation perpétuelle à Ngaoundéré
  4. Bébé ramassé comme un cadeau de Noël
  5. Témoignage du Frère Hervé Givelet
  6. Expérience spirituelle d'un prêtre
  7. Puissance de la Parole de Dieu: André Levet
  8. Quand je suis tombé très amoureux
  9. À l'origine de ma vocation religieuse oblate
  10. Justice et Paix: expériences pastorales au Cameroun

 

Connaître davantage et vivre l'internationalité

De retour dans sa province d'origine après six ans de service dans l'Administration générale des Oblats de Marie Immaculée, Baudouin Mubesala Lanza nous partage sa riche expérience missionnaire en répondant aux questions d'OMI-CONGO (source: n° 20, janvier 2005).

Quel est le sentiment qui vous habite?

Mubesala LanzaMerci de l’occasion que vous me donnez de vous partager mes sentiments. Si j’en ai plusieurs en ce moment, le premier est celui de gratitude vis-à-vis de mes confrères de la province du Congo et des Oblats dans son ensemble. La joie de retrouver les Oblats au Congo et de continuer la mission de la congrégation avec eux. L’expérience de l’internationalité de notre congrégation que j’ai vécue au niveau de l’administration générale m’a donné d’apprécier à sa juste valeur la richesse de notre charisme dans la diversité de nos cultures. Je dois dire merci à tous pour leur soutien et amitié.

Quels ont été les événements monumentaux?

Mon parcours est long et court en même temps, cela dépend de l’angle sous lequel il faut le regarder. Des événements monumentaux, comme vous le dites, je crois qu’il n’y en a pas eus. Cela dépend aussi de la valeur que nous accordons à ces événements. En effet, en arrivant à Lozo comme vicaire de paroisse, je redoutais comme chacun peut en avoir le sentiment, la rencontre avec l’inconnu. Je découvrais Lozo pour la première fois et ce que l’on disait de cette mission n’était pas du tout encourageant.

Etant né dans une région de forêt, je crois que le sens de l’horizon m’effrayait. Dans une région de brousse, votre regard voit plus loin, l’horizon (au sens vraiment propre) vous porte loin. Voir loin aide toujours à reculer les barrières. Cela peut aussi influencer votre façon de voir et de comprendre les choses. Je dois dire qu’après 4 ans à Lozo, ma communauté et moi nous nous sommes créé un lien d’amitié indéfectible avec la population de la paroisse de Lozo à qui je dis toute ma reconnaissance.

Il est vrai que le supérieur provincial d’alors, Roger Lievens, avait un projet sur moi: devenir formateur à notre scolasticat de Kintambo. Pour cela, il m’envoya à l’Université catholique de Leuven (KUL), branche flamande, en Belgique. Ma connaissance d’anglais étant insuffisante en ce temps-là, je m’étais plutôt inscrit à Louvain-la-Neuve où je fis mes études. Après une licence en théologie, j’étais supposé rejoindre l’équipe des formateurs à Kintambo. Le père Benoît Kabongo qui, dans l’entre-temps, était devenu provincial m’orienta, avec l’accord de son conseil, vers des études de missiologie pour les besoins de l’Institut de missiologie que les Oblats comptaient lancer à Kinshasa. Voilà pourquoi je pris le chemin de Rome pour des études de missiologie à l’Université Grégorienne.

Quand, dans un dialogue sincère, vos supérieurs vous disent le projet qu’ils ont sur vous, vous vous demandez d’abord si vous méritez cette confiance, puis cela vous donne un sens de responsabilité qui peut vous effrayer et enfin, vous ne pouvez mieux faire sinon donner le meilleur de vous-même pour répondre à cette marque de confiance.

Je crois que ma nomination comme provincial du Congo a été une surprise pour plusieurs, moi-même y compris. C’était cependant une marque de confiance non pas d’abord en ma personne mais surtout à ma génération. Je crois que toute la jeune génération de la province y a trouvé une certaine fierté mais en même temps une interpellation pour l’avenir de la province. C’est pourquoi ils ont été exigeants vis-à-vis de moi et chacun cherchait à contribuer à sa façon pour relever les nombreux défis qui étaient les nôtres.

Ils voulaient que notre génération soit digne de la confiance que les aînés et toute la congrégation venaient de placer en nous comme jeunes. Il y a des moments où, dans sa vie, on se demande si l’on mérite vraiment la confiance que les autres placent en vous. Le poids que l’on en ressent est grave. Et parfois, on a peur. Je dois remercier le père Ben Kabongo pour m’avoir encouragé et soutenu, mes confrères pour m’avoir montré aussi la gravité de la tâche tout en apportant chacun sa pierre à l’oeuvre. Tous ceux qui avaient des positions parfois radicales n’avaient pour objectif que de chercher à mieux faire.

L’étape de l’administration générale avait une importance significative pour moi et pour toute la province du Congo. Encore une fois, ce n’était pas une confiance en ma personne mais à toute une province dont la force vive devenait l’un des espoirs de la congrégation. Là, j’ai appris à connaître davantage et à vivre l’internationalité de la congrégation, la richesse de sa diversité et aussi un esprit de travail auquel je n’étais pas personnellement familier.

Je dois avouer que nous avons la chance d’appartenir à cette congrégation missionnaire dont le charisme s’adapte dans tous les milieux et surtout ceux les plus défavorisés. Une autre richesse de notre congrégation c’est qu’elle compte des personnes de valeurs. Des Oblats aux multiples talents, je les ai rencontrés. Travailler au niveau de l’administration générale c’est apprendre à recevoir et à donner. Chaque groupe culturel apporte son génie propre capable de vous enrichir si vous y êtes attentifs et réceptifs. Il y a une sorte de complémentarité enrichissante. Comment pouvons-nous profiter de cette internationalité au niveau de la formation déjà sans attendre seulement quand on sera en ministère actif? Il me semble que le projet de consolidation des maisons de formation développera davantage cette dimension. Il est heureux de voir comment la sous-région oblate francophone de notre Région a compris et s’est immédiatement mise à l’œuvre. Il est vrai que les difficultés d’adaptation ne manqueront pas mais je suis convaincu que les fruits que nous en récolterons dans un proche avenir dépasseront ce que nous aurons souffert.

De toutes mes expériences pastorales et dans l’administration, je reconnais avoir vécu beaucoup plus des moments heureux que moins heureux. J’ai appris beaucoup, surtout des gens simples. Ceux-ci ont une philosophie de vie qui parfois vous interroge «mais pourquoi aller si loin et se compliquer la vie?» C’est vrai, il y a mieux et plus à vivre dans la simplicité et dans la joie. Pourvu que l’on soit authentique, capable de donner et de recevoir.

Quelle est la vertu que vous estimez avoir développée le plus?

Je ne sais vraiment pas si j’ai développé une vertu. J’aurais voulu développer la patience mais je crois plutôt être devenu impatient devant certaines lenteurs. J’aurais voulu apprendre à comprendre l’autre dans sa différence mais je n’y arrive pas encore. J’ai quand même appris à écouter puisque chaque jour qui passe et chaque personne que je rencontre dans ma vie me convainquent que chaque humain, qui qu’il soit, a quelque chose à apporter, à m’apprendre. J’ai souvent appris par essai et erreur.

Quelle est la meilleure et la plus redoutable de vos expériences?

La meilleure expérience qui a laissé en moi une marque indélébile c’est mon passage à Lozo comme missionnaire. Ces gens là m’ont appris à aimer, à donner et à me donner. Mon passage au niveau de l’administration provinciale et générale est aussi une chance pour moi, car j’ai appris à connaître, tant soit peu mes confrères et notre congrégation. Je crois que cela a ravivé davantage ma vocation oblate religieuse missionnaire. L’expérience redoutable reste mon accident du 9 septembre 1997. Sur le coup, cela ne me disait pas grand-chose, mais avec le temps, je me demande comment des gens peuvent-ils se permettre d’éliminer une vie humaine pour obtenir juste quelque chose qui n’a de valeur que pour un temps très limité. Avec cet accident, c’est toute la logique de la violence que je désavoue. Si le monde pouvait devenir plus humain!

Quel message avez-vous pour la jeunesse oblate congolaise?

Tu me demandes si j’avais un message à la jeunesse oblate? Evidemment que la première chose est de leur demander de rester fidèles à leur vocation oblate, religieuse et missionnaire. Il faut qu’ils se préparent sérieusement à la mission que l’Eglise leur prépare et leur confiera à travers la congrégation. On ne peut répondre aux exigences missionnaires de l’internationalité que dans la mesure où l’on se dispose à y répondre non seulement positivement mais surtout généreusement.

