Nous sommes le 25/06/2019 et il est 13h43 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Mission prophétique de la vie religieuse, dans l'Eglise-Famille en Afrique

(Retraite annuelle - Maroua 24 juillet – 1er août 2000 - jb musumbi, omi)


Jour 6
Réponse aux signes des temps
* Méditation : Luc 13,10-17

11. Evangélisation, signe d'espérance

"Les chrétiens, plongés dans les occupations et les soucis de ce monde, mais appelées, eux aussi, à la sainteté, ont besoin de trouver en vous des cœurs purifiés qui "voient" Dieu dans la foi, des personnes dociles à l'action de l'Esprit Saint, qui marchent allègrement, fidèles au charisme de leur vocation et de leur mission. Vous savez bien que vous avez entrepris un chemin de conversion continue, de don exclusif à l'amour de Dieu et de vos frères, pour témoigner de manière toujours plus belle de la grâce qui transfigure l'existence chrétienne. Le monde et l'Église cherchent d'authentiques témoins du Christ" (VC 109).

Evangélisation

Aux disciples Jésus a donné le mandat d'évangélisation. Dès lors, chaque baptisé, chaque chrétien est appelé à évangéliser, à faire connaître le Règne de Dieu. Pour Matthieu et Marc, l'évangélisation signifie "annoncer au monde l'Evangile". Mt 28, 19 : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit"; Me 16, 15 : "Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création". Pour Luc, au contraire, elle signifie "être témoin du Christ". Ac 1, 8 : "Mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre".

La signification de ces textes est complémentaire. En effet, comment peut-on évangéliser sans témoigner ? Et comment peut-on témoigner sans sentir le besoin d'annoncer la Bonne Nouvelle ? Nous évangélisons avec tout ce que nous sommes, ce que nous disons et faisons. Il ne s'agit pas seulement de dire la Bonne Nouvelle, mais d'être Bonne Nouvelle". Concrètement, il faut :

Évangéliser par le témoignage. La vie de la personne consacrée doit être une évangélisation en acte. Tous doivent comprendre qu'elle témoigne du Christ, annonce le Christ par sa vie, parle comme le Christ, aime comme lui et agit comme lui. Ceux qui rencontrent la personne consacrée doivent découvrir le Christ. Elle est "un autre Christ".

Témoigner par l'Évangélisation. La personne consacrée doit évangéliser en témoignant. Il faut savoir rendre compte de sa propre espérance (1 P 3, 15). De fait, comment la personne consacrée peut-elle avoir fait l'expérience du Christ sans sentir le besoin de la communiquer ? On pourrait la mettre en doute.

Évangéliser avec puissance. L'évangélisation-témoignage n'est pas une action humaine, mais un mouvement de l'Esprit de Dieu. La puissance évangélisatrice est directement proportionnelle à la sainteté de la personne consacrée, à son témoignage de vie, à sa prière, à sa disponibilité au sacrifice et à la souffrance, ainsi qu'à la capacité de communion fraternelle. Elle est encore conditionnée par plusieurs autres facteurs notamment la culture, la préparation pédagogique, la capacité de dialogue, la capacité d'adaptation aux personnes et aux situations, l'expérience, le caractère de la personne consacrée, etc. Toutefois, ces facteurs ne valent rien sans la mouvance de l'Esprit Saint qui conduit l'Eglise.

La vertu d'espérance

Parler de l'espérance, c'est dire la place que tient l'avenir dans la vie consacrée du peuple de Dieu, un avenir de bonheur auquel sont appelés tous les hommes (1 Tm 2, 4). Ce sont la confiance en Dieu et en sa fidélité, la foi en ses promesses, qui garantissent la réalité de cet avenir (cf. He 11, 1) et qui permettent au moins d'en deviner les merveilles. Il est dès lors possible au croyant de désirer cet avenir ou, plus précisément, de l'espérer.

En effet, la participation à cet avenir indubitable reste problématique, car elle dépend d'un amour fidèle et patient qui est une exigence difficile pour une liberté pécheresse[1]. Dans l'existence chrétienne la priorité appartient à la foi, mais l'essentiel est d'espérer. Sans la connaissance que l'on a du Christ par la foi, l'espérance deviendrait une utopie purement imaginaire. Mais sans l'espérance, la foi se délite en devenant tiède et morte. Par la foi l'homme trouve le chemin de la vraie vie, mais l'espérance seule l'y maintient. C'est pourquoi la foi au Christ permet à l'espérance de devenir certitude; et l'espérance donne tout son horizon à la foi, et la mène à la vie.

Ainsi, l'espérance est la véritable dimension de la foi; c'est la foi en marche vers son objet, un Dieu Seigneur du futur. C'est la vertu de l'homme en chemin vers la vie éternelle et qui, durant ce chemin, expérimente les difficultés de la vie et le risque de ne pas atteindre le terme désiré. En d'autres termes: l'espérance se développe en confiance dans la grâce de Dieu qui doit nous permettre de surmonter tous les obstacles. C'est devant les souffrances actuelles où l'avenir apparaît incertain que la personne consacrée doit devenir un signe d'espérance pour l'Église et le monde par sa capacité de créer l'amour et d'inventer de nouvelles façons de vivre. La vie n'est pas que fatalité. Elle est aussi et surtout bonté de Dieu.

