Nous sommes le 25/06/2019 et il est 13h51 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Mission prophétique de la vie religieuse, dans l'Eglise-Famille en Afrique

(Retraite annuelle - Maroua 24 juillet – 1er août 2000 - jb musumbi, omi)


Jour 4
Etre témoin du Christ
Méditation : Matthieu 5, 13-16

7. Etre un signe efficace

"Les personnes consacrées seront missionnaires avant tout par le constant approfondissement de leur conscience d'avoir été appelées et choisies par Dieu, vers lequel elles doivent donc tourner toute leur vie et à qui elles doivent offrir tout ce qu'elles sont et tout ce qu'elles ont (...) Elles pourront devenir ainsi un signe authentique du Christ dans le monde. Leur style de vie doit aussi refléter l'idéal qu'elles professent, en se présentant comme des signes vivants de Dieu et des prédicateurs convaincants de l'Évangile, même si c'est souvent dans le silence" (VC 25).

La vie consacrée est aussi un appel à être des signes efficaces du Christ toujours Vivant, de l'Église dynamique et de la vie chrétienne authentique. Cela correspond aux trois façons d'être missionnaire : la suite du Christ, la profession des conseils évangéliques et la réponse aux besoins du monde.

Etre signe

D'après le Vocabulaire de Théologie Biblique (1988), on appelle signe "ce qui, par rapport naturel ou par convention, fait connaître la pensée ou la volonté d'une personne, l'existence ou la vérité d'une chose". En d'autres termes, un signe est une réalité sensible qui renvoie à une autre réalité.

Auprès de qui la voit ou l'approche, la personne consacrée signifie une grande réalité de foi. Elle vit en vérité les engagements de la vie consacrée lorsque son style de vie correspond aux valeurs professées dans les vœux de religion et qu'elle fait sa part dans la mise en œuvre du projet missionnaire de son Institut. Le questionnement suscité dans le cœur de ceux et celles qui l'entourent est un véritable regard vers la source de toute vie et de toute vocation chrétienne.

Être témoin

Le concept de consécration se comprend mieux dans son lien avec celui de témoin (cf. VC 106). Or, "témoigner, selon le VTB c'est attester la réalité d'un fait, en donnant à son affirmation toute la solennité qu'exigent les circonstances". Dans le christianisme le témoin atteste par sa vie que le Christ est venu et il est ressuscité.

Dans la Bible, en effet, le témoin est la personne qui a fait l'expérience de Dieu, qui a été bouleversé par cette expérience et qui sent le besoin irrésistible d'annoncer son expérience de Dieu aux autres; il réussit avec une puissance humainement inexplicable à bouleverser et à provoquer la conversion des autres, l'adhésion à la foi chrétienne.

Témoin fidèle par excellence, fondement de toute consécration, Jésus est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité (Jn 18, 37). Aussi, demander aux disciples d'être des témoins dans l'aujourd'hui de l'Afrique, c'est leur exiger de se comporter à la manière du Maître et des Apôtres, témoins de la vérité, de la justice et de la réconciliation de Jésus Christ pour tous les peuples.

La personne consacrée doit avoir le courage non seulement de la fidélité au Christ et à l'Évangile mais aussi de la communion, ou mieux de son identité profonde. Sans ambiguïté elle doit dire ce qu'elle est réellement à la face du monde malgré les vicissitudes de la vie missionnaire. Cette vision prophétique exige d'elle, au sein de sa communauté, "audace, liberté pour dénoncer et redresser". "L'homme contemporain croit plus les témoins que les maîtres, l'expérience que la doctrine, la vie et les faits que les théories" (RM, 42). Chose certaine, l'homme d'aujourd'hui est le plus grand mendiant de Dieu. Mais pour trouver Dieu il a besoin de témoins.

Concrètement, la personne consacrée ne saurait répondre à ce besoin du monde sans être témoin de l'absolu de Dieu, signe de l'amour de Dieu, de sa puissance et de sa joie.