Pour les jeunes Oblats de la Région d’Afrique-Madagascar, je dis qu’ils portent en eux le grain d’espérance qui aidera la congrégation à garder sa flamme allumée et vivante. Un grain n’éclate en fleur que dans la mesure où elle a été semée dans une bonne terre, arrosée. Se rendre compte que l’on porte en soi l’espérance d’un groupe est une grande responsabilité. Il me semble là un grand défi pour nos jeunes Oblats.

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Ce que je crois vivre

Touchée profondément par sa visite à Assise (Italie) sur les traces de saint François d'Assise, Ghislaine nous partage en toute simplicité ce qu'elle croit vivre.

“Ah! Qu´il est bon le Bon Dieu”, disait la fondatrice des Sœurs de Notre-Dame de Namur. Cette exclamation ne peut jaillir spontanément du cœur qu'après avoir fait une expérience profonde de la présence du Seigneur, qui accompagne son peuple en marche vers le Royaume.

François d'AssiseAssise! Chaque fois que j´entends prononcer ce nom, j'éprouve une joie profonde qui me rappelle les traces de Dieu dans ma vie personnelle. J´étais émerveillée de voir à Assise ce que Dieu fait aux hommes qui se donnent totalement à lui, comme notre frère François.

Mon estime envers Saint François d'Assise remonte au jour où, il y a une dizaine d'années, j'ai lu Les Fioretti de saint François d´Assise, un livre qui parle de François et de ses premiers compagnons. Dès lors, je ne me fatigue jamais de lire tout document qui parle de sa vie, car cet homme me passionne par l'exemple de sa foi et de sa confiance en Dieu.

Assise m´a inspirée et m´a permis de respirer Dieu. «Dépouillée de tout mais riche de Dieu», j´ai eu le temps d´admirer et de contempler la pauvreté et la simplicité de François. J´ai compris que seul l´homme libre peut devenir un fou de Dieu.

Le silence d´Assise captive et invite irrésistiblement à la louange de Dieu. Les tombeaux de Saint François et de ses confrères me faisaient penser au livre que j'ai lu. J'avais l'ardent désir de toucher les tombeaux de ses frères. Je les sentais présents et proches de moi comme si je les avais connus de leur vivant.

J´étais heureuse de voir une multitude d´hommes et de femmes s´agenouiller devant la tombe de François. Je me disais: un simple oui à la pauvreté a fait connaître et élever la ville d'Assise et fera perpétuer le nom de François.

Puis-je comparer la vie de François avec celle de la Vierge Marie dans le chant de Magnificat. En François, le Magnificat s´accomplit. “Le Seigneur élève les humbles”. Un pauvre qui marchait sur les chemins d´Assise a été élevé par le Seigneur. “Désormais toutes les générations me diront bienheureuse.” Il y a des siècles que François est mort. Mais Assise apparaît comme un événement, un fait nouveau. Les pèlerins y vont sans cesse. Des générations en générations, on parlera de ce saint homme.

Le jardin de Saint Damien me parlait de Dieu et de l´écoute de la voix du silence. Un silence qui interpelle et qui invite au recueillement. Sans effort jaillissait en moi la prière intérieure de l´âme. Allant dans «las carceles» de Saint François où il se retirait souvent pour prier, quelle paix et quel silence! Même les arbres me parlaient de Dieu. Chacun de mes pas était un écho et un appel à revivre mon premier amour avec le Christ, le moment où je lui promettais que je serai totalement et entièrement à lui.

Bref, la présence de François s'est faite plus réelle en moi à Assise. J'ai senti le saint homme près de moi, et, je suis convaincue qu´il est vivant et continuera à réparer l´Eglise du Christ à travers le monde. Le pèlerinage à Assise fut pour moi un cadeau de la part de Dieu et de François.

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Oblation perpétuelle à Ngaoundéré

(Cameroun) 7 septembre 2003. Un témoignage de Koye Expédit, OMI. Propos recueilli par Entre-Nous N°146, Province du Cameroun, An 2003 septembre.

Croix oblateIl est souvent difficile de trouver des mots justes pour exprimer ses sentiments dans des événements très émouvants. Tel est le cas de la cérémonie des vœux perpétuels de ce dimanche 7 septembre 2003 en la Cathédrale Notre Dame des Apôtres de Ngaoundéré. Je dois dire que c’était merveilleux.

Quatre Oblats nous ont aidés pendant cinq semaines à nous préparer à ce bel événement. Il s’agissait évidemment d’une préparation immédiate dont le but était de récapituler ce que nous vivons depuis six ans: redécouvrir le sens profond de la vie consacrée et présenter au Seigneur nos vies dans des prières intenses. Nous avons pu atteindre notre objectif à l’aide de «Vita Consecrata» et de «Repartir du Christ», grâce à la grande compétence du père Enzo venu du Sénégal.

Etant enracinée dans la Trinité, la vie consacrée est un don gratuit de Dieu dans l’Eglise et pour l’Eglise; elle suscite le don total de soi. La retraite nous a permis de redécouvrir que Dieu nous aime et qu’il nous faut nous engager avec joie sur le chemin de la perfection de soi. Voilà tout ce qui nous a conduit à cet événement des vœux perpétuels.

Dans son homélie, le père Thomas, les pieds bien sur terre, a eu les mots justes pour expliquer: «être religieux, c’est être chrétien plus (+) vœux de religion.» Cette définition est entrée dans l’oreille de tous comme une interpellation. Suis-je assez chrétien pour être religieux? Suis-je assez fidèle pour me réclamer chrétien? Il ne s’agit pas de se culpabiliser. Le tout est de comprendre que tout repose sur l’amour, et le religieux est celui qui veut aimer davantage. Et lorsqu’on est sincère dans cette recherche de l’amour, les exigences que la vie religieuse suscite deviennent faciles à vivre. «L’amour facilite tout», dira le père Provincial, pour évoquer la fidélité aux vœux de religion.

Quelques-uns de ses mots méritent d’être repris ici: «Prétendre contenter ses désirs par la possession, c’est compter que l’on étouffera le feu avec la paille, disent les anciens.» C’est la question de la chasteté. Concernant l’obéissance, il dit: «Si un homme ne fait que ce que l’on exige de lui, il est un esclave… S’il en fait plus, il est un homme libre!» Et enfin, à propos de la pauvreté, il dit:

La pauvreté se vit concrètement: l’entretien et le soin de ce que la communauté met à ma disposition, le non-gaspillage des biens de la communauté; en un mot, aimer sa communauté, les autres membres de cette communauté et avoir le souci de tous ses biens. Voilà quelque chose que chacun peut ruminer d’abord pour son bien propre et pour le bien de tous.

Ce qui aura été aussi très marquant, c’est la profession individuelle et la remise de la Croix oblate. Comment des jeunes gens parviennent-ils à se consacrer au Seigneur dans ce monde qui a de plus en plus de mal à accepter et à vivre un tel choix, parce qu’il est épris d’autres réalités: matérialisme, mariage, etc.? C’est l’étonnement des fidèles à la sortie de la messe.

En tout cas, l’engagement définitif de ces 7 jeunes dans la Congrégation des OMI a eu plus d’un écho en nous, c’est même un stimulant pour vaincre la peur qui pourrait nous empêcher de vivre l’audace, fruit de l’amour de Dieu. Il faut oser grand comme le monde pour qu’en son sein arrive le Règne de Dieu.

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Bébé ramassé comme un cadeau de Noël

Bébé abandonné! Tel est le sort de beaucoup d'enfants nouveau-nés à Kinshasa. Les COMI, Coopératrices oblates missionnaires de l'Immaculée, racontent l'aventure de Joseph Gaetano.

Ils l'ont porté tôt le matin à notre dispensaire, ce dimanche 9 décembre. Une femme qui vend du pain l'a trouvé par terre, nu, trempé, car il avait plu, et elle l'a recueilli en le croyant mort. Mais il n'en était pas ainsi. Puis elle a couru pour alerter la police; celle-ci a pris le petit et l'a apporté chez nous (au Joseph Gaetanodispensaire). Les infirmières l'ont réchauffé, heureusement qu'il y avait la lumière; elles l’ont lavé, pesé. Tout de suite nous avons acheté le nécessaire, nous avons fait toutes les analyses et avons constaté qu'il est en bonne santé.

Un jour de vie seulement et il est déjà vainqueur d'une grande bataille: celle contre un abandon qui aurait pu avoir des conséquences tragiques. Au dispensaire, ils l’ont appelé Moïse parce qu'il a été abandonné dans l'eau et sauvé. Après quatre jours pendant lesquels il a reçu les premiers vaccins et un peu de soin, nous l’avons apporté à la maison pour quelques heures. Quel désir de le garder chez nous! Mais on ne peut pas. Il faut suivre et respecter la loi.