Promotion humaine et chrétienne

Par son action l'Évangile vise à créer l'homme intégral, l'homme parfaitement humain, qui réalise toutes les dimensions de son être, spécialement la dimension plus profonde qu'est l'ouverture à Dieu. Cela suppose deux choses: une libération de tous les esclavages externes (misère, faim, esclavage politique, économique, etc.); mais la création intégrale de l'homme suppose surtout la libération de l'homme de divers esclavages internes ou idoles. Libération =mettre l'homme debout.

La personne consacrée doit orienter son service vers ces deux objectifs. Elle doit aider les gens à se libérer de l'esclavage externe et interne. En d'autres termes, la personne consacrée doit être un éducateur, un formateur des consciences, un "constructeur" des hommes. Il nous faut développer en nous un regard christique.

La réponse aux défis du monde actuel comme dit Sœur Silvia Vallejo, "ne se trouvera pas, en se retirant du monde pour se défendre contre ses dangers mais plutôt en s'y insérant avec une conscience claire de ce que nous sommes et de ce que nous cherchons, le regard et le cœur fixés sur Celui qui nous façonne et nous renouvelle constamment, Jésus qui nous remplit de son Esprit et nous envoie prêcher l'Évangile dans le monde entier (cf. Mt 28, 19)". L'intimité des personnes consacrées avec le Christ qui passait partout en faisant le bien devrait leur inspirer son regard prophétique. En effet, qui prétendrait prier profondément sans admirer l'histoire du salut ?

Un regard qui aime. "Jésus le regarda, nous dit l'Évangile, et se prit à l'aimer" (Me 10, 21). Comme ce regard du Seigneur sur le jeune homme riche, les personnes consacrées sont appelées à aimer convenablement, à accueillir sans discrimination et à respecter toute personne qui désire les rencontrer. "La pureté chrétienne ne signifie pas refuser ou mépriser l'amour, mais au contraire, cultiver l'amour. Mais l'amour vrai"[2]. C'est un devoir sacré, un mandat inconditionnel qu'aucun prétexte ne peut ou ne doit excuser.

Un regard qui prend en pitié. Lisons une fois de plus l'Évangile: "Or, ayant levé les yeux, Jésus vit une grande foule qui venait à lui. Il dit à Philippe : <Où achèterons-nous des pains pour qu'ils aient de quoi manger?> " (Jn 6, 5). Jésus demande aux disciples d'être attentifs aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui afin de discerner leur vrai besoin et de les secourir. Comme lui, les disciples doivent être capables de percevoir les appels du monde, les signes des temps à l'instar de Marie aux noces de Cana.

Loin de cultiver le paternalisme et le parasitisme en se présentant en donateur universel, les personnes consacrées doivent aider les gens à se prendre en charge, les encourager à vivre de la sueur de leur front. Mais que pourrait-on exiger, par exemple, des enfants de la rue, des indigents ou des malades ? La pauvreté évangélique n'a de sens qu'au service des pauvres (cf. VC 90).

Un regard qui corrige. "Il trouva dans le temple, témoigne st Jean, les marchands de bœufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s'y étaient installés. Alors s'étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple (...) Ôtez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic" (2, 14-16).

Beaucoup de gens fréquentent les églises aujourd'hui. Mais tous ces croyants de la nouvelle religiosité ont-ils de bons pasteurs ? Il n'est pas impossible que les profiteurs s'y mêlent et répandent des erreurs doctrinales. Quand dans une église les membres ne peuvent se saluer ou se marier qu'entre eux, n'offrir du travail qu'à leurs frères et sœurs "en Christ"... il y a lieu de se demander où est l'amour "sans frontière" de Jésus Christ ? Et quand s'y mêlent ouvertement la magie, la soif du pouvoir et d'argent dont sont souvent victimes les femmes, il faut chercher rigoureusement à libérer l'intellectuel de la naïveté et de la complicité. Le dernier suicide collectif des adeptes de la secte apocalyptique du rétablissement des dix commandements de Dieu en Ouganda nous en dirait plus. Les personnes consacrées devraient fortement éprouver le goût de parler de Jésus Christ avec conviction, en s'appuyant sur leur propre expérience de Dieu.

Un regard qui libère. Les membres de vie consacrée ne doivent pas croiser les bras quand l'État semble démissionner de son pouvoir ou quand il crie au secours (reconstruction nationale). Ils ne doivent pas perdre de vue la mission prophétique qui est la leur dans l'Église, le devoir d'être "signe eschatologique".

Continuateurs de Jésus, ses disciples perpétuent son action sous la mouvance de l'Esprit Saint. Ils doivent rétablir les personnes blessées dans leur dignité comme le faisait Jésus de Nazareth. Il y a bien d'autres femmes courbées (Le 13, 10-17) parmi nous. C'est toute personne dans le besoin, méprisée par la société. A elle il faut apporter le Christ. Et au couvent, c'est aussi moi-même, mon confrère ou ma consœur que je ne cesse de critiquer négativement, nuit et jour.

Certes, tous devront faire que chacun retrouve sa grandeur d'homme debout, actif, capable de prendre son destin en main. Qu'au nom de Jésus, les personnes consacrées lèvent et fassent marcher quand paralyse l'épreuve de la faim, la maladie, la violence, l'oppression, l'injustice, etc.