Témoin de l'Absolu de Dieu. La personne consacrée est par excellence le signe de Dieu là où on ne croit plus en Dieu; le signe de la présence divine là où on ne perçoit plus Dieu; le signe de l'Absolu de Dieu là où on croit dans le mondain seulement. Avec la radicalité de ses choix elle crie au monde, de manière plus forte, l'absolu de Dieu.

Signe de l'amour de Dieu. La personne consacrée révèle Dieu en tant que chargé d'amour et donateur de l'amour. Ne pas aimer non seulement trahit l'essence de la vie consacrée, mais aussi sa mission, celle d'être révélation de l'amour de Dieu sur la terre. Devant la haine et la violence du monde la personne consacrée doit être capable de créer l'amour, parce qu'elle s'approche toujours de la source d'amour.

Signe de la puissance de Dieu. Devant le monde contemporain qui ne croit plus facilement qu'aux réalités technologiques, la personne consacrée doit faire voir la puissance de Dieu en montrant ce que Dieu a fait en elle; et ce dont Dieu est capable d'opérer à travers celui qui se confie à lui. Etre capable de contempler les merveilles de Dieu et d'aider les autres à recevoir ses grâces.

Signe de la joie de Dieu. Qui s'approche de Dieu s'approche de la source de joie. La joie intérieure, fruit de la continuelle communion avec le Christ, doit se manifester en un complexe d'attitudes externes de bonté, du beau trait, de sourire. Un sourire qui soit le signe du sourire de Dieu. Pourquoi avoir toujours le visage du vendredi saint comme si le Christ n'est pas ressuscité! Notre société a besoin de personnes consacrées joyeuses, capables de rayonner et de faire rayonner la joie auprès de qui les rencontrent. La tristesse prolongée laisserait penser qu'on s'est trompé de voie et qu'on ne fait pas la volonté de Dieu.

La vie spirituelle provient de Dieu, et elle est reçue dans la foi (1 Jn 5, 12); et elle se manifeste dans l'amour (Jn 15, 9-17) et dans la joie (Jn 16, 20-24).  

Signe efficace du Christ toujours Vivant

L'état de consécration se situe dans la ligne de la réponse de sainteté baptismale. Or le baptême configure le chrétien au Christ par l'Esprit Saint. La personne consacrée doit imiter trois traces du Christ si elle veut demeurer un signe efficace de sa présence permanente dans le monde.

D'abord la personne consacrée doit être le reflet de la sainteté du Christ. Appelée à marcher à la suite du Christ, elle manifeste l'effort de sainteté dans la profession des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Par ces vœux, la vie consacrée "imite plus fidèlement et sans cesse représente dans l'Église le genre de vie que le Fils de Dieu a embrassé et qu'il a lui-même proposé aux disciples qui l'accompagnaient" (LG44c).

Puisque les seuls témoignages écrits ne suffisent pas, le monde a besoin de témoignages vivants, l'engagement par vœux est un véritable témoignage, une éloquente prédication selon le Pape Paul VI. "Le témoignage silencieux de pauvreté et du dépouillement de pureté et de transparence, d'abandon dans l'obéissance peut devenir une éloquente prédication capable de toucher même les non chrétiens de bonne volonté, et la plus efficace provocation au monde et à l'Église elle-même" (EN 41, 49).

- Puis la personne consacrée est le reflet de l'activité caritative du Christ. Grâce aux personnes consacrées l'Église manifeste le Christ soulageant les souffrances du monde, annonçant le Royaume, guérissant les blessés et nourrissant les affamés. Leur amour sans réserve ne se réalise qu'après avoir découvert de manière lucide l'amour de Dieu pour les hommes (LG 46).

-        Enfin la personne consacrée doit être le reflet de la grâce transformante. Elle est appelée à manifester la puissance de la grâce divine. Les personnes consacrées sont pour tous les chrétiens des exemples suggestifs et transformateurs de vie. Leur vie spirituelle bien vécue fait grandir leur communauté chrétienne.