Nous l'avons confié aux sœurs de Mère Teresa en lui changeant le nom, parce qu'il y a déjà deux autres Moïse. Il y aurait un peu de confusion étant donné que là, les enfants n'ont pas de nom de famille. Maintenant il s'appelle Joseph Gaetano. Nous comptons aller le voir et nous espérons le trouver en pleine croissance saine. L’enfant est né le jour de l’Immaculée Conception, le 8 décembre. Nous avons demandé à Marie de l'aider à continuer à combattre pour la vie... et à gagner. Joyeux Noël! (Témoignage de Antonietta Mongiò, comi)

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Témoignage du Frère Hervé Givelet, OMI

(Source: Entre-Nous, Cameroun, mars 2005 - N° 150) - Le 11 décembre 2004, la communauté oblate du philosophat de Yaoundé, les amis et voisins ont fêté les 50 ans de vie religieuse du frère Hervé. Son partage a été apprécié de tous. En voici de larges extraits.

Comme c’est beau!

Hervé GiveletII y a 51 ans, le 07 décembre 1953 au soir, je faisais mon entrée officielle avec deux autres Frères au noviciat de la Brosse-Montceaux, petit village à 80 kilomètres au Sud-Est de Paris, ma région, puisque je suis né à 16 kilomètres de là dans un petit village sis au bord de la Seine, fleuve qui traverse Paris.

La chapelle était située juste au-dessus d'une chambre où se mourait un vieux père, le Père Lemaux, que nous aimions beaucoup; il était pour nous l'ancien, le papa, un peu comme l'est aujourd'hui le père Camille au noviciat de Ngaoundéré. Au moment où nous chantions le Magnificat, le père qui l'assistait nous a dit le soir au repas: «C'est juste à ce moment là qu'il a exhalé son dernier soupir, il a ouvert les bras, son visage est devenu radieux comme illuminé, c'était extraordinaire», et il a dit: «Oh! Comme c'est beau», et il est mort, ou plutôt, il rentrait dans la vie, comme en chantant son Magnificat avec nous.

La mort du père était l'achèvement d'une vie toute consacrée à Dieu, alors que je commençais la mienne; et j'ai eu la nette impression qu'il me lançait ce message: «Vas-y, n'aie pas peur. Dieu, toujours fidèle, ne nous lâche jamais, et comme moi, tu auras cette joie d'être auprès de Lui, joie bien au-dessus de ce que je peux en dire.» Il avait juste 50 ans de plus que moi, étant né en 1881; j'ai donc rattrapé son âge au moment où il mourrait, et je ne vais pas attendre de mourir à mon tour pour dire «oh! que c'est beau d'avoir été aimé si fidèlement par le Seigneur pendant 50 ans!»

L’action de grâce éclate en moi

Aujourd'hui, c'est l'action de grâce qui éclate en moi. Oui, c'est vrai, Dieu ne nous lâche jamais. Il est fidèle, et nous aime jusqu'au bout. «Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin» (Jean 13,1.) Je peux donc en témoigner. Sûrement le père Lemaux a dû voir le Seigneur l'accueillir, entouré de tous les anges et de tous les saints. Cela devait sûrement être une belle fête, une très grande fête au ciel. Nous en parlions entre nous, ce soir du 07 décembre 1953, pendant le repas; et je me disais, en l'enviant un peu: «il va falloir attendre 50 ans pour avoir la même expérience que lui, que c'est long!» Eh bien c'est arrivé aujourd'hui. C'est vrai, il y a une petite différence, je ne suis pas mort et il manque les anges, c'est sûr, mais la foule des saints est là, vous tous et vous toutes, que j'ai voulu nombreux pour partager avec moi cette joie, car cette joie ne peut exister que partagée. Je vous remercie tous et toutes d'être venus du Campus-Mukasa, de l'Arche, du Foyer d'espérance et d'ailleurs, et un immense merci à mes jeunes Frères de s'être donné tant de mal (combien d'heures de répétition des chants et de préparation de la cérémonie!) pour que la fête soit belle et réussie.

Nous allons entourer le Seigneur, il va venir dans quelques instants dans son sacrement de I’Eucharistie. Sa présence sacramentelle est aussi vraie, réelle que celle qu'a expérimentée le père Lemaux, lorsqu'il est rentré dans le «monde» de Dieu. Jésus l'a promis à ses apôtres: «Je serai avec vous jusqu'à la fin des temps» (Matthieu 28,20), et le pape Jean-Paul II a voulu que cette année 2004-2005 soit consacrée à cette présence eucharistique de Jésus. Il est avec nous dans sa divinité et son humanité, vrai Homme-Dieu. Disons tout simplement que celui qu'a vu le père Lemaux et qui a illuminé son visage est là aujourd'hui, tout aussi présent mais «voilé», car on ne peut voir Dieu sans mourir, sans être transformé au plus profond de notre être, et aucun de nous, je pense ne veut mourir ce soir…; mais c'est bien Lui que l'on fête, que l'on exalte, que l'on applaudit.

Le Seigneur m’a aimé au cours de ces 50 ans

Quand je vous disais que c'est vous la foule des saints qui remplace celle qui a accueilli le père Lemaux à son dernier soupir, je le disais en toute vérité. D'abord, je n'invente rien. En effet, tout au début de l'Eglise, les disciples du Christ s'appelaient «les saints», ce n'est que plusieurs années après, à Antioche, qu'ils ont reçu le nom de «chrétiens», et pour moi saint est d'abord et surtout celui qui est aimé de Dieu; donc je peux dire avec certitude que vous êtes tous et toutes aimés de Dieu, et donc «saints»; qui me contredirait? C'est notre lien le plus fort qui nous unit et qui nous constitue en une grande famille. Ce n'est pas d'avoir fait des bêtises qui fait obstacle; l'obstacle vrai est de ne pas accepter d'être aimé gratuitement, et cela est vrai pour toute personne humaine, tous peuvent le comprendre.

Pendant mon noviciat je rêvais d'actions héroïques, d'ê tre un saint, et bien, 50 ans après, si être saint c'est d'avoir fait des actions héroïques, au lieu d'être dans la joie je serais plutôt couvert de honte, souhaitant être une souris pour me cacher dans un trou, et j'aurais refusé de rester avec vous aujourd'hui. Non, si je suis dans la joie, c'est parce que le Seigneur m'a aimé au cours de ces 50 ans, et ceci malgré mes bêtises.

Tout d'abord, je prends conscience d'avoir beaucoup reçu, dès ma naissance. Ce que nous recevons à notre arrivée dans le monde est tellement important, et c'est bien Dieu qui donne le commencement. Ce commencement qui contient déjà l'ensemble de notre vie, le cadre d'un merveilleux projet d'amour, tout en respectant notre liberté et notre responsabilité personnelle.

Oui, j'ai eu la chance d'être né dans une famille profondément chrétienne, baptisé quelques jours après, et c'est là la première et la plus importante grâce reçue dans ma vie (Pie XI a bien dit que le plus beau jour de sa vie a été le jour de son baptême et non le jour de son sacre.) Mes parents étaient foncièrement bons. «Ne lui rendez-vous pas ce témoignage qu'elle était bonne envers vous tous? N'avait-elle pas une prédilection pour les pauvres et les jeunes, tout en agissant dans la plus grande discrétion?», a dit le curé de son village à la messe d'enterrement de maman.

J'ai aussi des frères et des sœurs et leurs conjoints extraordinaires, avec qui il fait bon vivre. Marie Françoise, la sœur aînée a toujours été l'âme et le ferment de toute notre famille, s'élargissant aux cousins, aux cousines. Dans l'esprit transmis par notre maman, elle a su créer une petite O.N.G familiale pour soutenir «M.A.T.E.R» qui se consacre aux enfants de la rue de la ville de Ngaoundéré; et elle veut nous soutenir aussi ici à Yaoundé.

Merci de m’avoir mis en confiance

Parents, frères et sœurs sont les premiers remerciés, et ne sont pas les seuls, loin de là; c'est maintenant que, stupéfait, je me rends compte que personne ne bâtit sa vie tout seul, que notre existence s'épanouit, c'est vrai, en partant de soi, mais tout autant en recevant des autres; et si l'homme a le pouvoir de conduire autant à la mort qu'à la vie, quelle grâce immense ai-je reçue de n'avoir rencontré que des personnes qui m'ont conduit à la vie, qui m'ont aidé à bâtir ma personnalité, et cela depuis ma naissance jusqu'aujourd'hui, car on n'en finit pas de se construire.

Ainsi est longue, longue la liste d'hommes et femmes qui m'ont guidé, pris par la main, entraîné sur le bon chemin. Combien de personnes n'ont pas eu la même chance que moi? Et je pense, ici, à tous les enfants et jeunes gens que je côtoie dans la rue et que j'écoute, racontant leur histoire bien triste et parfois tragique.

Vous savez mieux que moi, vous, Yves, Bali, Ataoue qui êtes ici, combien c'est dur de sortir de cet univers de la rue, et vous avez réussi à vous en extraire avec beaucoup de courage. Que vous puissiez aujourd'hui découvrir que vous êtes mes frè res et qu'avec ceux et celles qui vous accompagnent, nous formons tous une même famille.