*Face à la mondialisation

Dans son discours au premier congrès missionnaire américain, le cardinal Francis George[3], Archevêque de Chicago, pense que la mondialisation, dans son sens le plus positif, c'est cette aspiration, ici sur terre, vers l'harmonie et l'unité telle qu'elle est perçue à partir de l'espace. Elle contient l'espoir et la promesse d'une famille humaine vraiment unie, alliée dans une profonde communion... D'une manière simple, on peut dire que la mondialisation est comme une extension et une compression simultanées du temps et de l'espace. Positivement, la mondialisation est une opportunité.

Mais négativement, la mondialisation est une idéologie dangereuse. Elle présente trois aspects. - Le premier c'est la recherche du profit économique considéré comme l'objectif humain suprême et l'assimilation de l'être humain à un consommateur. - Le second, c'est le fossé toujours plus large entre les riches et les pauvres. Le troisième aspect a trait à la fracture des cultures et des modes de vie que les forces uniformisant de la mondialisation entraînent dans leur sillage.

Face à cette idéologie, notre mission prophétique s'exprime en terme de défis missionnaires ou de tâche. Il faut : proclamer et défendre la personne humaine, créer une culture de vie ou la conversion de la culture. Selon le cardinal, il est de la mission de l'Eglise de travailler à une mondialisation respectueuse de la personne humaine.

11e Question d'approfondissement personnel :
Que fais-tu concrètement devant des situations injustes ?

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12. Réponse aux besoins du monde africain

"Les jeunes ne se laissent pas tromper: venant à vous, ils veulent voir ce qu'ils ne voient pas ailleurs. Vous avez une responsabilité immense pour demain: les jeunes consacrés en particulier, témoignant de leur consécration, pourront amener leurs contemporains à renouveler leur vie. L'amour passionné pour Jésus Christ attire puissamment les autres jeunes que, dans sa bonté, Il appelle à le suivre de près et pour toujours. Les hommes de notre temps veillent voir dans les personnes consacrées la joie qu'ils ressentent en étant avec le Seigneur" (VC 109).

Sur la réponse aux besoins du monde, je m'inspire de l'exposé de Mgr Henri Goudreault, OMI canadien, sur "Consécration et mission aujourd'hui: interrogations, réponses et contributions spécifiques", dans OMN1S TERRA (N° 350 février-mars 1999). L'Afrique pourrait s'y retrouver.

Notre monde

Un monde tiraillé. Les gens d'aujourd'hui sont souvent tiraillés, éparpillés, sans points de repère. Ds ont l'impression d'être sur un bateau sans destination. Comme ils ne connaissent pas le point d'arrivée, ils ignorent également s'ils sont dans la bonne direction ou s'ils vont à la dérive. Puisque les gens sont en quête de sens, la vie religieuse apostolique doit témoigner du sens de la vie, de la cohésion et de l'unité. Ceci ne s'obtient que si la vie religieuse est fondée sur les réalités de l'Évangile.

Un monde éclaté par la violence. Devant l'éclatement de notre monde par la violence, ses conflits, son intolérance et souvent son racisme, tribalisme, la vie religieuse doit être experte en communion, artisan de paix et d'unité, lieu d'accueil où la personne peut se retrouver et se refaire.

Un monde de sans voix. Plus notre société multiplie les inégalités, plus nombreux sont les sans voix. C'est la loi du plus fort, du chacun pour soi ou du "sauve qui peut". La vie religieuse doit témoigner de la solidarité du partage, de l'attention aux "sans voix. Plus son option préférentielle pour les pauvres doit être claire, sans ambiguïté.

Un monde de l'efficacité et du rendement. Plus la valeur de la personne humaine est liée à son efficacité, à son rendement et à sa rentabilité, plus le vieillissement des personnes risque d'être mal géré. La communauté religieuse, par la façon dont elle traite ses malades et ses personnes âgées, témoigne que la personne est aimée pour elle-même et qu'elle vaut beaucoup plus que ce qu'elle peut ou ne peut pas produire.

Un monde dont les changements font douter de la vertu de fidélité. L'évolution rapide et constante de la société a marqué la psychologie d'un grand nombre et a fait naître des doutes sur la possibilité d'un engagement à vie. Comme tout semble temporaire et relatif, s'engager pour toujours semble se compromettre sur l'imprévisible. On met en question les institutions les plus fondamentales et les plus sacrées (la famille, la vie religieuse, le sacerdoce, l'Église).

Dans cette optique, la fidélité semble impliquer un mandat de ne rien changer, de garderie "statu quo", de se méfier du nouveau, de craindre les risques et les provocations de la vie. Ne devient-elle pas complice de la répétition, du formalisme et du fixisme ? Dans un tel monde, les religieux doivent témoigner de la permanence des réalités qui ne passent pas. La fidélité est commandée par l'amour lui-même. Il ne faut pas que les changements soient dictés par le désir maladif de goûter successivement à tout et par l'incapacité de nous fixer quelque part.

Un monde à la fois assoiffé et indifférent. Beaucoup sont marqués par l'indifférence religieuse, l'incroyance, la mal-croyance, l'athéisme pratique ou doctrinal. Par contre les nouvelles religions et les sectes se multiplient. Dans un tel contexte il est nécessaire de vivre sa foi en profondeur, de vivre une expérience de Dieu.