Signe efficace de l'Église dynamique

L'Église est fondamentalement communion. Les personnes consacrées sont au milieu du monde une manifestation de cette unité ecclésiale, ou mieux de l'Église dans sa double charité, envers Dieu et envers le prochain. Par conséquent, nos chrétiens d'aujourd'hui devraient pouvoir rencontrer dans les personnes consacrées d'authentiques "experts" en communion ecclésiale. Les divisions entre les membres sont inacceptables.

Signe efficace de la vie chrétienne authentique

Les personnes consacrées veulent être une expression particulièrement intense de la vocation commune, celle baptismale. Être personne consacrée, c'est répondre pleinement aux exigences de son baptême et de sa confirmation. Or les chrétiens authentiques sont ceux que le désir de perfection habite. La vie chrétienne des personnes consacrées devient authentique dans la mesure où elles vivent réellement leur consécration à la lumière de l'Évangile.

C'est un constat de première évidence. La société africaine a certainement besoin de personnes consacrées "sincères, exigeantes envers elles-mêmes, capables de se constituer en signes purs et forts". Elle voudrait surtout voir des personnes consacrées respectueuses et généreuses, capables d'accueillir l'autre dans sa liberté et sa différence, bref des hommes et des femmes aimés de Dieu et convertis. "A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples: à l'amour que vous aurez les uns pour les autres", dit Jésus à ses disciples (Jn 13, 35).

Ie Question d'approfondissement personnel :
Que faire davantage pour être témoin authentique du Christ vivant ?

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8. Célibat choisi avec responsabilité

Face à la provocation d'une culture hédoniste[1], "la réponse de la vie consacrée réside d'abord dans la pratique joyeuse de la chasteté parfaite, comme témoignage de la puissance de l'amour de Dieu dans la fragilité de la condition humaine. La personne consacrée atteste que ce que la majorité tient pour impossible devient, avec la grâce du Seigneur Jésus, possible et authentiquement libérant. Oui, dans le Christ il est possible d'aimer Dieu de tout son cœur, en le plaçant au-dessus de tout autre amour, et d'aimer ainsi toute créature avec la liberté de Dieu!" (VC 88).

Quelques définitions de la vertu de chasteté

Marc ORAISON : "le contrôle de la vie sexuelle"[2], Roger CANTIN : "la maîtrise du dynamisme sexuel"[3], Gilles CUSSON : "l'ordination de sa vie sexuelle"[4], Yves RAGUIN : "la rectitude en tout ce qui touche à l'instinct sexuel"[5], Claire DUMOUCHEL : "la maîtrise et l'utilisation de l'instinct sexuel dans la vie de tout être humain"[6], Xavier THÉVENOT : "une saine régularisation de la sexualité"[7], Laurent BOISVERT : "la maîtrise libérante des pulsions sexuelles"[8]

Bref, la chasteté, c'est l'expression du respect que l'on a pour soi et pour les autres. Devenir chaste n'est pas tenter d'éviter la sexualité, mais bien l'assumer. Devenir chaste c'est pour une plus grande liberté, càd devenir plus homme ou plus femme. Aussi est chaste une personne qui tente de vivre sa sexualité de manière libérante pour elle et pour les autres.

Célibat choisi avec responsabilité

D'après Laurent Boisvert, le célibat des religieux est et devient authentique à la condition d'être : choisi avec responsabilité, intégré au projet global, enraciné dans la foi, vécu devant Dieu, harmonisé avec la personne, incarné dans un milieu[9].