Quant à moi, comment pouvoir dire «merci» à tous ceux et à toutes celles qui m'ont aimé et aidé au cours de ma vie, et dont beaucoup ne sont plus de ce monde? Je pense les remercier tous déjà au cours de cette Eucharistie. Parmi ceux et celles qui sont en vie et qui forment une grande chaîne, je vais nommer seulement les derniers maillons de celle-ci.. Trois pères m'ont accueilli à mon arrivée à Yaoundé: le père Thomas Mbaye, notre actuel Supérieur Provincial, le père Mario Brandi ici présent et le père Gaby Crugnola qui n'a pas pu venir. Je ne peux que rendre grâce au Seigneur pour le don de votre présence; merci de m'avoir mis en confiance et de m'avoir accepté tel que je suis. J'ai tellement apprécié votre délicatesse toute fraternelle m'aidant à trouver ma place ici au scolasticat; et c'est bien dans ce même esprit que vous, père Roland et père Guillaume, vous vous êtes conduits à mon égard m'acceptant et m'accueillant avec nos différences. Tout cela ne peut que nous enrichir mutuellement. C'est bien vous deux avec le père Mario qui avez voulu et désiré cette fête, et qu'elle soit ce qu'elle est. Merci aussi à toi, père Stanis, pour ton amitié toujours offerte, ta fidélité, et ta joie et merci à toi, père Henri, pallotin, ami cher, d'avoir voulu venir malgré ton programme chargé et ta santé pas trop solide.

Parler de ma vie de Frère Oblat

Devant tant de grâces et de signes d'affection, qu'ai-je donné? Pas grand-chose, juste ciel! Parler de ma vie de Frère Oblat? Vous me connaissez et, comme vous pouvez le constater, ce que je suis au milieu de vous, je l'ai été plus ou moins pendant mes 50 ans de vie religieuse. Bien sûr, les lieux, les occupations et surtout les visages ont changé au fur et à mesure de mes affectations, mais les hommes, tous les hommes, où qu'ils soient, vivent, travaillent et souffrent.

Et c'est bien le travail qui m'a le plus marqué au cours du noviciat et des 10 ans passés en France. Autrefois, en France, chaque maison de formation avait au moins une dizaine de Frères qui assuraient tous les services de la maison; et dans les ateliers, les jardins ou les champs régnait une grande paix même dans le bruit des machines, comme à la menuiserie; et les Frères travaillaient en silence, tout entiers à leur travail. Il fallait produire, faire fonctionner la maison.

Quant à moi, j'étais à Notre-dame-de-Sion, sanctuaire consacré à la Vierge Marie, lieu de pèlerinage. Et là j'ai connu une activité débordante dans une communauté vivante et joyeuse composée de pères, frères, laïcs (tout le personnel des hôtels) et ouvriers. Il fallait, en autre, moderniser les hôtels un peu vieillots.

Cette activité débordante je l'ai retrouvée, par la suite, au Laos où nous étions deux Frères, le frère Gaudin et moi-même. Avec nos propres ouvriers, une quinzaine, nous avions la responsabilité de la marche matérielle du Petit Séminaire: plantations de riz, jardin potager, entretien du groupe électrogène et des véhicules, etc. Et ceci, jusqu'à notre expulsion en 1976.

Ensuite ce fut le Tchad; gestion du garage diocésain et creusage de puits, ce dernier me conduisait dans les villages et me permettait d'approcher les paysans. Et, pour finir, ce fut le ministère de la formation de nos jeunes oblats où je suis depuis seize ans et où I'on se demande parfois qui est formateur, et qui est en formation… Mais ce qui est sûr c'est que, en ce qui concerne notre formation humaine de créatures à l'image de Dieu, chacun y contribue, jeunes et aînés, grâce à la fraternité qui se crée dans la communauté de formation, aussi bien au noviciat qu'à la Maison Yves-Plumey.

S’associer à Jésus par le travail

Les expériences, grandes ou petites, ne manquent pas et nous pouvons y reconnaître le doigt de Dieu. Il y a, certes, la fête, élément essentiel dans l'épanouissement de notre personnalité, et elle est présente chez nous; mais les expériences les plus fortes sont toujours celles qui côtoient la souffrance et la détresse.

Il suffit d'évoquer les expériences faites durant le noviciat et ici au scolasticat telles que nos visites à la prison et notre présence auprès des enfants de la rue ou du quartier et d'écouter les uns et les autres à leur retour de stage dans les hôpitaux tenus par les Sœurs de Shissong pour se rendre compte que quelque chose de fort y a été vécu. Une fois encore, c'est bien là tout l'Evangile. Jésus a voulu nous montrer qu'il est à la source de tout ce que vivent les hommes dans leurs relations fraternelles dans lesquelles personne ne doit être oublié, surtout pas le plus petit, le plus démuni. Et comme le travail est un élément essentiel de notre vie humaine, notre vie de Frères veut être la vie même qu'a vécue Jésus pendant trente ans, à Nazareth. Eh bien, y a-t-il dans l'Evangile ne fusse qu'une ligne qui parle de sa vie d'artisan, de charpentier alors qu'elle constitue la période la plus longue de sa vie? Il est dit seulement, et même au tournant d'une question, qu'il était fils du charpentier et donc charpentier lui-même, c'est tout. Mais cela a été suffisant pour donner sens à toutes ces vies d'ouvriers et de paysans du monde entier. Cela vaut donc la peine de s'associer à Jésus par le travail de toute une vie et de Lui permettre ainsi de perpétuer son oeuvre de libération et de construction de toute personne humaine à l’image de Dieu.

Je m'achemine vers la conclusion et je me demande comment je vais m'en sortir, puisque la vie continue et que rien n'est clos; il y a toujours un avenir qui s'ouvre devant nous et c'est vers là qu'il faut diriger nos regards et fermer la porte au passé. Si je suis plus vieux qu'au début de ma vie religieuse, Jésus, lui, est toujours aussi jeune et aimant qu'il y a 50 ans et je suis toujours aussi émerveillé de le contempler, heureux et emballé de le suivre autant d'années qu'il voudra, … pas trop longtemps quand même, bon, je veux dire comme Dieu le voudra même si je brûle de le voir enlever son voile et que je puisse m'écrier comme le père Lemaux: «comme c'est beau!»

Mais en même temps votre compagnie vaut presque celle des saints de l'autre côté, et il fait bon vivre ici en Afrique… alors laissons le Seigneur décider, et vivons pleinement ce jour d'Action de grâce. AMEN.

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Expérience spirituelle d’un prêtre

(MULHEN Heribert)

La plupart des chrétiens s’attendent à ce que leurs prêtres ne soient pas seulement de bons chrétiens, mais que d’une manière ou d’une autre ils soient plus proches de Dieu. C’est pourquoi le récit d’un prêtre [1], où cette relation s’inverse, est significatif. C’est en même temps caractéristique d’un renouveau de l’Église qui, vers le milieu de notre siècle, a commencé dans presque toutes les grandes Églises. Un prêtre catholique raconte de lui-même ce qui suit:

Autel chapelle omi GarouaLe 16 mai 1966, j’ai atteint un but principal de ma vie: j’ai été ordonné prêtre, et cela «pour toujours». J’étais convaincu que le monde m’attendrait. Il semblait n’y avoir aucun problème qui ne dût céder devant mon enthousiasme pour l’Evangile. J’étais convaincu qu’avec mes études théologiques, ma vie de prière et mes connaissances psychologiques modernes j’étais à la hauteur de chaque situation. Je croyais être la réponse à pratiquement tous les problèmes, et je dois maintenant dire après coup : j’avais plus de confiance en moi-même, en la psychologie et mes plans pastoraux qu’en la prière et la conduite du Saint Esprit.

Après deux ans – c’était l’époque d’après le Concile – une tension croissante s’est installée dans ma vie, une insatisfaction de moi-même. Je sentais que je ne passais plus bien la rampe. Continuellement, on recommandait de nouvelles méthodes pastorales, des modes théologiques faisaient leur apparition, je devenais incertain et je sentais très clairement que mes médiocres connaissances psychologiques ne suffisaient aucunement pour donner des conseils valables aux hommes. Ma vie de prière s’est peu à peu relâchée, et finalement elle a complètement disparu. Je me rendais compte que je commençais à boire. Le soir, je m’accordais un verre, ou deux, ou trois. Cela m’a aidé à me détendre. La reconnaissance et l’approbation de ma personne que j’avais espérées de mon activité sacerdotale ne sont pas venues. C’est pourquoi je me suis précipité dans un activisme agité et je l’ai pris très au sérieux. Je croyais être le seul prêtre qui travaille.