Un monde qui dévalue la vie. Plus les gens sont désireux de mettre un terme à la vie à ses débuts par l'avortement et à sa fin par l'euthanasie, plus il faut témoigner du respect absolu de la vie comme don de Dieu et comme droit inaliénable de la personne.

Le contexte africain

L'Afrique est malade d'elle-même, constate le malien Tidiane Diakité[4]; L'Afrique va-t-elle mourir ? se demande le pasteur congolais Kâ Mana[5].

Quoiqu'il en soit, les défis pour la nouvelle évangélisation sont nombreux en Afrique. Le P. Thomas Mbaye, omi, dans sa conférence sur "Le nouveau contexte social, économique, politique et religieux de l'Afrique, pose un regard critique sur le terrain de la pastorale. Après avoir admiré la beauté du champ pastoral dénonce plusieurs faits, notamment le tribalisme, la corruption, la course à l'armement, la paupérisation, le joug monétaire, l'ambiguïté de la vie chrétienne. "Que faire ? Que dire ?", s'interroge-t-il. Le remède qu'il propose c'est le combat pour la justice, l'engagement politique, l'engagement en vue d'une solidarité universelle, la solidarité avec les pauvres, l'option préférentielle pour les opprimés. Tel est le terrain de notre mission prophétique en Afrique.

Attitudes face à une jeunesse africaine meurtrie

L'apostolat chrétien n'a de sens que dans la logique de l'option préférentielle pour les pauvres. Or, les pauvres en Afrique aujourd'hui, il n'est un secret pour personne, ce sont aussi et surtout les jeunes de nos sociétés abandonnés à leur triste sort, comme l'ont si bien révélé les enquêtes menées par le Père salésien Frank Ginneberge à Lubumbashi en 1987. Il suffit de nous baser sur son précieux document : "Les jeunes africains en quête de leur identité"[6] pour dégager une image à la fois positive et négative de la jeunesse africaine d'aujourd'hui, à laquelle ne devraient être indifférentes les familles religieuses implantées en terre africaine.

Positivement: - Les jeunes de nos sociétés ont foi en Dieu. L'existence de Dieu est hors de doute parce que "les Africains sont par nature religieux". Cette foi est plus personnelle malgré la distance croissante vis-à-vis des structures et institutions ecclésiales. Pour les jeunes, en effet, l'appartenance à une église ou à une secte est moins importante que la foi en Dieu. Beaucoup font usage de la Bible, mais à quelle fin ? Quoiqu'il en soit, "la Bible a déjà pénétré les foyers et les cases", pour reprendre l'expression de Paul De Meester.

Les jeunes ont soif de paix et sont en quête de liberté. Face aux guerres ethniques, aux violences de tout genre, aux pillages systématiques, aux insécurités généralisées, les jeunes ne peuvent que désirer la paix, comme aime le souhaiter Jean-Paul II lors de ses rencontres avec la jeunesse. De fait, nombreux sont ceux qui s'opposent aux incitations à la violence politicienne pour ne pas être toujours de grands perdants. Ils "refusent une idéologie du développement lié au système traditionnel et n'acceptent pas le monopole de la scène politique par les aînés". Ils cherchent un rôle à jouer dans la société et veulent être reconnus comme personnes.

Les jeunes sont disponibles et ils ont un sens communautaire, un sens d'appartenance à une culture, une ethnie, une association, une équipe de sport, un groupe de vie ou d'amis qui deviennent un cadre de référence. Ce qui prouve effectivement que l'Africain est "un être qui vit avec". Dans ces groupes divers, les jeunes sont disponibles, prêts à rendre n'importe quel service demandé. Il suffit de penser à ceux et celles qui se dévouent au service de leurs paroisses.

Certains parmi eux répondent généreusement à l'appel du Seigneur pour son service d'amour tant dans la vie sacerdotale, séculière que religieuse. La multiplication des maisons de formation en Afrique est signe de la grâce divine. Le sérieux de la réponse se vérifie parfois dans le fait que l'Église ou les familles religieuses n'hésitent pas à confier très tôt de grandes responsabilités aux jeunes, en dépit du "péché" de leur jeunesse. Ils "ont dû vaincre des obstacles énormes pour devenir prêtres, religieux et religieuses", constate René de Haes[7]. Les jeunes sont pleins de créativité quand on leur fait confiance et ils ont grandement envie de servir efficacement l'Église. Mais beaucoup se découragent quand personne ne fait attention à ce qu'ils font de bien ou de beau, et quand leur disponibilité est comptée pour rien.

Négativement: - Les jeunes de nos sociétés sont sacrifiés. Il suffit de regarder de près le secteur de l'enseignement pour s'en convaincre. En effet, l'avenir de la jeunesse demeure incertain: avec ou sans diplôme, on chôme. Nombreux constituent, avec des adultes, la masse des sous-employés. Certains n'ont pas droit aux études parce que issus des familles pauvres, comme le constate un document de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (Former en même temps les jeunes et les adultes, 1991) : "Notre peuple en ville comme à la campagne se trouve plongé dans une pauvreté toujours croissante au point qu'il y a lieu de craindre qu'il se soit bientôt asphyxié parla misère". En outre, les jeunes manifestent un sentiment d'insécurité et d'impuissance. Ce qui explique sans doute le phénomène d'enfants de la rue. "Au monde d'injustice, de pauvreté et de souffrance s'ajoute la désintégration dans la société et dans la vie familiale (familles incomplètes, divorces, femmes seules avec leurs enfants, prostitution, malnutrition, conflit des générations)".