- Le choix responsable du célibat suppose en tout premier lieu la maturité psychologique et affective. Elle j~^~<a       est aussi nécessaire pour vivre un célibat positif que pour faire un bon mari ou une bonne épouse. Ne sont vraiment capables de renoncer à la vie du couple que les personnes aptes à la choisir librement. Mais comment ^       pourraient-elles opter pour le célibat de façon responsable si elles étaient incapables de relations sexuées, si elles n'acceptaient pas leur corps et sa sexualité, si elles manquaient de confiance personnelle au point de rechercher constamment l'approbation, l'appui et le réconfort des autres ?

Parce que trop de personnes ont choisi le célibat sans maturité suffisante, "on est bien obligé de constater, « que dans la population ainsi engagée dans un célibat officiel, la proportion de sujets plus ou moins immatures, ou présentant des névroses ou des incertitudes sexuelles, est indubitablement plus importante que dans la population courante"[10]. Il faut être aussi adulte pour s'engager dans le célibat que dans le mariage; le premier n'est pas un refuge pour ceux et celles qui craignent ou dévalorisent le second. Seuls les individus ayant un sain équilibre psychique, dont l'expression la plus claire est la capacité d'aimer et d'accomplir un travail productif sont aptes à bien choisir et à vivre positivement le célibat.

- Le choix responsable de cette condition exige en outre une sérieuse expérience de Dieu, car il ne s'agit pas d'un célibat humain, élément d'un projet terrestre même très valable, mais d'un célibat inséré dans un projet directement fondé sur les valeurs centrales de la foi : Dieu et son Règne. La double motivation nécessaire et suffisante pour choisir directement la vie religieuse et indirectement le célibat est à la fois mystique et apostolique: l'union à Dieu et l'avènement de son Règne. Ce qui exige une expérience spirituelle sérieuse et profonde, très loin de l'exaltation sentimentale et passagère.

- Enfin, un choix responsable implique une connaissance normale et suffisante de ce qu'on choisit. A la racine de tous les maux de la vie religieuse se trouve l'ignorance sur le célibat charismatique, et un manque d'effort intellectuel indispensable. En effet, la plupart des gens s'y engagent sans comprendre adéquatement la nature du vœu de chasteté. La tendance à se contenter d'un discours stimulant mais imprécis, au noviciat ou dans d'autres étapes de la formation, fait plus de tort que de bien à l'individu, à la congrégation et à l'Eglise. Puisqu'il engage toute notre vie, le célibat exige une vie intérieure, une autodiscipline et des motivations vraies. Nombreuses sont les personnes engagées depuis longtemps dans la vie religieuse qui regrettent de ne pas avoir adéquatement compris la nature du vœu de chasteté lors de leur profession.

En somme, seul l'amour peut justifier le célibat en vue du Royaume. "A cause de moi et à cause de l'Évangile" (Me 10, 29). L'amour du Christ et au Christ est le motif fondamental de la chasteté. C'est là son seul et unique espace de justification authentique. Ce qui laisserait croire que le principal danger pour le célibat est le fait d'éteindre l'amour de Dieu et des frères dans notre cœur.

*Quand naît l'amitié privilégiée      -

Nombreux sont ceux qui vivent leur célibat à contrecœur en se permettant des compromissions occasionnelles. Nombreux sans doute aussi ceux qui ont choisi ce qu'ils appellent la "troisième voie", une vie quasi-conjugale qui n'est ni la voie de la chasteté totale ni celle du mariage. Beaucoup par contre vivent un célibat sans aucune compromission, mais qui les ferme et les rend incapables d'aimer. D'autres enfin, vivent leur vie consacrée dans la joie. Certains parmi eux ont peu à peu développé des amitiés soit avec des personnes de même sexe soit avec des personnes de l'autre sexe. Ces amitiés loin d'être contraires à la chasteté, en sont l'expression et permettent l'épanouissement d'un amour du Seigneur qui aurait été impossible sans elles[11].