En outre, j’avais plus d’argent qu’il n’était nécessaire et j’ai commencé à me choyer. J’étais incapable de voir ma pauvreté spirituelle et j’ai fait remonter mon mécontentement à la situation dans ma paroisse. La seule chose dont j’avais besoin – c’est ainsi que je pensais – était un changement de mon lieu de travail. Mon évêque m’a rendu ce service et m’a envoyé dans une autre paroisse. Je me suis de nouveau précipité dans une activité effrénée, je n’avais plus un moment libre. Je prêchais ce que d’autres avaient écrit. Il m’était évident que je ne parlais pas d’expérience quand je prononçais les mots Dieu, Jésus, Saint Esprit. J’avais sans doute appris et étudié beaucoup de choses, mais maintenant j’étais à bout. J’ai maintenu la façade debout, celle d’être un prêtre débordé, et je me prélassais dans la compassion de mon entourage.

A cette époque, j’ai entendu parler d’un groupe de prière dans une ville voisine et je me suis dit: faisons encore un essai. Je suis venu dans une salle paroissiale où se trouvaient réunies à peu près 140 personnes, tous des gens simples. On m’a salué amicalement, mais par prudence je me suis assis au dernier rang. Je ne voulais être qu’un observateur. Après un cantique au début, un monsieur assez âgé, aux cheveux gris, s’est levé. Il s’est présenté comme un chauffeur de taxi. J’étais curieux de savoir ce qu’il avait à dire et je me suis dit en moi-même: que pourra-t-il bien me dire? Il a dit une prière brève, très personnelle: que Dieu lui donne la force de témoigner. Quand alors il a parlé de Jésus d’une manière toute spontanée, je remarquai aussitôt qu’il savait de qui il parlait. Je n’avais jamais entendu quelqu’un parler de Jésus d’une manière si personnelle, ni pendant mes études, ni plus tard. Les paroles de cet homme simple m’ont touché très profondément.

Dans les semaines suivantes, j’ai ressenti du trouble en moi, mais il était différent de celui d’autrefois. Ce n’était pas l’inquiétude d’une activité sans trêve, mais celle de la crainte que je pourrais avoir moi-même obstrué le chemin vers Dieu. Je suis retourné souvent dans ce groupe de prière et j’en suis toujours revenu honteux de moi-même. Un soir enfin, après bien longtemps, je me suis remis à prier: viens Esprit Saint. Je me suis mis à genoux et j’ai senti les larmes couler sur mon visage. Je ne sais plus combien de temps j’ai prié, mais j’ai reconnu l’énorme orgueil qui a été la racine de mes erreurs d’attitude. J’ai su que Dieu seul pouvait me délivrer de cet orgueil.

Dans une des rencontres suivantes de prière, j’ai demandé l’imposition des mains des autres. Je me suis souvenu de la deuxième épître à Timothée: «Ravive le don de Dieu qui est en toi par l’imposition de mes mains. Car Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de puissance d’amour et de modération. N’aie donc pas honte du témoignage à rendre à notre Seigneur» (2 Timothée 1:6s). C’est avec une grande reconnaissance que j’ai prononcé la prière de l’abandon. Les autres m’ont imposé les mains, ont prié pour moi et rendu grâce à Dieu. Jamais encore dans ma vie je n’ai embrassé si cordialement après cette heure ceux qui étaient là. Avec leur aide j’ai retrouvé Dieu et par suite aussi ma vocation.

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Notes:

[1] Cf. MULHEN Heribert, «Vous recevrez le don du Saint Esprit». Le renouveau spirituel, Paris, Centurion, 1982, p. 46-48.
Ayaas présente ce témoignage afin d'aider ses visiteurs et visiteuses à saisir la différence qui existe entre conversion, expérience spirituelle et commencement de vie spirituelle personnelle.


Puissance de la Parole de Dieu

(Témoignage d’André Levet - Texte partagé par Roger GRUBER)

De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la Parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission (Isaïe 55:10-11)

André: «Dans ma prison, une lumière apparut»

André LevetAndré Levet a aujourd’hui 77 ans... Cet ancien gangster est né en 1932, dans une famille «athée» et ce n’est pas à la maison qu’il entendit parler de Dieu. La seconde guerre mondiale frappe la France et André a déjà perdu sa mère lorsque son père est déporté à Auschwitz. Il n’a pas dix ans! Recueilli dans une ferme des Pyrénées, il y a reçu «plus de coups de pieds au cul que de caresses», selon ses propres mots. Son père libéré en 1945 tente un remariage qu’André n’accepte pas. A 13 ans, il fuit... son enfer commence.

Je n’ai pas accepté ma nouvelle belle-mère et je me suis enfui à Marseille à l’âge de 13 ans, couchant dans les rues et déchargeant des camions.

A cette époque, la police m’arrêta et me mit en prison, aux Baumettes, en attendant de me rendre à ma famille. Au contact des autres prisonniers, je suis devenu un petit délinquant, apprenant toutes les ficelles du «métier». Une fois rendu à mes parents, je me suis à nouveau enfui, et j’ai commencé une carrière de délinquant. A 15 ans j’ai été arrêté pour une attaque à main armée, et mis en prison jusqu’à ma majorité. A 18 ans, on avait la possibilité de s’engager pour faire la guerre d’Indochine, ce que j’ai fait pour éviter la prison. J’ai été blessé et rapatrié en France.

Je me lance dans «les affaires»

Après cela, fort de mes expériences militaires et carcérales, je suis devenu le chef d’une bande de gangsters, spécialisée dans le braquage des banques.

Un jour, alors que j’étais venu à Laval pour une «affaire», j’ai aperçu un curé en robe, de l’autre côté de la route. Je suis allé vers lui et, n’en ayant jamais vu auparavant, je lui ai demandé s’il était un homme ou une femme. Il m’a répondu: «je suis un serviteur de Dieu». Dieu, c’est mon patron! Je lui ai dit: «ton Dieu, où il est? On ne le voit pas». Il a répliqué: «je vois que tu ne connais pas Dieu, mais si un jour tu as du temps, viens en discuter avec moi, 12 bis rue de Solférino». Je n’ai jamais oublié cette adresse.

Plusieurs mois après, alors que j’étais de passage à Laval pour une autre «affaire», je suis tombé par hasard dans cette rue. Je suis allé voir le curé, il était là et m’a dit: «je t’attendais». Ce curé est devenu mon ami, il me donnait des conseils, que je ne suivais pas, et chaque fois qu’il me parlait de Dieu, je lui disais: «laisse ton Dieu où il est». Quelque temps plus tard, je me trouvais à Rennes pour attaquer une banque. Là, l’affaire a mal tourné, mon copain a été tué et j’ai été arrêté. Je me suis évadé, j’ai gagné l’Amérique du sud où j’ai organisé un trafic de drogue...

3 fois évadé, 3 fois repris

Revenu en France, je suis arrêté de nouveau, pour m’évader encore. 3 fois évadé, 3 fois repris. Toutes mes affaires vont me valoir 120 ans de prison, s’il fallait tout cumuler. On me transfert à Clairvaux dans la prison des durs et avec des copains je vais tenter une évasion en creusant un tunnel, comme dans le film «la grande vadrouille». L’évasion a failli réussir, mais nous avons été repris. J’ai encore tenté une autre évasion, seul, en crochetant un gardien avec une arme. Là encore je me suis fait prendre. Ils ont décidé de m’envoyer à Château Thierry. Le directeur m’a reçu avec ces paroles: «ici, tu marches ou tu crèves!» J’ai répondu en lui balançant le bureau sur la tête. Ils m’ont mis dans une toute petite cellule avec un lit scellé. Mon curé ne m’a pas abandonné, il m’a envoyé une lettre par mois ou de temps en temps il me parlait de Dieu me disant qu’il était bon. Je lui ai répondu: «si ton Dieu est bon, pourquoi faut il qu’il y ait tant de guerres, de misère, pourquoi certains crèvent de faim alors que d’autres ont trop? Pourquoi certains ont plusieurs maisons alors que d’autres n’en ont pas?»

Le curé m’a répondu: «André, c’est toi le responsable». Quoi? Moi? Je voulais bien être responsable des braquages, mais pas de la misère du monde! Et puis un jour, le curé m’a envoyé un gros bouquin en me disant: «André, ce bouquin tu pourras le lire tout le temps, même après ta mort, en commençant par n’importe quelle page». Le gardien me l’a apporté en me disant: «c’est bien ce bouquin, tu devrais le lire, tu pourras même l’emporter au cachot». «Ca parle de quoi?» «Du bon Dieu», il me répond. «Quoi! C’est pas vrai! il m’a ramené son bon Dieu dans ma cellule!»

Mon curé m’écrivait tout le temps, en me suppliant de lire le livre. Je commence à lire la Bible.