Certains jeunes sont paresseux. Ils traînent dans les rues et les carrefours, "affairés sans rien faire", parce qu'ils n'aiment pas assez le travail tant manuel qu'intellectuel. Ils détestent le moindre effort, lisent très peu et étudient moins, car la réussite en classe dépend de l'argent (corruption) et non forcément de l'intelligence. Voilà pourquoi la baisse du niveau d'études est spectaculaire en certains pays d'Afrique. La société reçoit alors des jeunes dont les diplômes sont inutiles et "nuisibles parfois à l'État et à la société". Cette jeunesse semble le produit d'un programme d'enseignement qui, pense le malien Tidiane Diakité, "ne servirait au mieux qu'à faire des Africains les ramasseurs de poubelles et les moutons de Panure de la communauté internationale de l'an 2000".

D'autres encore n'ont pas de "projet de vie" et manquent de sincérité. Ils ignorent ce à quoi ils pourront être utiles demain. De fait, le choix des études supérieures, faute sans doute de l'État, est arbitraire. L'essentiel est de "se faire caser". Ainsi sont-ils souvent irresponsables et naïfs, se nourrissant des relations "oniriques" avec le présent. Dans un tel contexte, on comprend pourquoi bien des gars préfèrent être pris la main dans le sac que de se faire "accuser", ou mieux avouer sa faute; le malin est celui qui triche sans être attrapé!

Les jeunes sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. La modernité et la perte des croyances traditionnelles ont provoqué la crise de l'autorité. "Les jeunes se trouvent à l'étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d'épanouissement"[8]. Aussi accusent-ils le passé d'être cause des malheurs du présent. Voilà qui pourrait justifier dans certains milieux la persécution de vieilles personnes surtout quand la mort arrache quelqu'un à la fleur de l'âge. Cela arrive malheureusement même lorsque les causes de décès sont médicalement connues. Problème de mentalité.

Nombreux sont parmi les appelés ceux qui aiment l'aisance, la vie facile et sont incapables de justifier leur foi chrétienne. Ils ont opté pour la loi du moindre effort et ne veulent pas entendre parler de la croix. Renonçant à leur mission d'être "le sel de la terre" et "la lumière du monde" (Mt 5, 13. 14), les jeunes chrétiens en l'occurrence se modèlent naïvement sur le monde à travers la course effrénée derrière la mode (habillement, coiffure, danse, etc.). Une telle légèreté ne peut que déboucher sur l'incapacité de justifier sa foi en Jésus-Christ. De fait, certains se laissent facilement acculer par des adeptes de la nouvelle religiosité qui "séduisent par la force de leur conviction, la sincérité de leur enthousiasme, la simplicité de leur doctrine. Chez plusieurs, par leur amour de Jésus"[9].

Si telle est en substance l'image de la jeunesse africaine d'aujourd'hui, l'attitude du Christ doit encourager les personnes consacrées à répondre généreusement à l'invitation du Synode sur la vie consacrée. Elles doivent, entre autres, "reprendre avec une détermination renouvelée la mission de l'éducation, là où c'est possible, dans des écoles de tous les types et de tous les niveaux, dans des Universités et des Instituts d'enseignement supérieur" (VC 97). Cela concerne bien sûr en premier les Instituts dont le charisme spécifique est l'enseignement ou l’éducation. Mais puisque tous sont au contact de la jeunesse, chacun doit avoir sa part de responsabilité dans la reconstruction de ce monde. Il faut s'engager davantage afin que les jeunes grandissent harmonieusement dans la recherche des voies de Dieu. Aussi, avec perspicacité les personnes consacrées doivent-elles être une réponse efficace, en occurrence, au phénomène d'enfants de la rue dont les causes sont, entre autres, l'éclatement de la famille, l'échec scolaire et la pauvreté.

12e Question d'approfondissement personnel :
Que faire davantage en faveur des jeunes ?

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Jour 7
Communauté religieuse, source de fidélité
* Méditation : Is 43, 1-5

13. Communauté, lieu de croissance intégrale

"La participation à la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité. De cette manière, elle (la vie consacrée) fait voir aux hommes la beauté de la communion fraternelle et les voies qui y conduisent concrètement. En effet, les personnes consacrées vivent "pour" Dieu et "de" Dieu, et c'est pourquoi elles peuvent confesser la puissance de l'action réconciliatrice de la grâce, qui anéantit les forces de division présentes dans le cœur de l'homme et dans les rapports sociaux" (VC 41).

La communauté pendant et après le Concile Vatican II

Au moment du Concile, la vie communautaire était essentiellement vie en commua càd communauté-uniformité, communauté-régularité, communauté d'exercices, communauté d'observances. Réunis par l'autorité pour une œuvre précise, on ne parlait pas tellement de valoriser les aptitudes de chacun des membres. Il n'était de bonne récréation que prise ensemble. Le supérieur était avant tout chargé de maintenir la règle et la régularité, critères du "bon religieux". Les échanges spirituels étaient des échanges intellectuels sur des sujets religieux, très peu une mise en commun d'expériences religieuses personnelles[10].