Il faut avouer cependant que cet amour humain contient beaucoup de risques. C'est ici que s'impose justement l'impérieuse nécessité de discernement de nos relations d'amitié, là où l'amour d'amitié est possible. Autant "la bougie bénie peut brûler", autant les amitiés même privilégiées peuvent devenir dangereuses. Selon Xavier Thévenot, l'amitié privilégiée est possible. Elle "signifie un lien affectif fondé sur la sympathie qui pousse à une communion profonde, tant dans le domaine des idées que dans celui des sentiments, et qui se traduit par une réciprocité réelle des confidences sur soi-même. Dans un tel lien, l'autre est objet d'attention privilégiée et source spécifique de joies et de préoccupations. De plus, les partenaires d'une telle amitié sentent que la force du désir sexuel n'est jamais totalement absente, même si elle est maîtrisée"[12]. Le plus important, c'est d'être vrai avec soi-même (authenticité ou opération vérité), d'exercer sa responsabilité quant aux gestes et de vivre une certaine ascèse comme l'exige l'Évangile. "Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin... " (Mt 5, 29). On ne vit pas un amour sans sacrifice, sans renoncement.

Saint François de Sales disait qu'il faut utiliser des ciseaux pour couper la l'amitié vaine ou mondaine. Mais l'amitié spirituelle, celle qui n'est pas indigne et ignore la distance, qui ne jalouse pas et dont le fondement est éternel (Dieu), est-elle encore possible aujourd'hui ? Oui certainement, mais le terrain est "glissant", dit le p. Matungulu Otene, dans Célibat consacré pour une Afrique assoiffée de fécondité (1979). On commence toujours par l'invocation de l'Esprit Saint et on en finit dans la résurrection de la chair.

8e Question d'approfondissement personnel :
Ta chasteté consacrée est-elle "une expérience de joie et de liberté" ?

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Jour 5
Service du témoignage (suite)
Méditation : Marc 6,30-44

9. Pauvreté au service des pauvres

Face à la provocation d'un matérialisme avide de possession, "la réponse de la vie consacrée se trouve dans la pauvreté évangélique, vécue sous différentes formes et souvent accompagnée d'un engagement actif dans la promotion de la solidarité et de la charité (...) Ce témoignage s'accompagnera naturellement de l'amour préférentiel pour les pauvres et se manifestera tout spécialement par le partage des conditions de vie des plus déshérités" (VC 89, 90).

La vision du monde de l'Africain

La personne. Pour les Africains, la personne est plus importante que l'argent, la richesse ou le temps dont la fin est d'être au service de l'unité et de l'harmonie entre les personnes. Les fêtes extravagantes malgré la pauvreté sont destinées à célébrer l'unité, établir et renforcer des liens. En général, ces fêtes sont "ouvertes"; chacun est le bienvenu. Les moments les plus importants de célébration sont la naissance d'une personne et sa mort.

L'hospitalité. Elle n'est pas seulement une valeur qui fait de chaque famille un foyer pour les autres, mais elle fait de tout le pays un foyer pour les étrangers. L'hospitalité s'étend aussi aux groupes marginalisés et aux individus dans la communauté. Elle inclut les orphelins, les handicapés, les veuves, les malades mentaux ainsi que les personnes âgées. Tous ceux-ci sont absorbés par la grande famille et par la communauté.

L'accueil de l'étranger. Pour l'Africain, le terme "étranger" embrasse les gens de cultures et races autres, les gens de classes différentes, les gens d'un autre village, d'une autre ville, et même les gens de passage et les visiteurs. L'étranger, a besoin de notre hospitalité, de notre accueil, de notre amour; il a peut-être aussi besoin d'un toit et de nourriture. Les étrangers sont vulnérables. Et nous sommes enrichis par l'étranger car il nous parle de son pays. Chez les Africains, écouter l'étranger parler de son pays était une façon de connaître les autres peuples.

Le temps. Les Africains ont du temps à donner à l'étranger. Ils prennent le temps de l'écouter et de réagir à ce qu'il dit. Ils ont du temps pour les autres. Et c'est là le don que l'étranger apprécie le plus, le don d'être traité avec déférence et d'avoir des gens qui s'occupent de lui. C'est là tout ce que le peuple possède. C'est sa plus grande richesse et il est très généreux pour le donner.