Alors, pour lui faire plaisir, en 10 ans je l’ai ouvert 9 fois. J’ai commencé par lire les noces de Cana, où Jésus change l’eau en vin. J’ai tourné le robinet de mon lavabo en disant: «mec, fais couler du vin!» Ca n’a pas marché. Je l’ai écrit au curé en disant: «ton bouquin, ça ne marche pas». Mon curé m’a répondu: «André tu lis de travers, persévère». J’ai lu l’histoire de la Samaritaine, l’histoire de la résurrection de Lazare. Avec cette histoire j’ai été révolté, je ne pouvais pas la croire, et mon copain qui s’est fait descendre par les flics, il n’est pas ressuscité lui? Puis j’ai repris la lecture, longtemps après, et j’ai lu combien Jésus avait fait de bien aux gens et combien ils l’avaient maltraité, ils lui avaient craché dessus, ils l’avaient fouetté, injurié, puis cloué sur une croix. J’étais révolté je ne comprenais pas pourquoi on faisait autant de mal à quelqu’un qui faisait autant de bien.

Rendez vous à 2 heures du matin

J’abandonnais la lecture et je cherchais toujours à m’évader. J’attendais une arme et une lime, mais ces objets ont été interceptés. Il ne me restait plus aucun espoir, alors en désespoir de cause j’ai fait appel à Jésus. Je lui ai dit: si tu existes je te donne un rancart. Viens cette nuit à 2 heures du matin dans ma cellule et tu m’aideras à m’évader.

Je me suis endormi cette nuit là et d’un coup au milieu de la nuit j’ai été réveillé. Prêt à bondir, j’ai senti une présence dans ma cellule, mais je ne voyais personne. Puis j’ai entendu une voix claire et forte à l’intérieur de moi: "André, il est 2h du matin, on a rendez-vous." J’appelais le gardien en criant: c’est toi qui m’appelle? Non me dit-il. "Quelle heure est-il", demandais-je? "2 heures." "2 heures combien?" "2 heures pile", me répondit le gardien.

Puis la voix se fit entendre à nouveau: "Ne sois pas incrédule, je suis ton Dieu, le Dieu de tous les hommes." Mais je ne te vois pas! répondis-je.

A ce moment là, vers les barreaux de la lucarne une lumière apparut. Et dans cette lumière, un homme avec les mains et les pieds percés et un trou au côté droit. Il me dit: "C’est aussi pour toi." A ce moment là, les écailles de mes yeux, lourdes de 37 ans de péché, sont tombées et j’ai vu toute ma misère et toute ma méchanceté. Pour la première fois de ma vie, je fléchis, je courbe l'échine. Pour la première fois de ma vie, je tombe à genoux devant quelqu'un, et je pleure, parce que pour la première fois de ma vie, quelqu'un veut m'aimer.

Cinq heures durant, de deux heures du matin à l'ouverture des cellules à sept heures, je reste à genoux. il me faut refaire à l'envers la marche de tout le mal que j'ai commis, pour que ressorte de moi, comme d'un abcès trop mûr, tout le fardeau de chaînes, d'insultes, de coups, de poings tendus, de vols, toutes ces méchancetés, toute cette haine qui m'accablent, que je ne peux plus porter. Jésus, dans sa grande miséricorde, dans son grand amour est venu m'en libérer, moi, qui n'étais que boue. Et à genoux, là, dans ma cellule, la tête baissée, comme un petit écolier ne sachant pas sa leçon, j'ai compris que, pendant trente-sept années, j'avais été les clous des mains du Christ, les clous des pieds du Christ, que j'avais tous les jours de ma vie, pris la lance pour percer son côté.

Et demandant pardon, il me devenait impossible de lever les yeux vers Jésus, Jésus que désormais je connaissais.

A 7 heures les gardiens m’ont ouvert, ils m’ont vu à genoux et en pleurant, je leur dis: Je ne vous cracherais plus dessus, je ne frapperais plus personne, je ne volerais plus personne, car chaque fois que je le ferais c’est à Jésus que je le ferais. Les gardiens ont été surpris, ils ont cru dans un premier temps à une ruse de ma part. Puis rapidement, ils ont compris que j’avais totalement changé.

Plusieurs détenus ont été interpellés et ont pu eux aussi rencontrer ce Dieu merveilleux et changer de vie.

Je suis maintenant libéré, ma vie a totalement changé.

Depuis ma libération, bien des années ont passé. j'ai continué mon chemin de missionnaire avec Jésus, mon compagnon de route. Ensemble, nous parcourons des endroits miséreux. Je sème, je donne ce qu'un jour j'ai reçu gratuitement. Je veux le partager et le crier bien fort. Il est vivant. Comme un papillon je voyage de ville en ville pour parler de ce Dieu de miséricorde, de bonté et de liberté. Je témoigne avec force de ma rencontre, car Il est là, avec nous; Il est présent en nous; Il vit en nous. je suis un de ses tout petits serviteurs, ancien gangster repenti, qui a connu l'enfer de tous les grands pénitenciers du territoire français et des quartiers de haute sécurité sous le matricule 2835, jusqu'à ce que mon existence de détenu dangereux soit bouleversée par un rendez-vous fixé au Tout-Puissant. Alors ma vie a basculé; j'ai compris que l'homme a été créé pour la liberté. Et aujourd'hui, j'en témoigne.

(...) je rencontre bien souvent des gens qui me disent: "Comme tu as eu de la chance, tu as vu Jésus-Christ." Oui, c'est sans doute une grande grâce que d'avoir eu ce rendez-vous avec Jésus dans ma cellule. mais ce n'est certainement pas un privilège. Ma réponse reste et restera toujours la même: l'histoire de Thomas. "Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu."

Certaines personnes me demandent aussi si je n'ai pas été victime d'une hallucination ou d'un rêve. Je peux dire avec franchise que je suis sûr d'avoir été confronté avec mon Dieu. Si ces personnes avaient vu ma cellule éclatante de cette belle lumière, elles n'en douteraient pas. D'autre part, il ne faut pas oublier que, durant cette nuit, le loup est devenu agneau.

Cette rencontre avec mon Jésus qui m'a sauvé, m'a enseigné ceci: Dieu a l'éternité pour Lui. Il nous attend à tout instant de notre vie: aujourd'hui comme hier, Il est sauveur. la Bible nous dit que mille ans sont comme un jour. Et un jour viendra, un jour sans fin, comme l'aurore de l'éternel matin où le Seigneur prendra possession du temps et le transformera en éternité.

Comme tout mon cœur, tout mon être, toute mon âme aimeraient inventer un distillateur de haine afin d'en extraire un philtre d'amour. Le monde ne serait plus qu'amour fraternel, toutes les forces de la haine seraient force d'aimer. Et ce serait le règne de Dieu qui verrait enfin sa créature mettre en pratique le commandement de son Fils bien-aimé, Notre-Seigneur Jésus-Christ: "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés." (Jean 15:12)

Honneur, louange et gloire te soient donnés d'éternité en éternité. Amen.

Puisse cette histoire vous inspirer dans votre démarche spirituelle et quelle vous donne le courage de travailler cœur à cœur avec Jésus. Que Dieu vous bénisse tous!

André Levet après sa libération

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Quand je suis tombé très amoureux

(Timothy Radcliffe, "Affectivité et Eucharistie", DC n° 2327)

Calice et ciboireLa Dernière Cène fut un incontournable moment de crise dans l'amour de Jésus pour ses disciples. Dans son parcours de la naissance à la résurrection, ce fut le moment par lequel il lui fallait passer. Ce fut le moment où tout a éclaté. Il a été vendu par un de ses amis; la pierre, Pierre, était sur le point de le renier; et la majorité de ses disciples allaient fuir. Comme d'habitude, ce sont les femmes qui restèrent calmement avec lui jusqu'au bout! A la Dernière Cène, Jésus ne s'est pas dérobé à cette crise. Il la saisit à deux mains. Il s'empara de la trahison de l'abandon de l'amour, et changea le tout en un moment de don. "Je me donne à vous. Vous allez me livrer aux Romains pour qu'ils me tuent. Vous allez m'abandonner à la mort. Mais j'en fait un moment de don, maintenant et pour toujours".

Croître en maturité et aimer veut dire qu'inévitablement nous traverserons de semblables crises où nous aurons l'impression que le monde s'écroule. Cela se produit de façon dramatique à l'adolescence, et cela peut se produire tout au long de la vie, quand on est marié ou quand l'on est religieux ou prêtre. Il arrive souvent qu'une telle crise se présente cinq ou six ans après un engagement dans le mariage ou le sacerdoce. Il nous faut faire face.