Depuis le Concile, l'évolution de la communauté présente trois étapes. La première étape est représentée par la découverte de la personne au sein de la communauté. La seconde étape commence à partir de 1968 avec intérêt à la communauté en tant qu'elle est fraternelle, lieu de partage de la foi, comme espace possible mais exigeant vécu dans la fatigue et l'espérance. La troisième étape, enfin, est marquée par la découverte de la réalité du monde et de ses problèmes et du lien entre communauté et monde des hommes[11].

Ainsi, on est passé d'une communauté d'observances à une communauté de communion (Cela ne veut pas dire que hier la communauté était inexistante et que l'observance ne représente plus rien aujourd'hui). Il y a une nouvelle conception de la personne et de la société. L'accent est mis sur l'importance de la personne, le respect de ses aptitudes et de son cheminement intérieur, l'importance de la responsabilité personnelle. D'où l'accent sur la complémentarité des personnes, des fonctions et des charismes plus que sur leur uniformité.

Ce qui caractérise une communauté de communion ? La communauté de communion tend avant tout à l'authenticité des rapports humains. Chaque membre se reconnaît responsable de l'épanouissement religieux et apostolique de ses confrères ou consœurs et porte grande attention à la montée spirituelle de chacun. Elle est un lieu de croissance intégrale. Cette communauté se construit autour du Christ, et la prière imprègne sa vie. Le partage de la foi et de la vie y est pratiqué normalement, et tend courageusement vers une attitude de transparence. Le style de vie y est simple, conforme aux vœux que nous professons. Le pardon et la réconciliation y sont vécus comme don de l'Esprit et fruit du discernement. La mission de chacun est partagée et relue avec tous, chacun s'intéressant à la mission de l'autre. Elle est pleine de compassion, sensible aux détresses et aux besoins essentiels de ceux qui l'entourent. En outre, la communauté lieu de croissance accueille les jeunes avec leur grâce propre de générosité, de renouveau, d'initiatives. Elle est pour les anciens le cadre de leur contemplation et de leur rayonnement. Elle garde celui qui est dans la force de l'âge de tomber dans un activisme stérile et est pour qui traverse les inévitables crises de la vie, soutien et sauvegarde vers une fidélité renforcée par l'épreuve[12].

Aspects négatifs et positifs de ces changements

Négatifs. Il y a : facile prépondérance de l'individualisme, abus faciles d'immaturité, tensions entre jeunes et anciens, perte des valeurs authentiques comme le sens religieux et l'esprit de prière, etc., désorientation et découragement, difficultés à trouver des supérieurs capables et suffisamment ouverts, difficultés à maintenir les œuvres de l'Institut.

Positifs: - Les personnes sont les premières bénéficiaires de l'évolution. Le fait de répondre davantage aux aspirations naturelles et psychologiques de l'être humain est une source d'épanouissement et d'équilibre.

Grâce au pluralisme, la communauté gagne en maturité et les relations en vérité. Les possibilités de mener une vie isolée et cachée aux yeux des confrères ou consœurs ont diminué. La solidarité a grandi.

Au point de vue apostolique, les religieux manifestent plus d'imagination et de ferveur (créativité). L'apostolat n'est plus paralysé par les prescriptions détaillées et uniformes de jadis.

La prière gagne en profondeur et en vérité dans ce contexte, si du moins on s'en donne la peine. La mise en pratique de nouvelles directives sur la vie communautaire a certainement fait découvrir le sens de l'effort personnel dans la prière. On a l'impression qu'on prie mieux, d'une façon plus vraie, plus authentique (loin du formalisme).

La communauté : tâche et engagement pour les religieux

Réaliser la Koinônia authentique, construire une communauté vivante, constitue alors une des tâches les plus urgentes de la vie religieuse, un engagement auquel elle ne peut se soustraire si elle veut vraiment continuer à remplir la tâche que lui a confiée l'Esprit d'être un signe eschatologique.

Le chrétien d'aujourd'hui devrait pouvoir rencontrer dans les religieux d'authentiques experts en communion ecclésiale. Il devrait pouvoir rencontrer des religieux qui, dans l'exercice de l'amour réciproque, ont su trouver la voie pour briser les multiples barrières qui se dressent entre les humains et qui, grâce justement à cette communion, ont mûri humainement jusqu'à devenir des personnes pleinement épanouies, sereines, joyeuses, ouvertes à chacun et à l'humanité entière, des personnes au souffle universel.

Face aux réalités qui pourraient devenir source de tensions, en l'occurrence la différence culturelle, l'agressivité, la conflictualité), la personne consacrée maintiendra fortement les réalités qui font qu'une communauté soit d'inspiration évangélique, notamment la fraternité et l'accueil, la communication, l'amitié et le dialogue, l'égalité et la mobilité. La personne consacrée sèmera la paix et la joie plutôt que de les attendre des autres seulement. Elle cultivera davantage le sentiment d'appartenance qui permet de construire la communauté en se sacrifiant. "Une communauté n'est une communauté, dit Jean Vanier, que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de la 'communauté pour moi' à 'moi pour la communauté'"[13].