La famille. L'Africain vit dans un réseau de relations vitales unissant au monde visible et invisible; jamais seul : il est un être qui "vit avec". On appartient d'abord à sa famille immédiate: sa mère, son père, ses frères et sœurs. Les grands-parents jouent un rôle très important. Ce sont eux qui donnent son nom à l'enfant. Ce sont eux qui savent comment l'enfant doit être élevé. Tous les consultent à peu près sur tout. Il y a ensuite la famille au sens large qui inclut toute la parenté, les proches et les plus éloignés. Il y a aussi tout le village ou la communauté qui participe à la célébration des événements importants et est présente à toutes sortes d'activités. Au-delà de la communauté il y a toute la nation à laquelle l'individu appartient. Un Africain se sent tout à fait chez lui avec ses compatriotes. Valeurs perdues là où l'industrialisation et l'urbanisation sont devenues réalités[13].

Vœu de pauvreté 

La pauvreté, donation au Christ l'unique nécessaire, est une disponibilité totale en faveur du Règne. Elle est d'abord une question d'être que d'avoir, une attitude de l'esprit (cf. Mt 5, 3) par laquelle la personne consacrée se revêt du Christ (Ga 3, 27) et s'abandonne à Dieu.

La pratique du vœu de pauvreté pose surtout problème face à ceux qui voudraient dépendre de nous. Puisque "la pauvreté évoque en Afrique une sous-humanité, une situation de permanente carence et humiliante privation qu'il importe de quitter"[14], nous pensons que l'Afrique a besoin de développement. Puisque la pauvreté religieuse ne nous ferme pas sur nous-mêmes, elle nous ouvre nécessairement à nos populations aux conditions vitales dérisoires.

Il nous semble que la meilleure façon de vivre le vœu de pauvreté soit l'engagement concret à sortir notre peuple de la pauvreté tant matérielle que spirituelle. En effet, nos familles ont besoin de sortir de leur situation précaire pour une vie meilleure. "Les religieux et les religieuses qui vivent en Afrique ont l'impératif de comprendre leur vœu de pauvreté comme exigence de la justice sociale et de la libération. Aujourd'hui, la vie religieuse en "chambre" ne nous dit plus rien", pense Sœur Kayiba dans Femme blessée.

Les inégalités dans les communautés religieuses

Du point de vue pauvreté matérielle, on pourrait trouver 3 catégories de religieux dans nos communautés. Il y a d'abord ceux et celles qui, venant des familles pauvres, n'apportent rien à la communauté sauf la richesse de leur personne. Cette catégorie dépend totalement de la communauté. Elle n'est pas respectée en tant que personne. Parfois elle essuie la honte de l'humiliation. Lors des affectations, on peut les déplacer facilement d'une communauté à l'autre. Il y a ensuite ceux et celles qui, n'étant pas de familles riches, ont eu la chance d'avoir des bienfaiteurs qui leur donnent ce dont ils ont besoin. Ils dépendent partiellement de la communauté. Ils sont respectés.

Il y a enfin ceux et celles qui ont tout parce qu'ils viennent des familles nanties. Ils contribuent à construire la communauté. Parfois ils se présentent en bienfaiteurs des autres membres. Parfois aussi ils gèrent eux-mêmes les dons reçus des amis ou connaissances malgré l'exigence de la mise en commun des biens, Ces personnes aiment des expressions telles que: "Ne touchez pas ceci ou cela", "Ceci m'appartient", "C'est le cadeau de ma mère ou de mon père", "Vous n'avez pas le droit de recevoir quelqu'un dans cette maison", etc. Malheureusement cette catégorie est très respectée. Voilà qui explicite le sentiment de non appartenance. "Les uns ont tous à dire, les autres rien à dire". L'Eglise communion exige la conversion de cœur.