Jésus aurait pu s'échappé par une porte dérobée et s'enfuir. il aurait pu rejeter les disciples pour n'avoir plus rien à faire avec eux. Mais non. Il a accueilli ce moment dans la foi. Et nous ne pourrons aider les jeunes à le faire que si nous avons nous-mêmes connu de tels moments et nous y sommes confrontés. Cela a été mon cas! Je me souviens que quelques années après mon ordination, je suis tombé très amoureux. Pour la première fois je rencontrais une personne que j'aurais épousée avec bonheur et qui m'aurait épousé avec bonheur. C'était le moment du choix. J'avais fait ma profession solennelle avec joie. J'aimais mes frères et sœurs dominicains. J'aimais la mission de l'Ordre. Mais tout en faisant profession j'avais une petite bulle interrogative dans la tête: "Qu'est-ce que ça me ferait d'être marié?".

A ce moment-là, il me fallait accepter le choix fait lors de ma profession solennelle. Ou, plus exactement, il me fallait accepter le choix que Dieu avait fait pour moi, que c'était là la vie à laquelle il m'appelait. Ce furent des moments pénibles, mais ce furent également des moments de bonheur. J'étais heureux parce que j'aimais cette personne, et depuis nous sommes restés de très bons amis. Ce fut aussi un moment de bonheur parce que j'étais libéré des fantasmes que j'avais gardés au moment de ma profession solennelle. Je revenais doucement sur terre. Mon cœur et mon esprit devaient s'incarner en ma personne tel que je suis, dans la vie que Dieu avait choisie pour moi, dans cette chair et dans ce sang. La crise me remit les pieds sur terre.

Pour la plupart d'entre nous, cela ne se produit pas seulement une fois. Nous pouvons passer par plusieurs crises d'affectivité au long de notre vie. Je l'ai fait, et qui sait ce qui va encore se présenter? Mais il nous faut les affronter, comme Jésus le fit à la Dernière Cène, avec courage et confiance. Alors, nous pénétrerons doucement dans le monde réel de notre chair et de notre sang.

Un bénédictin irlandais, Mark Patrick Hederman, a écrit:

L'amour est la seule force suffisamment impétueuse pour nous obliger à quitter l'abri confortable de notre individualisme bien retranché, à sortir de la coquille imprenable de notre autosuffisance, à nous glisser à visage découvert dans la zone de danger, ce creuser où un individualisme se purifie et devient une personnalité.

Et si vous n'accordez pas créance à un bénédictin irlandais, vous en croirez certainement saint Thomas d'Aquin: "Celui qui aime doit par conséquent traverser cette frontière qui le confinait dans ses propres limitations. C'est pourquoi on dit de l'amour qu'il fait fondre le cœur: ce qui est fondu n'est plus restreint dans ses propres limites, tout au contraire de ce qu'est la dureté du cœur". Il n'y a que l'amour qui brise la dureté de notre cœur et nous donne un cœur de chair.

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À l'origine de ma vocation oblate

(Jean Bosco Musumbi)

Introduction

Tout en réitérant mes souhaits d’une année remplie d’amour, de paix, de joie et d’engagement pour un monde plus juste, je tente, enfin, de répondre partiellement à ceux et celles qui, au cours de l’année Musumbi Jean Bosco2007, m’ont suggéré de leur raconter l’histoire de ma vocation religieuse oblate. Je voudrais le faire brièvement sous forme de témoignage personnel. Ainsi j'espère répondre aussi à la préoccupation du père Guillermo Steckling, à savoir: Les O.M.I. - Quelle contribution? Effectivement, "l’important c’est de voir si nous avons répondu aux injonctions de l’Esprit".

Chose évidente, les missionnaires ont toujours contribué au développement socioéconomique des peuples. J'aimerais m'arrêter à cette contribution spirituelle qu'est l'éveil des vocations en reproduisant simplement ce que j’avais écrit dans la revue Pôle et Tropiques, en 1983. J’étais alors étudiant en première année de théologie. Il s’agissait, pour la revue, de montrer comment vivre les réalités oblates dans un monde moderne au sein de l'Eglise, selon le charisme de saint Eugène de Mazenod.

Un style de vie qui m'a conquis

Scolastique Oblat de Marie Immaculée, je suis fier d'appartenir à cette famille et pourquoi le cacher? C'est le style de vie de ses membres qui a fait naître en moi la vocation religieuse.

En effet, les missionnaires Oblats de Marie Immaculée que j'ai connus en 1966 à la mission catholique de Mapangu (ex Brabanta), dans le diocèse d'Idiofa, avaient un style de vie communautaire spécial et très frappant. Extérieurement ils étaient reconnaissables au premier abord par le chapelet et le bréviaire qu'ils avaient à la main, la soutane blanche avec une ceinture noire retenant une grosse croix qui leur pendait au cou. Dans les quartiers et les villages où ils annonçaient l'Evangile, ils suscitaient l'amour, la paix et la joie dans les cœurs de ceux qui les écoutaient avec admiration. Partout où ils passaient, les paroissiens les prenaient au sérieux à cause de leur disponibilité, de leur accueil et leur simplicité.

Les dix premières années de mon existence ont été marquées par leur façon de vivre et surtout par certaines formes de leur apostolat: l'attachement aux pauvres, l'intérêt qu'ils portaient aux orphelins et aux malades, l'encadrement des jeunes et le souci des personnes âgées.

Après quelques années, la mission ne comptait plus qu'un prêtre oblat, les autres, étant dispersés. Il avait beaucoup de villages à visiter et exerçait une intense activité auprès des jeunes. Tout le monde l'aimait à cause de son sourire chargé d'espoir, son esprit d'écoute, sa simplicité et sa disponibilité envers tous. Et comme tout bon jeune xavérien, je me suis attaché à lui, attiré par ses qualités humaines. C'est ainsi que j'ai eu le privilège de l'accompagner dans ses tournées apostoliques en brousse, chaque fois qu'il me le demandait. Le père, passant de village en village pour faire prier les communautés chrétiennes, à l'occasion d'une grande fête, il lui était impossible de «nourrir toutes les foules de la Parole de Jésus».

Cette insuffisance pastorale n'allait pas sans inquiéter certaines communautés. De passage dans un village, j'entendais un jour une veuve s'adresser au Père: «Nous voulons communier au corps et au sang du Christ. Mais si vous passez dans notre village sans dire la messe, où irons-nous encore et à qui confierons-nous tous les problèmes qui nous empêchent de nous aimer comme il faut?» Dans un autre village, un vieillard faisant l'éloge des missionnaires, s'exprimait en ces termes tout à la joie de son baptême:

«Sans les Pères Oblats, je n'allais pas connaître Jésus, le Sauveur des hommes pécheurs que nous sommes et je ne saurais pas non plus réciter le chapelet qui me fait penser à Marie notre Mère! Ils sont bons les prêtres et c'est merveilleux de les voir entrer dans nos cases, s'asseoir auprès de nous sans la moindre gêne sur nos nattes pour nous écouter et nous combler de joie».

Ces attitudes ne me laissaient pas indifférent. Je l'avoue, j'en étais même bouleversé. Ces témoignages, en effet, m'ont beaucoup aidé dans le choix de ma vocation car, dès ce jour j'ai compris l'importance du prêtre pour les hommes ses frères et amis. Et me laissant interpeller par la Parole de Dieu: «La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux» (Matthieu 9, 37), j'ai senti au plus profond de mon être le désir de devenir prêtre, un prêtre oblat de Marie Immaculée pour travailler au service des délaissés.

Faute de place...

Je dois avouer que cette vie oblate que j'admirais de l'extérieur n'est pas une apparence trompeuse comme certains pourraient le penser. Car depuis cinq ans de vie religieuse au sein de ma congrégation, j'y découvre d'incontestables valeurs religieuses: une solide vie de prière, un grand amour des pauvres, un véritable attachement à la Vierge Marie et une authentique observance des conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance.

En outre, fidèles à leurs Constitutions et Règles, les Oblats du Zaïre (Congo) ouvrent avec joie leurs portes aux jeunes Africains qui désirent les contacter sur leur charisme. Comme résultat, les demandes d'entrer au noviciat se multiplient jour après jour. Mais hélas: quelle déception pour beaucoup, puisqu'il n'est possible d'accepter plus de vingt candidats par année.

Refuge ou appel de Dieu

Nombreux sont ceux qui se demandent si tous ces jeunes qui tournent leurs regards vers les couvents ne sont pas, en réalité, à la recherche d'un refuge au milieu d'un monde d'insécurité. Je ne le pense pas. Je crois plutôt à l'envahissement de l'Esprit-Saint et à l'appel de Dieu. J'ai cette conviction parce que ceux à qui les supérieurs font un minimum de confiance et qu'ils acceptent au noviciat s'y engagent sérieusement en dépit de certaines incompréhensions qu'ils y rencontrent. Je suis sûr que dans la mesure où ils sont suffisamment aidés et préparés, les jeunes approfondissent leur «oui» à l'appel de Dieu.

Vrai est donc, chez les jeunes appelés, le désir de vivre les réalités oblates dans un monde moderne. Quant aux scolastiques, ils s'engagent volontiers pour le salut des âmes. Ils recherchent la force quotidienne dans la prière; et prenant Marie pour leur Mère Protectrice, ils trouvent dans la personne de saint Eugène de Mazenod le père d'une grande famille dont le charisme reflète sa vie terrestre au sein de la Sainte Eglise Catholique.