L'être humain, homme ou femme, est fait pour la communion et il ne peut s'accomplir que dans la relation interpersonnelle authentique. La vérité de cette relation se reconnaît à la présence simultanée de trois éléments relatifs à soi et à l'autre : la perception, l'acceptation et l'actualisation[14]. Pour que la communauté religieuse soit un lieu de relations vraies, il faut remplir trois conditions, à savoir : la Perception de soi et de l'autre, l'acceptation de soi et de l'autre, et l'actualisation de soi et de l'autre.

Quelques causes d'incompréhension

13e Question d'approfondissement personnel :
Quels sont tes qualités et tes défauts ?

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14. Communauté, lieu de libération

"La communion fraternelle, avant d'être un moyen pour une mission déterminée, est un lieu théologal où l'on peut faire l'expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité (cf. Mt 18, 20). Cela se réalise grâce à l'amour mutuel de ceux qui composent la communauté; amour nourri par la Parole et par l'Eucharistie, purifié par le Sacrement de la Réconciliation, soutenu par la prière pour l'unité" (VC 42).

Expériences négatives

Les instructions de cette retraite n'ont qu'un seul but : conduire les participants à un renouvellement de la promesse du baptême, à une réponse à cette question : "renonces-tu à Satan ou à la méfiance à l'égard de Dieu ?".

Maintenant, essaie de regarder en toi et de reconnaître les racines de ta méfiance à l'égard de Dieu[15]. Tu n'as rien à cacher. Il connaît l'histoire de ta vie, les circonstances ou les situations qui te séparent de lui sans faute de ta part.

Il pourrait être utile de noter toutes les expériences négatives que tu te rappelles avec les membres de ta communauté, tes frères ou sœurs, avec ta famille, à l'école ou au travail. Qui t'a un jour déçu, abusé de ta confiance ? Qui t'a mis à l'écart ou traité injustement. Peut-être as-tu fait aussi avec l'Église ou la congrégation des expériences négatives. Peut-être es-tu révolté de l'Église, de l'attitude ou de la conduite de certains de ses membres. Peut-être voudrais-tu entrer dans une relation nouvelle avec le Seigneur, mais n'avoir jamais affaire à l'Institution Église. Nous prions Dieu qu'il nous donne la force de porter ces souvenirs douloureux, ces déceptions devant lui.

Tu vis en inimitié avec Dieu

Il y a des manières inquiétantes de vivre séparé de Dieu. - Les fascinations dans la culture moderne, l'emprise et l'influence des autres, etc., les expériences positives. - Mais la plupart vivent séparés à cause des expériences négatives de la vie dont ils ne sont pas responsables eux-mêmes. Au fond d'eux-mêmes, avec toute volonté, ils voudraient aimer Dieu, mais les expériences négatives de la vie se sont fixées et poussent à l'hostilité avec Dieu.

Saint Paul parle de chair hostile à Dieu (Rm 8, 7-9). C'est seulement l'Esprit Saint qui peut nous libérer de l'hostilité vivante contre Dieu. Tes expériences négatives t'entraînent à des attitudes et à des actions qu'au fond tu ne veux pas et qui te séparent de Dieu sans bruit. Laisse-toi réconcilier avec Dieu (2 Co 5, 20) Rm 7, 15-25 exprime très clairement que l'hostilité contre Dieu n'a pas uniquement pour fondement ma volonté propre, mais des attitudes, des situations, des circonstances qui viennent à moi de l'extérieur et dont je subis l'influence.

Puisque Dieu veut nous guérir par la force de son Esprit Saint, ouvrons-nous à lui de tout notre cœur. Après les guérisons opérées par Jésus les gens sont frappés, touchés. Toi aussi, tu seras touché, tu seras arraché à toi-même par la force de Dieu. Dieu fait toute chose bien. Il n'effacera pas simplement ton passé; tes blessures de l'histoire de ta vie, mais il les transformera, et alors tu pourrais avec Paul confirmer que "Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l'aiment" (Rm 8, 28).

Convertis-toi et romps les faux liens

Personne ne peut vivre sans liens personnels, et celui qui à l'égard de Dieu est méfiant, craintif se lie d'abord plus à des personnes humaines ou au pouvoir, aux biens, à la richesse. La promesse de sécurité que donne ces attachements empêche de s'ouvrir à Dieu. C'est pourquoi Jésus invite à la conversion,

Cette conversion est en même temps un renoncement aux attachements faux, exagérés. C'est seulement lorsque nous avons brûlé tous les ponts derrière nous, qu'il n'y a plus de chemin ouvert pour fuir, lorsque nous mettons exclusivement notre confiance dans la parole de Jésus que nous pouvons guérir et devenir en même temps capables d'annoncer la Bonne Nouvelle aux autres.

La conversion chrétienne n'est pas un simple mépris du monde, mais elle a heu dans une relation personnelle à Jésus. Ce n'est pas un acte de volonté que je fais par ma propre force qui me rend capable de tout laisser, mais l'amour de Jésus dans la force de son Esprit. A celui que Jésus appelle à le suivre, Jésus lui-même donne la force de le faire. Ce n'est pas seulement la richesse qui rend difficile la conversion à Jésus (voir jeune homme riche), mais tout attachement exagéré.

Lire Me 10, 28-30. Dans ce contexte, briser les ponts ne veut pas dire que tu es dispensé de toute obligation que tu as envers ta famille, tes parents. Au contraire, il peut se faire que ta décision pour le Christ et ta conversion à lui exige de toi un engagement accru pour tes parents, tes frères et sœurs en vue d'une libération du monde.