9e Question d'approfondissement personnel :
Comment partages-tu "les conditions de vie des plus déshérités" ?

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10. Obéissance comme démarche personnelle

Face à la provocation "des conceptions de la liberté qui soustraient cette prérogative humaine essentielle à son rapport constitutif avec la vérité et avec la norme morale", l'obéissance qui caractérise la vie consacrée est une réponse efficace. "Elle présente comme modèle, d'une manière particulièrement forte, l'obéissance du Christ à son Père et à partir de son mystère, elle témoigne de ce qu'il n'y pas de contradiction entre l'obéissance et la liberté" (VC91).

Sens et difficultés

L'obéissance, plus que du renoncement à la propre volonté, est un renoncement à la solitude, afin de vivre en communion avec les frères ou les sœurs pour découvrir ensemble la volonté divine. Elle naît de l'exigence même de la communion fraternelle. Les causes de la désobéissance sont multiples.

Tout d'abord par rapport à la pratique de la vertu. La désobéissance arrive surtout quand le religieux a perdu l'esprit d'abnégation qui, dans la réalisation du projet religieux, aide à faire taire en soi la voix des passions et celle de la volonté propre; quand il ignore ce pourquoi il est entré en religion et se laisse influencer par les tendances négatives, bref quand le religieux manque de motivation surnaturelle. Le danger pour les Africains serait d'obéir à l'autorité religieuse comme à un chef coutumier, sans référence au Christ : obéir par peur de malédiction.

Ensuite par rapport à l'exercice de l'autorité. La désobéissance arrive surtout quand il n'y a pas de dialogue constructif ou quand le dialogue ne change rien, quand l'autorité ne tient pas à sa parole ou cultive des injustices en choyant certaines personnes au point de fermer les yeux sur leur mal, quand elle exerce un certain néocolonialisme et quand elle n'a pas le sens du respect envers la personne humaine, bref quand l'autorité n'est pas "compétente". Notons qu' "il n'est pas facile, dans des milieux fortement marqués par l'individualisme, de faire reconnaître et d'accueillir le rôle que l'autorité exerce au profit de tous" (VC 43). Ce qui nous pousse à considérer le rôle de l'autorité et la notion de volonté de Dieu.

Ce que l'on attend d'un responsable de communauté (cf. VC 43)

Le responsable est au service de la mission et de la communauté. Il coordonne et dirige les efforts de tous dans l'évangélisation des pauvres. Il rassemble la communauté pour qu'elle évalue son expérience, se donne des objectifs de vie et de mission communs dont il assure la mise en œuvre.

Le responsable est signe de la présence du Seigneur au milieu de nous. Signe de notre unité dans le Christ, les responsables doivent ouvrir la Règle à leurs frères, pour que chacun y puise ses inspirations et la connaissance de la conduite qu'il doit tenir.

Le responsable anime, coordonne et dirige l'apostolat. Il doit posséder un esprit apostolique pleinement voué à la tâche de l'évangélisation, capable d'inciter les membres de la communauté à répondre aux exigences de la mission. Les responsables donnent à leurs frères l'appui nécessaire dans leur ministère.

Le responsable aide la communauté à vivre l'Evangile. Il est important de créer certaines conditions concrètes favorables au recueillement. Le responsable doit posséder l'aptitude à animer une communauté qui sache partager et dialoguer dans une atmosphère de confiance et d'acceptation mutuelles. Puisque sa charge comporte le souci du bien-être et de la croissance personnelle de ses frères, le supérieur sera ouvert et disponible à tous. C'est le sens d'appartenir à une même famille qui doit guider le responsable dans ses relations avec les autres confrères ou consœurs.