Certes, l'ouverture d'un noviciat et d'un scolasticat dans la vice-province (province) du Zaïre (Congo) montre que la Congrégation accueille avec bienveillance les jeunes qui se sentent appelés par Dieu et qui acceptent la vie oblate avec toutes ses exigences et obligations. Elle montre aussi que la famille d'Eugène de Mazenod ne s'éteindra pas au Zaïre (Congo). L'entrée massive des jeunes est sans doute le fruit d'un travail de longue durée. Mon unique souhait est qu'à cette ambition missionnaire des jeunes puisse sourire l'avenir de la Congrégation!

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Justice et Paix: expériences pastorales au Cameroun

(Pierre Marcel, OMI)

Avec l’autorisation de l’auteur, ayaas publie sur cette page l’Avant-propos du document du père Pierre Marcel, OMI, intitulé: «Comités paroissiaux Justice et Paix. Expériences pastorales au Cameroun». Il s’agit précisément d’un témoignage sur son expérience missionnaire à Meiganga, Ngong et Garoua. Nous le partageons dans le sillage du deuxième synode pour l’Afrique sur le thème: «L'Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix».

Marcel PierreD’avance, je tiens à m’excuser auprès des lecteurs de ce document si très souvent, trop souvent à mon avis, je m’exprime à la première personne du singulier. Il faut savoir qu’une expérience vient du cœur, c’est très personnel. L’expérience d’un religieux, d’un prêtre, d’un missionnaire vient du plus profond de lui-même, de l’Esprit Saint qui agit en lui, le transforme et l’aide à réaliser sa mission. Raconter cette expérience, c’est prendre conscience de son identité devant Dieu, prendre conscience du choix du Seigneur pour telle ou telle mission (ce n’est pas un hasard si le missionnaire se trouve à tel ou tel endroit, mêlé à tels ou tels évènements, etc., c’est la volonté du Seigneur). Finalement raconter son expérience, c’est prendre conscience de sa faiblesse, de ses manques et demander pardon pour les péchés d’omission; raconter son expérience missionnaire, c’est une immense action de grâce.

«Remerciez et priez le Seigneur qui m’envoie annoncer l’Evangile aux pauvres». C’est la devise inscrite sur mon image d’ordination presbytérale dans la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (Solignac – 17 mars 1963). C’est dire ma volonté d’être proche des gens les plus simples, des pauvres aux multiples visages: les respecter, être avec, mêlé à la pâte, les aimer, pour «rendre les hommes raisonnables, puis chrétiens, enfin les aider à devenir des saints» (Préface des Constitutions et Règles des OMI; grandir par eux et avec eux, être libéré par eux et avec eux, être évangélisé par eux et avec eux.

Antécédents

1- Famille. Je suis né dans une famille de petits cultivateurs, dans un village de 350 habitants, dans l’Est de la France (6 enfants: 2 sœurs aînées, 3 frères; je suis le 5e); élevage d’une douzaine de vaches laitières; quelques cultures de blé, avoine, orge, pommes de terre. Pendant les grandes vacances, je participe à tous les travaux des champs (foins, moissons, battage du blé, etc.) et surtout, je garde les vaches sur les terrains communaux. A l’âge de 8 ans, je suis témoin des atrocités et des restrictions de la fin de la guerre 39-44.

Ce que j’ai appris de ma famille: goût du travail manuel, pour vivre: on ne gaspille pas l’argent, on ne jette pas le pain; respect de toute personne et de ce qui lui appartient; grande valeur de la vérité: on est franc, on ne ment pas; foi chrétienne solide, traditionnelle, non remise en cause.

2- Formation. Ecole primaire publique au village jusqu’au CM2; petit séminaire à Luxzuil les Bains de la 6e à la 1e; séminaire de philosophie à Faverney (2e partie du bac et bac de philo scolastique). 1956-1957: noviciat à la Brosse-Montceux chez les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. 4 années de Théologie (interrompues par 28 mois de service militaire) à Solignac (1957-1963).

Ce que j’ai appris de cette formation première: travail, discipline, prière, vie communautaire: être attentif à tous mes frères; service du Seigneur et des autres.

3- Service militaire. 28 mois en tout; 16 mois dans un Centre d’Instruction en Allemagne: 4 mois de formation commune de base, puis, 12 mois comme instructeur des jeunes recrues. Guerre d’Algérie dans les Aurès (octobre 1959 à octobre 1960): un escadron d’environ 150 hommes dans le poste, à Timgad; trois pelotons: je suis adjoint au chef du 3e peloton: opérations fréquentes et embuscades de nuit.

Ce que j’ai appris de ce temps de service militaire: profond respect pour les rebelles qui luttent pour une cause à laquelle ils croient. Respect du rebelle mort (je désapprouve et crie lorsque des camarades rapportent des oreilles de rebelles tués au combat). Respect des biens appartenant aux populations (je désapprouve et crie lorsqu’un chef demande à ses hommes de voler les poulets dans les mechtas (sarés). Je fais réfléchir des camarades qui torturent, en leur disant: «La torture n’est pas normale. Personne ne peut t’obliger à faire cela». Aide à ceux qui souffrent. En décembre 1959, des rebelles coupent les poteaux du téléphone entre Timgad et Lambèze: par représailles, le Capitaine fait ramasser tous les hommes de quelques villages et les fait garder, pendant quelques jours, comme des prisonniers, dans le camp, sans manger; ils sont 30 ou 40. C’est la nuit de Noël et je suis de garde. Je réveille le cuisinier et lui demande des boules de pain; et je distribue une demie boule à chacun. C’est la lumière et la force de l’Esprit-Saint qui m’ont poussé à réagir et à oser ce geste de partage et d’amour. Conviction très forte que les armes ne peuvent faire régner la paix: la guerre, la violence ne sont jamais une solution à un conflit.

4- Stage pastoral à Sarcelles Lochères (banlieue Nord de Paris) 1963-1965. Avant de partir au Cameroun (mission de la Briqueterie-Yaoundé) il m’est demandé de faire un stage pastoral. Prêtre omi, je fais partie d’une équipe de prêtres diocésains: prière ensemble, partage de la Parole de Dieu, de nos activités pastorales et du vécu de nos vies. Sarcelles Lochères est un grand ensemble, mal organisé, où arrivent de nombreux migrants venus de différentes nations. La priorité dans la pastorale est de créer des liens entre les gens, de faire des communautés, d’être attentifs aux plus petits, de se mettre ensemble pour réfléchir, agir et réagir; d’où équipes d’action catholique (JOC, ACO, ACI); d’où catéchèse des jeunes et enfants avec la formation de nombreux catéchistes. C’est le temps du Concile Vatican II: Eglise des pauvres, Eglise dans le monde de ce temps, responsabilité des laïcs, etc.

Ce que j’ai appris de ce temps de stage: attention aux autres, écouter les faits, les situations de la vie quotidienne "la vie commande". Mise en pratique de la méthode «voir-juger-agir»; ouverture au monde (vie économique, vie de la famille, communications, paix, culture…); œcuménisme.

5- Paroisse de la Briqueterie (Yaoundé) 1965-1973: quartier populaire de la capitale du Cameroun. Attention aux plus petits; équipes de JOC (voir-juger-agir), Foyers Chrétiens, action catholique des enfants, catéchèse, formation des catéchistes. Groupes de prières dans les quartiers; préparation d’une liturgie adaptée, etc. Responsabilité et animation d’une école primaire catholique (notre souffrance: les enseignants sont mal payés).

6- Paroisse «Notre-Dame des Apôtres» à Ngaoundéré (1973 - 1986). La communauté chrétienne est composée de personnes de tous les niveaux sociaux: hauts fonctionnaires, enseignants, gendarmes, ouvriers, commerçants, etc. Option pastorale: connaître les fidèles dans leur quartier, les faire se regrouper par voisinage, quelle que soit leur ethnie ou leur niveau social. Une dizaine de groupes existent et font leur réunion, soit hebdomadaire, soit bimensuelle; à l’ordre du jour: prière, partage de l’évangile, échange sur la vie de famille, de quartier ou de service. Journée de formation des responsables, des catéchistes, des animateurs de la liturgie. Catéchèse des enfants et des jeunes, mouvements d’action catholique. Comme à la Briqueterie, responsabilité et animation d’une école primaire catholique. Les pères de la paroisse visitent de nombreux postes de brousse: Wakwa, Vodjoum, Dibi, Wassandé, Nyambaka, Belel, Koriong et Bakari-Bata, etc. De plus, ils sont responables de l’apostolat à la prison. «Remerciez et priez le Seigneur qui m’envoie annoncer l’Evangile aux pauvres».

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