Ce que tu dois laisser, ce sont les attachements exagérés. Toutes les relations sont guéries en profondeur si tu te tournes vers Dieu avec une confiance radicale (centuple). Dieu lui-même est pour nous père et mère et richesse. Lui-même nous reconnaît et nous confirme.

Notons que cette conversion ne manque pas de persécutions intérieures et extérieures. Quand nous témoignons de notre relation nouvelle à Dieu, au prochain et au monde, cette prétention provoque la contradiction. La persécution intérieure, c'est la peur du changement radical (changer radicalement ma vie). Il y a le diable qui agit. Si tu te convertis à Jésus, tu dois être entièrement logique, sinon tout n'est que mensonge et hypocrisie. Tu dois laisser tomber certaines relations.

La puissance satanique s'entend toujours pour accroître l'exagération aux attachements pour nous éloigner davantage de Dieu. Dans l'exagération, nous nous attachons à nous-mêmes par crainte de ne pouvoir agir aussi bien qu'il le faudrait. La peur de cette peur nous fait alors éviter toute décision et toute conséquence. Mais le "tout laisser" signifie en première ligne "se laisser soi-même". Lorsque tu n'es plus attaché à toi-même dans la peur, tu peux abandonner beaucoup d'autres attachements qui te séparent de Dieu.

Savoir lutter contre la concupiscence

Voici la description qu'en fait Saint Jean: "Tout ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la richesse - vient non pas du Père, mais du monde" (1 Jn 2, 16).

La concupiscence de la chair. C'est l'amour désordonné des plaisirs des sens. En soi, ils ne sont pas mauvais; mais ils deviennent un mal quand ils nous éloignent de Dieu. Dieu a voulu un plaisir à la nourriture pour nous stimuler à soutenir les forces du corps. Mais au lieu de manger pour vivre, quelque fois nous avons le plaisir de vivre pour manger. Il faut considérer également le plaisir sensuel, les yeux, les oreilles et les autres sens.

Amour désordonné des biens de la terre. Le cœur doit être détaché des richesses matérielles pour s'envoler vers Dieu. Il faut pour cela pratiquer la pauvreté évangélique. "Heureux ceux qui ont une âme de pauvre" (Mt 5, 3).

L'orgueil de la vie. Le mal. Bossuet, dans le Traité de la concupiscence le décrit ainsi: "L'orgueil est une dépravation plus profonde: par elle l'homme livré à lui-même, se regarde lui-même comme son dieu, par l'excès de son amour-propre[16]. De là cet esprit d'indépendance ou d'autonomie qui le porte à se soustraire à l'autorité de Dieu ou de ses représentants. A l'orgueil, grand ennemi de la perfection, s'ajoute la vanité par laquelle on recherche d'une façon désordonnée l'estime des autres, leur approbation, leurs louanges. C'est ce qu'on appelle la vaine gloire.

Savoir lutter contre le monde

Le monde ici veut dire l'ensemble de ceux qui sont contre Jésus-Christ et sont esclaves de la triple concupiscence. Les dangers du monde sont multiples. La correspondance, les livres, les journaux, la télé, les contacts mondains sont obstacles à la perfection. Le monde nous séduit par ses maximes, par l'étalage de ses vanités et de ses plaisirs, par les mauvais exemples. Il nous terrorise: la persécution, les violences, les pillages... Il nous menace quand il ne partage pas notre foi.

Les personnes consacrées doivent dire comme st Paul: "Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde" (Gai 6, 14).

14e Question d'approfondissement personnel :
Quels sont tes attachements exagérés ?

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[1] Cf. Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, col. 381.

[2] CANTALAMESSA R., La sobre ivresse de l'Esprit, t. 1, Paris, Desclée de Brouwer, 1995, p. 99.

[3] Cf. "Les défis de la mondialisation pour la mission de l'Église", in Documentation OMI n° 234, mai 2000.

[4] DIAKITÉ Tidiane, L'Afrique malade d'elle-même, Paris, Karthala, 1986.

[5] KÂMANA^L'Afrique va-t-elle mourir ? Paris, Cerf, 1991.

[6] In Mbegu n° 27.

[7] "Vie consacrée en Afrique et à Madagascar", in Telema n° 11, 1977, p. 82.

[8] de MEESTERP., Z'église d'Afrique hier et aujourd'hui, Kinshasa, St Paul Afrique, 1980, p. 182.

[9] VERNE lit J., Jésus dans la nouvelle religiosité, Paris, Desclée, 1987, p. 46.

[10] Voir de COUESNONGLE V., "Communauté de vie", in DVS, 152-161.

[11] Cf. SECONDIN B, "Comunità religiosa et comunità ecclesiale", 49-51.

[12] Cf. OMI, Évangéliser les pauvres à l'aube du troisième millénaire, Actes du 33e Chap. gén., 1998, n° 28,29.

[13] VANIER J., op. cit.,p. 11.

[14] BOISVERT Laurent, Le célibat religieux, Paris, Cerf, 1990, 79s.

[15] Cf. MULHEN H., "Vous recevrez le don du Saint Esprit". Le renouveau spirituel, vol.  1, Introduction et orientation, Paris, Centurion, 1982, p. 46-48.

[16] Citation de TANQUEREY A, ibid., p. 141.

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