Le responsable encourage la coresponsabilité. Les responsables doivent savoir déléguer leur autorité et confier des responsabilités. Souvent il doit s'informer des vues de chacun avant de prendre une décision en conseil. Il tiendra ensuite la communauté au courant des décisions prises. "H convient toutefois de se rappeler que le dernier mot appartient à l'autorité, à laquelle il revient ensuite de faire respecter les décisions prises",

Le responsable est guide des frères et sœurs sur leur chemin spirituel et apostolique (VC 43). Un rôle nécessaire précisément pour consolider la communion fraternelle et pour ne pas rendre vaine l'obéissance professée.

Somme toute, le responsable doit : avoir l'esprit de foi, connaître et aimer son travail, avoir la capacité de décision et de suivis, avoir la capacité de dialogue, avoir la capacité de rassembler la communauté, avoir la capacité d'initiative, avoir du bon sens et le sens de l'autorité, savoir se cultiver, éviter la dictature et le néocolonialisme.

La volonté de Dieu

Nous nous servons de cette expression à la fois pour rappeler que Dieu agit par son représentant et pour exprimer notre impuissance à maîtriser la situation du moment. Le dialogue des sourds nous pousse à le dire aisément. Cela arrive surtout quand les supérieurs ont décidé du renvoi de quelqu'un. Alors, la victime se demande comment le même Dieu qui a appelé hier pourrait se contredire aujourd'hui. Il s'ensuit la méfiance envers ceux qui "tiennent la place de Dieu". La méfiance naît peut-être du fait de dissimuler la différence entre le double aspect sous lequel se présente la volonté de Dieu dans notre vie : volonté signifiée et volonté de bon plaisir de Dieu.

Nous nous conformons à la première volonté quand nous sommes fidèles à quatre valeurs, à savoir : les commandements de Dieu et de l'Eglise, les conseils, les inspirations de la grâce et les Constitutions et Règles. C'est ce que Dieu VEUT, le Bien, le Bonheur, la Vie éternelle. Il "veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (1 Tm 2,4). Nous nous conformons à la seconde volonté quand nous nous soumettons à tous les événements providentiels voulus ou permis de Dieu pour notre sanctification. C'est ce que Dieu PERMET (cf. Job).

La soumission à un supérieur n'est qu'un aspect ou un élément de l'obéissance qui, au sens profond, consiste à répondre à l'appel que Dieu adresse à chaque homme : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même" (Le 9, 23).

10e Question d'approfondissement personnel :
Ton obéissance est-elle "une voie de conquête progressive de la vraie liberté" ?

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Notes:

[1] L'Hédonisme est un principe moral qui fait du plaisir le principe ou le but de la vie.

[2] Le mystère humain de la sexualité, Seuil, 1966, p. 46.

[3] "Processus d'évolution de la sexualité d'un être humain, de l'instinct à l'amour", in Le célibat consacré : Document de travail, CRC, 1970, p. 15.

[4] "Chasteté consacrée vie sexuelle et affective", in La vie des communautés religieuses 31, 1973, 35.

[5] "Chasteté et amitié", in La vie des communautés religieuses 35, 1977, 260.

[6] "Étude sur le célibat de la vie religieuse dans les situations actuelles de la société et de l'Église", in Donum Dei 28, Vie religieuse renouvelée...Formation à réinventer ! CRC, 1983, p. 12.

[7] Repères éthiques pour un monde nouveau, Centurion 1985, p. 45.

[8] Op. cit., p. 17.

[9] Cf. BOISVERT Laurent, Op. cit., p. 119s.

[10] ORAISON Marc, Vocation, phénomène humain, DDB, 1970, p. 97.

[11] RAGUIN Yves, Op. cit. pp. 173s.

[12] Repères éthiques pour un monde nouveau, Mulhouse, Salvator, 1982, p. 68s.

[13] Cf. MOTANYANEA., "Inculturation de la vie religieuse en Afrique", Rome 1991.

[14] METENA M'nteba, "La pauvreté religieuse en Afrique : une bienheureuse inconséquence ?", in Telema, n° 29. 1982, p. 9.

 

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